Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Tu souris et tu danses à la vue de l’Alpha,
Je nous vois en vacances, un peu au paradis.
Tu me regardes et siffles assis sur les sofas,
Une joie folle m’envahit, mon Roméo, m’ami,

Et tu embarques à bord pour changer de tes chars;
Accordéoniste en herbe j’étire quelques accords
Dans une douceur exquise aux airs suaves, j’adore
Voir l’éclat de tes yeux, dans tes mains des dollars.

Fais vrier le moteur mais avec attention,
Retrouvant tes réflexes et mémoires d’aviation,
Retour au civil

Et, tous les deux, un soir dans un bar vers Broadway
En chanson je louerai notre amour avoué,
et puis… Ainsi soit-il.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique d’Août sur une idée d’André et son clin d’œil à Marcel Thiry, poète belge, Le thème est inspiré du premier vers de son premier poème et recueil : “Toi qui pâlis au nom de Vancouver” avec des mots imposés, bien sûr pour corser le  défi, et tirés au hasard du même recueil: paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.
Et juste pour le plaisir, en voici les mots vrais:

Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry, Toi qui pâlis au nom de Vancouver, 1924)

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La bête de Basse-ville

La bête de Basse-ville

La bête de Basse-ville

Le vent et la tempête faisaient rage cette nuit de la fin de novembre. Holmes et moi étions restés silencieux toute la soirée. Lui, occupé avec une lentille puissante à déchiffrer les restes d’une inscription d’origine sur un palimpseste. Moi, plongé dans un récent traité de phrénologie. Dehors le vent hurlait sur Baker Street tandis que la pluie frappait violemment les fenêtres. Il était étrange, ici, au cœur même de la ville, entouré de tous côtés par quinze kilomètres d’ouvrages bâtis de la main de l’homme, de sentir la poigne de la Nature.(1) Je me levai coinçant mon magazine sous mon coude gauche et me dirigeai vers la fenêtre pour regarder au dehors. Lorsque je passai derrière mon ami, je remarquai que sa tasse de porcelaine était encore pleine au bord de sa table de travail devant son microscope, et qu’un des tiroirs de droite, le plus bas, était resté entrouvert.
Mais la puissance des éléments déchaînés absorbèrent mon attention, et je portai mon regard sur la rue déserte. Les lampadaires espacés éclairaient la rue boueuse et le trottoir luisant disparaissant au bout de la rue sous les reflets d’une inondation naissante dans le virage en bordure du parc. Rien d’autre n’allait se passer par un temps pareil. Je m’étais retourné à nouveau vers l’intérieur. J’observais Holmes, il était resté ainsi plusieurs heures assis en silence, son long dos courbé en avant et sa tête inclinée sur sa poitrine,(2)  qui ressemblait étrangement à celle de cet animal dont il avait affiché une photo sur le mur face à lui.

Absorbés comme nous l’étions et au milieu des rugissements du vent, nous n’avions pas entendu les pas dans l’escalier :
– C’en est trop maintenant, ce sera pangolin au menu demain si ça continue !

La porte venait de s’ouvrir violemment poussée par Mrs Hudson apparemment excédée. Nous sursautâmes de pair et ni sa tasse, ni ma revue ne purent être retenues dans leur chute. Avec le même élan et dans un large geste, notre logeuse jeta ce qu’elle tenait en direction de Holmes : « Tenez, vos chères loques ! et pensez y demain, sinon… « . La porte se referma derrière la femme aussi subitement qu’elle ne l’avait ouverte.
Holmes tenait le projectile à deux mains, lui ravi et presque souriant, moi plutôt hébété par cette irruption subite. Le paquet sans ficelle ni corde était une de ses vestes de coupe ancienne que je lui connaissais et qu’il ne portait plus depuis longtemps mais qui avait souffert récemment sans aucun doute au vu de l’état du tweed et du nombre de rapiéçages. Je m’étais assis dans mon fauteuil un peu pétrifié de toute cette agitation :
– Pourquoi veut-elle cuisiner votre pangolin, Holmes ? Pauvre Mrs Hudson ! Que lui est-il passé par la tête ?

Holmes ne fit aucune allusion à l’affaire et comme à son habitude sembla perdu dans ses pensées. (3) Il déposa ce qu’il tenait au pied de son bureau, se pencha dans son tiroir pour en ressortir aussitôt un genre de panier carré qu’il tenait par deux grandes anses de chaque côté and last, but not least qui contenait d’autres vestes mises en boules et sérieusement défraîchies.
– Il faut que je vous montre ceci, dit Holmes en s’approchant de moi. Le tissu se mit à bouger, je vis le visage de mon ami s’éclairer pendant que mes yeux s’agrandissaient de surprise. Il découvrit un pan de la veste qui abritait un autre pangolin, mais bien plus petit que celui qui lui avait servi de couvre-chef, il y a quelques semaines.(4)  L’esprit passablement confus mais une petite flamme renaissant au cœur,(5) je regardais Holmes, béat, et lui me regardait comme sil m’avait fait la plus grande des farces.
– C’était une pangoline ? articulais-je
– Et nous allons sauver l’espèce !
– Mais alors pourquoi notre cuisinière parle-t-elle de les cuisiner ?
– Une affaire élémentaire mon cher Watson, s’exclama Holmes avec chaleur en sautant sur ses pieds.(1) « J’ai demandé au jardinier d’apporter de la nourriture pour ces bêtes et chaque jour, il dépose des fourmis dans le hall, dans ma vieille veste que vous voyez là rendue étanche par son épouse dans une sorte de raccommodage à sa façon », continua-t–il en s’activant à ramasser les débris au sol et tout en présentant la veste entrouverte aux deux animaux gourmands.
Aucune fourmi ne pouvait s’échapper bien loin aussitôt happée par une immense langue, et en peu de temps, tout fut avalé. Les bêtes se nichaient dans le tweed le coupant un peu plus de leurs écailles.
– J’ai prévenu notre logeuse de cette naissance et de ma demande à Bannister, ajoutait Holmes. Mrs Hudson était fière d’être dans la confidence et se sentait utile à la planète mais elle m’a mis en garde, elle tient à garder la maison propre et impeccable. Le jardinier, lui, serait bien venu jusqu’ici mais l’accès aux étages lui est interdit avec ses bottes. Si bien que quand j’oublie l’heure et laisse passer le temps et qu’elle aperçoit ce sac d’insectes dans le hall, elle disjoncte un peu. Mais ne vous en faites pas, dans une demi-heure notre dîner sera prêt. »

Pendant que Holmes allumait sa pipe à nouveau perdu dans ses pensées, le regard vague fixé sur ces deux bestioles repues, je mis le feu aux brindilles préparées dans la cheminée qui craquaient en s’enflammant rapidement. Mon ami avait raison, car je sentais déjà le fumet du velouté de pois et lard.

  • (1) Le pince-nez en or (ou presque), Sir Arthur Conan Doyle
  • (2) Les hommes dansants, Sir Arthur Conan Doyle
  • (3) Les trois étudiants, Sir Arthur Conan Doyle
  • (4) Breakfast Tea, Ecriturbulente
  • (5) L’entrepreneur de Norwood, Sir Arthur Conan Doyle

écrit pour participer à l’Agenda Ironique de Juillet proposé cette fois-ci par Palimpzeste.

Tout ou rien

Tout ou rien

Tout ou rien

J’ai connu un chien qui se nommait « Rien », il ne répondait pas souvent à son nom, ni au mien non plus… à rien en fait. J’aurais préféré « Foulcan » mais il serait resté, ça n’aurait rien changé. On l’appelait « Toutou Rien ». Il faisait ce qu’il voulait, souvent rien de bien.

Il était moche et ressemblait à tout autre chose qu’un chien…  « Il est pourtant gentil » disait Jean et tous les gens d’ailleurs, ici, si si…

Et on le trouvait un peu sot aussi. Ah! des sauts, il en faisait, il sautait haut et s’accrochait aux bras et aux bas des manches des dames, à leurs bracelets et leurs sautoirs, elles sursautaient, leurs cris fusaient comme des pétoires, les perles tombaient par terre; elles, les femmes se laissaient choir, et leurs brillants roulaient dans les coins sombres. Lui avait compris qu’il serait puni et filait dans l’ombre.

Il faut qu’j’vous dise, Rien, il était noir. De l’ombre et du sombre, il y en avait, c’était l’été! Mais quel été! Il pleuvait tant qu’on sentait bien que l’hiver était proche. L’eau du ciel était gelée alors qu’on aurait dû manger des glaces. Y a plus d’saisons. Tout était gris, même les idées et les pensées et d’autres fleurs, on les cueillait pour égayer et Toutou Rien les déterrait, on se fâchait et rien n’était panser.

« Trois beaux jours suffiraient », disait Jean qui revenait de brousse, « du jaune du chaud et du soleil ». Je sais ce qu’il souhaitait en regardant sa mousse « un verre, du rhum et du sommeil » mais je répliquai en souriant : « Trois fois rien en somme » Et là j’ai vu son œil vert viré au fauve… !!?? Tel un dogue, sinistre et bête comme le chien « Faudrait pas m’épuiser? Je calcule peut-être comme un pied, mais si j’enfile deux chaussures tous les matins c’est que j’en ai deux et c’est pas rien. Alors ne me prends pas pour un pingouin. Si c’est trois fois c’est pas une somme ».

Ce quelque chose l’avait assis. Était-ce la flotte ou le mauvais temps ? Étaient-ce les mois et les ans ?  Il était là à bouger ces doigts comme arthrosés. Dix tentacules qu’il pliait et qu’il comptait. Et je riais intérieurement: « Quel con tu es ».

Je suis partie. Je gardai le silence le laissant là, peut-être las un peu grisé et imbibé. On a beau dire, les Jean et les genres des gens sont différents. Un peu de mots c’est beaucoup trop parfois, un presque rien avait tout effacé. Rien de lui ne m’a suivi, mais Rien, lui, me suivit. Ce chien, je l’aimais bien.

Chez Carnets Paresseux c’est l’AI de juin avec Tout et son contraire ! mais attention, pas tout, tout de suite, ni tout de même, ou tout et n’importe quoi, encore moins tout le monde cherche son chat… On pourra glisser des mots et une photo, les siens ou la sienne, ou pas. Chez moi, c’est le chien et plutôt que Tout, j’ai choisi Rien.

Se mettre à nu

Se mettre à nu… c’est pas facile, j’ai hésité bien entendu. Je ne voulais pas être vue.

Se mettre à nu

Le bon moment j’ai attendu. Turlututu chapeau pointu, je ne sais comment ce jour est venu.

Je n’avais pas mis mes bas et je sortis une jambe: elle fut gelée. Puis j’ai tendu un bras et j’ai pris froid. Et là j’ai toussé mouché craché… ça a continué et bien duré deux ou trois mois.

J’ai réessayé en juin et enlevai mes lunettes. Sans elles rien était net. Je voyais trouble mais j’étais bien. Je restai au dehors, je me sentais pousser des ailes, j’étais légère comme un oiseau dans l’air.

L’air de rien, toujours en juin il faisait chaud, j’ai quitté le haut et montré mes seins. Juste un collier au ton bleuté autour du cou. Collet monté, me direz-vous. Pourquoi pas bien ? Et du coup, si peu vêtus, les autres aussi. Combien ? qu’importe le nombre et les formes, ceux-ci étaient gros tant pis et ceux-là tous riquiqui.  Dommage, aurais-je du cacher les miens ? Non ma foi, c’est chouette ainsi et si tout va bien j’enlève le bas demain.

Se mettre à nu

Oser et divaguer pour répondre à Valentyne et l’agenda ironique et sourire avec une page de mon body-flip-book.

Il fallait que je t’en cause

Mon cher ami, cette fin d’année ne sera plus comme avant, il fallait que je t’en cause.

Il fallait que je t’en cause

Attends-toi à de grands changements quand tu prendras ma relève la semaine prochaine.

Quand je suis entrée dans l’atelier lundi dernier, Anne a dit plose. Je l’ai trouvée un peu fatiguée comme chaque année à cette période, pas de quoi s’alarmer. Elle semblait prête, mais je sentais qu’elle avait besoin d’air, mais elle ne les prononçait plus, elle préférait les ailes apparemment et en mettait partout, sur son dos, dans sa bouche…

– Pose, a répété le père, pose ça là et va-t-en.

Tant bien que mal, alors j’ai posé. Surprise aussi car je ne l’avais pas vu lui. Il était près d’elle. Il était prêt comme elle, le moustachu. Mais son ton était las. Le thon était là aussi, mais c’est une autre histoire. Ça tombait bien, j’avais besoin d’une pause. Enfin façon de parler quand j’ai posé tout a chu et ce fut soudain le grand bazar dans le verger. La grande boite à dessert que j’apportais s’est ouverte et tous les flonflons contenus versèrent sur le sable. Cette boite, à qui était-elle ? De carton m’étais-je trompée ? Ce n’était pas la tenue habituelle et j’en restais bouche bée. Les arbres aussi car leurs fruits sont tombés. Une grosse pomme trop vite a roulé pour s’arrêter trop près du bassin. Elle cogna la Vénus du jardin, qui de tout son long s’étala. J’ai couru, me dis-je : « tu l’aideras », mais elle était déjà assise et lui étaient poussés des bras. Elle avait dans cette position meilleure allure près des poissons. Seulement maintenant elle causait, et en boucle répétait. Dans son dos sous ses boucles j’ai regardé, et des boutons j’ai trouvés. J’ai actionné et inversé un rouge à peine visible et un vert éclairé. C’était mieux ainsi, j’avais agi puis j’ai souri, parce qu’elle me souriait pardi, mais était figée, ça tue, et son sourire malin me semblait malsain. Ma surprise et la tienne, je parie, continuent car, attends, je n’avais pas tout vu. Je ne comprenais plus, on s’était moqué de moi, était-ce du lard ou du cochon ? la moutarde me montait au nez. « Non d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes »

Car de sirène elle avait la queue maintenant, de la couleur de l’eau du bassin. Aussitôt ma bouche prit la forme de cette lettre, puis changea très vite quand je vis l’arbre changé en réverbère, ma voix s’ouvrit donc sur l’initiale du végétal. Tu vois, pourquoi je te parlais du thon. Statue et ça pue. Ah berk ces drôles effluves fétides grandissaient habillement ici et ma tête tournait. Tournait le parapluie que j’avais ouvert au-dessus de ma tête. Le temps allait-il changer à ce point? Je le repliai et le tins par la canne, c’est qu’on attendait la neige, ici, pour fumer une pipe au coin du feu. Pour qui étaient ces bottes ? Pour celui qui porte la hotte ? J’étais baba au rhum. Rom peut-être, les bottes noires de cuir vernis et bordées de rouge avec les lacets de même couleur. Le chapeau était melon. Pff, on avait l’air de couic avec un tel couvre chef.

Le cheptel attendait. Le père, près des cotillons dans le pré, était prêt à se parer de la tenue d’apparat. J’étais désemparée, presque dés-empaillée. C’est que le père est nouveau, cette année, tu sais. Il me regardait d’un air nar quoiqu’il dise «Ne t’en fais pas, je serai belle et bien beau». Je me suis sentie bizarre. Comment te dire ? Comme une envie de me fourrer des crayons dans les narines. J’avais l’impression que la fête tant attendue des enfants allait changer. Et ça m’est passé.

Je suis lutin depuis toujours, tu sais. Enfin lutine, je suis une fille. Il faut que tu saches, c’est vrai, ce ne sera plus du tout comme avant.

On a bossé comme des fous toute la semaine. Il y avait une ambiance de folie. Le nouveau s’appelle Léon. On a plaisanté sur son nom, on a joué avec ses lettres, on les a briquées. On a bien rigolé. On a frotté et fait briller les lettres de la grande enseigne. Et toutes lues, les lettres des enfants. On leur a répondu aussi, avec des mots et des belles lettres. Des petits mots, et des grandes lettres. Pas de gros mots, oh non, enfin pas écrits mais on en a dit ici, ça oui. Pas lis no dits, c’est bien, tu verras. Et ce collage… fièrement revendiqué par Madame Anne ! Voilà, tu sais pratiquement tout. Fais moi plaisir, fais toi secrète sur c’que j’écris, fais toi surprise quand tu iras. Je t’embrasse et à bientôt pour la grande distribution de Léon.

Il fallait que je t’en cause

En cette fin d’année 2017, les Narines des crayons et Anne de Louvain-la Neuve ont été désignées pour présider l’Agenda ironique #12.17.

 

Pour écrire un peu et sourire surtout

Pour écrire un peu et sourire surtout.

Pour écrire un peu et sourire surtout

Dans le pays, les Bougons étaient depuis toujours des producteurs de fromage. Fromage au lait de chèvre à pâte molle et croûte naturelle. Naturelle aussi était connu leur manque d’amabilité.
De père en fils, et de mère en fille, ils restaient boudeurs, grognons et ronchons. Seulement leurs fromages étaient bons. Mais eux, jamais contents, par contre ils bichonnaient leurs chèvres et préservaient la matière première. La première fois, l’ancêtre avait commencé avec deux sèvres dans le département éponyme. Ce gars-là avait un cheveu sur la langue quand il parlait. Un poil, sans doute. Il était moche, et ceux de la lignée d’aujourd’hui très beaux non plus. Ils avaient la face blanche toute ronde de la taille de leurs fromages, à la peau lisse et molle et ils sentaient la noisette. La noisette ou la bibine, car ils s’arrosaient le gosier dans la famille. Du côte de Beaune ou des côtes du Rhône, beaux jolais, ils l’étaient d’avril à novembre, car «il faisait chaud et que c’était à cette saison qu’il fallait les apprécier» à ce qu’ils disaient.

Il y avait les Macabre aussi. Si un patronyme était connu dans la contrée, c’était bien celui-ci. Si les compter était difficile, tant ils étaient, les conter fut facile pour Emile. La plupart était enseignants au fil des générations. Ils étaient surtout très attachés à la notation et en causaient comme une tendance à la sanction dans l’examen. Ils disaient qu’elle mettait en échec certains élèves. C’est une tante qu’il fallait entendre à ce sujet. Sujet réel, la Cons Tante. Un phénomène. Il y avait aussi le Grand Macabre qui est parti un jour pour une grande balade dans les ruines de l’abbaye et qu’on a jamais revu dont l’ancêtre utilisait un ivrogne pour monture et auquel la mort avait fait une farce lors d’une promenade dans ces ruines.

Les Bougon et les Macabre avaient croisé plusieurs fois leurs branches sous la plume et les récits du Milo. L’un m’a mis l’eau à la bouche et l’autre a mis l’eau dans son vin.  Vingt et cent, ils étaient des milliers. Lier pour une nuit encore, sur la dernière page du dernier volume, quand un rejeton à face blanche est tout juste né. Aura-t-il une chaire et fera-t-il un fromage ? Mages et fées l’ont vu, il tétait sa mère «dans un tiède silence et une paix solitaire, en dressant son petit bras en l’air comme un drapeau d’appel à la vie.»

C’est pour écrire un peu et sourire surtout que je me suis amusée à utiliser l’anadiplose et répondre à l’agenda ironique de novembre chez Ecriturbulente.

 

 

Mes aiguilles à tricoter

Mes aiguilles à tricoter

Mes aiguilles à tricoter

L’or est notre couleur préférée et nous fait penser au soleil.
Elle a choisi d’en mettre juste un peu mêlé à la couleur du ciel.
Ses deux mains nous serrent et nous croisent quand le fil court sur son index droit.

Comme au combat de sabres, on entend le cliquetis du métal froid
Harmonique, harpaillant le fil plusieurs fois pour terminer le rang.
A toute vitesse, les mailles courent sur l’une et dégringolent sur l’autre.
Un jeté par ci, un trou-trou par là, les nœuds s’étirent et se vautrent
Sur le rythme endiablé des vagues et de point mousse, s’étalant
Sur nos deux bras à la fois.
On ne le dirait pas, mais nous vivons de ce mouvement
Ne résistons pas très longtemps
Sans ouvrage sur les épaules

Dans sa boite où elle nous range, on étouffe, on meure
Et nous l’appelons, nous tempêtons en jumelles sœurs.

Malgré tout ça elle ne nous répond pas toujours
Avec les autres aussi, son ouvrage est en cours.
Ravie en tout cas aujourd’hui
C’est avec nous qu’elle rêve, qu’elle crée et qu’elle sourit
En décidant tout de go de tricoter une paire pour ce petit
Assortie à ses yeux, du moins  c’est ce qu’elle dit
Une paire, c’est pas beaucoup, enfin c’est notre avis.

Mes aiguilles à tricoter, je les aime. Ce sont des outils utiles et indispensables. Ils font ma vie, comme mes aiguilles à coudre, mes ciseaux et mon dé. Je raccommode et rafistole. Comme mes lunettes et les livres. Je vois, j’admire et je souris. Comme des casseroles, des assiettes et mes couverts. Je vis quoi, et j’aime ça. Mes outils aussi vivent et parlent. Leurs mots sont en vers, leurs phrases en acrostiche et ma prose en alexandrins quelquefois, car  ici elle nous dit de les laisser parler de nous.

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