Et les pieds dans l’eau

La tête pleine de sable et les pieds dans l’eau.

Et les pieds dans l'eau

La laine pleine de sable et les pieds dans l’eau.

– Jacqueline est en vacances. Regarde sur le meuble la photo qu’elle m’a envoyée.

– Elle est mignonne cette carte postale. Sympas ces maillots de bain rétro.

– Ah? Tu crois qu’elle a pris le train et le métro ?

– Je dis : »un peu rétro les maillots de bain ».

– Oh il y a belle lurette que je ne lis plus Le Métropolitain.

– Depuis quand Jacqueline est-elle partie à la mer ?

– Sa mère ? je pense qu’elle s’était éloignée un peu,. Tu vois bien qu’elle la regarde au loin. Qu’as-tu apporté pour le repas de midi ?

– J’ai fait de la panse de brebis farcie et de la purée de pommes de terre et salsifis.

– Son mari ?! il est resté travailler à Dijon sans doute.

– Tu sais, c’est une boutade quand on parle de lui, Le Jacquemart !

– Dans la moutarde et il en a marre ?! Dans un sens, je comprends, mais je croyais que son nouveau boulot lui plaisait… ça m’a l’air bien bon ce que tu as cuisiné, tu pourrais ouvrir une bouteille de pinot, si tu veux.

– A consommer de l’alcool avec tes anti-inflammatoires, tu risques des maux d’estomac ou d’intestin.

– Et il observera les pingouins?!… Ah, je ne savais pas qu’il n’était plus à Dijon. C’est peut-être pour ça que Jacqueline m’a dit qu’il avait commandé une nouvelle voiture.

– Et sa voiture, Jacques l’a quand ?

– Jacques Lacan… sa brrrrb y est garée… Veux-tu me servir s’il te plait ? Je me sens fatiguée.

– Je vois que tu entends ce que je dis, mine de rien. Tiens, Mémé, dis-moi ce que tu en penses.

– Merci mon petit… Elle est bonne ta purée. Et la viande, délicieuse. Tu sais, tes cousins vont venir, et ça va être le ballet des visites jusqu’à ce soir. D’ici l’aube, la bouteille sera finie.

– Tu sais qu’il ne t’en faut pas trop.

– Ils se sont mis aux saltos ?! Quelle idée marrante. Je pense qu’ils m’en parleront. Tes cousins cachent bien leur jeu sous leurs airs pas très sportifs… Ne trouves-tu pas que le vin s’apprécie mieux dans de beaux verres.

– Bien sûr, mais avec tous tes médicaments, Mémé, contente-toi d’une dose infinitésimale.

– Bernique ! Ça ne m’a jamais fait mal. J’ai pris l’habitude d’apprécier un verre de vin de temps en temps avec ton grand-père quand il m’emmenait manger à la brasserie « La Rotonde » face à la gare… C’était au temps des locomotives à vapeur… Tiens, en te parlant, je sens encore l’odeur du ballast et du goudron… J’irais bien à la mer pour poser ma tête sur le sable et les pieds dans l’eau…

D’après les idées de deux lurons, ici, Épaisseur sans consistance et Métronomiques proposant des mots du dictionnaire et une photo de vacances. Et moi, j’ai pensé à Mémé, à son esprit vagabond comme une brebis égarée et les non-dupes errent… pour répondre à l’Agenda Ironique de septembre.

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Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Tu souris et tu danses à la vue de l’Alpha,
Je nous vois en vacances, un peu au paradis.
Tu me regardes et siffles assis sur les sofas,
Une joie folle m’envahit, mon Roméo, m’ami,

Et tu embarques à bord pour changer de tes chars;
Accordéoniste en herbe j’étire quelques accords
Dans une douceur exquise aux airs suaves, j’adore
Voir l’éclat de tes yeux, dans tes mains des dollars.

Fais vrier le moteur mais avec attention,
Retrouvant tes réflexes et mémoires d’aviation,
Retour au civil

Et, tous les deux, un soir dans un bar vers Broadway
En chanson je louerai notre amour avoué,
et puis… Ainsi soit-il.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique d’Août sur une idée d’André et son clin d’œil à Marcel Thiry, poète belge, Le thème est inspiré du premier vers de son premier poème et recueil : “Toi qui pâlis au nom de Vancouver” avec des mots imposés, bien sûr pour corser le  défi, et tirés au hasard du même recueil: paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.
Et juste pour le plaisir, en voici les mots vrais:

Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry, Toi qui pâlis au nom de Vancouver, 1924)

Les plumes du 15

Elle découvrait les nouvelles pages de son mensuel « des pattes et les plumes du 15 Rue du Cheptel ».

Les plumes du 15

Elle se régalait des blagues et des bulles et souriait en dégustant sa faisselle avec un peu de miel qui accompagnait son thé du matin.

Ces épisodes actuels mettaient en scène une kyrielle de bestiaux : une tourterelle jouvencelle et cruelle et une vieille sarcelle caractérielle. Sur cet archipel artificiel, des poules y vivaient avec un coq exceptionnel, qui flattait ces donzelles mais ne se privait pas de dire combien ces femelles lui broyaient la cervelle et lui rebattaient les oreilles. L’ambiance était conflictuelle à souhait. C’était un duel perpétuel et un flot d’injures torrentiel entre ces demoiselles. Elles s’évertuaient pourtant à pousser telles des brelles pour pondre toujours la même voyelle et con-sonnaient avec leur voix de crécelle : « mais Keskeskeskessebordeeeeeel ».

Elle aurait voulu que cette lecture soit éternelle.

Mais il fallait se mettre en selle après cet instant très personnel. Elle attendait qu’Annabelle l’appelle pour aller faire 2 ou 3 pas avec elle. Où iraient-elles ? … à la chapelle, leur petit tour habituel où la vue était imprenable.

Elle sortit donc la grande gamelle. Un pique-nique pour deux, avec des radicelles de légumes qu’elle avait mis à suer dans du gros sel, des vermicelles de riz et quelques fruits coupés en cubes, tout ça bien ficelé pour une salade colorée. Elle glissa de la ficelle pour rapporter des bagatelles, et son gilet de flanelle si la couleur du ciel chancelle.

Accompagnées du chien Fidèle, elles partirent quand sa jumelle arriva. Celle-ci avait pris son matériel usuel avec l’intention de peindre une aquarelle pour Adèle. C’est vers la petite stèle dans la roche du castel qu’elles stoppèrent. Sous une tonnelle de feuilles, la lumière était bonne et elles apercevaient la passerelle au loin, c’était parfait. Au retour elles sifflaient et causaient rapportant un fameux cadeau dans un sac à dos aux nouvelles bretelles confectionnées de la veille.

Au détour d’une ruelle, elles s’attardèrent à admirer le va et vient d’une d’hirondelle sous le préau de la maternelle. Puis sa sœur la quitta pour son cours de violoncelle. Elle cueillit quelques nigelles et fit un beau bouquet.

La promenade de l’après-midi était vraiment la plus belle de la semaine.

Maintenant, assise sur la balancelle en profitant des branches qui lui servaient d’ombrelle, elle sirotait une citronnelle et dégustait des mirabelles des yeux, celles qui prenaient formes sur l’arbre en face d’elle.

Elle avait étalé la nappe en dentelle sur la table et préparé le goûter des petits qui passaient en sortant de l’école : des croquants aux brimbelles embaumaient la cuisine et la cannelle infusait dans du lait. Pour une grosse faim, il restait du flan au caramel.

Elle les entendait : ils arrivaient en ribambelle claironnant la ritournelle actuelle des voyelles qu’ils préféraient. Quand ils ouvrirent le portail dans un battement d’ailes, des étincelles brillaient dans leurs yeux.

Un joli clin d’œil à Asphodèle que propose Mindthegap

 

 

Tout ou rien

Tout ou rien

Tout ou rien

J’ai connu un chien qui se nommait « Rien », il ne répondait pas souvent à son nom, ni au mien non plus… à rien en fait. J’aurais préféré « Foulcan » mais il serait resté, ça n’aurait rien changé. On l’appelait « Toutou Rien ». Il faisait ce qu’il voulait, souvent rien de bien.

Il était moche et ressemblait à tout autre chose qu’un chien…  « Il est pourtant gentil » disait Jean et tous les gens d’ailleurs, ici, si si…

Et on le trouvait un peu sot aussi. Ah! des sauts, il en faisait, il sautait haut et s’accrochait aux bras et aux bas des manches des dames, à leurs bracelets et leurs sautoirs, elles sursautaient, leurs cris fusaient comme des pétoires, les perles tombaient par terre; elles, les femmes se laissaient choir, et leurs brillants roulaient dans les coins sombres. Lui avait compris qu’il serait puni et filait dans l’ombre.

Il faut qu’j’vous dise, Rien, il était noir. De l’ombre et du sombre, il y en avait, c’était l’été! Mais quel été! Il pleuvait tant qu’on sentait bien que l’hiver était proche. L’eau du ciel était gelée alors qu’on aurait dû manger des glaces. Y a plus d’saisons. Tout était gris, même les idées et les pensées et d’autres fleurs, on les cueillait pour égayer et Toutou Rien les déterrait, on se fâchait et rien n’était panser.

« Trois beaux jours suffiraient », disait Jean qui revenait de brousse, « du jaune du chaud et du soleil ». Je sais ce qu’il souhaitait en regardant sa mousse « un verre, du rhum et du sommeil » mais je répliquai en souriant : « Trois fois rien en somme » Et là j’ai vu son œil vert viré au fauve… !!?? Tel un dogue, sinistre et bête comme le chien « Faudrait pas m’épuiser? Je calcule peut-être comme un pied, mais si j’enfile deux chaussures tous les matins c’est que j’en ai deux et c’est pas rien. Alors ne me prends pas pour un pingouin. Si c’est trois fois c’est pas une somme ».

Ce quelque chose l’avait assis. Était-ce la flotte ou le mauvais temps ? Étaient-ce les mois et les ans ?  Il était là à bouger ces doigts comme arthrosés. Dix tentacules qu’il pliait et qu’il comptait. Et je riais intérieurement: « Quel con tu es ».

Je suis partie. Je gardai le silence le laissant là, peut-être las un peu grisé et imbibé. On a beau dire, les Jean et les genres des gens sont différents. Un peu de mots c’est beaucoup trop parfois, un presque rien avait tout effacé. Rien de lui ne m’a suivi, mais Rien, lui, me suivit. Ce chien, je l’aimais bien.

Chez Carnets Paresseux c’est l’AI de juin avec Tout et son contraire ! mais attention, pas tout, tout de suite, ni tout de même, ou tout et n’importe quoi, encore moins tout le monde cherche son chat… On pourra glisser des mots et une photo, les siens ou la sienne, ou pas. Chez moi, c’est le chien et plutôt que Tout, j’ai choisi Rien.

Changer le monde

Changer le monde !

Changer le monde

Ce serait prétentieux de vouloir changer le monde
Lui qui tourne depuis si longtemps et poursuit sa ronde.
On attend toujours qu’une idée fuse ou que la poule ponde
Pour faire une omelette géante ou un super truc en fonte. Et la ponte
Quelle honte, c’est l’affaire de tous, alors ouvrez grand la porte
Avec forte énergie et l’esprit bien farci, changez l’œuf en bœuf, souhaitez que la poule parte.
Une fois partie ou farcie, saisissez et de votre main abattez la carte
Qu’aviez-vous parié ? Votre joue pâlit ! Serrez la palme, tenez bien la carne
Quoi ? pas de plans ! ça bouge pourtant, piquez la fourche et sortez le couteau à crans
Quand on parle de mise en commun et de partage à l’intérieur des clans
C’est une mise à mort, du pur individualisme et du chacun pour soi, céans
Restez conscients, ouvrez les yeux, tournez-vous vers la mer et voyez l’océan.

Mon monde transmuté et mon ouvrage du moment. Un carré granny aux couleurs de l’océan qui en aura peut-être un jour la grandeur si je continue de tourner, tourner… sur une idée de Filigrane, ici, qui demande une transmutation.

Poisson bleu farci aux carottes nouvelles

Je vous propose : Poisson bleu farci aux carottes nouvelles. Encore du poisson ! C’est bon le poisson, alors pourquoi changer ?

Poisson bleu farci aux carottes nouvelles

Mais attention aujourd’hui ce plat ne se mange pas. On le regarde et il se garde.

D’abord mesurer précisément l’ouverture du fermoir ouvert. Ben oui parce qu’un fermoir c’est fait pour s’ouvrir. Et ce fermoir donne une belle gueule au poisson.

Alors monter un nombre de mailles suffisant pour une telle gueule avec quelques brins de laine dans un camaïeu de bleu. Car je me suis dit : « Mon Dieu, c’est vraiment merveilleux, tant de bleu. Plus bleu que le bleu de tes yeux, je ne vois rien de mieux, même le bleu des cieux…. » Oups, je sais me retenir pourtant, mais là ça m’a échappé, et oui l’EP me trotte à l’intérieur.

Après trois ou quatre rangs au point mousse, augmenter plus ou moins dix mailles pour continuer au point de vagues, cela s’entend. Mousse, vagues et flots… Ne pas quitter le navire, j’explique:

Pour des flots de quatre trous, il faudra prévoir un nombre de mailles divisible par douze, pour un trou supplémentaire trois mailles en plus seront nécessaires, c’est à dire pour cinq trous, le nombre sera divisible par quinze. Quelle galère ! Mais non, je reprends, selon la grosseur de la laine choisir des flots de quatre, cinq ou six trous. On n’a pas traversé le golf(e), cependant je rappelle qu’un trou se fait par un jeté, des trous par des jetés mais pas trop gros quand même car quand c’est troué c’est béant et c’est parfois bon à jeter. Galère, jetée… entre baie et golfe, c’est juste une question de taille ! Restons sur la jetée pour pêcher et tendons le filet (lire: le fil et… )

Après avoir tricoté une dizaine de centimètres de hauteur de corps de poisson, prévoir des diminutions réparties pour former la queue puis ré-augmenter plus rapidement pour la nageoire caudale. Dit plus simplement, il faut évider la bête de telle manière à obtenir une sorte de pochon pour contenir la farce. Et quelle farce ! Non non ce n’est pas une blague.

On prépare les carottes nouvelles. Et là comme un grand chef, il faudra un peu plus de temps que pour aller les acheter au marché ou même les rapporter du jardin. Néanmoins avec de la douceur, de la patience et un brin de fantaisie, on pourra les choisir colorées et bien dodues. Prendre des pelotons de laine orange pour les racines et l’équivalent en vert pour les feuilles et le tour est joué. Pour le croquant, c’est la bourre qui le fera, si on choisit d’y mettre du papier froissé ou pas.

Pour la mise en scène, quelques doubles brides crochetées et deux perles en bois pour les yeux du poisson et lui donner un air frais, des petits points cousus et brodés pour fixer tout ça au bon endroit et voilà. C’est une recette pour occuper mon temps libre et préparer la JMT2018.

J’ai pris beaucoup de plaisir pour sourire « à vos claviers #7 » dans l’atelier sous les feuilles et les branches.

 

Si j’étais toi

Si j’étais toi…

Si j’étais toi, je serais bobine
Bien remplie j’aurais bonne mine
et chatoyante pour tes ouvrages
et attrayante, j’aurais pas d’âge

Si j’étais toi
Je viendrai me voir plus souvent
Qu’il fasse beau temps ou temps de vent
Approche-toi sous mon toit

Si j’jette étoile tout là haut
Ce serait les soirs ou nuits d’été
Pour admirer le ciel et sa beauté
Pour aimer la vie et boire ton eau

Si j’étais tout à deux euros
Je serais petits livres évidemment
De haïku et poésie pour ma Maman
Ou de nouvelles pour toi et pleins de mots

Si j’étais toit
Je serais d’ardoise , de chaume ou autrement
Je serais solide à tout moment
Ce serait bien, et toi ?

Si j’étais toile
Ce serait de lin ou crêpe ou soie
Pour des tentures et voiles
ou une chemise et bien chez soi

Si j’étais tout azimut
Je ne serais pas toi mais moi bien sûr
Jamais en rythme, pas à ta mesure
Je me dépêche, voilà la chute

C’est pour répondre à celle qui est loin, Victorhugotte qu’avait sorti son turban, sa boule de cristal et son vieux paquet de cartes.
Et voilà ce qu’elle avait pêché : l’Arcane XVII : l’Etoile. Les consignes étaient celles-ci: « Vous n’y connaissez rien en Tarot ? Moi non-plus. Alors bonne occasion d’imaginer ce que veut bien vous dire cette jeune femme blonde au brushing assez réussi, agenouillée sous une pluie d’étoiles multicolores et peut-être filantes. Elle vous donne dix conseils pour la nouvelle année. Vos dix bonnes résolutions en quelque sorte. Peut-être de boire plus d’eau ? (la main droite) ou de vin rouge ? (la main gauche). A vous de nous dire tout ça sous forme de poème à forme fixe ou non. Il devra commencer par : Si j’étais toi… » Je n’ai pas suivi toutes ces consignes, j’avoue mais j’ai joué, et me suis bien amusée.