Le petit Bosco file sur l’ancien chemin de halage

Le petit Bosco file sur l’ancien chemin de halage.

Les bateaux à vapeur et les péniches aux chargements bâchés descendent le fleuve jusqu’à la mer. Il marche vite, droit devant lui. Tantôt, il aurait fait un signe de la main aux mariniers en criant qu’un jour il prendra leur place, mais là, il a plutôt envie de se cacher de honte ou par pudeur, et surtout par tristesse. Un brouillard dans ses yeux l’aveugle. Sa mère n’a pas mieux choisi que le jour de son anniversaire à lui, pour annoncer à tous qu’elle s’était mariée pendant son voyage à l’étranger. Les regards se sont tournés vers elle. C’était donc là son secret dont elle faisait mystère depuis quelques mois. Alors ce matin, sans plus en dire, il a décidé de mettre les voiles. Il a juste pris son sac à dos, et posé sur ses épaules son perroquet qui s’accroche à son nouveau pull bleu marine.

Et avant de fermer la porte, il a vérifié que ses écouteurs étaient bien fourrés au fond de sa poche. Sans bien chercher à les convaincre d’ailleurs, elle leur avait vaguement expliqué hier au soir pendant le dessert qu’elle n’avait jamais souhaité de grande assemblée, et qu’ils pouvaient tous comprendre sans devoir argumenter et délibérer devant un imposant conseil. Elle menait sa vie comme bon lui semblait. Alors lui-aussi a décidé et a choisi de n’échanger ni avec elle, ni personne. Il sait que son départ fera débat au sein de la famille. Qu’importe !?

Aujourd’hui, imperscrutable et sans en causer à quiconque, il va partir et les quitter tous. Est-ce ainsi que Marie-Béatrice croyait épater ses amies et sa famille en épousant cette brute !? C’était bien la peine de parler d’altruisme à ses triplés durant leur enfance. Qu’en reste-t-il ? Était-ce utile de leur asséner ces paroles et ces articles si vite périmés ? Il sait qu’agir de cette manière va le mettre dans une situation précaire, qu’il ne choisit pas la sécurité, mais il n’a pas envie de capituler. Il est perturbé, un feu brûle dans sa tête. Sacrebleu, ce sera terrible pour Mémé qui l’a tant aidé à remplir ses pages d’écriture. En pensant à elle, il touche sa poche située juste sur son cœur, et tâte le recueil des poésies dictées par son maître qu’elle aimait l’entendre réciter. Et les crêpes au beurre au parfum subtil et sublime de fleur d’oranger qu’elle lui faisait déguster. Tant pis ! A chaque pas, il glane rageusement d’une main crispée les épis de graminées sur le bas-coté. Ses doigts sont abîmés. Ses yeux brillants sont injectés de sang comme des rubis, ses orbites sont creusés. Lui, si calme d’habitude, a des envies de meurtres.

Il atteint les remparts. Ce n’est plus en mètres que se compte la distance qui le sépare de la maison, mais en dizaines de kilomètres maintenant.

Pour répondre dans l’ordre aux Plumes 14.20 chez Emilie avec les mots recueillis sur le thème Voile (mariée, vapeur, mystère, perroquet, bosco, cacher, pudeur, marine, secret, mer, anniversaire, brouillard, bleu, bâcher), au défi 123 chez Ghislaine avec 8 mots (débat, convaincre, argumenter, échanger, expliquer, délibérer, écouteurs, assemblée)  sur le thème Réunion et au Mot mystère 26 chez LilouSoleil dont les mots anagrammes de imperscrutable sont en italiques.

Elle s’est adossée au mur à palabres

Elle s’est adossée au mur à palabres pour l’attendre en cette fin de journée.

Arrivée la première comme d’habitude, elle s’est assise sur le banc de craie, là où ils discutent tous les deux pendant des heures. En bi-coloriage avec des paroles sans fin, des discussions à imaginer un monde idéal, leurs échanges sont des plus chimériques. Ça la détend.

Parfois il vient avec un pote. L’autre jour, c’étaient un rêveur orbicole avec qui il partageait ses goûts et ses idées d’oniromancie. Avec qui viendra-t-il ce soir ?

La lune est claire, et pourtant un éclair corail et agile zèbre soudain le ciel et lui donne un teint boréal. Il annonce peut-être l’orage prochain.

Impatiente et soucieuse, elle bigle sur l’horizon obscur devenu cirage à présent. C’est qu’il travaille loin, au robage de cigare à la fabrique de l’autre côté du bocage.

Les yeux dans le vague, elle n’arrête pas d’enrouler autour de son index, un petit papier qu’elle a sorti de sa poche où elle avait noté sa liste des choses à faire aujourd’hui. Oh misère, elle a trop brodé et son doigt la fait souffrir. Elle était obligée finir ce boléro bariolé, très coloré. Elle regarde sa main, ce bandage de papier, chiffonné maintenant, qu’elle loge aussitôt dans une cavité du mur entre pierre et argile, et se lève pour se dégourdir les jambes et les bras en sautillant. Elle aperçoit enfin la silhouette gracile, sur un fond de ciel libre et élargi tout à coup.

Il est seul, lui fait signe de ses mains qu’il agite au dessus de sa tête et avance en cabriole et pas de danse comme s’il avait une superbe musique dans la tête. Il l’imite tout simplement et rigole. Heureuse, elle se rassied sur le banc de craie et s’adosse à nouveau au mur à palabres.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 50 (liste, palabre, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique) et au défi du mot-mystère 25 chez Lilou avec les mots anagrammes de acribologie en italique.

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort.

Maman nous a fait poser les sacs de tourbe dans sa torpedo pour les vendre au marché. Avec l’argent on pourra réparer le toit écroulé de la grange qui obstrue le passage dont les poutres forment un vieux turbeh et passeront au rebut et en bois de chauffage cet hiver.

Pendant ces semaines sans école, elle nous a appris à labourer et à tisser en expliquant ce qu’était le boustrophédon, à bien doser les épices dans la soupe et la poudre à lever dans les gâteaux, à ramasser les œufs pondus sans ôter le leurre pour les poules, à buter les turneps, à opter de réciter quelque strophe plutôt que de bouder de trop suer sous le vent et la chaleur et de craindre de puer. 

Aujourd’hui, nous brodons les boutons plutôt que de les coudre, savons cuisiner presque aussi bien qu’elle de fameux brouets pour accompagner les tournedos du dimanche, ne faisons plus les bourdes du début, n’avons plus besoin de quelconque promesse pour nous booster et sommes plus soudés, à ce qu’elle dit. Elle doit être fière des résultats obtenus, car elle ne nous appelle plus « mauvaise troupe ».

Le ciel est bleu et le vent de nord-ouest souffle fort. C’est le premier jour de l’été et dans une semaine, ce sera la rentrée.
-On est sans doute sur la bonne voie cette fois-ci, a dit notre mère, cette date tombe à pic.
On la sentit de très bon poil soudain, comme si ce petit rien l’eut délivrée d’un poids.

C’est vrai qu’à cette saison, elle se doit de garder courage et ne donner aucun signe de faiblesse, car les travaux de force ont commencé et vont se poursuivre quelques mois encore.

Au coucher, après le fricot du soir comme d’habitude, que certains ont bâfrer, ce qui l’a un peu énervée, sans toutefois lui faire perdre patience, elle borde le petit et nous remercie d’un baiser sur la joue pour l’avoir bien aider et pour les efforts qu’on a su fournir dans la journée. Puis elle permet, à nous les plus grands, de laisser notre lampe éclairée pour lire un peu mais fait promettre d’éteindre dans une demi-heure tout au plus.
C’est une femme qui excelle de douceur et de tendresse, au caractère égal, mais reste intraitable sur certaines choses à ne pas négocier.

Cependant ce soir, le ciel est bleu sombre, le vent souffle encore et on subodore un heurt dans ses mots, ses paroles ont fait des rebonds dans sa bouche et sa langue un détour, comme si son bonheur allait s’user tout à coup. Alors prudents, nous pouvons oser un regard interrogateur.
-Demain je dois me rendre chez le meunier, répond-elle.
C’est Honoré, un homme de corpulence massive qui porte la tonsure et se dit abstème (mais ne peut duper personne) et vecteur d’ondes malsaines qui me donne envie de fuir. Le ciel sera-t-il encore bleu ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte pour répondre aux Plumes 13.20 chez Emilie sur le thème Force avec les mots recueillis en gras, à Des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 49 dont les mots sont en gras, au défi 122 chez Ghislaine avec 8 mots en gras sur le thème Saison et au Mot mystère 24 chez LilouSoleil dont les mots anagrammes sont en italiques.

 

En rentrant de la foire à la nuit tombante il s’arrête toujours ici

En rentrant de la foire à la nuit tombante il s’arrête toujours ici.

Il dépose son biclou contre le grand feuillu, tout fleuri à cette saison. Il relève sa freluque un peu folle qui lui tombe sur le front, et fouille dans sa poche pour trouver son mouchoir. Il a eu chaud et s’essuie le visage, puis le replie avant de le ranger. Il prend son temps pour se remettre de ses émotions. Alors il avance et piétine une bouillée d’herbes fraîches comme un fouleur de raisin pour se débarrasser de la terre qui pourrait être collée sous ses souliers, même si le temps est bien sec comme ce soir. C’est ce qu’il répond si on le questionne. Il fait des yeux tous ronds qui pointent vers l’infini, il est trop drôle, un peu loufoque aussi, et approche sans me voir à la fenêtre, comme si sa tête était soudain vide et toute idée absente. Je souris car je connais ses gestes par cœur.

Il est fidèle le Clodio, et à l’heure pour venir manger son fricot. Ce soir ce sera le ragoût de poisson de ma mère, tenu au chaud sur la cuisinière pour qui viendra céder aux arômes et douceur de la rouille déjà posée dans des bols sur chaque table. Il vont être nombreux à entrer, car on aperçoit la lueur des éclairs au loin.

Il annonce la foudre et la colère du ciel en posant bruyamment la bouteille de cidre qu’il apporte à chaque fois. Il a entendu la chouette ululer très fort dans la montée et sa douleur au genou lui recherche querelle, ce sont des signes, affirme-t-il. Mon frère me donne un gros coup de coude, et rigole silencieusement en me montrant que ce clodo se gratte le froque au niveau de la couille. Ma mère l’houspille illico avec son torchon qui nous frôle, nous renvoie coudre et floquer comme elle nous l’avait demandé et dit qu’elle devra sûrement en découdre avec son jeune fou pas très docile. C’est sa façon de s’excuser auprès de ce bon drille. Je pars fâchée contre ce querelleur de frangin, s’il recommence, je lui croque l’oreille.

Je l’aime bien moi, Clodio, il a toujours de belles histoires à raconter, avec des mots venus d’ailleurs, c’est un peu mon idole. Après manger, il reste assis à écouter les autres ou à dire à son tour. Alors il croise ses mains ridées et les ouvre juste pour regarder l’intérieur des paumes comme si un texte y était noté, et le voilà parti à fermer et rouvrir ses mains comme des ailes de papillon, et à parler sans fin. Il a beaucoup voyagé et fait toutes sortes de métiers, quelque peu ludique, comme quilleur dans un grand bowling de bord de mer, et aussi cilleur à la volerie des aigles, godilleur en marais poitevin, cueilleur de gousses de vanille quand il était dans les îles, tout juste défroqué après avoir été prêtre. Et c’est pour ça que mon frère l’appelle Frollo.

En réponse au défi 121 chez Ghislaine avec les 8 mots en gras, et au défi du mot-mystère 23 chez LilouSoleil formé des lettres « eee i oo uu cdfq ll r » dont les mots anagrammes utilisés sont en italiques.

Quelques pages de mon livre

« Et si tu me lisais quelques pages de mon livre », propose-t-elle dans l’après-midi.

« Comprends-tu maintenant, avec mes yeux de taupe, je ne peux plus lire n’importe quoi, il faut que ce soit écrit très gros; j’ai bien ma loupe mais ça n’est pas bien commode dehors…
-Oui, je le veux bien, sans souci.
Elle me tend son bouquin, un peu vieilli à force d’avoir été feuilleté, de la collection Le Masque avec un dessin d’empreinte digitale ensanglantée sur la couverture jaune, où je peux lire La ravissante idiote de Ch Exbrayat.
Je souris, je m’étonne du dessin et du format, le retourne, la regarde, elle a les yeux pétillants et son regard filou.
-C’est un roman d’espionnage Mémé !? avec une couturière, il me semble et…
-Pourquoi ? Qu’est-ce qui te dérange ?
-Oh rien, sauf que l’histoire n’est pas nouvelle. N’t’inquiète pas, je vais redécouvrir. C’est d’ailleurs marrant, je crois !
On s’assied sur la terrasse à l’ombre du lilas et j’ouvre…
C’est un carnet de recettes écrit de sa main et sur la page ouverte est noté Pastilla de pigeon aux amandes, coriandre, miel et cannelle…

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 48 (couverture, espionnage, taupe, filou, masque, empreinte, pigeon).

Quel est ce type qui porte son luth dans sa hotte et entre dans sa hutte ?

Quel est ce type qui porte son luth dans sa hotte et entre dans sa hutte ? demande le loup à la poule et son poulet.

La pauvre savait qu’il les voyait déjà au pot. Craignant son pouque, elle ferme sa goule, écarte le petiot, avale sa glotte soudain lourde comme un plot, perd le goût et devient presque muette comme une carpe alors qu’elle rêve de devenir lotte pour s’aplatir à terre.
Elle glou… elle glougloute et prononce : « Voyez Mère l’Oye ! »  avant de s’écraser sur une pierre où son bec grave un trait profond et imparfait.

L’autre, fan de typo ne pensant qu’à son jeu, accourt avec sa loupe prête à trouver un pou :
Oyé la quête, qu’elle est- elle ? Ah quelle glyphe magnifique pour ma future glyptothèque !

Un phoque sort de l’eau, un toupet sur la tête en guise de toque.
Curieux de phyto et de glypho, il approche à ces nouveaux mots avec des bruits de touque qu’on ouvre.
Sa toge luisante comme de la glue pègue un peu et passe de pelote en loque au soleil.

La mère palmée lui jette un œil et l’interpelle :
Hey  mon pote Gros Guy, te voici tel un tableau légué par Loth !

La poulette à la houpette raplapla se retape et ouvre un œil, puis l’autre et dit respectivement :
Loup… Phoque
-C’est vrai, répond Mère l’Oye, un peu fou tout ça tout de même !

Sur la proposition de Lilou,
le mot mystère 21 à découvrir avec les lettres et la définition données est « glyptothèque »,
et les mots formés de ces lettres en italique que j’ai utilisés.

Ils sont venus jouer

Ils sont venus jouer à plusieurs et sont d’abord passés à côté du violon.

D’une main baladeuse, inconscients et tranquilles, ils ont tous gratter de leurs doigts sur ses cordes mais aucune révélation n’en est sortie, alors ils l’ont dédaigné et laissé dormir.
Tout était préparé et rangé, déballé et trié à leur intention. Chacun criait à tort et à travers avec la seule volonté de vouloir gagner.

Le plus jeune des deux frères était déguisé en indien et s’éclipsa sous le tipi. Puis il en est ressorti tout souriant et content de lui. L’autre de la fratrie patiemment attendait.
Quelque chose a turlupiné les nouveaux sans doute, car ils ont tous voulu se déguiser eux-aussi et rentrer sous l’abri à tour de rôle pour connaître ce qu’avait ressenti le petit et qui l’avait tant ravi. Usant maintes manigances, ils étaient très curieux et prêts à soudoyer l’un et l’autre et à dépenser forte séduction pour aller le premier au bout du suspens. Et puis ils sortaient de ce refuge, l’un après l’autre, ahuris et déçus.
Alors ils ont demandé explication au mignon absorbé à dessiner un amabié coloré sur une feuille de papier. Il avait simplement caressé le chat Mistigri qui lui avait souri. C’était subtil mais ça lui portait chance pour toute sa journée.
Tous crièrent à tort et à travers avec la seule volonté de tout foutre en l’air. Avec mépris en voyant là de l’abus, ils décidèrent de partir. Très énervés et se croyant trompés, ils donnaient des coups de pieds dans les boites, vidant les jeux à leur portée, jetant et répandant les jetons à terre sous les yeux atterrés de celui qui les avait invités.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 47 ( tipi, révélation, turlupiner, tranquille, amabié, dormir), aux Plumes 11.20 chez Emilie avec les mots proposés sur le thème du jeu ( rôle, subtil, violon,gratter, jetons, chance, ahuri, dépenser, manigance, mistigri, séduction, suspens, soudoyer) et au défi 120 de Ghislaine avec les mots proposés (jeter, trier, ranger, vider, abus, refuge, mépris, volonté) ou sur le thème du « changement ».

Le camerlingue en carlingue

Le camerlingue en carlingue

Il est monté le plus vite possible dans sa carlingue tirée par ce cheval ramingue.
Une silhouette gracile et son allure est inégale. Il faudra sans tarder passer ses sabots et ses fers sous l’enclume de la forge. Ou, l’animal est-il aussi cinglé que son maître est camé !? C’est que la galerne souffle fort et le ciel est bien rincé à présent.
Tout pourrait aller plus vite si le vent ne venait pas en pleine face et si cette bête ne s’arrêtait pas à chaque coin de rue pour enlacer de sa langue un graminée ou un géranium, ou si elle n’allait pas se câliner au linge fraîchement étendu. Elle meuglera la lingère, de belle manière et elle aura raison.

Meugler… comme sa géniale Marceline le faisait naguère quand il était gamin et qu’elle procédait par exemple au rinçage de ses oreilles débarrassées de cérumen à l’eau claire au dessus du légumier, pendant qu’il rêvait de sa luge en voyant tomber la neige par la lucarne.
Et s’il ne se tenait pas bien, elle lui promettait, dans une clameur animée, de l’encager dans la glacière ou de le mettre à la tâche de l’écalure des cerneaux de noix qui allait lui rendre la paume des mains toute granulée.
Et s’il s’en plaignait, elle le repoussait de sa gorge élargie, en le traitant de mélangeur d’idées toujours prêt à l’engamer et la laminer, et puis le sommait de cesser son manège ou d’aller se faire f… et enculer par le camerlingue, ce gros mangeur peu éclairé.

Si elle savait tout aujourd’hui !  C’est lui, devenu le camerlingue en carlingue, qui est attendu de toute urgence chez le SP.
Tiens, il longe la galerie de l’algérien où plus jeune on y fumait le narguilé
Il a troqué son pantalon élimé, sa tunique maculée et son vieux galurin contre son habit carmin. Il égraine son chapelet et tient son recueil de la même main. De l’autre, il tient le rêne.
Il entend au loin tinter une clarine. Il approche donc de SP et a compris depuis longtemps qu’il échangerait rapidement sa charge curiale contre un ministère plus régalien. Malin, l’ami, pas besoin d’être Merlin.
Il sait qu’il culminera bientôt ! Il cligne un œil vers le ciel en pensant au nom dont s’affublait Marceline : la miraculée !
Dans l’immédiat il devra affronter une atmosphère plus minérale à l’ambiance glacée, et préparer une élégie digne de l’ère nucléaire actuelle qu’il lira demain.

Sur la proposition de Lilou,
le mot mystère 20 à découvrir avec les lettres et la définition données est « Camerlingue »,
et les mots formés de ces lettres en italique que j’ai utilisés.

 

Mémé avait peur d’oublier

Mémé avait peur d’oublier…

Elle craint toujours, et chaque jour doit trouver assez d’énergie pour stimuler sa mémoire. Le changement a déjà été énorme pour elle quand elle n’a plus pu voyager autant qu’elle l’aurait voulu et a du abandonner sa fonction de sniper. Elle a bien sûr mesurer le pour et le contre. Elle a évalué cette vaste fatigue accumulée au fil des mois et années, de ses rapides allers et retours, sous diverses latitudes. Elle a pesé entre la liberté qu’elle allait perdre et sa santé à préserver, ce trésor, qu’elle pourrait garder. Et elle a finalement opté pour le côté positif de cette affaire. Elle allait rester et profiter enfin. Mais aujourd’hui, à la longue, elle redoute l’abêtissement.

Mémé n’a jamais beaucoup parlé de son métier, beaucoup ignoraient même ce qu’elle faisait, elle a toujours été une femme réservée. Aussi quand je lui dis que j’avais retrouvé ses carnets dans le grenier, je vis là une aubaine à lui donner ce courage dont elle avait besoin pour garder le cap, et partager encore de bons moments conviviaux et familiaux. Son œil brilla et un rire enchanteur découvrit ses dents jusqu’au fond de sa gorge. Une larme de joie et un éclat de tantale sur sa molaire gauche firent apparaître des étoiles dans ses yeux et sa bouche.

Mémé a sauté à pieds joints de son fauteuil et me demanda expressément d’arrêter de tergiverser et de cesser d’être pinailleuse à ce point. Elle insista alors pour que j’aille chercher tout ça tout de suite et que je l’apporte dans son cabinet, qui n’est autre que notre salon de famille, où nous sommes quotidiennement. Il faut la voir ! Elle a les yeux d’un bleu profond, attirant et c’est extrêmement difficile de fuir son regard envoûtant. Convivial, oui, ça va l’être ! Familial, un peu moins car certaine chose restera entre nous deux. Je crois comprendre qu’il y a quelque secret à ne pas divulguer.

Mémé passe la main sur le paquet avant de l’ouvrir. Le tout est comme je l’ai trouvé, bien conservé et ficelé dans un emballage kraft qu’elle défait avec soin. Elle prend son temps et savoure chaque seconde, elle empile les cahiers suivant un ordre très personnel en formant des petits tas bien parallèles, comme si elle cherchait un dossier précis. Subitement et précieusement, elle pince une double feuille entre deux doigts, la tire et me fait signe d’approcher ma chaise en silence. C’est un courrier…

Mémé sourit, son visage est devenu rouge et étincelle. On dirait qu’elle a rajeuni soudain, et ressemble à un cardinal parti conquérir une contrée inconnue au delà de l’équateur.

Je remercie d’abord les proposeurs de défis et de mots, avec beaucoup de plaisir, je réponds là :
au défi 119 chez Ghislaine avec les mots proposés (regard, fuir, peur, réserver, donner, énergie, famille, cap, stimuler) et sur le thème du face à face,
à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 46 (cabinet, tergiverser, tantale, abêtissement, pinailleuse, emballage, partager, convivial, sniper)
et aux Plumes 10.20 chez Emilie  avec les mots recueillis d’après le thème latitude (changement, voyager, étoile, mesurer, équateur, positif, vaste, parallèle, liberté, trésor, cardinal courrier, conquérir) 

et je continue mes ouvrages avec mes plus petits bouts de laines et tissus.

A la queue leu leu

Un groupe de personnes, une dizaine à peu près, marchaient à la queue leu leu.

Des randonneurs du troisième âge se suivaient ainsi chaque trimestre, pas plus souvent et par jour de beau temps seulement, tous espacés d’un bon mètre ou deux, suite à une habitude prise depuis le printemps légendaire de l’an XX qui avait marqué tout l’univers des terriens.

Ils voient un poulet au bord de la route, qui la traverse subitement.

-Pourquoi ce poulet a-t-il traversé la route ? dit l’un
A chacun sa réponse, et de participer ardemment au piaillement d’une basse-cour humaine tout juste sortie du poulailler.

-Pour aller de l’autre côté, pardi

-Pour laisser ses empreintes dans la boue fraîche. Regarde celles du tracteur sont encore visibles ici.

-Fait un drôle de bruit cet engin. Problème de courroie. Va pas travailler longtemps.

-C’est fou comme la brume du matin peut humidifier l’air et la terre en cette saison.

-Et je me demande si ces frimas sont bien bons pour la floraison des pruniers.

-Sans vouloir te froisser, t’as vu la tête du poulet ? Plutôt dodu, à mon avis c’est une poule ! Et cou-nu en plus de ça!

-Je te mets au défi de reconnaître un ornithorynque qui sortirait d’un terrier.

-C’est quoi ça, un produit de la ferme ?

-En quelque sorte, que l’on fait cuire à l’envers attaché au bout d’une cravate dans une lessiveuse remplie d’eau bouillante.

-Ecoutez le clapotis dans les fossés et les canaux…

-C’est le paysan qui vient d’ouvrir les vannes

-Où ça ? où ça ?

-Là-bas, près de la cabane. Il a arrêté son moteur et on aperçoit son chapeau au-dessus des grandes pousses.

-Bon, on continue notre tour, oui ou non ? on avance à rien à vouloir construire le monde avec des mots !

Pour sourire et répondre, à la queue leu leu, au défi 118 chez Ghislaine avec 8+2 mots (empreinte, visible, brume, froisser, envers, légendaire, clapotis, frimas, cou, pousses) ou le thème « Temps », aux mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 45 (moteur, mots, terrier, ornithorynque, chapeau, cravate, cabane) et aux Plumes 9.20 chez Emilie avec les mots du thème ferme (tracteur poule, produit, lessiveuse, travailler, ouvrir, poulailler, paysan, dodu,  prunier, terre, construire, continuer, courroie).

 

 

Comme chacun un peu marri ma foi

Dans cette atmosphère délétère, je suis comme chacun un peu marri ma foi.

Après avoir voulu et tenté en vain de piocher la terre plusieurs fois,
J’ai jetai mes graines au vent, finalement, comme ça.
Puis rentré, me suis penché sur des livres, vieux extraits aux yeux des gens parfois
Ai relu le prologue de l’évangile de Jean avec attention, mais seulement une fois,
et encore l’Ours et l’Amateur de fleurs de l’autre Jean, c’ui-là deux fois, je crois
en cherchant, du fond de ma grotte, quelque vaticination à tout ça, ‘ya de quoi !
Une barrière peut-être ou un remède de guérisseuse. Pourquoi pas ?

Pour répondre aux mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 44 (délétère, terre, extrait, prologue, grotte, guérisseuse, ours, atmosphère, vaticination, marri).

Le vieil escargot

Le vieil escargot était bien trop personnel pour s’inquiéter des autres.

Il était fier d’être indépendant et qualifiait ça de franche liberté et de réelle autonomie? Il n’hésitait pas à trop répéter qu’il se débrouillerait toujours tout seul pour n’avoir jamais besoin des autres. Quel vieux chnoque ! Du coup, faut être réaliste, c’était assez difficile de lui demander quoique ce soit.

Chaque jour, sur le pas de sa maison (faut dire que pour un escargot ça n’est facile d’en être autrement) il pratiquait une sorte de gymnastique originale, qui consistait à tendre le cou et la tête indéfiniment en avant et la jambe et le pied dans l’autre sens pour raffermir son corps en se vidant l’esprit. Enfin, c’est ce qu’il disait.

Il était tellement adepte de cette activité qu’il s’allongeait même plusieurs fois par jour. A s’étendre comme ça, on se demandait s’il lui restait encore quelque chose dans la tête. Et son corps restait toujours aussi mou et visqueux. Si bien que quand deux limaces passèrent un jour devant sa coquille et l’imitèrent pour se moquer un peu, il eut un moment d’égarement et partit en dévalant la pente. Il roula même très vite jusqu’à ce que lui et son logis furent coincés entre deux pierres.

Tous l’aperçurent en-bas dans cet état avec impossibilité de sortir ni bouger. Tous connaissaient aussi son besoin de liberté et sa capacité d’autonomie. Et c’est là que pour lui, les soucis commencèrent.

Pour répondre au défi 117 chez Ghislaine qui propose 8 mots (difficile, coup, réaliste, esprit, souci, adepte, égarement, indépendant) ou le thème Nature

Au pied du buffet d’orgue

On s’asseyait au pied du buffet d’orgue,

et on allongeait bien droites nos jambes sur le plancher pour calmer notre cœur et apaiser notre respiration. C’est sûr qu’après avoir monté à toute vitesse l’escalier de pierres en spirale, notre trio était essoufflé mais c’était là notre cachette préférée.
Nos forfaits emballés dans une serviette à carreaux étaient posés sur nos genoux. Et on rigolait enfin ! Pas très fiers de nous mais heureux de n’avoir rien renversé, on allait se régaler car on était gourmand. Je ne sais plus qui en premier avait eu l’idée de ce chapardage, mais ce sortilège nous habitait depuis quelques temps déjà. C’étaient les jeudis après-midis que nos mères préparaient  les pâtisseries avec beaucoup d’amour, et dès que l’odeur se répandait dans la maison, c’était très difficile de résister.
On savait que le partage n’allait pas être équitable du tout pour le reste de nos familles, mais c’était plus fort que nous. La mienne ne fut pas dupe et m’expliqua avec douceur que ce maraudage devait cesser parce que ça n’était pas honnête et que c’en devenait écœurant pour la fratrie. Elle a bien du me le répéter dix ou vingt fois sans changement d’attitude de ma part. Comment résister à un tel délice ? Je continuai à voler.
On était trop content de sentir cette odeur de sucre s’échapper de nos serviettes tièdes. L’énorme bretzel qu’apportait Fifi étaient couvert de gros grains de sel qu’on mangeait en premier, avant de le couper en trois et de n’en faire presque une bouchée. Les cookies de la mère de Loulou, tendres à l’intérieur et assez croquants sur le dessus étaient à tomber par terre. Et moi maintenant, j’ouvrais en dernier le sachet de fraises tagada que j’avais acheté avec une pièce de ma tirelire, parce que Maman avait fini par me punir et me priver de dessert si je n’arrêtais pas rapidement ce méchant caprice.

Pour répondre aux Plumes 7.20 chez Emilie avec les mots proposés de la semaine ( pâtisserie, amour, sucre, orgues, sel, fraise, sortilège, caprice, trio, famille, cookie, douceur, écœurant ) sur le thème du délice.

 

On a placé notre seule espérance dans l’évitement

On a placé notre seule espérance dans l’évitement.

Mémé et moi apprécions cet isolement à la maison avec les enfants. On peut chanter et rire très fort. On voudrait que tout soit ludique et que l’atmosphère redevienne légère. Le soir, l’aïeule s’assoit devant le piano et égrène les notes de ce qu’elle a appelé sa symphonie d’un monde nouveau. Evidemment ça n’a rien à voir avec celle de Dvorak. Il y a dix jours maintenant qu’elle a eu cette idée de nous l’a faire entendre. Elle m’avait envoyée admirer le cerisier en fleurs, et quand je suis revenue, elle riait. Elle avait découpé d’anciennes partitions de musique, puis collé à sa façon ces lambeaux de papier sur une grande page de journal pliée comme un cahier. Elle voudrait que nos soirées restent douces et ressemblent à ce qu’elles étaient avant que nos habitudes se transforment subitement. Notre vie actuelle n’est qu’une anamorphose de tout ce qu’on a aimé.

Alors après le repas, ce soir encore, elle s’assied sur le tabouret rembourré et rapiécé, puis dépose sa double feuille ouverte. Silencieux et attentif, on attend. Personne ne bronche, ni ne tousse. Et là je souris, car avant de commencer à jouer, elle a soudain ce geste qu’elle fait très souvent maintenant et presque sans s’en rendre compte. Pendant qu’elle tient les doigts de sa main droite écartés au dessus du clavier, elle plonge sa main gauche dans sa poche et tâte rapidement des graines de courge qu’elle a faites sécher cet hiver. Un grigri ou un toc tout neuf pour se donner du courage, sans doute !?

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 42 (espérance, piano, sécher, courge, feuille, courage, transformer, anamorphose, symphonie et cerisier).

Beaucoup de plaisir à être en retraite

On lui avait dit qu’elle aurait beaucoup de plaisir à être en retraite, qu’elle n’aurait plus besoin de se lever aux aurores, qu’elle pourrait prolonger comme elle le voudrait ses petits-déjeuners du matin dans la chaleur douce de sa maison, qu’elle apprécierait sa vie tranquille au bord du lac… et quand le jour de gloire est arrivé, tout était faux, on nous apprit qu’elle n’avait pas survécu au confinement.

… Pas rigolo tout ça, hein !? Attends je recommence…

Chaque matin, elle se levait à l’aube et quittait bien vite sa maison pour être chez son premier patient dès l’aurore. Elle enchaînait comme ça toute la journée les visites chez les uns et les autres. Ils savaient lui dire combien elle leur apportait chaleur et confort pour vivre parfois seuls ces longues heures jusqu’au lendemain. Elle leur répondait qu’elle aurait beaucoup plus de plaisir à les revoir en forme s’ils restaient tranquilles sans aucun faux-pas de leur part. Mais un soir, sa voiture glissa dans le lac. Et tous voulurent lui rendre gloire.

…C’est triste et ça perd toute chaleur, dis-tu ! Aucun plaisir pour toi et pas même un soupçon de gloire pour moi, me fais-tu comprendre. Tant s’en faut ! Attends que je fouille dans mes sacs… et hop, un entrelacs. C’est que je me suis levée très tôt ce matin. Si ! c’est vrai ! les lueurs de l’aurore n’avaient pas encore pris de couleur, puis devinrent roses…  Je savourais un café noir dans la pénombre, mon premier de la journée, bien tranquille dans un fauteuil… J’avais simplement ouvert les volets. Non ! ici, je n’ai pas de vue sur un lac. J’hésite à ouvrir mon livre… je vais attendre encore un peu, car j’aime bien ces lueurs du jour qui se lève, et je n’ai pas envie d’allumer la lumière… ni de découper des têtes… pour mon petit peuple et les êtres verts de la semaine. Mais non y a rien de macabre! Attends j’ai trouvé…

Et bien ce sera donc l’histoire de la Belle au bois dormant. Celle du Pèr’O et pas des Gremlins. D’abord les personnages… Ah non !? Comme tu voudras… Alors voilà :

C’est l’histoire d’un Roi et d’une Reine qui voulaient un enfant, car ils n’en avaient pas.
Ils voulaient absolument un enfant, car ils étaient mariés depuis longtemps (et parce qu’une famille sans enfant… ).
Puis un jour, la Reine fut enceinte et elle accoucha d’une petite fille.
Ils allaient enfin connaître le plaisir d’être parents, et toute la chaleur que cela procure dans un foyer.

Toutes les fées du pays furent nommées marraines, tant les parents étaient heureux.
Chacune des fées qui défilèrent devant le berceau, donna un don à la Princesse.
La vieille fée, qui n’avait pas compris ce qui se passait, et avait reçu la nouvelle un peu en retard, lui jeta un mauvais sort : l’enfant se percerait la main d’un fuseau et elle en mourrait.
Une jeune Fée modifia ce mauvais sort, car la Princesse se percerait bien la main d’un fuseau, mais au lieu d’en mourir elle dormirait pendant cent ans.
Les parents ne vécurent pas si tranquilles que ça, car… l’enfant demandait beaucoup d’attention.

Elle grandit pourtant, et devint jeune fille, et vous connaissez les ados… ils veulent toujours faire ce qui leur plait et échapper à la vigilance des adultes, une façon de s’épanouir sans doute… si bien que la Princesse se perça donc la main et tomba d’évanouissement ou d’épanouissement, et avant que tous furent ébahis, la bonne Fée qui lui avait sauvé la vie en lui donnant le don de dormir cent ans, réussit aussi à endormir tous les habitants du château…
C’était une façon de sortir les souverains d’un faux pas et la meilleure manière pour que la vieille fée n’en ressente aucune gloire.

Et cent ans plus tard, un Prince vint à passer dans ce château et se trouvait justement là, dans cette chambre, quand la Princesse qui dormait se réveilla, et que toutes les autres personnes se réveillèrent aussi.
Le Prince et la Princesse se marièrent et patati-patata… devinrent parents à leur tour et eurent (Non! pas beaucoup)  seulement deux enfants (même si j’en connais qui disent que deux c’est déjà beaucoup !), une première fille qu’on appela Aurore et le second, un fils qu’on nomma Matin.

Le premier jour de l’été arriva et le Prince dut s’absenter pour aller à la guerre.
C’est là que la Reine Mère Ogresse alla voir son Maître d’Hôtel et lui demanda pour le dîner la petite Aurore, le petit Matin et la Princesse. Mais la Princesse, mère d’Aurore et de petit Matin étaient sous protection dans la loge du Maître d’Hôtel. Et le Prince, qui était parti pour simplement superviser une bataille et qui connaissait bien l’appétit de sa Reine Mère, arriva dans la Cour sur ces entre faits. Alors l’Ogresse enragée se jeta dans le lac et s’y noya.

Quoi ? que dis-tu ? Tu ne comprends pas tout et ça ne correspond pas à ce que tu connais déjà ! Evidemment si tu avais voulu que je te parle des personnages, je t’aurais dit que :

La Princesse était la jeune fille, qu’on nomme « la Belle au bois dormant », qui se pique la main sur un fuseau ensorcelé et qui s’endort pendant cent ans. Elle est très jolie, pleine d’énergie mais un peu étourdie. C’ est la fille du Roi et de la Reine du début de l’histoire. C’est aussi la mère de la petite Aurore et du petit Matin qu’elle a conçus avec son mari le Prince.

Le Prince, c’est celui qui se trouve près de la Princesse quand elle se réveille et qui part pendant l’été pour la guerre. Il est vaillant et beau. C’est aussi le fils du Roi et de la Reine ogresse. Il est aussi le père de la petite Aurore et du petit Matin qu’il a conçus avec sa femme la Princesse.

La Reine Mère Ogresse, c’est la Mère du Prince et belle-mère de la Princesse. C’est une méchante ogresse qui est Reine et qui veut par là ne manger que des mets majestueux comme la Princesse, la petite Aurore et le petit Matin.

La vieille fée, c’est une fée très âgée qui jette un mauvais sort à la Princesse.

La petite Aurore, c’est la fille du Prince et de la Princesse qu’on appelle la « Belle au bois dormant », et la sœur de Matin. Je dirais qu’elle a quatre ans à la fin de l’histoire. Et c’est elle que la Reine Ogresse veut la manger avec sa mère et son frère.

Le petit Matin, c’est le fils de la Princesse et du Prince, et le frère d’Aurore. Je pourrais dire qu’il a trois ans quand la Reine Ogresse veut le manger, et devenu grand Jour à l’heure qu’il est maintenant.

Pour répondre quatre fois (oh j’aurais pu faire plus 😉 ) au défi d’écriture 116 chez Ghislaine avec les 8 mots proposés (aurore, plaisir, lac, faux, gloire, tranquille, matin, chaleur) où sur le thème « Scène de Vie », parce que le confinement donne des idées noires, parce que j’aime les histoires qui font peur, et parce que « raconter des histoires » fait partie de nos scènes de vie. C’est ça, le con… finement.

Le printemps arrive à grands pas

« Le printemps arrive à grands pas » avait dit Mémé ce matin.

Et alors avec sa légèreté habituelle et son éternel côté maternel, elle nous avait proposé d’aller ramasser une salade de pissenlits pour manger à midi ! Elle avait déjà écarté le candélabre et son unique bougie et les avait posés sur le rebord de la fenêtre, puis dévala les marches qui donnent sur l’extérieur. Les bâtons de cire et ses mèches, sortis encore hier au soir pour apporter un peu de lumière sur notre table, sont économisées depuis des mois et ne décorent plus en nombre maintenant ce vieux chandelier car les magasins ont été dévalisés en très peu de temps et certains produits ont complètement disparu des rayonnages.

Je rêve d’une salade de cramaillots aux lardons et œufs mollets. Mais je sais que ce ne sera que des jeunes pousses vertes accompagnées avec parcimonie de pommes de terre tièdes, cuites avec amour certes,  avec quelques brins d’ail des ours ciselés et deux cuillerées d’huile et vinaigre. Sans moutarde, car elle manque elle-aussi dans nos placards depuis longtemps. Les patates en salade, je les aimais bien avec du hareng aussi mais on n’ose pas même rêver de son arête centrale de nos jours. « Ces casse-couilles n’ont rien d’autre à inventer pour nous faire ch…hanter » se console-t-elle à répéter à chaque fois à l’heure du dîner. Hanté, j’entends et on l’est, c’est évident. On est confiné à domicile avec les enfants. On s’habituera peu à peu.

Le beau temps nous invite à ouvrir portes et fenêtres malgré tout. Les plus jeunes sont à plat ventre sur le seuil en contemplation devant des fourmis et des gendarmes rouges et noirs qui sortent d’entre les pavés. Ils tiennent des bouts de paille dans leurs doigts et sont absorbés à faire filer droit ces petites bêtes. Les plus grands sont assis sur le banc et rigolent. Ils m’ont avoué avoir préparé des antisèches pour quand les cours reprendront un jour. Comme l’aïeule, ils n’ont pas perdu leur joie de vivre et ne sont pas en peine pour me faire marcher.

En réponse à des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 41 ( printemps, légèreté, maternel, manger, candélabre, lumière, casse-couille, banc, antisèche, dévaliser, contemplation) et peut-être inspirée de mes lectures du moment.

J’ai décidé de t’écrire une lettre

Prise d’insomnie à nouveau cette nuit, j’ai décidé de t’écrire une lettre.

J’abandonnai mon édredon et trouvai ma plume.
Avec un peu de recul, je pense que l’approche de l’équinoxe vernal n’y est pour rien.
Mais tu sais, à la réflexion, mes quelques jours de repos m’ont fait du bien, loin de Popol.
Car quand nous nous sommes revus, il m’a dit que je n’avais plus mon teint marmoréen et que mon visage avait retrouvé ses aspérités.
Tu le connais, il est de plus en plus bohème, sur lui et au dedans, et a souvent l’esprit engorgé, et dit le contraire de ce qu’il pense, mais que pense-t-il vraiment ?. Je ne lui en veux pas.
Ce soir, devant les infos, il m’a répété deux ou trois fois qu’il y avait foule dans sa tête avec continuellement le bruit d’un train qui passe dans un tunnel… puis, que depuis bien longtemps il a oublié comment on résout une équation. Je n’y vois rien de plus grave que la semaine dernière.
Sur les insistances des précautions à prendre à propos de ce virus, il a eu une attitude assez singulière.
Il voulait me convaincre que sa cape d’invisibilité le protégeait et que je ne devais pas avoir peur car il n’était pas invalide. Il allait pouvoir aisément se débarrasser de ce truc corrosif en le jetant par dessus le mur du puits et le laisser se dissoudre dans la rivière souterraine.
Tu penses bien, j’étais là à ouvrir grands mes yeux et à me retenir de sourire. Monsieur Popples a des yeux de framboises et se demande connaissance et contoise. Il y vit de la moquerie et ressentit de la rancœur.
Je tentai de m’excuser en affirmant que ce n’était que de la curiosité et même de la fierté pour cet élan vengeur qu’il avait su exprimer. Il se mit en boule. Il en avait marre de tous ces ragots, et il partit dans son berlingot. Je suis encore là à l’attendre.
Si tu le permets, je ne t’enverrai pas ce courrier et laisserai cette page dans mon journal à côté de toutes les autres.

Pour répondre à l’atelier 115 chez Ghislaine (avec la proposition suivante: puits, vengeur, mur, ragot, visage, attitude, rancœur, recul, lettre), aux plumes chez Emilie (avec les mots suivants: insomnie, invisibilité, peur, invalide, réflexion, foule, équation, oublier, curiosité, boule, train, tunnel, attendre), à des mots, une histoire chez Olivia (avec la récolte 40 : berlingot, repos, engorger, rivière, virus, bohème, marmoréen, aspérité, vernal ) et à L’AIE chez L’impertinence de JoBougon

La consigne était claire

La consigne était claire, aucune restriction dans l’action du jour.

Pas question de louvoyer sans fin.
Et pas plus de test en guise de prologue cette foi-ci.
L’exécution se fera de suite avec tout le zèle de chacun.
L’existence ou la vue de masque n’était inconnue pour personne même si le mystère de la représentation persistait quelquefois.
« Ce n’est pas parce qu’on est chauve qu’on est sans cerveau », avait-elle prononcé. Ses yeux pétillaient. Quelle drôle d’idée émergée d’un excès d’arquebuse mal dosée sans doute.
Alors comme dans un souvenir sous des influences astrales ou sur un air de sarabande dont la transmission n’était audible que par elle, elle esquissa un fantôme, passeur de visions nouvelles.

Pour répondre à l’atelier 113 chez Ghislaine (avec la proposition suivante:  solitude, refrain, sarabande, passeur, prologue, astrale, chauve, cerveau, souvenir)  et des mots,une histoire chez Olivia (avec la récolte 38: inconnu, restriction, claire, test, transmission, masque, zèle, louvoyer, émerger, arquebuse, pétiller )

Des mots et des plumes au poil

Des mots et des plumes au poil

C’était avec beaucoup de plaisir qu’elle s’allongeait sur sa méridienne chaque après-midi face à la fenêtre, magnifique ventail à la transparence inégalable ouvert sur un merveilleux jardin.

Aujourd’hui, Lavinia était venue lui tailler la causette. A cet instant, elle vantait et fignolait sur la manière de porter ses spartiates qu’elle portait avec grâce, certes et qu’elle avait achetées lors d’un séjour estival italien.

Elle les lavait avec grand soin et s’étalait sur des détails. Puis avisait l’autre, toujours prête à traquer et débusquer les contre-façons, et dénoncer telle ou tel supercherie ou simulacre de la sorte.

Jamais à court de sujet, elle décrivait déjà comment les levantins tanisaient avec talent leur vin blanc qu’elle avait pu déguster dans de magnifiques tâte-vins.

Les mots valsaient dans sa bouche trop animée si bien que de la salive vaselinait au coin de ses lèvres.

Annetta la regardait, l’écoutait et taisait la douleur de sa récente césarienne, trop émue par cette nouvelle natalité. Son esprit anéanti par cette flopée de mots mielleux s’enlisait de vilaines pensées que ce radotage sans intérêt n’évitait en rien. Elle sentait qu’elle n’allait pas être hypocrite plus longtemps car elle ne pouvait plus camoufler cette énorme envie de rire qui lui vrillait l’intestin.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé des mots et des plumes au poil aux mots de la récolte 36 chez Olivia ( méridienne, césarienne, douleur, fignoler, causette, spartiate, plaisir ) aux mots de la collecte du 10 sur les petits cahiers d’Emilie ( supercherie, hypocrite, mielleux, camoufler, simulacre, radotage, transparence, taire, traquer ) et l’anagramme de Saint Valentin ( valsaient, nativité, anéanti, levantins, vaselinaient, salive, intestin tanisaient, ventail, étalait, vilaine, talent, sentait, taisait, instant, italien, estival, lavait, vantait ) chez Violette.

Une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité

Elle avait agi avec une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité.

Depuis son retour, elle avait changé, mais on ne s’en étonnait pas vraiment, elle était tellement serviable.
Seulement aujourd’hui, tout le monde l’a vue partir en ambulance.

Ça s’est passé lors d’une maintenance logicielle, chez un particulier.
Se sent-elle dans l’illégalité ?
Elle a mal tourné, c’est sûr, mais personne ne semblait s’en tracasser jusqu’à maintenant, car elle a gardé son visage innocent.
Dans une toute autre localité, elle aurait risqué la potence, mais dans notre contrée, tout devait se faire en douceur.

C’est à l’étranger, dans une ferme gallicole, qu’elle avait acquis ce savoir-faire carrément fou, à manipuler l’électricité sans provoquer aucune blessure visible.
Mais profonde était la douleur. Les cris des animaux en ce lieu étaient si perçants et différents que nul n’entendait une variante.
Elle avait continué ensuite sur ses amants. Selon un processus dynamique et au cours de pratiques intimes, elle était arrivée à les amener dans une pulsion ultime au paroxysme du priapisme. Ils en étaient morts bien sûr.

Elle disait avoir vécu sa vie là-bas comme dans un songe sur cet îlot lointain. Avait-elle vraiment tout oublié ?
Elle avait décrit l’endroit calme où l’odeur d’œillet et d’armoise envahissait l’air en été et semblait persister en hiver. On aurait pu la croire seule. Avec toutes ces bestioles, ça n’étonnait personne !?

Elle y avait également travaillé à récolter l’écorce des arbres, avec des outils spéciaux. Une fois taillée finement, roulée et ligotée fermement, celle-ci devait être trempée dans l’eau jusqu’à ce qu’elle prenne cette couleur de meringue.
Était-ce uniquement l’eau qui lui donnait cette couleur ?
Elle avait omis de raconter ce qu’elle avait fait subir au personnel intérimaire et permanent qui avaient disparus petit à petit de cet îlot sous prétexte qu’ils ne s’y plaisaient plus.

La dernière personne qui avait tout découvert et qui aurait pu tout dire, avait subi le même sort que les autres, et avait été enterrée dans le grand verger, sous un arbre qui donnait aujourd’hui les plus beaux fruits destinés à l’export.
Quelqu’un allait s’en étonner un jour, c’était une évidence, non ? Car celle-là, par contre, avait eu la bonne idée de tout écrire dans son journal qu’elle avait enfoui dans un coffre métallique sous ce même arbre, avant d’y être à son tour.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 35 ( fruit, ambulance, électricité, meringue, écorce, armoise, innocent, douceur, retour, potence et priapisme ), à  l’atelier 111 chez Ghislaine avec les mots proposés ( blessure, étranger, songe, fou, tourner, subir, écrire, savoir ) et au moins 5 commençant par P ( pulsion, provoquer, prétexte, particulier, parfaitement ), et à l’anagramme de collégiale chez Violette (comme illégalité, logicielle, gallicole, localité, agilité, celle-là, collait, ligotée, taillée, œillet, îlot).