Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Pourtant depuis qu’il s’est initié à dire la vérité, il a très fortement envie de dévoiler le truc. Sans trahir ses grands principes et à vouloir protéger la cachette, il n’a réussi qu’à percer le coffret, c’est tout ce qu’il a fait. Alors soudain, il fait un clin rapide de son œil gauche et dit chut de son index droit devant sa bouche, puis court pour fuir.  Polichinelle monte à l’échelle, mais un vent de liberté l’en fait tomber.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle de la semaine chez Emilie avec les mots proposés sur le thème de la récolte: le secret, et tous les textes sont .

 

Il fait encore froid ce soir

Il fait encore froid ce soir.

Si nous avions une cheminée, je crois qu’il aurait aimé allumer un bon feu, et j’aurais passé tout mon temps à admirer la flamme et la voir frôler la bûche, puis éclairer la pièce et la réchauffer et finir par consumer entièrement le morceau de bois. Au lieu de tout ça, il est allé prendre sa douche comme tous les soirs. Il est réapparu avec les cheveux encore mouillés qui froufroutaient sur le dessus de sa tête et, dans un réflexe habituel, il s’est assis devant son ordinateur. J’ai entendu le grincement de la roulette de sa souris qu’il actionne sans fin comme ça chaque soir, jusqu’à me donner le vertige. Il faudra que je le lui dise, gentiment, avec des mots trempés dans du sirop… seulement je n’en prends pas le risque ce soir, ce n’est pas le moment. J’ai simplement tendu le bras vers le duvet que j’ai étalé sur mes jambes et choisi de regarder un film d’horreur pour avoir d’autres frissons…

Pour répondre aux Petits Cahiers d’Emilie et aux Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et les mots proposés.

Poisson d’avril

Poisson d’avril

Patchwork en courte-pointe
Ouvrir les yeux en gardant les paupières jointes
Insaisissable fretin à portée de patte
Scruter avec patience et prévoir sans hâte
Slalomer et jouer dans les rais de lumière
Onduler du regard sans bouger du derrière
Nager dans les plantes, ne pas mourir et sortir
Doucement, immobiles, se préparer à bondir
Attentifs aux trois chats, et libres maintenant
Vifs et joueurs croyant tenir en prenant
Rage et efforts leur font perdre couleurs
Ils sont rouges de colère, peut-être bleus de peur
La vie peut être belle mais pas toujours facile.

Une courte-pointe réalisée pour un défi géométrique… et pour une de mes filles.

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil. Étendre ses plumes et apprécier la chaleur. Fermer les yeux trop éblouis par la lumière.

Oui, mais… On dirait bien que les impératifs du monde contemporain coupent court au plaisir de bien vivre.
Quel est ce désir décadent de l’immédiateté qui dévore la planète de nos jours ?
On communique plus. Mais avec qui, grand dieu ? On consomme plus. Oui, et plutôt, à tort et à travers. Le délai n’existe plus, on est pressé. Pressés de tous côtés. La prolifération de mails augmente le poids des boites… virtuelles certes, mais c’est un outil indispensable aujourd’hui. On stresse. Les autres n’y voient rien puisque c’est virtuel.
Comment rester serein, quand il faut faire du tri, ne pas répondre au hasard, cueillir la bonne info sans gober le poisson ? Ne pas se noyer, supporter cette masse et garder les épaules droites. Les esprits sombrent, seule reste la couleur de la matière… grise.
Comment voir la vie en rose, quand on sait que ce sera pareil le lendemain ? Il y a de quoi perdre son latin.
Dis, pourquoi ne pas s’asseoir sur une margelle et profiter du soleil ? Je ferme les yeux… entourée soudain par des lucioles en formes de triangles, reflets des écrans au soleil que les gens tiennent dans leurs mains en marchant.

C’est Emilie, dans ses cahiers, qui suggère d’étendre ses plumes et apprécier la chaleur, avec quelques mots imposés et beaucoup de liberté.

Une nouvelle envie de patch

Une nouvelle envie de patch parcourt mes bras et mes mains,

Une envie très forte…
N’écoutant plus que ce frémissement jusqu’aux bouts de mes doigts,
Et parce que mes ouvrages tricotés étaient presque terminés, mon regard
Ne se baladait qu’entre mes ciseaux et mes boites à tissus.
Oh, bien sûr, il manquait encore quelques points ça et là,
Un petit rien, pas grand chose. Surtout que j’en avais reçu d’autres (des tissus, pardi) qui
Viendraient faire déborder les tiroirs et les armoires, il fallait agir…
Et c’est ce que j’ai fait ! J’avais déjà plusieurs idées, et ce bloc était facile à réaliser.
Le tourniquet, c’est comme ça que je nommais ce dessin,
Le carré partagé en deux à l’horizontal, en vertical
Et par ses diagonales,
Et tous ces traits formaient une étoile en son centre
N’empêche qu’il ne suffisait que de deux couleurs pour assembler et
Voir les coloris tourniquer. Alors j’ai taillé…
Il ventait ce jour-là, comme d’habitude sûrement,
Et ça me plaisait de faire virevolter mes tissus
De toutes sortes, unis, à fleurs ou à motifs,
Et des rayures ou des carreaux. Alors j’ai assemblé…
Pour la plupart, ce sont des récupérations de chemises ou
Anciens tabliers ou nappes et rideaux…
Tous lavés, et relavés, ils ne perdront pas leurs
Couleurs, et ne déteindront plus. Et j’ai cousu pendant des
Heures… pour en faire le dessus d’une courte-pointe.

Il fallait créer des événements

J’avais intitulé ça, la JMBP. Puisqu’il fallait créer des événements, allons-y !

Journée mondiale du bouquet et patchwork – édition 2019.
On allait donc passer tout un après-midi et une soirée à bricoler.
Un début d’année à l’atelier Patchwork pour assembler des initiales en tissus
Réunit pas moins de douze lettres pour une banderole sur fond rouge.
Ne manquant pas d’idées, Marianne proposa de confectionner des bouquets
Euh oui, mais de quelles fleurs disposerons-nous en début du mois de mars ?
En regardant bien, les premières fleurs sur un lit de mousse allaient faire l’affaire
Mêlées à quelques brindilles et de belles branches récoltées au cours des randos.
On a donc glané tout ce qui était à notre portée pour le jour J
N’oubliant pas les récipients de toutes sortes et mousses pique-fleurs
Décidées à rendre cette journée la plus ensoleillée possible.
Il faisait d’ailleurs très beau ce jour-là dehors
Alors, dès le matin, chacune confectionna quelques gâteaux
Les visiteurs allaient être nombreux
Et le goûter improvisé serait apprécié.
Dès le début d’après-midi, l’accrochage des ouvrages textiles commença,
Une table fut mise à disposition de l’étalage des brassées de fleurs et de brindilles.
Bientôt tout fut prêt pour l’ouverture des portes.
On est venu en curieux, d’abord, puis
Une grande partie des visiteurs s’est laissée prendre au jeu,
Quelque soit l’activité, les gens riaient.
Une table fut réservée aux joueurs de cartes, pourquoi pas,
Et deux autres à la distribution du goûter,
Tant et si bien qu’une cinquantaine de bouquets ornaient les tables
Et d’autres se sont mis à chanter et fredonner,
Tous semblaient heureux.
Danser avec le pantin fabriqué aux Thursdays Fiber n’était pas
Une chose facile. Il fallait savoir le tenir
Puis enfiler ces drôles de chaussons, et
Arriver à se coller à lui pour faire un couple et
Tenter quelques pas, en harmonie.
C’est comme ça qu’on a mis la musique !
He oui, ça faisait plus festif.
Waouh, je n’aurais pas cru que la journée fut aussi belle.
On a laissé les bouquets à admirer pour ceux qui n’avaient pas pu venir,
Ramassé et rangé le reste, en pensant déjà à une prochaine fois.
Kiffer, ça pour sûr que c’était réussi !

C’est pour moi un moment précieux

C’est pour moi un moment précieux.

C’est pour moi un moment précieux

Le meilleur de la journée peut-être, quand toutes ses promesses sont encore possibles, éclairées par le soleil levant, si timide soit-il. Ce matin encore, je marche vite, l’air est frais et je devine que mes joues rosissent. Je n’ai pas eu à attendre longtemps. Après un salut au chauffeur toujours souriant et une fois assise dans le bus à ma place préférée, j’ai pu ouvrir mon livre. Je souris quand je lis ceci :

Luce a des yeux comme des planètes couvertes d’océans. Ils brillent d’une atmosphère pleine de vie, promesse d’un monde sans fin qu’on souhaiterait explorer à l’infini, tout en sachant qu’on n’en fera jamais le tour. C’est ce qui m’a séduit chez elle.
Ses yeux de planètes et ses seins de peinture, capturant le regard comme la lumière pour défier les lois de la gravité. Une rondeur parfaite, pleins et lourds dans leur masse et si joliment arrimés à son corps en une lente chute dont on ne sait si elle démarre à sa gorge ou quelque part dans le ciel tant ils flottent délicieusement. Sa peau est digne de l’art flamand dans la manière qu’elle a de boire les reflets du soleil, d’adoucir les ombres, tout en nuances de chairs.
Nous nous sommes rencontrés dans un musée. Je pense que c’est la manière qu’a l’existence de se divertir : l’ironie. Luce se tenait entre deux sculptures de femmes en albâtre, immaculées. Contemplative, c’était pourtant elle la plus pure. Je l’ai presque prise pour une œuvre à part entière.
– Leurs failles sont trop visibles, ai-je dit un peu bêtement en désignant les fissures.
– Les nôtres sont trop mouvantes pour l’être autant, répondit-elle.
C’est parti ainsi, sur une histoire de faiblesses.
Je n’oublierai jamais la promenade qui a suivi, dans les rues de Paris, son manteau de pollution nous couvrant les épaules, sa rumeur infatigable nous poussant à nous réfugier au creux d’un parc où les enfants riaient autour des fontaines grises.
L’essentiel du bonheur de ma vie est né de cette conversation, à cet endroit, en ce jour. Tout aurait pu basculer dans une autre direction si nous ne nous étions pas entendus sur ce qu’est une bonne pizza, sur l’intemporalité de l’œuvre de Shakespeare, une vision commune du déclin de la politesse en ville, et probablement surtout sur la manière qu’elle et moi avions de regarder les gamins sauter dans l’eau en s’éclaboussant. Quelques variations, et qui sait ce que je serais devenu ? Plusieurs milliers d’heures de bobines jetées au feu et remplacées par un autre film, inconnu, imprévisible, mais dont le casting n’aurait pu être aussi parfait à mes sens.
Luce m’a offert le plus bel avenir dont je pouvais rêver. Elle m’a accepté tel que j’étais, sans passé. Littéralement…

Ces derniers mots de Maxime Chattam dans « Le point d’émergence » m’intriguent, mais il est temps que je descende. Je ferme ce recueil d’histoires courtes, avec beaucoup de précaution je l’enfouis dans mon sac pour lire la suite au prochain voyage. Ces lectures, ces petits matins, ces voyages pour moi sont des moments précieux…