Beaucoup de plaisir à être en retraite

On lui avait dit qu’elle aurait beaucoup de plaisir à être en retraite, qu’elle n’aurait plus besoin de se lever aux aurores, qu’elle pourrait prolonger comme elle le voudrait ses petits-déjeuners du matin dans la chaleur douce de sa maison, qu’elle apprécierait sa vie tranquille au bord du lac… et quand le jour de gloire est arrivé, tout était faux, on nous apprit qu’elle n’avait pas survécu au confinement.

… Pas rigolo tout ça, hein !? Attends je recommence…

Chaque matin, elle se levait à l’aube et quittait bien vite sa maison pour être chez son premier patient dès l’aurore. Elle enchaînait comme ça toute la journée les visites chez les uns et les autres. Ils savaient lui dire combien elle leur apportait chaleur et confort pour vivre parfois seuls ces longues heures jusqu’au lendemain. Elle leur répondait qu’elle aurait beaucoup plus de plaisir à les revoir en forme s’ils restaient tranquilles sans aucun faux-pas de leur part. Mais un soir, sa voiture glissa dans le lac. Et tous voulurent lui rendre gloire.

…C’est triste et ça perd toute chaleur, dis-tu ! Aucun plaisir pour toi et pas même un soupçon de gloire pour moi, me fais-tu comprendre. Tant s’en faut ! Attends que je fouille dans mes sacs… et hop, un entrelacs. C’est que je me suis levée très tôt ce matin. Si ! c’est vrai ! les lueurs de l’aurore n’avaient pas encore pris de couleur, puis devinrent roses…  Je savourais un café noir dans la pénombre, mon premier de la journée, bien tranquille dans un fauteuil… J’avais simplement ouvert les volets. Non ! ici, je n’ai pas de vue sur un lac. J’hésite à ouvrir mon livre… je vais attendre encore un peu, car j’aime bien ces lueurs du jour qui se lève, et je n’ai pas envie d’allumer la lumière… ni de découper des têtes… pour mon petit peuple et les êtres verts de la semaine. Mais non y a rien de macabre! Attends j’ai trouvé…

Et bien ce sera donc l’histoire de la Belle au bois dormant. Celle du Pèr’O et pas des Gremlins. D’abord les personnages… Ah non !? Comme tu voudras… Alors voilà :

C’est l’histoire d’un Roi et d’une Reine qui voulaient un enfant, car ils n’en avaient pas.
Ils voulaient absolument un enfant, car ils étaient mariés depuis longtemps (et parce qu’une famille sans enfant… ).
Puis un jour, la Reine fut enceinte et elle accoucha d’une petite fille.
Ils allaient enfin connaître le plaisir d’être parents, et toute la chaleur que cela procure dans un foyer.

Toutes les fées du pays furent nommées marraines, tant les parents étaient heureux.
Chacune des fées qui défilèrent devant le berceau, donna un don à la Princesse.
La vieille fée, qui n’avait pas compris ce qui se passait, et avait reçu la nouvelle un peu en retard, lui jeta un mauvais sort : l’enfant se percerait la main d’un fuseau et elle en mourrait.
Une jeune Fée modifia ce mauvais sort, car la Princesse se percerait bien la main d’un fuseau, mais au lieu d’en mourir elle dormirait pendant cent ans.
Les parents ne vécurent pas si tranquilles que ça, car… l’enfant demandait beaucoup d’attention.

Elle grandit pourtant, et devint jeune fille, et vous connaissez les ados… ils veulent toujours faire ce qui leur plait et échapper à la vigilance des adultes, une façon de s’épanouir sans doute… si bien que la Princesse se perça donc la main et tomba d’évanouissement ou d’épanouissement, et avant que tous furent ébahis, la bonne Fée qui lui avait sauvé la vie en lui donnant le don de dormir cent ans, réussit aussi à endormir tous les habitants du château…
C’était une façon de sortir les souverains d’un faux pas et la meilleure manière pour que la vieille fée n’en ressente aucune gloire.

Et cent ans plus tard, un Prince vint à passer dans ce château et se trouvait justement là, dans cette chambre, quand la Princesse qui dormait se réveilla, et que toutes les autres personnes se réveillèrent aussi.
Le Prince et la Princesse se marièrent et patati-patata… devinrent parents à leur tour et eurent (Non! pas beaucoup)  seulement deux enfants (même si j’en connais qui disent que deux c’est déjà beaucoup !), une première fille qu’on appela Aurore et le second, un fils qu’on nomma Matin.

Le premier jour de l’été arriva et le Prince dut s’absenter pour aller à la guerre.
C’est là que la Reine Mère Ogresse alla voir son Maître d’Hôtel et lui demanda pour le dîner la petite Aurore, le petit Matin et la Princesse. Mais la Princesse, mère d’Aurore et de petit Matin étaient sous protection dans la loge du Maître d’Hôtel. Et le Prince, qui était parti pour simplement superviser une bataille et qui connaissait bien l’appétit de sa Reine Mère, arriva dans la Cour sur ces entre faits. Alors l’Ogresse enragée se jeta dans le lac et s’y noya.

Quoi ? que dis-tu ? Tu ne comprends pas tout et ça ne correspond pas à ce que tu connais déjà ! Evidemment si tu avais voulu que je te parle des personnages, je t’aurais dit que :

La Princesse était la jeune fille, qu’on nomme « la Belle au bois dormant », qui se pique la main sur un fuseau ensorcelé et qui s’endort pendant cent ans. Elle est très jolie, pleine d’énergie mais un peu étourdie. C’ est la fille du Roi et de la Reine du début de l’histoire. C’est aussi la mère de la petite Aurore et du petit Matin qu’elle a conçus avec son mari le Prince.

Le Prince, c’est celui qui se trouve près de la Princesse quand elle se réveille et qui part pendant l’été pour la guerre. Il est vaillant et beau. C’est aussi le fils du Roi et de la Reine ogresse. Il est aussi le père de la petite Aurore et du petit Matin qu’il a conçus avec sa femme la Princesse.

La Reine Mère Ogresse, c’est la Mère du Prince et belle-mère de la Princesse. C’est une méchante ogresse qui est Reine et qui veut par là ne manger que des mets majestueux comme la Princesse, la petite Aurore et le petit Matin.

La vieille fée, c’est une fée très âgée qui jette un mauvais sort à la Princesse.

La petite Aurore, c’est la fille du Prince et de la Princesse qu’on appelle la « Belle au bois dormant », et la sœur de Matin. Je dirais qu’elle a quatre ans à la fin de l’histoire. Et c’est elle que la Reine Ogresse veut la manger avec sa mère et son frère.

Le petit Matin, c’est le fils de la Princesse et du Prince, et le frère d’Aurore. Je pourrais dire qu’il a trois ans quand la Reine Ogresse veut le manger, et devenu grand Jour à l’heure qu’il est maintenant.

Pour répondre quatre fois (oh j’aurais pu faire plus 😉 ) au défi d’écriture 116 chez Ghislaine avec les 8 mots proposés (aurore, plaisir, lac, faux, gloire, tranquille, matin, chaleur) où sur le thème « Scène de Vie », parce que le confinement donne des idées noires, parce que j’aime les histoires qui font peur, et parce que « raconter des histoires » fait partie de nos scènes de vie. C’est ça, le con… finement.

Le printemps arrive à grands pas

« Le printemps arrive à grands pas » avait dit Mémé ce matin.

Et alors avec sa légèreté habituelle et son éternel côté maternel, elle nous avait proposé d’aller ramasser une salade de pissenlits pour manger à midi ! Elle avait déjà écarté le candélabre et son unique bougie et les avait posés sur le rebord de la fenêtre, puis dévala les marches qui donnent sur l’extérieur. Les bâtons de cire et ses mèches, sortis encore hier au soir pour apporter un peu de lumière sur notre table, sont économisées depuis des mois et ne décorent plus en nombre maintenant ce vieux chandelier car les magasins ont été dévalisés en très peu de temps et certains produits ont complètement disparu des rayonnages.

Je rêve d’une salade de cramaillots aux lardons et œufs mollets. Mais je sais que ce ne sera que des jeunes pousses vertes accompagnées avec parcimonie de pommes de terre tièdes, cuites avec amour certes,  avec quelques brins d’ail des ours ciselés et deux cuillerées d’huile et vinaigre. Sans moutarde, car elle manque elle-aussi dans nos placards depuis longtemps. Les patates en salade, je les aimais bien avec du hareng aussi mais on n’ose pas même rêver de son arête centrale de nos jours. « Ces casse-couilles n’ont rien d’autre à inventer pour nous faire ch…hanter » se console-t-elle à répéter à chaque fois à l’heure du dîner. Hanté, j’entends et on l’est, c’est évident. On est confiné à domicile avec les enfants. On s’habituera peu à peu.

Le beau temps nous invite à ouvrir portes et fenêtres malgré tout. Les plus jeunes sont à plat ventre sur le seuil en contemplation devant des fourmis et des gendarmes rouges et noirs qui sortent d’entre les pavés. Ils tiennent des bouts de paille dans leurs doigts et sont absorbés à faire filer droit ces petites bêtes. Les plus grands sont assis sur le banc et rigolent. Ils m’ont avoué avoir préparé des antisèches pour quand les cours reprendront un jour. Comme l’aïeule, ils n’ont pas perdu leur joie de vivre et ne sont pas en peine pour me faire marcher.

En réponse à des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 41 ( printemps, légèreté, maternel, manger, candélabre, lumière, casse-couille, banc, antisèche, dévaliser, contemplation) et peut-être inspirée de mes lectures du moment.

J’ai décidé de t’écrire une lettre

Prise d’insomnie à nouveau cette nuit, j’ai décidé de t’écrire une lettre.

J’abandonnai mon édredon et trouvai ma plume.
Avec un peu de recul, je pense que l’approche de l’équinoxe vernal n’y est pour rien.
Mais tu sais, à la réflexion, mes quelques jours de repos m’ont fait du bien, loin de Popol.
Car quand nous nous sommes revus, il m’a dit que je n’avais plus mon teint marmoréen et que mon visage avait retrouvé ses aspérités.
Tu le connais, il est de plus en plus bohème, sur lui et au dedans, et a souvent l’esprit engorgé, et dit le contraire de ce qu’il pense, mais que pense-t-il vraiment ?. Je ne lui en veux pas.
Ce soir, devant les infos, il m’a répété deux ou trois fois qu’il y avait foule dans sa tête avec continuellement le bruit d’un train qui passe dans un tunnel… puis, que depuis bien longtemps il a oublié comment on résout une équation. Je n’y vois rien de plus grave que la semaine dernière.
Sur les insistances des précautions à prendre à propos de ce virus, il a eu une attitude assez singulière.
Il voulait me convaincre que sa cape d’invisibilité le protégeait et que je ne devais pas avoir peur car il n’était pas invalide. Il allait pouvoir aisément se débarrasser de ce truc corrosif en le jetant par dessus le mur du puits et le laisser se dissoudre dans la rivière souterraine.
Tu penses bien, j’étais là à ouvrir grands mes yeux et à me retenir de sourire. Monsieur Popples a des yeux de framboises et se demande connaissance et contoise. Il y vit de la moquerie et ressentit de la rancœur.
Je tentai de m’excuser en affirmant que ce n’était que de la curiosité et même de la fierté pour cet élan vengeur qu’il avait su exprimer. Il se mit en boule. Il en avait marre de tous ces ragots, et il partit dans son berlingot. Je suis encore là à l’attendre.
Si tu le permets, je ne t’enverrai pas ce courrier et laisserai cette page dans mon journal à côté de toutes les autres.

Pour répondre à l’atelier 115 chez Ghislaine (avec la proposition suivante: puits, vengeur, mur, ragot, visage, attitude, rancœur, recul, lettre), aux plumes chez Emilie (avec les mots suivants: insomnie, invisibilité, peur, invalide, réflexion, foule, équation, oublier, curiosité, boule, train, tunnel, attendre), à des mots, une histoire chez Olivia (avec la récolte 40 : berlingot, repos, engorger, rivière, virus, bohème, marmoréen, aspérité, vernal ) et à L’AIE chez L’impertinence de JoBougon

La consigne était claire

La consigne était claire, aucune restriction dans l’action du jour.

Pas question de louvoyer sans fin.
Et pas plus de test en guise de prologue cette foi-ci.
L’exécution se fera de suite avec tout le zèle de chacun.
L’existence ou la vue de masque n’était inconnue pour personne même si le mystère de la représentation persistait quelquefois.
« Ce n’est pas parce qu’on est chauve qu’on est sans cerveau », avait-elle prononcé. Ses yeux pétillaient. Quelle drôle d’idée émergée d’un excès d’arquebuse mal dosée sans doute.
Alors comme dans un souvenir sous des influences astrales ou sur un air de sarabande dont la transmission n’était audible que par elle, elle esquissa un fantôme, passeur de visions nouvelles.

Pour répondre à l’atelier 113 chez Ghislaine (avec la proposition suivante:  solitude, refrain, sarabande, passeur, prologue, astrale, chauve, cerveau, souvenir)  et des mots,une histoire chez Olivia (avec la récolte 38: inconnu, restriction, claire, test, transmission, masque, zèle, louvoyer, émerger, arquebuse, pétiller )

Des mots et des plumes au poil

Des mots et des plumes au poil

C’était avec beaucoup de plaisir qu’elle s’allongeait sur sa méridienne chaque après-midi face à la fenêtre, magnifique ventail à la transparence inégalable ouvert sur un merveilleux jardin.

Aujourd’hui, Lavinia était venue lui tailler la causette. A cet instant, elle vantait et fignolait sur la manière de porter ses spartiates qu’elle portait avec grâce, certes et qu’elle avait achetées lors d’un séjour estival italien.

Elle les lavait avec grand soin et s’étalait sur des détails. Puis avisait l’autre, toujours prête à traquer et débusquer les contre-façons, et dénoncer telle ou tel supercherie ou simulacre de la sorte.

Jamais à court de sujet, elle décrivait déjà comment les levantins tanisaient avec talent leur vin blanc qu’elle avait pu déguster dans de magnifiques tâte-vins.

Les mots valsaient dans sa bouche trop animée si bien que de la salive vaselinait au coin de ses lèvres.

Annetta la regardait, l’écoutait et taisait la douleur de sa récente césarienne, trop émue par cette nouvelle natalité. Son esprit anéanti par cette flopée de mots mielleux s’enlisait de vilaines pensées que ce radotage sans intérêt n’évitait en rien. Elle sentait qu’elle n’allait pas être hypocrite plus longtemps car elle ne pouvait plus camoufler cette énorme envie de rire qui lui vrillait l’intestin.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé des mots et des plumes au poil aux mots de la récolte 36 chez Olivia ( méridienne, césarienne, douleur, fignoler, causette, spartiate, plaisir ) aux mots de la collecte du 10 sur les petits cahiers d’Emilie ( supercherie, hypocrite, mielleux, camoufler, simulacre, radotage, transparence, taire, traquer ) et l’anagramme de Saint Valentin ( valsaient, nativité, anéanti, levantins, vaselinaient, salive, intestin tanisaient, ventail, étalait, vilaine, talent, sentait, taisait, instant, italien, estival, lavait, vantait ) chez Violette.

Une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité

Elle avait agi avec une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité.

Depuis son retour, elle avait changé, mais on ne s’en étonnait pas vraiment, elle était tellement serviable.
Seulement aujourd’hui, tout le monde l’a vue partir en ambulance.

Ça s’est passé lors d’une maintenance logicielle, chez un particulier.
Se sent-elle dans l’illégalité ?
Elle a mal tourné, c’est sûr, mais personne ne semblait s’en tracasser jusqu’à maintenant, car elle a gardé son visage innocent.
Dans une toute autre localité, elle aurait risqué la potence, mais dans notre contrée, tout devait se faire en douceur.

C’est à l’étranger, dans une ferme gallicole, qu’elle avait acquis ce savoir-faire carrément fou, à manipuler l’électricité sans provoquer aucune blessure visible.
Mais profonde était la douleur. Les cris des animaux en ce lieu étaient si perçants et différents que nul n’entendait une variante.
Elle avait continué ensuite sur ses amants. Selon un processus dynamique et au cours de pratiques intimes, elle était arrivée à les amener dans une pulsion ultime au paroxysme du priapisme. Ils en étaient morts bien sûr.

Elle disait avoir vécu sa vie là-bas comme dans un songe sur cet îlot lointain. Avait-elle vraiment tout oublié ?
Elle avait décrit l’endroit calme où l’odeur d’œillet et d’armoise envahissait l’air en été et semblait persister en hiver. On aurait pu la croire seule. Avec toutes ces bestioles, ça n’étonnait personne !?

Elle y avait également travaillé à récolter l’écorce des arbres, avec des outils spéciaux. Une fois taillée finement, roulée et ligotée fermement, celle-ci devait être trempée dans l’eau jusqu’à ce qu’elle prenne cette couleur de meringue.
Était-ce uniquement l’eau qui lui donnait cette couleur ?
Elle avait omis de raconter ce qu’elle avait fait subir au personnel intérimaire et permanent qui avaient disparus petit à petit de cet îlot sous prétexte qu’ils ne s’y plaisaient plus.

La dernière personne qui avait tout découvert et qui aurait pu tout dire, avait subi le même sort que les autres, et avait été enterrée dans le grand verger, sous un arbre qui donnait aujourd’hui les plus beaux fruits destinés à l’export.
Quelqu’un allait s’en étonner un jour, c’était une évidence, non ? Car celle-là, par contre, avait eu la bonne idée de tout écrire dans son journal qu’elle avait enfoui dans un coffre métallique sous ce même arbre, avant d’y être à son tour.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 35 ( fruit, ambulance, électricité, meringue, écorce, armoise, innocent, douceur, retour, potence et priapisme ), à  l’atelier 111 chez Ghislaine avec les mots proposés ( blessure, étranger, songe, fou, tourner, subir, écrire, savoir ) et au moins 5 commençant par P ( pulsion, provoquer, prétexte, particulier, parfaitement ), et à l’anagramme de collégiale chez Violette (comme illégalité, logicielle, gallicole, localité, agilité, celle-là, collait, ligotée, taillée, œillet, îlot).

 

Des plumes, des mots, une histoire

Des plumes, des mots, une histoire.

Elle  a une imagination extraordinaire. je l’appelle l’Originale, mais motus. Le jour où je l’ai connue, elle avait proposé cette après-midi créative à toute personne connue ou pas de la contrée. Ça allait être une occasion d’agrandir le groupe des fous, avait-elle annoncé.

Puis avec beaucoup de fantaisie, elle avait parlé d’une possibilité de faire ensuite une fantastique exposition. Le lieu restait à déterminer. Son immense plaisir lui donnait un regard hagard et l’air bizarre. Elle avait fait promettre aux quelques uns qui étaient dans la confidence de toujours garder le silence.

Le jour venu, Elle fit apparaître l’orignal d’une multitude de gestes rapides. Et alors, une autre, prise d’une folie semblable, réalisa de mille points et autant de traits un trèfle à quatre feuilles qui traduisait tout le bonheur qu’elle éprouvait à son tour. Puis, d’autres mains, émergèrent des tournesols d’un tableau encore inconnus et pourtant si reconnaissables. Les principes, préjugés, idéologies, concepts, ombres, essais, images avaient cheminé et pris formes à la vitesse de l’éclair dans ces esprits vifs. Qui auraient pu prédire d’une si belle réussite avec tous ces olibrius réunis ? Elle adorait cette citation qui lui servait de devise : « Compte en vain sur l’aubaine d’être seule, toujours escortée par toi-même ».

Elle est unique en son genre. Par sa gentillesse et sa perspicacité. Elle laisse chacun suivre ses envies, ses rêves et ses intentions sans jamais les contredire ni les contrarier. Puis avec un esprit visionnaire, elle sait faire pour qu’ils courent se surprendre d’eux-mêmes. Ce jour-là, tous ont pris le pinceau ou l’outil de leur choix, l’ont trempé dans un peu d’eau ou attaché à un fil, et couvert des pages de papier ou de toiles, avec cette idée d’innover. Sa préférence à elle est de rester le maroufle invisible qui les laisse interloqués.

 

Des plumes, des mots, une histoire pour répondre avec beaucoup de plaisir à Emilie, Olivia et Ghislaine et tous les mots proposés illustré du petit renne au regard hagard et l’air bizarre. Un choix maroufle par pure gentillesse sans surprendre ni innover.

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Assis près du phono et les yeux fixés sur sa photo accrochée au piton, Piotr boit. Il a fait le point, un horion pour chacun des deux autres. Sans en faire trop, il ne fallait pas le prendre pour un pion, ni un robot. Puis il prit du rôti de thon et sa portion au potiron.

Tonio et Robin ont choisi une autre option avec un peu de potion, Il leur reste comme un proton dans le bidon. Le trio parle d’un trip et en font tout un topo. Ils iront à Bron, traverseront le pont et retrouveront le brio, Thor et Otho, près du port.

Ils boiront du pinot et porto sous le tipi, et un brin noir, chacun racontera son potin porno assis sur son siège en rotin.

C’est ma participation à l’anagramme de Prohibition et P pour l’abécédaire de Violette proposés cette semaine pour parler de la prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno.

Il aurait eu cent ans demain

Il aurait eu cent ans demain.

Ça fera bientôt un demi-siècle qu’il est parti en voyage pour une destination inconnue. Et il n’est toujours pas revenu.
Il a du trouver une merveille, sans nul doute, pour s’absenter si longtemps. Et on parlera certainement un jour de cette nouveauté dans un futur journal télévisé.
J’ai toujours pensé qu’il était capable de découvrir la plus belle des fleurs sauvages et rester auprès d’elle pour la protéger. Il aimait beaucoup la nature et ses filles, et avait offert des tulipes blanches à notre mère deux jours avant son départ pour fêter la vingtième année de leur mariage. Il adorait ma mère et lui offrait, chaque mois de mai, un bouquet de marguerites qu’il allait chercher à l’aube, le jour de son anniversaire. Il chantait aussi, dans la divinité. Il est sûrement parti apprendre à composer la plus jolie chanson pour le jour de leurs retrouvailles.
Je garde en mémoire cette image que j’aimerais effacer, de ses doigts croisés et ses mains crispées sur sa poitrine quand ils ont fermé le couvercle de bois. Ses yeux étaient fermés et ses paroles étouffées à jamais.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés et un grand hommage à mon père. Il aurait eu cent ans demain.

Se perdre chez l’influenceur

Ne pas vouloir se perdre chez l’influenceur, ni se laisser modeler par la folie.


Garder la certitude de retrouver l’harmonie et toute la tendresse des années bonheur.
Se mêler aux bousculades pour ne pas manquer le saltimbanque.
Se mouiller et se tremper, au point de passer pour un exploiteur de bourses, pour n’apercevoir finalement qu’une ombre floue et insipide.
Frôler le burn out et retrouver assez de caractère au risque de se faire enguirlander.
Elles m’avaient lancé : « Chiche ». Sans toutefois lâcher les cloches d’une main, j’ai plongé et tendu l’autre. Et voilà ce que j’ai attrapé et rapporté. Pourquoi penser qu’en rouge et blanc ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés des deux dernières semaines et beaucoup de fantaisie pour sourire un peu sans se perdre chez l’influenceur. Ici, tout est fait main.

Entendre à nouveau le cri des kangourous

Me tarde-t-il vraiment d’entendre à nouveau le cri des kangourous ?

Je pense souvent à cette rencontre d’antan. Énorme défi qu’on accepte bon gré mal gré. Il y a eu le défilé aux invalides… et des pique-assiettes, bien sûr. Fameux vestige ! Je sens un sourire monter. N’empêche qu’il y aura toujours cette étincelle dans les yeux de nos petits. Et puis j’entends: « plus d’espoir ! », mon visage s’éteint.

Ressentir cette dualité intérieure, enserrée dans une situation indicible, où les souvenirs se bousculent et les projets restent et attendent… Mais attendre quoi grand dieu puisque d’aventure on ignore ce que demain sera. Je voudrais calmer cette révolte au creux de mon ventre. Mes épaules sont lourdes comme si tous les méandres de la vie y reposaient soudain. J’ai l’impression d’avoir vécu ce moment… Est-ce une répétition ? Drôle d’interprétation, ça va sans dire. Je serais incapable de sortir trois mots de suite sans zézayer. Alors je me tais. J’écoute.

Chaque expiration est un soupir et sa respiration est régulière. Est-ce pour ça que le Finistère porte ce nom ? Faut-il aller au bout du bout pour s’envoler ? Le cygne le fait bien, lui. Fais-moi un signe… les paroles de la chanson trottent dans ma tête et apportent un sourire sur mes lèvres. Il va falloir… ou ne plus falloir y penser… Penser au canard et préparer son foie une dernière fois. Déposer la brioche sous le torchon et la laisser s’enfler sans l’oublier. Ouvrir la bouteille pour que le vin s’oxyde et prenne tous ses arômes.

Ne plus penser et se laisser explorer les méninges comme si des milliers de mains les trituraient en douceur. Sans sursauter, se souvenir des claquements de portes et surveiller l’arrivée des amis, des claquements de langues des convives à la découverte des saveurs, des claquements de glace sur le lac gelé, des claquements de fouet du traîneau qu’on ne verra peut-être jamais dans le ciel…

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de ces dernières semaines et mes idées grises.

Bien curieuse rencontre

Bien curieuse rencontre lors d’une promenade en famille dans la nature.

Quand j’ai lu sa proposition et ces mots pour l’Agenda Ironique de Novembre, j’ai souri et j’ai repensé à l’histoire que mon grand-père nous avait racontée le jour où nous avions trouvé ce drôle d’animal sur l’écorce d’un arbre. Je vais essayer de vous la répéter ici, sans turlupinade, promis.

« C’était il y a bien longtemps quand les animaux, les arbres et les plantes parlaient encore (non non ce n’est pas une carabistouille).

L’hiver approchait et tous les arbres de la forêt avaient perdu leurs feuilles.
Tous… sauf un petit noisetier.
Il lui restait une feuille, une seule, accrochée au bout d’une branche.
Elle résistait au vent de l’automne. Elle ne voulait pas tomber.
Les autres arbres de la forêt regardaient méchamment le noisetier, ils pointaient leurs branches nues vers lui et se demandaient pourquoi il ne laissait pas tomber sa dernière feuille.
-Si ça continue, l’Hiver ne viendra pas…

Le pauvre noisetier était bien ennuyé et disait souvent :
-Feuille, ton heure est venue, tu dois tomber…

Mais chaque fois la feuille impugnait et répondait :
-Non, non ! Je ne veux pas mourir.

L’histoire se répandit à travers la forêt et même au-delà.
Si bien que l’Automne, avec sa longue barbe ambrée, vint en personne voir la feuille.
-Alors comme ça, tu ne veux pas tomber.
-Non, non et non !
-Et pourquoi donc ?
-Parce que j’aime trop la vie.
-Sais-tu ce qui arrivera, si tu ne veux pas tomber de l’arbre ?
-Euh… non
-Eh bien, l’Hiver ne pourra pas arriver. Le Printemps ne viendra pas non plus ! Ton caprice bouleversera le cycle des Saisons. Et tous les arbres resteront nus à cause de toi jusqu’à la fin des temps.

La petite feuille hésita et ajouta :
-Bah… J’ai bien réfléchi et c’est encore non. J’aime les Saisons, mais j’aime encore mieux la vie. C’est décidé, je reste.

L’Automne s’en alla, l’air pensif. Comme l’affaire était grave, il appela l’Hiver, le Printemps et l’Eté. Les quatre vieillards se réunirent au sommet d’une montagne pour débattre du cas de cette réactionnaire et des conséquences pour la nature et la biodiversité.

-Les feuilles ne sont plus ce qu’elles étaient…déclara l’Automne (rendu riche par nature et couvert d’or, comme un gros marchand un peu paterne qui se laisse vite éplapourdir).

-Elle mérite la mort ! cria froidement l’Hiver (gris et parfois glaçant, souvent déterminé à chafourer, tabuter et affolir la nature et les êtres).

-Moi, je la comprends un peu, dit le Printemps (doux et fleuri, plein de sapience, toujours prêt à détraper les uns et les autres sans les embabouiner forcément).

-Moi-aussi, ajouta l’Eté (suant et transpirant, perdu dans ses évagations, il était loin de tout ça. Parti coqueter dans l’hémisphère sud pour s’y installer quelques temps et plutôt attiré par des amusoires de toutes sortes, appréciant les rimbobos des joies populaires en plein air et savourant les nombreuses frioleries à sa portée, il avait dû revenir à ce conseil et ça lui donnait encore plus chaud).

Les Saisons (période assez longue, où ce réunit le conseil et qui dure pour ainsi dire toute la vie, où l’on causaille et lantiponne pour débiter des balivernes) palabrèrent toute une semaine, jours et nuits.

Puis, pour ne pas s’éterniser quand même ni bloquer le cycle des Mois (période plus ou moins courte, où le conseil peut, mais pas forcément, se réunir pour chamboler et se routiner au fil des Saisons), le Printemps proposa de laisser la vie à cette feuille.

-Mais comment ?
-En la transformant en animal. Ainsi, elle pourrait quitter sa branche sans mourir.

L’Eté, pressé d’en finir, applaudit à cette idée. L’automne et l’Hiver restaient dubitatifs, un peu quinauds.
Ils se rendirent au pied du noisetier.
L’Automne expliqua qu’ils avaient trouvé une solution , que la feuille allait devenir un animal et pourrait garder la vie au fil des Saisons.
La feuille frissonnait de joie.
Alors, je crois que les Saisons prononcèrent une formule magique, et jetèrent une ou deux poignées de poudre de vie.
Instantanément des pattes d’insectes apparurent sous la feuille, et des yeux aussi.
Mais la quantité de poudre était telle, qu’elle donna vie à la brindille sous la feuille, et des pattes et des yeux lui poussèrent.
La feuille et la brindille sautaient de joie autour des Saisons en les remerciant.

Et c’est là que la feuille demanda son nom de nouvel animal. Et la brindille aussi.
Le Printemps, jamais à court d’idées, sortit un sac de sa poche et demanda à chacun de tirer trois lettres qui formeraient leur nouveau nom en commun. La feuille tira le P, le H, puis le A. La brindille piocha le S, le M, puis le E. Et c’est ainsi que le mot phasme apparut.

-Quel joli nom ! dirent ensemble la feuille et la brindille.
-Parfait, dirent les Saisons.
Depuis ce jour, la famille étrange des phasmes vit dans la nature sans jamais trop se faire remarquer (restez discrets s’il vous arrive de faire vous-aussi cette bien curieuse rencontre) et le cycle des Mois ne fut jamais bloqué. »

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de Novembre. Oui, quand j’ai lu sa proposition et ses mots pour l’Agenda Ironique de Novembre, j’ai souri et je crois avoir compris la règle du jeu. Seulement cette belle histoire me trottait dans la tête encore et encore, le tirage des lettres ne venait qu’à la fin, et il n’y avait que six lettres à piocher, alors je l’ai écrite quand même et j’ai fourré tous les mots proposés dans mon texte parce que je crois que c’est aussi comme ça dans l’Agenda Ironique… je fais ce que je veux… et qu’il neige… neige ici quand je pose ces mots… et qu’il faut que je poste avant toute autre chose, car quand vous lirez ces mots… de l’eau aura coulé sous les ponts…

Ouvrage en patchwork

J’avais bien l’intention d’avancer mon ouvrage en patchwork ce matin,

mais d’un geste impromptu, ma main a plongé dans mon sac de fils à tricoter en vrac. Ce sac à vrac est toujours à portée de mains. J’ai l’impression qu’il ne sera jamais vide malgré mes longues journées de tricotage. Je ne perds pas courage, j’y arriverai bien un jour. Je tire d’abord un fil bleu turquoise accroché à un fil vert anis, puis un mélange de fils emmêlés suit. J’aperçois aussi du blanc, du rouge et du rose pâle. J’essaie de démêler ce vrac et le secoue un peu, l’énorme pelote informe rebondit mais rien ne s’arrange, ni se décroche…

Les deux premières couleurs me plaisent pourtant bien et j’ai bien envie d’essayer de faire un petit lutin. Je fouille un peu plus au fond et aperçoit un peu de noir. Ah, c’est ce qu’il me faut. Je tire. Le bout de laine n’est pas très long mais ça ira. Je monte vingt mailles sur une aiguille. C’est ce que je lis sur mon petit papier bien que mon dessin ait plutôt l’air d’un squelette. J’ai griffonné rapidement lundi ce croquis d’après les explications qu’elle nous a livrées.

Elle, c’est Roberte qui est revenue enfin au club du lundi après-midi. Elle va mieux, nous a-t-elle dit. Elle a été cambriolée cet été, en pleine nuit alors qu’elle était dans sa maison, elle n’osait plus sortir, n’avait plus goût à rien. Puis elle a déménagé. Et c’est une renaissance pour elle. Elle était déçue, car elle avait pris du retard dans la confection de ses ouvrages. Alors on l’a aidé tandis qu’elle papotait et riait à nouveau. Puis elle a parlé de lutins qu’elle avait tricotés un jour il y a des années déjà mais elle croyait bien se rappeler des dimensions.

Je regarde aujourd’hui ce croquis qui ressemble plus à une arête de poisson qu’à des explications de tricot, avec d’un côté deux mots, mousse et jersey, répétés l’un sous l’autre alternativement ou presque, au milieu sont notés des nombres de rangs et de l’autre côté des noms de couleurs…

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la semaine.

Un vrai poupon pour Noël

C’est un vrai poupon pour Noël que nous avons eu cette année-là.

Il est né un peu avant le 25 décembre et pour ses grands frères et sœurs que nous étions, c’était un fameux cadeau que la cigogne avait déposé chez nous. La vie est un cadeau, c’est ce que les parents nous répétaient souvent, mais en plus on est chanceux. On peut le dire, une étoile veille sur nous tous depuis toujours. Seulement personne n’est immortel, on le sait bien.

Les années passent, le plus jeune arrosera sa retraite en fin d’année quand les plus vaillants fêteront leur siècle, et leurs perspectives d’avenir restent minces. Alors, il nous fallait trouver un truc inoubliable à faire pour cette occasion. Prêts à toutes les complaisances, et sans se forcer quand même, un seul regard et un clin d’œil de notre aîné suffirent pour prendre ensemble cette belle décision. On connait la passion commune de nos anciens et du pitchoune (ben oui, on a toujours dit comme ça) pour le football et donc, en novembre, on ira tous voir le dernier match de qualif pour l’euro 2020.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la semaine.

Lui rendre visite

Lui rendre visite, je lui dois bien ça.

Je le vois tous les mois parfois tous les quinze jours. Il sort peu tout seul et habite près du port maintenant, dans un bel appartement ensoleillé. Je marche d’un bon pas en longeant le parking, je sais qu’il m’attend mais je voudrais tant qu’il retrouve son indépendance. Pas de pluie aujourd’hui, l’air est vif et le ciel encore bien couvert. J’ai pris l’habitude de passer une bonne partie de cette journée avec lui jusqu’au soir et je pars après le dîner qu’on prépare souvent ensemble. On sort marcher au bord de l’eau ou on discute devant un jeu de société. Il me raconte sa vie ou essaie de s’en rappeler… Il y eut une époque où on aurait pu croire qu’une araignée et sa toile occupaient sa tête toute entière. Il va mieux à ce jour, bien raccommodé et presque guéri. Rien qu’en y pensant les larmes me viennent aux yeux. En ce début d’après-midi les passants ne sont pas très nombreux. Un tapis de feuilles jonche le trottoir, certaines dansent devant nous au rythme du vent d’automne. Va-t-on sortir ou jouer ? Je remarque la vitrine d’un fleuriste riche en couleurs, puis celle du primeur superbement achalandée mais mon sac est déjà plein de belles et bonnes choses. Soudain je stoppe, c’est sa silhouette que je reconnais dans le bar à bulles. Surprise, un peu inquiète même, je pousse la porte et entre. J’avais connu sa préférence pour la bouteille au temps où les drogues de toutes sortes avaient bien peu d’effets sur ses souffrances. Une avalanche de pensées contradictoires m’envahissent, j’ai chaud tout à coup et respire fort mais quand son regard se pose sur moi, je lui souris. Il est souriant lui-aussi, et beau. Il se lève aussitôt et vient vers moi d’un pas assuré. Il a toujours été beau, mais il a presque rajeuni à cet instant. Il me prend dans ses bras et me serre très fort comme avant. Je suis bien et il sent bon. Pendant un moment, je crois bien que mes pieds n’ont plus touché terre. Il pose ses lèvres dans mon cou pour un bisou furtif et chuchote à mes oreilles: « Ne t’en fais pas et sois heureuse, tout va bien, je t’attendais ».

Ce court texte pour répondre cette semaine à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés.

Donner à manger

En allant donner à manger aux poules j’ai posé le talon sur une fiente…

et en levant le bras pour retenir mon chapeau imperméable qui allait s’envoler, j’ai accroché la manche de mon gilet sur le haut du grillage. Et de fait je ne pus éviter une grosse fiente de l’autre pied. Je suis énervée et surtout déçue. Le ciel est à l’orage ce matin, les éclairs et le tonnerre y vont de bon cœur. Les poules réfugiées dans leur cabane n’ont même pas remarqué les belles épluchures colorées que je leur ai apportées. Tiens il faudra rattraper cette maille avant que ça ne fasse un gros trou…

C’est peut-être l’émerveillement pour ceux qui attendaient la pluie depuis longtemps et pour les autres qui aiment juste entendre ces barouf et ces flic-floc, mais il ne faudrait pas mettre tous les œufs dans le même panier, moi je n’aime pas ce temps de chien, ça perturbe mon humeur. A propos d’œufs, il y en aura pas beaucoup si ce peu de luminosité perdure, les poules vont dormir longtemps…

Et dire que la nuit était si belle avec une lune bien ronde et si claire qui avait l’air de veiller sur nous. Avec l’absence de soleil, c’est fichu, ça va être l’obscurité pour la journée entière. Ah il nous a bien pigeonnés celui d’en haut. On va devoir rester à l’intérieur maintenant, le froid de canard va se faire sentir avec toute cette humidité et ce vent violent. Je sais que ça ne sert à rien de ruer dans les brancards mais le dire me fait du bien. Râleuse, moi !? Euh non pas trop…

Et puis après la pluie, le beau temps est revenu, j’ai retrouvé le sourire, mon pull n’aura pas de gros trou. Les poules ont chanté après avoir pondu, elles ont fouillé, farfouillé, picoré et gobé les vers, mais elles ne font toujours pas de poésie.

Perturbée, moi !? non, c’est juste pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés lundi dernier.

On tend souvent la main juste par habitude

On tend souvent la main juste par habitude vers un quotidien,

sans espoir forcément d’y découvrir quelque chose en particulier. C’est pour moi un motif de lecture rapide du matin en attendant que les rayons du soleil tardif de l’automne réchauffent l’air frais au dehors.

J’ai donc tendu la main vers la gazette laissée sur le coin de la table, et l’ai dépliée à la page des bulles. Mes épaules se détendaient et je souriais à l’idée d’y lire un truc plaisant. Mais cette fois encore c’était partie remise, car je sentais le regard soupçonneux presque inquiet de Mémé, arrivée clopin-clopant dans le hall d’entrée et marquant déjà son impatience avec sa canne sur le carrelage.

Je levai la tête et lui fis un clin d’œil. Je ne suis pas sûre qu’il faille lui répéter sans fin les mêmes mots. L’ordre dans sa tête n’est plus le même qu’avant et il faudra s’y faire. Elle se frottait les mains de contentement. Elle portait les gants roses qu’elle avait tricotés avec pleins de petits restes de laines et qui lui allaient si bien.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés : souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

Prendre le temps et regarder les gens

Prendre le temps et regarder les gens.

Ce matin je suis en gare et j’attends que la grisaille se lève. Les horaires ne sont pas affichés. Ou plutôt si, mais c’est un vrai capharnaüm ici. Les destinations et les heures sont mélangées. Le premier élément de la première colonne correspond au deuxième élément de la deuxième colonne. Et ainsi de suite, et ce grand tableau comporte une bonne dizaine de colonnes et autant de lignes. L’ordinateur qui travaille dans cette boite a-t-il voulu nous taquiner un peu ? Bien sûr, je comprends que j’ai raté mon train.
Laisser alors les trains et le temps passer, c’est un peu procrastiner ! Dans cette gare grise, il y a autant de quais que de lettres dans notre alphabet et les voyageurs, à l’heure qu’il est, sont innombrables. L’humeur est grise, un peu comme sur les photos d’antan. Certains sont perdus, affolés, circulent en tous sens, d’autres, qui ont pigé le truc, maintenant sans doute, restent sur place et laissent les premiers danser. Le fou-rire me prend.
Le gamin à côté de moi se met à rire lui-aussi et agite le petit drapeau qu’il tient dans sa main libre, l’autre étant fourrée dans celle de sa mère. Elle lui sourit. Ils ont de jolis T-shirts décorés sur le devant. Un bel ara multicolore précédé d’un L majuscule orne le sien, et un arc d’indien précédé d’un M embellit celui du petit. On peut deviner leurs prénoms. Je regarde celui du mari, qui leur sourit à son tour, il est orné un grand C suivi d’un éléphant caché dans un arrosoir. Là je reste perplexe.

Pour répondre à Des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés de la semaine : procrastiner – drapeau – ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner

Le grand prisme de l’univers

C’est un peu comme si le grand prisme de l’univers fonctionnait à l’envers en absorbant les couleurs et ne rejetant qu’un camaïeu de gris.

La grisaille cache le soleil et recouvre toujours notre ciel et les choses.
– Ce n’est pas grave, répètent jour après jour nos anciens, c’est comme ça à l’automne.
Nous sommes partis et avons quitté notre pays d’origine depuis bien longtemps maintenant. Quand nous avons jeté l’ancre dans cette immense baie, c’était avec l’espoir d’y revoir les couleurs où l’atmosphère semblait dégagée. Le lieu bordé de collines nous a paru accueillant. Mais le gris persistait, alors nous sommes repartis, vers l’ouest d’après la boussole. Le trajet à pied a été assez difficile pour arriver jusqu’ici. On a escaladé des cols pour passer les montagnes avec l’idée de retrouver à nouveau l’orange des couchers de soleil. Notre effort paraissait vain quand nous avons rencontré les indiens avec qui nous vivons aujourd’hui. Ces gens sont généreux, ils nous ont encouragés et accompagnés jusqu’à cette cascade merveilleuse qui tombe d’en haut comme un arrosoir. On partage l’endroit et nos points de vues. Ils nous ont aidés à bâtir nos maisons et à accepter avec eux, notre nouvelle vie. Parfois, on entend les enfants rire à nouveau, car quand on s’approche de la chute, les gouttelettes forment un magnifique arc-en-ciel de couleurs oubliées avant de disparaître à tout jamais dans l’abîme d’une terre aride.

Pour répondre à Des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés de la semaine : arrosoir – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille.

Mon café a un goût amer

Mon café a un goût amer ce matin, comme beaucoup de choses à l’heure actuelle.

La rivière est à sec depuis bien longtemps et il faut aller maintenant chercher l’eau à des profondeurs inimaginables. Le ciel est gris aujourd’hui encore comme hier déjà. Les arbres, l’herbe et les feuilles aussi. C’est une incompréhension totale depuis ce jour où cet énorme champignon toxique a envahi l’atmosphère en chassant les nuages et cachant le soleil.

Mes mains entourent la tasse et blanchissent au niveau des articulations. Il faut dire que ma peau s’est beaucoup éclaircie ces temps derniers. Un tourbillon d’images et de belles couleurs arrivent dans ma tête à la vitesse d’une étincelle et s’effacent aussitôt. Des bribes de mémoire me reviennent, mais tellement éphémères. Ou l’ai-je lu quelque part ? On n’a pas su tout de suite que c’était toxique. On n’a pas encore découvert toutes les facettes d’un tel bouleversement, mais pourra-t-on renaître complètement ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés, les autres textes sont là.