Mon café a un goût amer

Mon café a un goût amer ce matin, comme beaucoup de choses à l’heure actuelle.

La rivière est à sec depuis bien longtemps et il faut aller maintenant chercher l’eau à des profondeurs inimaginables. Le ciel est gris aujourd’hui encore comme hier déjà. Les arbres, l’herbe et les feuilles aussi. C’est une incompréhension totale depuis ce jour où cet énorme champignon toxique a envahi l’atmosphère en chassant les nuages et cachant le soleil.

Mes mains entourent la tasse et blanchissent au niveau des articulations. Il faut dire que ma peau s’est beaucoup éclaircie ces temps derniers. Un tourbillon d’images et de belles couleurs arrivent dans ma tête à la vitesse d’une étincelle et s’effacent aussitôt. Des bribes de mémoire me reviennent, mais tellement éphémères. Ou l’ai-je lu quelque part ? On n’a pas su tout de suite que c’était toxique. On n’a pas encore découvert toutes les facettes d’un tel bouleversement, mais pourra-t-on renaître complètement ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés, les autres textes sont là.

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Matinale par habitude

Je suis matinale par habitude,

et ce matin, prête bien avant l’heure de mon rendez-vous. Alors j’ai pris le chemin du jardin public et marché jusqu’au kiosque. La glycine a tressé de jeunes lianes sur les deux piliers les plus ensoleillés et de nouvelles hampes fleurissent. Est-ce de façon aléatoire si je cueille la plus petite qui se trouve à portée de ma main, ou parce que je la sais assortie à la couleur de mes yeux ? Je souris et l’accroche à une boutonnière de ma veste, comme il le faisait jadis. Et puis l’émotion envahit mes joues que je sens rougir, mes oreilles bourdonnent et une vague de révolte me fait accélérer le pas jusqu’à une terrasse de café où je m’affale avant de commander un café.

C’est ma participation à « des mots, une histoire » chez Olivia avec les mots proposés dans cette récolte 17 et pour laquelle les textes paraîtront ce vendredi 13 septembre.

Une vague de souvenirs

Une vague de souvenirs fit afflué le rose sur mes joues.

Il était connaisseur, affirmait-il fièrement, savait un rayon sur tout. Il était de plus en plus vaniteux, notre entourage disait que ce n’était rien ou pas grand chose, qu’il était jeune et que viendrait le temps annonciateur où il réaliserait et saurait réparer. Rien n’était venu.

Une bouffée de chaleur me fit fermer les yeux et je retrouvai un peu de repos. J’avais cru au bonheur, mais je n’avais été qu’une gourde prête à oublier et à s’attacher de nouveau à la moindre éclaircie. Souvent reprise sur ce que j’entreprenais, il ne se gênait pas pour me contrarier.

J’en ai eu marre et ce matin-là, ce fut celui de son départ. Il avait préparé ses affaires comme à chaque déplacement, n’avait pas participé au ménage de fin de week-end comme à son habitude. Alors avant qu’il ne passe la porte, je lui mis son parapluie dans sa main libre pour les intempéries à venir en lui demandant de ne pas revenir et de suivre maintenant sa route sans moi.

C’était une petite victoire. Et puis à la rentrée, j’ai déménagé. Non ce n’était pas pour partir à l’aventure et explorer le monde, mais cette résignation a allégé nos tracas. J’habitais un joli appartement avenue de la république, j’en ai trouvé un, aussi cosy, dans une rue moins passante, mes voisins sont sympathiques et surtout lui, ne connaît pas ma nouvelle adresse.

Je regarde mon café noisette. Pourrai-je encore aimer ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés pour la semaine et les semaines passées où je n’ai pas participé pour cause de vacances dans la maison de famille avec une vague de souvenirs. J’ai essayé de faire une suite à mon article précédent.

Six mots, douzième histoire pour un mois doux

Six mots, douzième histoire pour un mois doux.

Pas l’ombre d’un doute, je savais que je ne sortirais pas indemne de ce rendez-vous, mais, croyez-moi, lui aussi allait garder quelque souvenir. Il était venu pour manger, ça se lisait sur sa mine, et voyant mon cappuccino, seul sur la petite table ronde, il s’est ravisé et s’assit sur l’autre siège un peu nerveux quand même, je le vis à ses mains. J’avais choisi le coin bar des tables étroites et sans nappe. Cependant j’étais soulagée qu’ il soit venu. L’entrevue serait courte, je le savais. Je me sentais presque détendue quand le barman arriva, et perçus, à cet instant seulement la musique de fond diffusée légèrement. Je portai la tasse à mes lèvres et le laissai passer sa commande.

Six mots, douzième histoire pour un mois doux. C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la récolte 12 et sûrement inspirée de ma lecture du moment. Je vous invite même à cliquer et écouter.

Aujourd’hui 21 juillet

Aujourd’hui 21 juillet, tout est préparé depuis si longtemps…


Concentré et toujours au même rythme, il exécute à nouveau, face à son coéquipier comme dans un miroir, les mêmes gestes pour la centième ou millième fois peut-être.
Seulement, ce n’est plus une répétition, c’est pour de bon et la dernière fois.
Sans voir, il sait que la ruche des photographes et journalistes est là sur le pont prête à saisir et immortaliser le plus original des clichés et que les humains terriens rêvent d’eux et les envient.
Quand il ajuste et verrouille la fermeture de sa combinaison au niveau du cou, il perçoit des senteurs légères de verveine et citron. L’eau de toilette préférée de son épouse dont il a emporté deux ou trois gouttes avec lui rien que pour ce jour. Il prend soudain conscience de son absence.
Toujours discrète et tellement peu exigeante, elle n’avait émis qu’une seule doléance avant son départ : « Là-haut, pense aux enfants du monde entier ». Ça allait être un événement pour tous, dont ils allaient être les vedettes, mais pour que ce moment soit juste de lui à elle, il lui avait fait livrer, ce jour-même, un bouquet de roses rouges et de lys blancs. La fleuriste du coin de l’avenue était-elle sur le pas de leur porte à cet instant ?
Trente secondes avait suffi pour penser à elle. Il respira en fermant les yeux, vit le regard interrogateur de son collègue en les ouvrant et lui sourit. Il était prêt et fit un geste de la main pour dire OK. Il se remémorait déjà les actions qu’il aurait à faire et la phrase qu’il devait dire lorsqu’il poserait le pied sur la lune. Il se devait d’être l’interprète de toute une équipe et d’une nation dans cette mission devant des milliards de spectateurs.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la récolte 11, comme Apollo11 car c’est ça qui m’a inspiré, illustrée de bleu comme la Terre que voyaient ces cosmonautes, il y a cinquante ans déjà.

Des mots dits et une histoire chez Olivia

des mots dits et une histoire chez Olivia

La canicule plombe l’atmosphère cette semaine encore, et je reste au frais dans la cuisine dont la large porte-fenêtre s’ouvre au nord et donne directement sur le jardin ensoleillé. Avec ses rosiers, hortensias et buddleias tous fleuris, et le gros figuier portant ses fruits presque mûrs et étendant largement son ombre sur la pelouse, ç’aurait pu être comme un conte de fées ce weekend, s’il n’y avait pas eu ce clébard qui aboyait chez les voisins depuis vendredi soir. C’est comme ça toutes les fins de semaine quand il fait beau. Ils partent et se moquent pas mal de l’animal.

Alors, fatiguée de l’entendre, je suis allée avec mon arrosoir plein d’eau fraîche pour vérifier s’il avait à boire. Mais il avait tourné tant et tant de fois autour du piquet qu’il avait raccourci sa longueur de corde et ne pouvait plus atteindre son auge dont l’eau s’était évaporée. Quelle misère ! Et quelle odeur ! son enclos, jamais nettoyé, est un vrai crottoir. Il ne faut pas être expert en la matière pour constater que ce chien n’est pas aimé de ses maîtres.

J’ai hésité, puis j’ai ouvert la porte. La pauvre bête n’aboyait plus, se tenait plutôt tranquille, soufflait fort et souffrait terriblement apparemment. Je suis rentrée à côté de lui, mais sa corde était trop entortillée et je ne pouvais pas défaire tous ces nœuds sans tirer sur le cou de l’animal et lui faire mal. Je le détachai. Merde, je n’avais pas refermé la porte derrière moi et il s’est barré, le con… pour aller se rouler dans l’herbe fraîche sous les arbres. Ah oui, comme je le comprends. Ça y est la corde est dénouée… et le toutou revient à toute vitesse et me saute dessus sans que je puisse me protéger… Patatras… puis se retourne vers l’auge que j’ai remplie et lape, lape tant qu’il peut.

Bon, je suis toute sale, mais il est revenu et je peux le laisser là, rassurée. Comment ne pas s’émouvoir de ce gros merci chavirant.

C’est pour répondre à des mots dits et une histoire chez Olivia avec les mots proposés et en pensant à tous les êtres vivants touchés par la canicule de ce début d’été, et les textes des autres participants sont là.

Des mots neufs et une histoire chez Olivia

Des mots neufs et une histoire chez Olivia

Le téléphone bien calé dans le creux de sa main droite et son casque sur la tête, mon père était déjà debout ce lundi matin dans l’embrasure de la porte d’entrée, prêt à intervenir. Il gardait l’index levé le long de l’appareil, pointant vers une direction inconnue et le pouce plié, cliquant rapidement sur les touches. La pluie et l’orage avaient tout détruit dans la nuit pas loin d’ici et, chez nous, avaient rassemblé les feuilles, des branches et des tuiles en bouquets déstructurés ça et là dans les jardins et sur les routes. Il ne pleuvait plus, mais la complainte du vent hurlait encore là-haut dans la montagne sous les nuages. Je crois que c’est un jour comme celui-ci quand j’ai perdu ma mère, que je suis sortie de l’enfance et ai oublié toute sa magie.

C’est pour répondre à des mots neufs et une histoire chez Olivia avec les mots proposés et en pensant aux gens d’ici touchés par l’orage de l’avant-été,
et les autres textes sont là.