Fabuleuse ambiance du mois chaud

Fabuleuse ambiance du mois chaud s’est estompée,

la maison s’est vidée, les deux A sont arrivées, venues hier soir pour souper, les mains chargées, une pour le père, une pour la mère, il a tout sifflé, elle a partagé, ils ont apprécié, et pour discuter avec N surtout, qui était là depuis peu elle-aussi, mettre au point certaines choses et écouter pour réussir leur voyage et leurs vacances, puis partir sous l’orage et la pluie de la nuit. On a parlé de mémoires, on a souri de nos histoires, elle a demandé à les avoir et j’ai cherché, n’ai rien trouvé, en ai rêvé, n’ai pas dormi. Seule la pluie est restée ce matin et apporte la fraîcheur dans l’air et dans ma tête. Pain et café chauds, idées fraîches et nouvelles recherches, grand sac coincé dans petit coin, perles brodées sur velours défraîchi à raccourcir. L’autre N va être contente, depuis deux ans allait nue sans doute.

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Ah j’en ai connues des lunes

Ah j’en ai connues des lunes…

L’une et l’autre se ressemblent vraiment, tellement pareilles, quasi identiques,
L’autre lune est plus grande et grosse, volatile et liquide, presque élastique
Blanche et bleue et fort sympathique.

Toutes trois se tournent autour depuis toujours sur des orbites concentriques,
Les jumelles dans un sens et l’autre dans l’autre, à des distances kilométriques
Comme des êtres excentriques.

L’une et l’autre en lucioles évoluent au-dessus du sol
L’autre lune si énorme ne montre d’une partie de sa fiole,
Juste une coupole.

Fallait-il être jobastre pour venir ici sur l’aire et vivre sur cet astre.
Au début ça m’a flanqué les boules et des coups dans l’hypogastre,
Mais avec quelques piastres, on y est arrivé sans trop de désastres.

L’important ce n’est pas d’où l’on vient, de Castres ou d’ailleurs
C’est d’être bien à l’intérieur, et respirer à pleins poumons un air meilleur
Pour être gai dans notre cœur.

« Surprise » m’avait-il dit et me l’avait promis pour mon anniversaire,
Dam’ sans penser à la pierre angulaire, j’espérais pas plus qu’une soirée culinaire,
Mais trois lunes à la fois, et la lumière à mes pieds, quelle affaire
Car depuis, nous vivons sur Sol’aire.

Je n’ai rien demandé, et sans la décrocher, il a su m’y emmener,
Loin de ce monde vain, quand d’autres y sont restés et peuvent tous aboyer,
Mais à ce roc doré, mon cœur s’est accroché,
Et reste énamouré.

Si pour être en équilibre, il faut trois pattes à un canard
Ou pour sembler heureux, se goberger de caviar,
Pour moi, c’est simple, pas compliqué et sans homard
ce sera choucroute au lard… et beaucoup d’art.

Le hasard nous a déposés là, au gré des vents et sans tourment.
Nous sommes partis avec un chien, un chat et avons eu trois enfants
Un noir, un blanc et le troisième, j’sais plus comment,
On a plus la forme d’antan, mais avant c’était avant assurément,
Et tous sont bien contents, puisqu’ils ont fait nos petits-enfants.

Ce dont j’vous cause, c’est y a longtemps, car aujourd’hui
Les lunes sont là en plein midi et même la nuit… pour faire joli
Dans le décor. Le sol, l’aire et l’air en sont remplis
De gens d’ici, des autres d’ailleurs et ceux qui rient
Et moi je prie

Je n’ai rien pris, il a suffit d’un pas, un pas de toi vers moi, et un de moi vers toi, nos doigts levés montraient ce là, pour un voyage de miel on y rêvait déjà. Quand l’un posa le pied, l’autre l’a suivi, toi et moi ici de là-bas partis.
Pourtant le 21 ils étaient trois, partis de là et aluner ici. Ils parlèrent d’un sol gris et tout dégarni, ils n’ont pas vu tout ce qu’on voit, surtout celle-là, toute verte à deux pas, et qu’il y en avait trois.
Au fait, trois quoi ? Trois lunes ? trois astres ? trois pas ? Les valeurs d’ici on ne les connait pas, mais en tous cas, on est tous là, venus y vivre et on mourra. Loin de tout ça, Belle Bleue là-bas, on la voit notre Terre d’avant derrière nos toits.

Ce sera ma participation à l’Agenda Ironique de Juillet en hymne à la Lune proposée par Louise deMathurinades. En illustration, quatre petits falzars que j’ai cousus pour cacher quatre petits pétards. Ah j’en ai connues des lunes !

et les autres textes sont là.

Pour confectionner un bon repas

Ma mère était une championne pour confectionner un bon repas.

Pour confectionner un bon repas

Oui, elle était championne pour confectionner un bon repas et faire pour que la maison soit chaude et accueillante.Elle tenait ça de Mémé, à c’est ce qu’elle disait, mais je n’ai pas de souvenir de mon aïeule que je n’ai pas connue. Et je ne suis plus très sûr des souvenirs que je garde de ma mère, ça fait tellement longtemps qu’elle m’a quitté.

Ce soir, je partagerai mon repas avec Sam, avec vue sur le fleuve dans lequel les lumières de la ville viennent agoniser. Je sors le repas de mon sac et Sam installé tout près de moi suis mes gestes avec attention et se lèche les babines. Je suis assis sur la couverture que je viens d’étendre sur le pavé. Sam est un bâtard, il remue la queue et baisse les oreilles quand je lui demande s’il a faim. Lui et moi on s’est rencontrés il y a trois ans sur le terrain vague. Il ne portait pas de collier, mais une énorme blessure à la patte. Avec quelques pièces, j’ai acheté de quoi le soigner. On ne s’est plus quittés.

Mélange entre labrador et je ne sais trop quoi, Sam a de grands yeux noisette où se lit le pardon, l’amour, la vérité. Dans son regard il y a parfois bien plus que dans celui des gens que je croise chaque jour. Sam a eu l’occasion de se tirer mais il est resté avec moi. Il y a un an, quelqu’un a proposé de l’adopter. Un vieux monsieur qui venait de perdre son chien et habitait une maison avec un jardin. Sam aurait pu être heureux là-bas. Manger à sa faim chaque jour, dormir sur une couverture près d’une cheminée. Peut-être même sur un canapé. J’ai accepté de le laisser partir, mais une semaine plus tard, le type m’a ramené Sam en me disant qu’il se laissait mourir de faim sans moi.

C’est un soir exceptionnel aujourd’hui, alors j’ouvre la barquette de jambon, laisse les quatre tranches à Sam. Il les a bien gagnées, car c’est souvent grâce à lui que les gens me filent quelques pièces. « Joyeux Noël, mon vieux ! » Il se jette sur la bouffe tandis que je l’observe en souriant. J’enfile mes mitaines en laine avant d’entamer ma première bière. Elle est glacée. « A la tienne, Sam ! »

J’attrape le petit livre dans mon sac à dos et contemple la couverture. C’est une dame qui me l’a offert. Elle habite au-dessus de la supérette et je la vois presque chaque jour quand elle va faire ses courses. Elle ne me file jamais d’argent, peut-être qu’elle n’en a pas beaucoup. Mais ce matin, elle m’a donné ce bouquin en me disant que la nourriture de l’esprit était importante aussi. Je l’ai remercié n’osant pas lui avouer que je ne suis qu’un pauvre illettré à qui il faut dix minutes pour lire une ligne. Grâce à la lumière du lampadaire, je déchiffre à voix haute. « Chiens perdus sans collier ». Sam dresse l’oreille avant de se coucher tout près de moi. « Elle manque pas d’humour, j’te jure… ! »

Des chiens perdus sans collier, voilà ce que nous sommes, lui et moi. C’est peut-être un livre intéressant qui m’apprendrait des choses. Mais ça, je ne le saurai jamais.

Un extrait d’une nouvelle « dans les bras des étoiles » écrite par Karine Giebel lue dans le recueil « 13 à table » édité au profit des Restos du cœur.

 

Si j’étais toi

Si j’étais toi…

Si j’étais toi, je serais bobine
Bien remplie j’aurais bonne mine
et chatoyante pour tes ouvrages
et attrayante, j’aurais pas d’âge

Si j’étais toi
Je viendrai me voir plus souvent
Qu’il fasse beau temps ou temps de vent
Approche-toi sous mon toit

Si j’jette étoile tout là haut
Ce serait les soirs ou nuits d’été
Pour admirer le ciel et sa beauté
Pour aimer la vie et boire ton eau

Si j’étais tout à deux euros
Je serais petits livres évidemment
De haïku et poésie pour ma Maman
Ou de nouvelles pour toi et pleins de mots

Si j’étais toit
Je serais d’ardoise , de chaume ou autrement
Je serais solide à tout moment
Ce serait bien, et toi ?

Si j’étais toile
Ce serait de lin ou crêpe ou soie
Pour des tentures et voiles
ou une chemise et bien chez soi

Si j’étais tout azimut
Je ne serais pas toi mais moi bien sûr
Jamais en rythme, pas à ta mesure
Je me dépêche, voilà la chute

C’est pour répondre à celle qui est loin, Victorhugotte qu’avait sorti son turban, sa boule de cristal et son vieux paquet de cartes.
Et voilà ce qu’elle avait pêché : l’Arcane XVII : l’Etoile. Les consignes étaient celles-ci: « Vous n’y connaissez rien en Tarot ? Moi non-plus. Alors bonne occasion d’imaginer ce que veut bien vous dire cette jeune femme blonde au brushing assez réussi, agenouillée sous une pluie d’étoiles multicolores et peut-être filantes. Elle vous donne dix conseils pour la nouvelle année. Vos dix bonnes résolutions en quelque sorte. Peut-être de boire plus d’eau ? (la main droite) ou de vin rouge ? (la main gauche). A vous de nous dire tout ça sous forme de poème à forme fixe ou non. Il devra commencer par : Si j’étais toi… » Je n’ai pas suivi toutes ces consignes, j’avoue mais j’ai joué, et me suis bien amusée.

Celle qui venait d’ouvrir la porte portait un tablier de cuisine

Corps de moineau dans l’embrasure, celle qui venait d’ouvrir la porte portait un tablier de cuisine avec des motifs à fleurs.

Celle qui venait d’ouvrir la porte portait un tablier de cuisine

Cheveux bouclés et permanentés, le visage de Madame Tout le monde préparant tranquillement le repas du soir. Elle devait avoir quarante-cinq ans et vivait dans une HLM qui n’avait rien à voir avec les barres sombres parasitant les banlieues des grandes villes. L’immeuble, à quelques minutes du centre, était situé face à l’océan et abritait quelques commerces au rez-de-chaussée.

Un vent chaud s’engouffrait dans l’entrée principale, tandis qu’à quelques kilomètres seulement le tonnerre grondait, accompagné d’éclairs. L’orage se gonflait d’électricité, soulevant les vagues à coups de bourrasques.

Extrait de [Angor] de Franck Thilliez, un livre qui se laisse dévorer. Ne vous en faites pas, ici, pas de vague, juste un peu de brouillard et sans vent, si bien qu’on attend les rayons du soleil… et le réveillon. Ben oui, je fais encore mes boutonnières à la main.

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Recevoir un cadeau

« Mémé, que faut-il faire pour recevoir un cadeau pour Noël ? »

Recevoir un cadeau

– Eh bien, il faut écrire une lettre au Père Noël, pour lui faire ta demande…
– C’est tout ?
– Et je pense qu’il faut avoir été sage. Très sage et obéissant, et il faut le lui écrire aussi.
– Ah ! Tant pis alors… mais j’aurais bien aimé des patins à roulettes. Seulement…

Recevoir un cadeau

– Quel est ton problème ?
– Et bien, pendant que tu cousais j’ai piétiné sur les plates-bandes de Papilou et il s’est fâché, alors je suis rentré tout seul, et j’ai laissé des traces dans l’entrée avec mes chaussures crottées que je n’ai pas pu enlever…
– Oh ! Petit garnement, il faut que j’aille voir ça…
– Attends Mémé, c’est qu’après, j’ai eu l’envie de me préparer tout seul un chocolat chaud, mais la boite de cacao était trop lourde et elle tombée par terre
– Oh misère, il faut aller nettoyer…
– Pas tout de suite Mémé, j’ai pas fini…
– Quoi ?
– C’est une blague Mémé ! Je voulais te raconter une histoire qui te fasse peur. Et c’est réussi, non ?
– Peur ou colère, je ne sais pas. Mais viens que je t’embrasse, Petit Filou de mon cœur.
– Mémé, m’aideras-tu à écrire ma lettre sans faute?

Recevoir un cadeau
– Oui, bien sûr, donne-moi juste le temps de finir cette petite couture, et ensuite on se fera un bon chocolat chaud.

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Arrivée des radeaux de bois flotté à l’entrée des rapides

Rien n’est plus excitant que l’arrivée des radeaux de bois flotté à l’entrée des rapides. Le premier à les apercevoir pousse des cris, part en courant le long des berges pour prévenir les habitants du village.

Arrivée des radeaux de bois flotté à l’entrée des rapides

Bientôt ils sont des dizaines, massés sur le rivage, grimpés dans les arbres, à tenter d’apercevoir celui qui pilote le radeau en tête, debout à l’arrière de l’embarcation de rondins géants reliés entre eux et agrippé des deux bras au gouvernail. Premier à passer les rapides et entrer dans la ville, et à revenir en héros, le lendemain ou plus tard, dans la réserve.

Arrivée des radeaux de bois flotté à l’entrée des rapides

La drave commence dans le haut-pays, chaque année vers la mi-mai. Avec leurs perches, leurs pioche et des bâtons de dynamite, les hommes dégagent de leurs prisons de glace les troncs coupés l’été précédent et jetés dans les rivières.
Les billes de bois dévalent les cours d’eau, forment des bouchons qu’ils faut faire sauter, s’assemblent dans les fleuves et les lacs.
Sur les rives du lac, à cinq cent kilomètres à l’ouest, des millions de mètres cubes de chênes et de pins sont assemblés, attachés en immenses radeaux. Sur ces villes flottantes, les hommes campent dans de grandes tentes, dorment, mangent, rament, tirent, poussent pendant des semaines.
Il faut déjouer les sortilèges du fleuve, utiliser la force du courant sans se laisser emporter, éviter les bras morts d’où il est difficile de s’extirper. En équilibre sur les rondins, surtout ne pas glisser, ne pas tomber entre deux troncs qui vont vous broyer.
Ils sont draveurs et passent leur vie au fil du fleuve, en savent tous les détours, mais mourraient en quelques minutes si un faux-pas les précipitait dans l’écume.

Extrait de « Ciel d’acier » de Michel Moutot, qui raconte la belle histoire de John Laliberté, ironworker comme ses ancêtres, qui sectionne l’acier à la recherche de survivants. Un peu plus de quatre cents pages à lire avec plaisir et admiration pour ces hommes courageux. La légende dit qu’ils n’ont pas le vertige. Peut-on apprendre à maitriser sa peur?

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