Ah j’en ai connues des lunes

Ah j’en ai connues des lunes…

L’une et l’autre se ressemblent vraiment, tellement pareilles, quasi identiques,
L’autre lune est plus grande et grosse, volatile et liquide, presque élastique
Blanche et bleue et fort sympathique.

Toutes trois se tournent autour depuis toujours sur des orbites concentriques,
Les jumelles dans un sens et l’autre dans l’autre, à des distances kilométriques
Comme des êtres excentriques.

L’une et l’autre en lucioles évoluent au-dessus du sol
L’autre lune si énorme ne montre d’une partie de sa fiole,
Juste une coupole.

Fallait-il être jobastre pour venir ici sur l’aire et vivre sur cet astre.
Au début ça m’a flanqué les boules et des coups dans l’hypogastre,
Mais avec quelques piastres, on y est arrivé sans trop de désastres.

L’important ce n’est pas d’où l’on vient, de Castres ou d’ailleurs
C’est d’être bien à l’intérieur, et respirer à pleins poumons un air meilleur
Pour être gai dans notre cœur.

« Surprise » m’avait-il dit et me l’avait promis pour mon anniversaire,
Dam’ sans penser à la pierre angulaire, j’espérais pas plus qu’une soirée culinaire,
Mais trois lunes à la fois, et la lumière à mes pieds, quelle affaire
Car depuis, nous vivons sur Sol’aire.

Je n’ai rien demandé, et sans la décrocher, il a su m’y emmener,
Loin de ce monde vain, quand d’autres y sont restés et peuvent tous aboyer,
Mais à ce roc doré, mon cœur s’est accroché,
Et reste énamouré.

Si pour être en équilibre, il faut trois pattes à un canard
Ou pour sembler heureux, se goberger de caviar,
Pour moi, c’est simple, pas compliqué et sans homard
ce sera choucroute au lard… et beaucoup d’art.

Le hasard nous a déposés là, au gré des vents et sans tourment.
Nous sommes partis avec un chien, un chat et avons eu trois enfants
Un noir, un blanc et le troisième, j’sais plus comment,
On a plus la forme d’antan, mais avant c’était avant assurément,
Et tous sont bien contents, puisqu’ils ont fait nos petits-enfants.

Ce dont j’vous cause, c’est y a longtemps, car aujourd’hui
Les lunes sont là en plein midi et même la nuit… pour faire joli
Dans le décor. Le sol, l’aire et l’air en sont remplis
De gens d’ici, des autres d’ailleurs et ceux qui rient
Et moi je prie

Je n’ai rien pris, il a suffit d’un pas, un pas de toi vers moi, et un de moi vers toi, nos doigts levés montraient ce là, pour un voyage de miel on y rêvait déjà. Quand l’un posa le pied, l’autre l’a suivi, toi et moi ici de là-bas partis.
Pourtant le 21 ils étaient trois, partis de là et aluner ici. Ils parlèrent d’un sol gris et tout dégarni, ils n’ont pas vu tout ce qu’on voit, surtout celle-là, toute verte à deux pas, et qu’il y en avait trois.
Au fait, trois quoi ? Trois lunes ? trois astres ? trois pas ? Les valeurs d’ici on ne les connait pas, mais en tous cas, on est tous là, venus y vivre et on mourra. Loin de tout ça, Belle Bleue là-bas, on la voit notre Terre d’avant derrière nos toits.

Ce sera ma participation à l’Agenda Ironique de Juillet en hymne à la Lune proposée par Louise deMathurinades. En illustration, quatre petits falzars que j’ai cousus pour cacher quatre petits pétards. Ah j’en ai connues des lunes !

et les autres textes sont là.

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La brocante de juin

Approchez pour la brocante de juin,

Approchez mes voisins, mes copains, mes cousins,
Car dans quelques jours c’est l’été.
L’été revient et toutes ces folies et dérisions,
Retour des amis et leur déraison.
Y’aura d’abord Maud qui voudra arroser son bac à Laure et A,
Ou quelques trois ou cinq fois plus que ça
Puis y’aura Mauricette qui prendra et fêtera sa retraite
Sans jamais avoir eu son baccalauréat,
Alors Mortimer partira chez sa mère au bord de la mer,
Et Mohamed rêvera du Club Med à Bab el Oued
Y’aura Momo avec son nom sur son maillot,
Le seul qu’il sache écrire avec des m et des o,
comme les vieux, disait-il, avec des cannes et des os.
Ce sera l’été, la plus jolie des saisons et le retour des maux,
Vaises habitudes de quelques cafards abrutis et leurs sales timbales,
qui ne banquent même pas avec des m…euh d’excuses ou des mots gentils.
M’autorisez-vous à déblatérer et piocher des mo… sans haine
comme je peux le faire pour mes tricots de laines ?
Les mosaïques ornant les tables en terrasses,
Chaudes en couleurs comme les chapiteaux de cirques,
Les monopoly dépliés pour les jours de pluie,
Ou le mortier écrasant comme la chaleur de l’été.
Le morbier ou tout autre fromage après le potage,
La Morelle de Balbis pour épater Isabelle et Barbie
Les morcelés trouveront leur dessert glacé trop gelé,
Les mojitos alcool-citron-menthe non appréciés des lève-tôt,
Et les motards vrombisseurs haïs des couche-tard,
Le motoculteur pétaradeur du voisin dont j’ai horreur,
Le monnayeur en panne me signalant d’aller ailleurs,
Les motocyclettes en va-et-vient bruyants à casser nos têtes,
Les momifiés sur les plages étalés à se cramer,
Les monogames reluquant et rêvant d’être polyg…
Les monégasques polis jamais las de toutes ces frasques
Une morphologie de rêve et un corps d’Ève,
Dans un monokini pour un temps, car avec l’âge allant c’est fini ou très défraîchi,
Les mocassins râpés, usés et mouillés par l’eau du bassin,
Du moniteur devenu maître nageur,
Une modestie sans fin,
Par émotion
Pour une motion
Un mode d’emploi que je n’ai pas,
Une mort subite avalée pour oublier la suite…

Approchez pour la brocante de juin,
approchez mes voisins, mes copains, mes cousins,
car dans quelques jours c’est l’été,
et ce sera l’heure et le temps de trouver les mots et tout célébrer.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de Juin proposé par Vérojardine sur le thème de l’été au rythme des mots de la rue Kétanou quand la rue est partagée à cette saison, et que l’espace de chacun doit être respecté, et tous les textes de la brocante de juin sont là.

Palette et Plume d’expression fragile

Palette et Plume d’expression fragile

Pour nourrir l’âne, on devait aller chercher le foin,
Alors on a marché longtemps, pourtant ce n’était pas loin.
Là dans l’air brûlant de l’après-midi, elle a perdu ses escarpins,
Et les moustiques dansaient avec les maringouins,
Tourbillonnaient et nous piquaient avec soin sans besoin,
Tant et si bien qu’on a fini par arriver chez les pingouins.
Enfin, on vit leurs œufs.

Elle les a peints de couleurs vives, fallait voir ses frusques.
Trop pressée, elle faisait des mouvements brusques,
Puis se grattait la tête, mettait ses cheveux en lambrusques,
Lentement elle se grimait la face comme chez les étrusques,
Une envie soudaine de se donner un air de mollusque !?
Magnifique Apolline que rien n’offusque
Et n’émeut, ou juste un peu.

D’ailleurs il faudra la convaincre et qu’on l’emmène
Effectivement dans cette maison spéciale pour schizophrènes
Xénélasie exigée de ce monde par de méchantes graines.
Patiemment on en a déjà parlé de sa dégaine et de cette gêne
Ressentie, rarement appréciée de certains par dizaines.
Elle paraît prendre ces remarques comme une rengaine,
Semble se jouer de tout ce qui se dit autour de ça, l’inhumaine.
Seulement le jour viendra, elle sait, en est certaine,
Ici, avec les gens qui l’aiment, elle se sent forte comme un chêne
Oublie qu’elle n’est pas reine dans son domaine,
Nargue d’un pied de nez et fait un vœu.

Faut pas croire, elle se battra, se démènera l’énergumène.
Rien ne sera facile, faudra peut-être demander de l’aide urbaine.
A moins que… j’ai une idée ! aucune n’est vaine.
Gauchement, mais rapidement je lui tricoterai une mitaine
Illico elle l’enfilera voulant ressembler à Philomène
Lèvera la main et prendra, encore une fois, son air froid qui m’enchifrène,
En attendant, on ne fait pas toujours ce qu’on veut.

C’est ma participation à L’agenda Ironique de mai proposé et hébergé cette fois-ci chez Palette d’expressions et la Plume Fragile au rythme résonnant des mots perdus et retrouvés, imposés pas facile à placer avec une certaine idée d’Apollinaire, mais là on fait ce qu’on peut !

La tante Bocha et le père Eskia

Je crois bien que la tante Bocha et le père Eskia sont les plus anciens habitants du village aujourd’hui.

Ils n’ont pas toujours habité là. Ma grand-mère les a connus quand ils se sont pointés dans la région. Ils disaient venir d’un pays couvert de cactus et habité par les pires espèces de la terre, et ils avaient aussi précisé qu’ils n’y retourneraient plus jamais. C’étaient des personnes qui aimaient déjà beaucoup plaisanter, alors fallait-il les croire ?

A leur arrivée au pays, elle s’installa dans la grande maison qu’elle occupe encore, pour prendre l’intendance de l’orphelinat qui n’existe plus à ce jour ; et lui l’aidait dans tout ce qui touchait les travaux extérieurs. Il avait également, remplacé le vieux sacristain dès son arrivée, et s’installa à la cure attenante à la chapelle. Il sonnait les cloches aux horaires des offices affichés, tenait entre autres, cette fonction avec sérieux, et laissait quelquefois participer les enfants, ce qui les faisait beaucoup rire. Mais ça ne se fait plus maintenant, car l’église a disparu, elle a été démolie, la cure aussi, et avec l’électrification depuis quelques bonnes années déjà, il a quitté la cure et habite le moulin. Il le fait fonctionner avec ses petits-neveux, comme il aime à dire, qui sont adultes maintenant mais dont on ne leur connaît ni l’Eve ni l’Adam.

Même si ces deux personnages ont toujours semblé bizarres et originaux, elle avec sa grosse chevelure d’un rouge naturel très vif et lui avec ses gros biscoteaux, ils se sont bien adaptés et ont tout faits pour être adoptés par la population. Ils sont très sympathiques, ont toujours aimé les enfants, et pourtant n’en ont jamais eus. Ils sont très attachés l’un à l’autre mais n’ont jamais vécu ensemble. Il s’est dit à l’époque, qu’ils auraient peut-être été frère et sœur, tout du moins ça apaisait les esprits de le croire. Aujourd’hui, on s’en moque carrément.

Pourtant, à ce qu’il paraît, lui était prêtre défroqué quand on les a connus. Ça faisait sourire dans le village, mais de son passé à elle, personne n’en connaît rien. A ce qui se disait quand même c’est que c’étaient de grandes cicatrices qui lui barraient le visage quand ils sont arrivés et qui faisaient sursauter ceux qui la regardaient pour la première fois malgré son sourire. Elle a toujours souri, si bien qu’aujourd’hui celles-là se sont estompées et ont pratiquement disparu dans les plis de ses rides. Ou on s’est peut-être simplement habitué à sa figure fripée et son regard tendre reste le plus doux à voir.

On en a raconté des choses sur ces deux phénomènes, et inventé des secrets à leur sujet qu’on aurait bien voulu connaître et dévoiler… Il n’y avait sans doute rien d’exceptionnel à découvrir. Ces gens sont simples, et faciles d’abord. Lui est impressionnant de corpulence, et de sa voix grave, il sait raconter comme personne, des histoires toujours nouvelles et un peu effrayantes qu’on aime écouter à la tombée du soir ou durant les nuits d’été. Elle, a plutôt une voix rauque et suave, dont les jeunes enfants savourent quand elle entonne des berceuses pour les rassurer ou les endormir. En tous cas, un grand nombre de ces tous petits qui ont grandi dans la grande maison, reviennent leur rendre visite au village, et chacun a un métier ou est artisan de la vie à sa manière. Je ne sais pas pourquoi on les appelle comme ça ces deux-là, et je doute que ce soit leurs vrais noms, mais peu importe ça leur va bien.

Si je vous parle d’eux, c’est que justement comme chaque année à cette saison quand le printemps est là et qu’on est passé à l’heure d’été, tante Bocha a envie de renouveau. Elle sort alors ses fourneaux hors de sa maison, les protégeant sous la tonnelle pour un grand ménage et pour faire plus de place à l’intérieur. Elle a de la force et du caractère. Elle tient à remettre en marche, à la mode d’antan, les deux fours du village bordant la grande propriété, et ce, jusqu’au prochain changement d’heure. Du bois de chauffe est toujours prêt dans les abris sur les côtés. On n’a plus qu’à apporter les plats à cuire et étendre ou dresser les grandes tables et les bancs.

C’est une habitude au village, que la communauté vienne à la belle saison se servir des fours et cuisiner ensemble pour tous. Des senteurs et de bonnes odeurs envahissent l’air ambiant, le tintamarre des conversations et les rires des enfants colorent les jours et claironnent comme une fanfare jusqu’aux soirs, même tard au milieu de la nuit. On trouve le sommeil, ou on en sort, comme on peut. D’ailleurs, cette pratique est devenue un rituel auquel les gens du pays ont donné un nom spécial pour cette moitié d’année, « les fours mi-temps Bocha », où l’on vit et se retrouve autour des fours. On aime l’entendre rire de toute sa gorge et dire que tout ce remue-ménage l’enchante, que le retour des beaux jours lui font du bien, que ce brin de folie épice sa vie et que c’est le Père Eskia qui apporte tout le piquant dont elle a besoin à ses jours et sa vie.

Non en fait, si je vous ai parlé de ça, c’est parce que le piaillement des oiseaux à l’aube m’a réveillée, que je me suis levée trop tôt et qu’en plus j’ai trouvé des fourmis autour du pot de miel, sans doute mal rebouché lors d’une utilisation précédente. J’ai eu soudain la tête comme remplie d’oursins et d’orties tant j’étais énervée.
Et je me suis rappelée du poème d’Aimé Césaire proposé par Anna Coquelicot pour l’Agenda Ironique d’avril. Avec des mots comme ça, Aimé, Coquelicot, ironique, comment ne pas se calmer, sourire à nouveau et admirer la Nature ?

Le voilà ce poème d’Aimé Césaire, qu’il a intitulé : -Insolites bâtisseurs-
tant pis si la forêt se fane en épis de pereskia
tant pis si l’avancée est celle des fourmis tambocha
tant pis si le drapeau ne se hisse qu’à des hampes desséchées
tant pis
tant pis si l’eau s’épaissit en latex vénéneux
préserve la parole
rends fragile l’apparence
capte aux décors le secret des racines la résistance
ressuscite autour de quelques fantômes plus vrais que leur allure insolites bâtisseurs—

C’est ma façon de sourire à la vie et de répondre à Anna Coquelicot qui nous proposait de traiter des épis de pereskia et des fourmis tambocha, de chercher à connaitre cette faune et cette flore, en prose ou en vers pour l’Agenda Ironique d’Avril.

 

Les maux sans dessus-dessous

– J’ai les maux sans dessus-dessous. Tu sais, j’en avais marre d’observer la rue toute la journée sans que personne ne me voit vraiment ! Les passants m’ignorent presque systématiquement, s’appuient lourdement tout au long de ma cuisse en attendant le bus et me fatiguent, d’autres sont pressés et me rasent à croire que je les gênerais presque sur le trottoir où la ville m’a posé. Je me fais toujours renifler les pieds par les chiens et certains même règlent leur petite commission en liquide. Pouah ! Ah, et j’ai mal partout de toujours me tenir bien droit.

– Je suis placé au début d’une jolie impasse fréquentée par de nombreuses familles et leurs enfants. C’est chouette, ils jouent souvent à cache-cache et me font participer à leurs jeux que j’ai l’impression de danser, ils crient, rient, me bousculent et me chatouillent, et le soir les amoureux me caressent le bas des reins pendant qu’ils s’embrassent. En face, une rue descend en escaliers dont je n’aperçois pas l’en haut, et les ballons des petits arrivent plus vite à mes pieds et bien avant que pointe leur tête.

– Je respire toute la journée les gaz d’échappements, les klaxons des voitures me cassent la tête. Au milieu de cette rue, j’envie mes voisins, ils ont une vie bien plus belle que moi. Celui de droite a le tramway qui passe quasiment à ses pieds, le frôle et agite l’air avec douceur, à ce qu’il dit. Celui de gauche donne sur l’avenue et la vraie vie de la ville, auprès de boutiques de choix, un bouquiniste heureux de vivre qui chante à tue-tête pour haranguer ses futurs clients, un fleuriste qui étale dans de vastes récipients tous les matins de fleurs fraîches à ses pieds et le protègent et embaument et en face un confiseur et marchand de glaces. Ce sont des gens joyeux qui l’approchent, lui. J’te jure, si ce n’est pas le bus qui s’arrête à mes pieds, c’est le camion-benne des éboueurs qui m’enfume avec tout son charivari émétique. Il était temps qu’ils nous offrent ce repos, d’ailleurs ils m’ont déjà remplacé temporairement par de drôles de lampions pour faire des travaux. C’est moche !

– On va nous refaire une beauté, changer de look et de design, j’espère. Sais-tu si on attend longtemps avant qu’ils nous entreprennent ? Qu’est-ce qu’on est bien sur ce banc. C’est ça qu’on appelle un Chesterfield ? Dis, que bougonnes-tu ?. Au fait on m’appelle Carmen dans le quartier parce tu vois j’ai le pied en forme de jupe de danseuse espagnole. Un peu cabossée, mais c’est un peu pour ça qu’on est là. Ça me fait du bien de te connaître, je ne pensais pas qu’on puisse être si différents, et tu me décris un monde que j’ignore et que je n’imaginais même pas.

– Les habitants avaient l’air de trouver les lampions à leur goût, c’est peut-être pas si temporaire que ça… j’aimerais bien changer de rue quand ils m’auront retapé et…

– Chut ! la Hurlette, cesse un peu, ferme les yeux et profite, écoute le clapotis à nos pieds, j’ai toujours rêvé de voir la mer, et on l’entend. Dis, ça te dirait d’être au bord de l’Atlantique.

– Pouah ! arrête d’évoquer l’océan ! une autre odeur, une puanteur de poissons morts et de coquilles et crustacés. Avec les pieds dans le sable, le vent qui décoiffe et rend encore plus fou ! Et les phares au loin, plus grands que nous qui éclairent toute la surface de l’eau et de la terre jusqu’à l’horizon. Jamais on aurait la vedette.

– J’aime bien ma ville, j’irais bien au coin du marché cette fois-ci.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de mars hébergé chez Max-Louis sur le dessous des mots, dont le thème était le lampadaire avec quatre mots imposés, et illustrée de photos trouvées sur le Net.

La liste des textes ayant participé à cet Agenda Ironique sont ici et c’est Anna Coquelicot qui gagne.

Agenda onirique

La fée vrillée !? bien sûr que j’en ai rêvée pour l’agenda onirique.

J’avais encore jamais été au phare à mentir. Il a fallu quand même que le mistral souffle très fort pour que le vent m’emporte jusqu’ici. Je suis tombé là comme un cheveu sur la soupe (enfin, façon de parler parce que je n’avais toujours rien trouvé à me mettre sous la dent). Après avoir longé la route des bruyères (ce devait être ça puisqu’il y en avait plein au bord du chemin) j’étais maintenant arrivé sur la route du beau repère. Je l’ai su quand j’ai vu l’animal qui tourna devant moi. J’avais ralenti et m’abritais sous les arcades pour que le blizzard ne me pousse pas au hasard plus avant. A un cheveu, nos chemins se seraient croisés. Il ne m’avait pas vu, ni senti. Heureusement, le flot de l’air avait subitement changé de sens et soufflait de face. Il me précédait, dodelinait de l’arrière-train et rasait les murs de son flanc. La bête était énorme de carrure imposante. Les cheveux d’ange de son pelage dansaient sur son dos à cette heure de la nuit sous les réverbères ou les rayons de lune, mais le démon l’habitait bien, c’est mon cousin garou qui m’en avait causé. « Gare à toi s’il te voit ». J’ai gardé la distance et elle nous a séparés ce soir-là définitivement.

Le temps passait et le mistral soufflait encore très fort. Il retournait les ombrelles et parapluies suivant les saisons, emportait les chapeaux de ceux dont les mains n’étaient pas assez rapides pour les retenir. A ne pas bouger et se laisser faire beaucoup étaient chauves maintenant et restaient baba en regardant leur bibi courir à terre pendant que d’autres riaient. Ces autres, nouveaux sans doute et encore lestes, se réfugiaient prestement sous les auvents ou les balcons et restaient coiffés ou à peu près bien peignés. Certains comme moi, un peu décoiffés, zigzaguions ou avancions à rebrousse poil. Il s’en ait fallu d’un cheveu que je reprenne le char à vent.

Cependant on ne peut pas toujours l’éviter, quand la bise fut venue, j’ai revu mon cousin. Toujours de bon poil, le garou, et droit dans ses bottes, il est quelquefois tatillon à vouloir trop de précisions et prêt à couper les cheveux en quatre sur la tête des autres, car lui n’a plus que quelques poils sur le caillou mais il suffit de le caresser dans le bon sens du poil (enfin sur ce qu’il en reste). Vous allez trouver que mon histoire n’a ni queue ni tête, est un peu tirée par les cheveux, et vous aurez raison. C’est que je n’ai pas une vie toute tracée et une seule voie à prendre, moi, des tas de pattes d’oies s’ouvrent devant moi, mais je n’en vois pas souvent (des oies, pardi ! ben oui, parties). Je vis au fil de l’eau et au gré du vent, et ce gré m’a porté ici aujourd’hui.

J’ai sauté dans le char, me suis accroché dans les virages jusqu’à ce qu’un soubresaut me jette chez mon cousin garou près du phare à mentir et nous avons causé. J’ai pu constater qu’il a un sacré poil dans la main, l’énergumène. Vous me direz que c’est normal vu l’animal et son âge, mais c’est presque une queue de vache comme aurait dit ma grand-mère. Seulement la mère-grand aujourd’hui est morte, mangée par le loup, le chasseur n’a pu récupérer que le red hat, car les humains avaient séjourné trop longtemps dans le ventre du monstre et avaient disparus dissous par les sucs gastriques. Le loup lui s’en est remis, en santé et plein la panse. Par contre ça, on ne le dit pas aux enfants, on a laissé le Père O grimer le conte. Au fait ce n’est pas de ça qu’on a causé avec mon cousin garou. Juste de l’air du temps et du vent sur terre qui fait s’envoler les objets et les mets et qui lui apporte parfois son repas tout prêt tout près, souvent juste devant lui et il vit ravi de ce que le vent ravit pour lui. Ce jour-là on a fait les fous, je lui ai un peu forcé la patte pour qu’il se bouge un peu plus et on a sauté à droite et à gauche de plus en plus vite pour tout attraper en vol et être servis. Tout ça tombait pile poil, car ce matin-là, quand je suis arrivé sous la pluie battante, je n’avais plus un poil de sec, ça nous a séchés et nourris en même temps.

Le zeph souffle encore et toujours, alors je suis resté et on s’est refait du poil neuf et du feu dans le poêle. On a continué à faire les sots et des sauts à droite à gauche et tant que ça dure, on n’est pas près à se faire des cheveux blancs. Quand même, le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté.

« Ferme tes yeux pour rêver et fais vriller » m’a dit février. Absolument, j’ai fait vriller pour à l’agenda onirique chez Ecri’turbulente avec quelques contraintes dues à Eugène et Groucho.

La recette de la jumeleine

La recette de la jumeleine

La recette de la jumeleine

La vraie recette, je doute que quelqu’un la connaisse réellement bientôt…
Ah il y a bien celle de la rouste, qu’on reçoit un peu trop vite pour l’avoir goûtée trop tôt.
Rares sont ceux qui oseront parler des lilas, des « je t’aime » et des frites chez Eugène
Et bien là, ça vaut le cinéma en semaine car je vous parlerai de mes jumeleins et jumeleine.
C’est pas que je sois spécialiste, ai creusé la chose, non, ils m’ont été offerts par la vie,
Et ça n’a rien à voir avec la laine, bien que ce soit doux et le plus gros de mes penchants.
Tout est venu subitement, c’était l’année de mes soixante ans,
Trente ans s’étaient écoulés depuis ma primiparentalité assouvie et suivie.
En cette année donc, mes aînées eurent alors la même idée,
Deux d’entre elles, à six mois d’intervalles, commandèrent un bébé
Et deux ans plus tard, leur vint la même envie.
Juste qu’en première cavale le cadeau de la vie m’offrit deux cousins jumeleins,
Une seconde expérience m’apporta une poupoule et un poulain germains.
Mémé que je devins, fut comblée de ces petits biens, j’admirai leurs doigts, leurs mains…
Et depuis qu’ils grandissent, Jumala se nourrit de leurs mots malins et regards coquins,
Liens devenus passion, derrière cette fantaisie, énorme réminiscence du lien maternel,
Émotion, la plus innocente des origines, aspect charmant d’un fantasme réel.
Ici, saveur du moment, odeur du bonheur, pour sûr qu’homo sapiens est un croque mitaine,
N’ignorant pas la mauvaise haleine des juments et des baleines, ni celle des bas de laine.
Et si, chez vous, la clef reste introuvable, voyez Red Hat ou Pinocchio, ils vous conteront la vie.

Cet acrostiche pour répondre à l’Agenda Ironique de Janvier sur une idée de Carnets Paresseux ici et là, et clin d’oeil à celui de l’Aönd, douce prose illustrée de mes dernières mitaines dont le modèle est ici.