Pourquoi vivons-nous ?

Pourquoi vivons-nous ?

Pourquoi vivons-nous ?

Ah les papiers blancs. Pourquoi vivons-nous ?
Bureaux abandonnés. Je pense que nous connaissons le score.
Sans cesse. Est-ce que quelqu’un sait ce que nous cherchons ?
Tiens-tu ton héros ou autre idée stupide ?
Et derrière le rideau dans la pantomime
Ne lâche pas. Est-ce que quelqu’un peut encore y arriver ?
Ton spectacle doit continuer.
Il me semble que nos cœurs sont en train de se briser
Ou nos maquillages sont juste en train de s’écailler
Non, vois, nos sourires restent encore
Non, laissons tout ça à la chance.
Il y a comme un vent de chagrin d’amour ou une romance ratée…
Sans cesse.
Mais est-ce quelqu’un sait donc pourquoi nous vivons ?
En tout cas, je devine qu’on apprend.

On en sera plus aguerri désormais
Un faux pas et ce sera la fin peut-être.

Voyez dehors, le soir commence à poindre
On se languit à l’intérieur de rester libres
Ton âme et la mienne sont peintes comme les ailes des papillons
Et les contes d’hier grandiront et ne mourront pas.

Bientôt, on pourra peut-être voler et rire encore, mes amis,
Le spectacle doit continuer
Avec une grimace ou un sourire, on fera face
N’abandonnez jamais, on tiendra l’affiche.
Continuer, trouver la volonté, même si ça doit en tuer.

Juste d’actualité en acrostiche avec les paroles (un peu revues, c’est sûr) de « The show must go on » avec sourire et bonne humeur.
On verra ce soir,
ou pas.

Pour le tricot, c’est un peu pareil. Beaucoup de restes, beaucoup d’hésitations aussi. Alors j’ai commencé, redéfait aussi.

Je dois faire quelque chose. Exactitude. Je devais me décider. Certitude.
Alors j’ai sauté dans le bateau à pieds joints. Décrépitude. J’ai peur de l’eau.
Immensitude de la mer et l’océan. Sombres et profonds, je sais nager pourtant.

Vastitude je le vois… Foultitude de choix. Infinitude des couleurs de laines et des vagues.
Oh mais je me suis décidée, sablitude en couleur d’abord et promptitude pour une autre.
Tout simplement parce que la couleur de ses cheveux clairs était au fond du sac. Douce attitude.
Embarquée dans ma galère, j’ai alterné et continué en similitude

Et je m’y suis habituée. Zénitude.
Très vite, mes aiguilles volaient telles des ailes de papillons.

Folle beauté de l’ouvrage et du mochitude de ce que j’entendais
Amplitude du travail et enflitude du discours, tout se mélangeait
Ils grandissaient le tricot et la campagne, car les mailles et les mots ne meurent pas.
Tsst, tsst, bien sûr j’ai du rêver, mais les ai entendus…

Un tout petit peu, mais j’ai rêvé et tricoté…
Non, pas grand chose, mais c’était trop long… trop dur à entendre.

Ça ne ressemblait à rien. Nullitude.
He oui, par inexactitude de latitude et longitude, j’ai donc défait, mais eux que feront-ils?
Oh  c’est sûr, pour l’un l’effet était joli et régulier, l’autre était triste et niais, mais
Inutile dans l’instant, pour l’autre intolérant à jamais. Alors j’ai repris mes aiguilles…
Xiphoïdes ces outils, xénophobes leurs paroles…

j’ai rêvé, oui oui, j’ai du rêver par habitude au lieu de ramer et compter. En tout cas, multitude de rangs jusqu’à la finitude. Arrivée à bon port, je n’ai jamais de lassitude ressentie, que de la béatitude, je vous le garantis… avec sourire et bonne humeur

Pourquoi vivons-nous ? Pour l’avenir de nos petits et des moments sympas comme ici, l’agenda ironique.

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Le coffre est ouvert

Le coffre est ouvert.

Le coffre est ouvert

Oui, le coffre à souhaits est ouvert. A-t-il été ouvert ou s’est-il ouvert tout seul ? Je ne saurais le dire, bien sûr, puisque je n’étais pas là. Je repassais et j’arrive juste. Passe-poil, le chat, jouait avec ma patte-mouille et m’a attirée ici. Ces pattes sont humides et son poil passe partout.  Oh si c’est lui, misère, il a intérêt à filer droit. Ce n’était pas un coffre-fort, non, un truc tout simple, et je vois bien que ça n’était pas comme ça avant.

Avant quoi ? Ben, il y a peu de temps, j’aplatissais les lisières et suivais le droit-fil sur le linge que je pliais. Regarde et respire. L’air est envahit d’odeurs pâles et de couleurs tendres. Je ne peux pas définir correctement ce qui est apparu. Sans appât rance et de belle apparence. Ça se sent pourtant et ça se voit pour sûr. C’est léger et agréable. Y es-tu sensible? Bof. Vois, ces volutes roses, bleu mauves et orangées qui s’en échappent et qui grandissent. Tiens une petite maison s’élève au dessus d’une brume, la vois-tu maintenant ?

Le coffre est ouvert

Oui. La petite maison, c’est important. C’est le principal pour être à l’abri. Son toit est un livre. Oh ! Les livres qui s’ouvrent et qui étalent leurs pages. Certaines s’en détachent. Il n’y a pourtant pas de courant d’air. Les collines qui se forment ont un air de velours vert. Elles se retournent et offrent des pages à l’intérieur. Des cahiers en tissus comme mes portes-aiguilles. Des mots sont brodés. Lis, les phrases deviennent des poèmes au fur et à mesure que tout grandit. J’étends les bras sur mes aiguilles. Du point mousse pour les bordures, et de la mousse à l’orée du bois. Des arbres apparaissent près d’une barrière, des feuilles tombent et jonchent le sol, des graines ont germées, des tiges poussent et bourgeonnent, leurs feuilles et des fleurs éclosent. Des pétales s’en détachent et s’envolent. Je tourne sur moi-même et regarde en l’air. Des champignons éclatent, le pollen vole emporté vers les nuages en boules de coton. Je ne respire plus depuis un moment, mes oreilles bourdonnent, les muqueuses de mon nez et ma gorge sont irritées, les yeux me démangent et soudain j’éternue violemment. Tout à disparu. Je ne peux rien vous montrer. Il ne reste plus une miette. J’étais toute seule. Mais vous me croyez, hein, que tout peu disparaître après un éternuement ? J’ai cherché pour vous montrer et ça ressemblait un peu à ça.

Le coffre est ouvert

Chez Monesille, cette fois, ce sont les fous qui ont rendez-vous pour l’agenda ironique, c’est ici, et c’est un dessin des chosettes qui m’a inspiré. A tes souhaits, qu’on me dit quelquefois, mais mon plus grand souhait c’est que ce pollen arrête de voler dans les rayons du soleil, ça me rend folle.

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Espèce d’Espace heureux et pas si petit que ça

Espèce d’Espace heureux et pas si petit que ça

Espèce d'Espace heureux et pas si petit que ça

Plusieurs roses déjà et du vert aussi.
Il fait un peu sombre ici.
Un peu de bleu, beaucoup de blancs.
On a bien chaud là-dedans.
Et des jaunes maintenant, très jolis.
C’est décidé, j’utiliserai tous les coloris.
Du jaune paille au presque beige, c’est bien comme ça.
Celui-ci, jaune canari, ou celui-là, jaune mimosa,
Et cet orange, aux teintes de feu,
Il y en a peu, on fera ce qu’on peut.
Je suis dans ma malle à laines et je trouve.
Du violet et du marron, pourquoi pas.
Je suis à genoux et le dos rond, ça n’en finit pas.
N’importe quels restes, je vais les épuiser.
Penchée en avant je jette vers l’arrière.
Mini pelotes un peu défaites,
Mes aiguilles auront vite fait de les manger.
L’amorce du fil pendouille comme un tentacule fatigué.
Je ferai un point de vague, tiens, c’est une bonne idée.
Il faudra commencer par le bas alors.
Les rangs auront le mouvement de l’hippocampe.
Je me suis relevée, j’en ai assez,
Et s’il en manque, y en a encore.
Mes yeux sont embués, les coloris semblent changés.
Classer les couleurs ou prendre sans trier.
Rajuster mes lunettes, mon regard était dévié.
Et mes cheveux aussi, je me sens échevelée.
Mais quel désordre à terre soudain, tout semble éparpillé.
Oh le chat, sale coquin, ne touche à rien et décampe!
J’ai crié et j’ai bien fait, il a enfin entendu.
J’ai commencé à monter mes mailles et il est revenu.
Je l’ai retenu et on a vu
Par la fenêtre la neige tomber
L’oiseau piailler et s’envoler.
On peut le dire, il y en a eu,
des miaous et des fous le camp,
Des ronrons et puis des rangs,
De la neige et puis du blanc.
Les arbres plient sous le poids,
La pie jacasse sur le toit.

Espèce d'Espace heureux et pas si petit que ça

Espèces d’espaces à la manière de Georges Perec proposé par Carnets Paresseux pour l’Agenda Ironique de Janvier ici.

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Les mondes invisibles

Les mondes invisibles ?

Les mondes invisibles

Et si c’était faire un sapin pour Noël et décorer la maison comme on ne le fait jamais tout au long de l’année.
Entre nous, c’est vrai qu’en juillet ça serait bizarre. Et, on passerait pour original. Aux yeux des adultes, surtout.
Tiens, laissez les petits choisir des boules rouges pour décorer l’arbre, et ça n’est pas grave s’ils caressent les guirlandes dorées et charnues. Elles se dépoilent un peu, et alors?
C’est le pied de ne pas voir que la journée est passée quand le soleil va bientôt se coucher.
Et rire et apprécier la compagnie des petits et grands jusqu’à penser très fort et dire tout haut qu’on coule des jours heureux, c’est encore mieux.
Et vous verrez qu’ouvrir des livres et raconter des histoires, c’est le summum. Regardez les yeux émerveillés des enfants quand vous leur dites que leur doudou vit la nuit et qu’il parcourt à pas pressés et trotte dans les sentiers.
Il faisait bon hier, quand on a visionné en famille un documentaire et admiré l’arrivée des radeaux de bois flotté à l’entrée des rapides, pendant que de la cuisine s’échappait l’odeur alléchante de gâteaux chauds que j’avais mis à cuire.

Et si les mondes invisibles, c’était la lumière que renvoient des étoiles accrochées au sapin ou le regard rieur et lumineux de celui qui vous tend un bouquet dont le parfum des fleurs lui chatouillait les narines en attendant sur le seuil.
C’est toute la face du monde qui serait changée si l’on vivait chaque jour dans un univers de paix et de joie.

J’ai découvert les mondes invisibles dans les livres, le jour où j’ai aimé lire. Il y a eu celui où l’histoire se passait dans un village de la campagne russe où vivait une petite fille, dont la vie fut un vrai conte de fée. C’est parce que le direct de 17h56 à destination de Stoke a été annulé, qu’un jour comme aujourd’hui par un ciel clair et sans nuage, elle a su recevoir un cadeau et quelques luxes de la vie.

C’est ma concierge, aussi, qui en a plein la bouche, de ces mondes invisibles. Elle me parlait de son père hier encore. Ses paroles deviennent  tout de suite des histoires extraordinaires. Son père, donc, dont le cheval le mena par un chemin tapissé d’aiguilles de pin arriva jusqu’ici, et lui offrit, à elle et sa famille, une vie de princesse. L’appartement du boulevard était prêt à les accueillir, quand ils sont arrivés, celui même qu’elle habite à son tour aujourd’hui… Et, comme toujours, la conversation s’est interrompue. Elle était pressée. Heureusement. Ça tombait bien pour moi-aussi. Elle a dit subitement qu’elle devait cuisiner la volaille alors que l’oie battait puissamment des ailes, bien vivante encore dans ses mains.

Ils étaient dans ma tête et ma mémoire, les mondes invisibles d’odeurs et de bruits que je reconnaissais quand il me semblait entendre dans un dédale de rues étroites, le traîneau qui continuait à filer, alors que déjà la clarté s’insinuait par les fenêtres de ma chambre.
Soudain, je ne sais plus si j’avais passé beaucoup de temps à lire, ou si je lisais encore, en tout cas, celle qui venait d’ouvrir la porte portait un tablier de cuisine, et surtout, il était temps de me préparer car une douceur était annoncée.

Les mondes invisibles

J’avais juste l’impression de revenir du futur quand je lus ces lignes « Tandis qu’à l’horizon apparaissait la première lueur rose d’une nouvelle aurore,  il se glissa dans le verger sans prêter la moindre attention à l’agitation hivernale. Ce pays avait toujours été un rêve d’enfance. Quand il revint les invités étaient là, il leva son verre une fois seulement après avoir déposé une bûche dans la cheminée et alors il comprit que le dîner aurait lieu à la maison. »

C’est sur une fameuse idée de Bizarreries & Co pour l’Agenda ironique de décembre que j’ai fait une histoire de tous les titres de mes articles de ce mois de décembre jusqu’à Noël. C’est dans les livres et dans les histoires que l’on raconte, ou dans la mémoire des jours vécus, que se trouvent les plus beaux mondes invisibles et propres à chacun.

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Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose.

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Dans une énorme fleur au cœur pourpre et aux pétales écarlates, dont les étamines étaient couvertes de poudre d’or. Dans la magnifique roseraie du château. Elle avait été déposée là, en gestation, par le roi et la reine sur les conseils de la fée bleue, car elle était trop petite. Et seule une fleur pouvait lui donner la force de naître dans de bonnes conditions. Son père et sa mère venait la visiter à tous moments et lui portaient tout leur amour. La fée bleue venait souvent voir la fleur et lui prodiguait beaucoup de soin.

Mais le jour de sa naissance, la fée bleue n’est pas venue. Très tôt, ce matin-là, elle s’était faite manger par le loup de la forêt. Comme à son habitude, elle avait traversé le bois pour se rendre au jardin et visiter le petit ange à naître. La tête pleine de pensées tendres, elle ne s’était pas méfiée abandonnant ses pouvoirs magiques Dieu sait où. Elle était pressée sans doute. Et sa baguette tomba à terre et y resta. Le loup enfila les habits de la fée et se précipita au jardin.

Il arriva déguisé juste à l’instant où la fillette ouvrait les yeux pour admirer le monde. Elle vit d’abord ses parents, émus et remplis de bonheur comme tous les gens de la contrée qui formaient un cortège. Elle aperçut bien vite les très nombreux insectes venus l’admirer. Elle sourit aux fourmis et pucerons, aux abeilles et coccinelles, aux mouches et araignées venues déposer une goutte leur nectar qu’elle gouttait avec délectation. Quelques jours auparavant, la fée bleue avait prévenu les parents que cette princesse devrait être nourrie de cette façon-là au début de sa vie. Juste quelques jours suffiraient avant d’aller vivre au château.

Le loup déguisé se fraya un passage et tous virent la fée bleue dans un piteux état. Certains la crurent fatiguée ou malade. La fée (enfin le loup, vous savez bien) ordonna que la fillette devrait finalement rester dans ce jardin au milieu des fleurs durant toute son enfance. Elle y serait nourrie par les insectes au début puis par les autres animaux de la forêt jusqu’à ces quatorze ans au moins, pour être grasse et dodue.

La fée (c’est du loup qu’il s’agit, vous vous rappelez) ajouta qu’elle serait vêtue d’habits faits de pétales de roses rouges que les animaux allaient lui confectionner tout au long de son enfance qui lui garderaient cet air attendrissant. Moi, j’écoutais la fée, et j’ai entendu « attendrissant », mais d’autres ont entendu que le loup aurait dit « appétissant ». Ça se peut qu’un loup parle ainsi. Seulement les autres ne le savaient pas. Les parents surpris mais émus s’inclinèrent devant la fée en guise d’acceptation. Par contre, les animaux effrayés partirent se cacher et la fillette se mit à pleurer et ses joues prirent de belles couleurs rouges. Quand la fée voulut étendre le bras pour toucher ce tendre bébé et le calmer, la fleur referma ses pétales pour le protéger. Elle ne les rouvrit plus. Des gens prirent peur et repartirent en ramassant leurs gosses. D’autres découvrirent que le loup s’était déguisé et le renvoyèrent bien vite au fin fond de la forêt à coups de bâtons et de souliers pointus dans le c…

La fleur resta fermée. Très longtemps. Elle ne desserraient ses pétales que pour faire pénétrer les insectes et leur nectar afin de nourrir la rouge fillette et la faire grandir.

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Un jour, une extrêmement gentille dame venue visiter la roseraie aperçut ce bouton de rose rouge anormalement gros. Elle lui parla tendrement, lui raconta sa vie et était prête à l’aider à s’ouvrir, juste pour voir la beauté de ses pétales pourpres au soleil. Elle causait tout en manipulant un joli bâton bleu (et qui devenait de plus en plus beau) qu’elle avait trouvé sous ses pas dans ce jardin parfumé. La fleur s’ouvrit soudain et lui confia la rouge fillette. Elle lui dit combien la fillette grandissait en se régalant de nectars et lui fit promettre de la remettre à ses parents quand elle serait assez forte pour vivre au château.

C’est pour ça que la petite fille aimait tant les confitures.
C’est aussi pour aller donner des nouvelles de la rouge fillette au roi et à la reine que la dame s’était absentée, ce jour-là.

C’est parce que l’Agenda ironique de Septembre voit double et s’énonce en deux parties chez Carnets paresseux et chez l’Écrevisse que cette histoire est née.

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Jeter sa langue au chien

J’ai cherché… et trouvé ça: Autrefois, on disait « jeter sa langue au chien ».

Jeter sa langue au chien

Cette expression avait un sens dévalorisant car à l’époque, on ne « jetait » aux chiens que les restes de nourriture. « Jeter sa langue aux chiens » signifiait alors ne plus avoir envie de chercher la réponse à une question. Petit à petit, l’expression s’est transformée pour devenir « donner sa langue au chat », au XIXe siècle. En effet, à cette époque, le chat était considéré comme un gardien de secrets. Sa parole serait donc de valeur considérable, et il pourrait s’agir en « donnant sa langue au chat », de lui prêter la parole pour qu’il nous donne la réponse à une devinette.

C’est parce que l’Agenda ironique de Septembre voit double et s’énonce en deux parties chez Carnets paresseux et chez l’Écrevisse que cet article débute ainsi.

– Il était une fois… , commença Papa.

Papa avait l’habitude de raconter des histoires sans livre. Les pages étaient seulement dans sa tête. Et il ne retrouvait pas toujours le livre de la veille. Mais ça n’avait pas l’air de gêner les trois fillettes.

– Dis, Papa, tu vas continuer l’histoire d’hier soir ? demanda L.
– Moi j’aime bien les histoires qui font peur, tu sais, ajouta F.
– Y aura-t-il un animal ? osa A.
– Oh oui, un loup. Méchant. Et qui fait peur, continua la cadette.
– Oh j’aimerais mieux un autre plus doux, se permit la plus jeune.
– Mais tu sais Papa, c’était une fillette qui aimait bien les confitures… Tu ne vas pas changer ? s’assura l’aînée.
– Non, bien sûr que non. Je parlerai de cette petite fille… Et il y aura un animal tout doux, bien entendu. Et… ça fera un peu peur…
– Oh non, beaucoup peur! Elle pourrait être dans la forêt. Perdue. Et elle verrait des yeux jaunes et brillants dans la nuit.
– Tais-toi! c’est Papa qui raconte. Et d’abord, elle était dans la cuisine, cette fille. Toute seule. Et sa mère s’était absentée…
– Chut, calmez-vous et je reprendrai l’histoire. D’ailleurs, savez-vous pourquoi elle aimait tant les confitures ?

Il me semble que Papa a retrouvé la page de la veille. Je me suis arrêtée derrière la porte pour entendre ce petit monde. Mon dos a glissé contre le mur sans bruit. Je suis maintenant assise sur mes talons pour écouter à mon tour ce calme de la nuit qui commence. Je perçois leurs respirations régulières et les battements de mon cœur se sont apaisés aussi. Personne ne répond et chacune attend la suite.

– Il faut que je vous dise, poursuivit Papa,  que les confitures qu’elle préférait étaient celles aux fruits rouges. Savez-vous donc pourquoi ?

Je ne pense pas que leur père ait « jeter sa langue aux chiens », mais plutôt qu’il testait à tout moment si ce petit monde était bien à l’écoute ou s’il dormait déjà.

– Plop ! fit le pouce de la cadette arraché de sa bouche avant qu’elle se dépêche d’annoncer: C’est qu’elle aime faire peur et se barbouille de rouge pour effrayer sa mère, peut-être.
– Non, dit Papa en riant très fort, c’est une fameuse idée, mais ce n’est pas l’exacte raison.
– Je donne ma langue au chat, dit soudain la benjamine.
Ce qui ravit Papa qui enchaina.
– C’est que la fillette était née dans une forêt de roses allant du rose le plus pâle au rouge le plus foncé. Elle était toute petite, toujours vêtue de rouge, et avait été nourrie de nectar de fleurs et de fruits par les plus petits animaux des bois. Elle était petite mais un énorme secret entourait  le jour de sa naissance. Bien peu de gens connaissent la vérité. Mais je vous raconterai cela demain. Je vous souhaite une très bonne nuit.
– C’est toujours pareil, émit la grande en recevant le bisou de son père.
– Que veux-tu, tes sœurs sont fatiguées, et toi-aussi je crois, Et vous auriez vite marre de mes histoires si j’en disais trop un même soir, répondit Papa en souriant, et en bordant les draps de ses demoiselles.

Jeter sa langue au chien

Affaire à suivre… pour un agenda tendre.

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Le soleil en pousse se cache derrière des rêves de coton blanc

Le soleil en pousse se cache derrière des rêves de coton blanc.
J’ai ouvert mon protège-livre et j’y ai posé quelques textes originaux que j’ai découverts ici.

Le soleil en pousse se cache derrière des rêves de coton blanc

Douceur du printemps, le soleil en pousse se cache derrière des rêves de coton blanc. Position horizon, je revois l’azur d’un ciel pur. Je me souviens des jeux d’enfant où j’emplissais mon ciel de créatures imaginaires. Elles combattaient mes peurs et y contribuaient un peu, elles gonflaient mes cauchemars et les emportaient au loin. Elles me laissaient croire à une fin joyeuse pour me laisser grandir.

Caresse d’été, le soleil brille et il fait bon. Il fait bon et le temps passe.
J’ai décidé de ranger un peu tout ce que l’on n’utilise plus. J’ai décidé de me séparer des choses que l’on amasse au fil du temps. Je les donnerai à qui saura, mieux que moi, les utiliser. Pourquoi ai-je gardé tout ça? Dans une vie, on ne voit pas toujours le temps passer. Le soleil brille depuis plusieurs jours déjà. Brûlant, énorme, il m’épuise maintenant. Je suis à genoux, je trie encore et je retrouve. Je découvre, je classe et je recycle. Le temps s’est arrêté. L’oreille posée sur le guidon de mon petit tricycle, je fixe l’orange du soleil couchant. Pour respirer un peu et mes yeux pleurent. La poussière des rêves sur mes doigts laisse des traces sur mes joues. Il m’en faut peu. Des cercles se tracent dans ma tête et s’envolent en spirales. Je jouais, je tournais en rond sur mon engin. Tantôt fée, tantôt héros, nymphe des bois ou nymphe des eaux, quel était le plus tendre ou le plus beau? j’étais l’éclair, le plus fort aussi, Nympho Man, heu, non je ne crois pas, Bioman ou Dragon Ball,

Tendresse d’automne, le soleil est là depuis longtemps maintenant, pour chauffer mes vieux os.
La vie ne s’est pas arrêtée. Non. Le temps a suspendu son vol et ces créatures sont toutes parties conquérir d’autres cieux. Je les ai enfouies au plus profond de mon âme. Et un peu à l’intérieur de cette boite que je viens d’ouvrir. Un carnet et des bouts, des morceaux de tout sans couleur et sans forme bien définie. Je brasse ces choses, cailloux et fossiles, des miettes de bois ou je ne sais quoi… Je ne suis plus sûre de rien. C’était avant, dans une autre ère, sur une autre sphère, datant sans doute du jurassique, avec un peu de paléobotanique. Une odeur lointaine s’échappe de ce coffret. Il me semble, mon nez se souvient. Mes doigts frôlent ces restes, ceux d’une racine carrée du 28ème au dessous, ou plus…

Soudain, un froid m’enserre, il déploie ses ailes majestueuses et m’en recouvre sans qu’elles ne me pèsent sur les épaules. Je sens que ma tête se pose contre lui, heureuse de l’avoir et d’être, je sens presque des battements puissants et réguliers. Il m’apprend encore le langage du cœur dans le silence. Nos mots sont suspendus, mais je les laisserai un jour dans mon carnet bleu et orange. Du mieux que je peux. Faut-il pleurer, faut-il en rire? Je n’ai pas le cœur à le dire. On ne voit pas le temps passer.

Ouf, j’ai chaud mais j’ai rangé, et j’ai du m’assoupir un peu aussi, ou j’ai rêvé. Vous ai-je parlé en dormant de l’agenda ironique de juillet?

Ce sera ma prose tendre de l’été pour les rendez-vous de la poésie du jeudi chez Asphodèle et l’Ecriturbulente Martine.