Des plumes, des mots, une histoire

Des plumes, des mots, une histoire.

Elle  a une imagination extraordinaire. je l’appelle l’Originale, mais motus. Le jour où je l’ai connue, elle avait proposé cette après-midi créative à toute personne connue ou pas de la contrée. Ça allait être une occasion d’agrandir le groupe des fous, avait-elle annoncé.

Puis avec beaucoup de fantaisie, elle avait parlé d’une possibilité de faire ensuite une fantastique exposition. Le lieu restait à déterminer. Son immense plaisir lui donnait un regard hagard et l’air bizarre. Elle avait fait promettre aux quelques uns qui étaient dans la confidence de toujours garder le silence.

Le jour venu, Elle fit apparaître l’orignal d’une multitude de gestes rapides. Et alors, une autre, prise d’une folie semblable, réalisa de mille points et autant de traits un trèfle à quatre feuilles qui traduisait tout le bonheur qu’elle éprouvait à son tour. Puis, d’autres mains, émergèrent des tournesols d’un tableau encore inconnus et pourtant si reconnaissables. Les principes, préjugés, idéologies, concepts, ombres, essais, images avaient cheminé et pris formes à la vitesse de l’éclair dans ces esprits vifs. Qui auraient pu prédire d’une si belle réussite avec tous ces olibrius réunis ? Elle adorait cette citation qui lui servait de devise : « Compte en vain sur l’aubaine d’être seule, toujours escortée par toi-même ».

Elle est unique en son genre. Par sa gentillesse et sa perspicacité. Elle laisse chacun suivre ses envies, ses rêves et ses intentions sans jamais les contredire ni les contrarier. Puis avec un esprit visionnaire, elle sait faire pour qu’ils courent se surprendre d’eux-mêmes. Ce jour-là, tous ont pris le pinceau ou l’outil de leur choix, l’ont trempé dans un peu d’eau ou attaché à un fil, et couvert des pages de papier ou de toiles, avec cette idée d’innover. Sa préférence à elle est de rester le maroufle invisible qui les laisse interloqués.

 

Des plumes, des mots, une histoire pour répondre avec beaucoup de plaisir à Emilie, Olivia et Ghislaine et tous les mots proposés illustré du petit renne au regard hagard et l’air bizarre. Un choix maroufle par pure gentillesse sans surprendre ni innover.

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Assis près du phono et les yeux fixés sur sa photo accrochée au piton, Piotr boit. Il a fait le point, un horion pour chacun des deux autres. Sans en faire trop, il ne fallait pas le prendre pour un pion, ni un robot. Puis il prit du rôti de thon et sa portion au potiron.

Tonio et Robin ont choisi une autre option avec un peu de potion, Il leur reste comme un proton dans le bidon. Le trio parle d’un trip et en font tout un topo. Ils iront à Bron, traverseront le pont et retrouveront le brio, Thor et Otho, près du port.

Ils boiront du pinot et porto sous le tipi, et un brin noir, chacun racontera son potin porno assis sur son siège en rotin.

C’est ma participation à l’anagramme de Prohibition et P pour l’abécédaire de Violette proposés cette semaine pour parler de la prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno.

Il aurait eu cent ans demain

Il aurait eu cent ans demain.

Ça fera bientôt un demi-siècle qu’il est parti en voyage pour une destination inconnue. Et il n’est toujours pas revenu.
Il a du trouver une merveille, sans nul doute, pour s’absenter si longtemps. Et on parlera certainement un jour de cette nouveauté dans un futur journal télévisé.
J’ai toujours pensé qu’il était capable de découvrir la plus belle des fleurs sauvages et rester auprès d’elle pour la protéger. Il aimait beaucoup la nature et ses filles, et avait offert des tulipes blanches à notre mère deux jours avant son départ pour fêter la vingtième année de leur mariage. Il adorait ma mère et lui offrait, chaque mois de mai, un bouquet de marguerites qu’il allait chercher à l’aube, le jour de son anniversaire. Il chantait aussi, dans la divinité. Il est sûrement parti apprendre à composer la plus jolie chanson pour le jour de leurs retrouvailles.
Je garde en mémoire cette image que j’aimerais effacer, de ses doigts croisés et ses mains crispées sur sa poitrine quand ils ont fermé le couvercle de bois. Ses yeux étaient fermés et ses paroles étouffées à jamais.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés et un grand hommage à mon père. Il aurait eu cent ans demain.

Se perdre chez l’influenceur

Ne pas vouloir se perdre chez l’influenceur, ni se laisser modeler par la folie.


Garder la certitude de retrouver l’harmonie et toute la tendresse des années bonheur.
Se mêler aux bousculades pour ne pas manquer le saltimbanque.
Se mouiller et se tremper, au point de passer pour un exploiteur de bourses, pour n’apercevoir finalement qu’une ombre floue et insipide.
Frôler le burn out et retrouver assez de caractère au risque de se faire enguirlander.
Elles m’avaient lancé : « Chiche ». Sans toutefois lâcher les cloches d’une main, j’ai plongé et tendu l’autre. Et voilà ce que j’ai attrapé et rapporté. Pourquoi penser qu’en rouge et blanc ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés des deux dernières semaines et beaucoup de fantaisie pour sourire un peu sans se perdre chez l’influenceur. Ici, tout est fait main.

Entendre à nouveau le cri des kangourous

Me tarde-t-il vraiment d’entendre à nouveau le cri des kangourous ?

Je pense souvent à cette rencontre d’antan. Énorme défi qu’on accepte bon gré mal gré. Il y a eu le défilé aux invalides… et des pique-assiettes, bien sûr. Fameux vestige ! Je sens un sourire monter. N’empêche qu’il y aura toujours cette étincelle dans les yeux de nos petits. Et puis j’entends: « plus d’espoir ! », mon visage s’éteint.

Ressentir cette dualité intérieure, enserrée dans une situation indicible, où les souvenirs se bousculent et les projets restent et attendent… Mais attendre quoi grand dieu puisque d’aventure on ignore ce que demain sera. Je voudrais calmer cette révolte au creux de mon ventre. Mes épaules sont lourdes comme si tous les méandres de la vie y reposaient soudain. J’ai l’impression d’avoir vécu ce moment… Est-ce une répétition ? Drôle d’interprétation, ça va sans dire. Je serais incapable de sortir trois mots de suite sans zézayer. Alors je me tais. J’écoute.

Chaque expiration est un soupir et sa respiration est régulière. Est-ce pour ça que le Finistère porte ce nom ? Faut-il aller au bout du bout pour s’envoler ? Le cygne le fait bien, lui. Fais-moi un signe… les paroles de la chanson trottent dans ma tête et apportent un sourire sur mes lèvres. Il va falloir… ou ne plus falloir y penser… Penser au canard et préparer son foie une dernière fois. Déposer la brioche sous le torchon et la laisser s’enfler sans l’oublier. Ouvrir la bouteille pour que le vin s’oxyde et prenne tous ses arômes.

Ne plus penser et se laisser explorer les méninges comme si des milliers de mains les trituraient en douceur. Sans sursauter, se souvenir des claquements de portes et surveiller l’arrivée des amis, des claquements de langues des convives à la découverte des saveurs, des claquements de glace sur le lac gelé, des claquements de fouet du traîneau qu’on ne verra peut-être jamais dans le ciel…

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de ces dernières semaines et mes idées grises.

Bien curieuse rencontre

Bien curieuse rencontre lors d’une promenade en famille dans la nature.

Quand j’ai lu sa proposition et ces mots pour l’Agenda Ironique de Novembre, j’ai souri et j’ai repensé à l’histoire que mon grand-père nous avait racontée le jour où nous avions trouvé ce drôle d’animal sur l’écorce d’un arbre. Je vais essayer de vous la répéter ici, sans turlupinade, promis.

« C’était il y a bien longtemps quand les animaux, les arbres et les plantes parlaient encore (non non ce n’est pas une carabistouille).

L’hiver approchait et tous les arbres de la forêt avaient perdu leurs feuilles.
Tous… sauf un petit noisetier.
Il lui restait une feuille, une seule, accrochée au bout d’une branche.
Elle résistait au vent de l’automne. Elle ne voulait pas tomber.
Les autres arbres de la forêt regardaient méchamment le noisetier, ils pointaient leurs branches nues vers lui et se demandaient pourquoi il ne laissait pas tomber sa dernière feuille.
-Si ça continue, l’Hiver ne viendra pas…

Le pauvre noisetier était bien ennuyé et disait souvent :
-Feuille, ton heure est venue, tu dois tomber…

Mais chaque fois la feuille impugnait et répondait :
-Non, non ! Je ne veux pas mourir.

L’histoire se répandit à travers la forêt et même au-delà.
Si bien que l’Automne, avec sa longue barbe ambrée, vint en personne voir la feuille.
-Alors comme ça, tu ne veux pas tomber.
-Non, non et non !
-Et pourquoi donc ?
-Parce que j’aime trop la vie.
-Sais-tu ce qui arrivera, si tu ne veux pas tomber de l’arbre ?
-Euh… non
-Eh bien, l’Hiver ne pourra pas arriver. Le Printemps ne viendra pas non plus ! Ton caprice bouleversera le cycle des Saisons. Et tous les arbres resteront nus à cause de toi jusqu’à la fin des temps.

La petite feuille hésita et ajouta :
-Bah… J’ai bien réfléchi et c’est encore non. J’aime les Saisons, mais j’aime encore mieux la vie. C’est décidé, je reste.

L’Automne s’en alla, l’air pensif. Comme l’affaire était grave, il appela l’Hiver, le Printemps et l’Eté. Les quatre vieillards se réunirent au sommet d’une montagne pour débattre du cas de cette réactionnaire et des conséquences pour la nature et la biodiversité.

-Les feuilles ne sont plus ce qu’elles étaient…déclara l’Automne (rendu riche par nature et couvert d’or, comme un gros marchand un peu paterne qui se laisse vite éplapourdir).

-Elle mérite la mort ! cria froidement l’Hiver (gris et parfois glaçant, souvent déterminé à chafourer, tabuter et affolir la nature et les êtres).

-Moi, je la comprends un peu, dit le Printemps (doux et fleuri, plein de sapience, toujours prêt à détraper les uns et les autres sans les embabouiner forcément).

-Moi-aussi, ajouta l’Eté (suant et transpirant, perdu dans ses évagations, il était loin de tout ça. Parti coqueter dans l’hémisphère sud pour s’y installer quelques temps et plutôt attiré par des amusoires de toutes sortes, appréciant les rimbobos des joies populaires en plein air et savourant les nombreuses frioleries à sa portée, il avait dû revenir à ce conseil et ça lui donnait encore plus chaud).

Les Saisons (période assez longue, où ce réunit le conseil et qui dure pour ainsi dire toute la vie, où l’on causaille et lantiponne pour débiter des balivernes) palabrèrent toute une semaine, jours et nuits.

Puis, pour ne pas s’éterniser quand même ni bloquer le cycle des Mois (période plus ou moins courte, où le conseil peut, mais pas forcément, se réunir pour chamboler et se routiner au fil des Saisons), le Printemps proposa de laisser la vie à cette feuille.

-Mais comment ?
-En la transformant en animal. Ainsi, elle pourrait quitter sa branche sans mourir.

L’Eté, pressé d’en finir, applaudit à cette idée. L’automne et l’Hiver restaient dubitatifs, un peu quinauds.
Ils se rendirent au pied du noisetier.
L’Automne expliqua qu’ils avaient trouvé une solution , que la feuille allait devenir un animal et pourrait garder la vie au fil des Saisons.
La feuille frissonnait de joie.
Alors, je crois que les Saisons prononcèrent une formule magique, et jetèrent une ou deux poignées de poudre de vie.
Instantanément des pattes d’insectes apparurent sous la feuille, et des yeux aussi.
Mais la quantité de poudre était telle, qu’elle donna vie à la brindille sous la feuille, et des pattes et des yeux lui poussèrent.
La feuille et la brindille sautaient de joie autour des Saisons en les remerciant.

Et c’est là que la feuille demanda son nom de nouvel animal. Et la brindille aussi.
Le Printemps, jamais à court d’idées, sortit un sac de sa poche et demanda à chacun de tirer trois lettres qui formeraient leur nouveau nom en commun. La feuille tira le P, le H, puis le A. La brindille piocha le S, le M, puis le E. Et c’est ainsi que le mot phasme apparut.

-Quel joli nom ! dirent ensemble la feuille et la brindille.
-Parfait, dirent les Saisons.
Depuis ce jour, la famille étrange des phasmes vit dans la nature sans jamais trop se faire remarquer (restez discrets s’il vous arrive de faire vous-aussi cette bien curieuse rencontre) et le cycle des Mois ne fut jamais bloqué. »

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de Novembre. Oui, quand j’ai lu sa proposition et ses mots pour l’Agenda Ironique de Novembre, j’ai souri et je crois avoir compris la règle du jeu. Seulement cette belle histoire me trottait dans la tête encore et encore, le tirage des lettres ne venait qu’à la fin, et il n’y avait que six lettres à piocher, alors je l’ai écrite quand même et j’ai fourré tous les mots proposés dans mon texte parce que je crois que c’est aussi comme ça dans l’Agenda Ironique… je fais ce que je veux… et qu’il neige… neige ici quand je pose ces mots… et qu’il faut que je poste avant toute autre chose, car quand vous lirez ces mots… de l’eau aura coulé sous les ponts…

Ouvrage en patchwork

J’avais bien l’intention d’avancer mon ouvrage en patchwork ce matin,

mais d’un geste impromptu, ma main a plongé dans mon sac de fils à tricoter en vrac. Ce sac à vrac est toujours à portée de mains. J’ai l’impression qu’il ne sera jamais vide malgré mes longues journées de tricotage. Je ne perds pas courage, j’y arriverai bien un jour. Je tire d’abord un fil bleu turquoise accroché à un fil vert anis, puis un mélange de fils emmêlés suit. J’aperçois aussi du blanc, du rouge et du rose pâle. J’essaie de démêler ce vrac et le secoue un peu, l’énorme pelote informe rebondit mais rien ne s’arrange, ni se décroche…

Les deux premières couleurs me plaisent pourtant bien et j’ai bien envie d’essayer de faire un petit lutin. Je fouille un peu plus au fond et aperçoit un peu de noir. Ah, c’est ce qu’il me faut. Je tire. Le bout de laine n’est pas très long mais ça ira. Je monte vingt mailles sur une aiguille. C’est ce que je lis sur mon petit papier bien que mon dessin ait plutôt l’air d’un squelette. J’ai griffonné rapidement lundi ce croquis d’après les explications qu’elle nous a livrées.

Elle, c’est Roberte qui est revenue enfin au club du lundi après-midi. Elle va mieux, nous a-t-elle dit. Elle a été cambriolée cet été, en pleine nuit alors qu’elle était dans sa maison, elle n’osait plus sortir, n’avait plus goût à rien. Puis elle a déménagé. Et c’est une renaissance pour elle. Elle était déçue, car elle avait pris du retard dans la confection de ses ouvrages. Alors on l’a aidé tandis qu’elle papotait et riait à nouveau. Puis elle a parlé de lutins qu’elle avait tricotés un jour il y a des années déjà mais elle croyait bien se rappeler des dimensions.

Je regarde aujourd’hui ce croquis qui ressemble plus à une arête de poisson qu’à des explications de tricot, avec d’un côté deux mots, mousse et jersey, répétés l’un sous l’autre alternativement ou presque, au milieu sont notés des nombres de rangs et de l’autre côté des noms de couleurs…

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la semaine.