Elle avait une petite étincelle au fond de ses yeux

Elle avait une petite étincelle au fond de ses yeux aussi vive que la flamme rouge du camion jaune de son petit fils.

Elle aimait la vie et passait des heures à contempler les enfants jouer et les gens discuter entre eux. Elle était discrète et n’avait cesse de sourire de les voir vivre ainsi. Cette « vieille branche » (c’est comme ça que ses amies de toujours la nommaient avec tendresse) était pourtant de santé précaire. Son cœur était fragile et elle savait qu’il ne faudrait pas grand chose pour qu’il se brise à jamais. Sans se plaindre et allant bon train, cette femme était empreinte d’une grande générosité et son combat le plus fort dans la vie, ça n’était de se garder en bonne forme pour elle-même, ni de veiller à la fragilité de son cœur. L’essentiel de sa vie c’était le bonheur des autres, de donner de la joie à ceux qui l’entouraient et de les préserver pour continuer à les regarder rire.

C’est ma participation aux mots, une histoire chez Olivia  dont la récolte des mots avait été pour beaucoup inspirée de l’incendie de Notre-Dame de Paris en début de semaine.

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La tante Bocha et le père Eskia

Je crois bien que la tante Bocha et le père Eskia sont les plus anciens habitants du village aujourd’hui.

Ils n’ont pas toujours habité là. Ma grand-mère les a connus quand ils se sont pointés dans la région. Ils disaient venir d’un pays couvert de cactus et habité par les pires espèces de la terre, et ils avaient aussi précisé qu’ils n’y retourneraient plus jamais. C’étaient des personnes qui aimaient déjà beaucoup plaisanter, alors fallait-il les croire ?

A leur arrivée au pays, elle s’installa dans la grande maison qu’elle occupe encore, pour prendre l’intendance de l’orphelinat qui n’existe plus à ce jour ; et lui l’aidait dans tout ce qui touchait les travaux extérieurs. Il avait également, remplacé le vieux sacristain dès son arrivée, et s’installa à la cure attenante à la chapelle. Il sonnait les cloches aux horaires des offices affichés, tenait entre autres, cette fonction avec sérieux, et laissait quelquefois participer les enfants, ce qui les faisait beaucoup rire. Mais ça ne se fait plus maintenant, car l’église a disparu, elle a été démolie, la cure aussi, et avec l’électrification depuis quelques bonnes années déjà, il a quitté la cure et habite le moulin. Il le fait fonctionner avec ses petits-neveux, comme il aime à dire, qui sont adultes maintenant mais dont on ne leur connaît ni l’Eve ni l’Adam.

Même si ces deux personnages ont toujours semblé bizarres et originaux, elle avec sa grosse chevelure d’un rouge naturel très vif et lui avec ses gros biscoteaux, ils se sont bien adaptés et ont tout faits pour être adoptés par la population. Ils sont très sympathiques, ont toujours aimé les enfants, et pourtant n’en ont jamais eus. Ils sont très attachés l’un à l’autre mais n’ont jamais vécu ensemble. Il s’est dit à l’époque, qu’ils auraient peut-être été frère et sœur, tout du moins ça apaisait les esprits de le croire. Aujourd’hui, on s’en moque carrément.

Pourtant, à ce qu’il paraît, lui était prêtre défroqué quand on les a connus. Ça faisait sourire dans le village, mais de son passé à elle, personne n’en connaît rien. A ce qui se disait quand même c’est que c’étaient de grandes cicatrices qui lui barraient le visage quand ils sont arrivés et qui faisaient sursauter ceux qui la regardaient pour la première fois malgré son sourire. Elle a toujours souri, si bien qu’aujourd’hui celles-là se sont estompées et ont pratiquement disparu dans les plis de ses rides. Ou on s’est peut-être simplement habitué à sa figure fripée et son regard tendre reste le plus doux à voir.

On en a raconté des choses sur ces deux phénomènes, et inventé des secrets à leur sujet qu’on aurait bien voulu connaître et dévoiler… Il n’y avait sans doute rien d’exceptionnel à découvrir. Ces gens sont simples, et faciles d’abord. Lui est impressionnant de corpulence, et de sa voix grave, il sait raconter comme personne, des histoires toujours nouvelles et un peu effrayantes qu’on aime écouter à la tombée du soir ou durant les nuits d’été. Elle, a plutôt une voix rauque et suave, dont les jeunes enfants savourent quand elle entonne des berceuses pour les rassurer ou les endormir. En tous cas, un grand nombre de ces tous petits qui ont grandi dans la grande maison, reviennent leur rendre visite au village, et chacun a un métier ou est artisan de la vie à sa manière. Je ne sais pas pourquoi on les appelle comme ça ces deux-là, et je doute que ce soit leurs vrais noms, mais peu importe ça leur va bien.

Si je vous parle d’eux, c’est que justement comme chaque année à cette saison quand le printemps est là et qu’on est passé à l’heure d’été, tante Bocha a envie de renouveau. Elle sort alors ses fourneaux hors de sa maison, les protégeant sous la tonnelle pour un grand ménage et pour faire plus de place à l’intérieur. Elle a de la force et du caractère. Elle tient à remettre en marche, à la mode d’antan, les deux fours du village bordant la grande propriété, et ce, jusqu’au prochain changement d’heure. Du bois de chauffe est toujours prêt dans les abris sur les côtés. On n’a plus qu’à apporter les plats à cuire et étendre ou dresser les grandes tables et les bancs.

C’est une habitude au village, que la communauté vienne à la belle saison se servir des fours et cuisiner ensemble pour tous. Des senteurs et de bonnes odeurs envahissent l’air ambiant, le tintamarre des conversations et les rires des enfants colorent les jours et claironnent comme une fanfare jusqu’aux soirs, même tard au milieu de la nuit. On trouve le sommeil, ou on en sort, comme on peut. D’ailleurs, cette pratique est devenue un rituel auquel les gens du pays ont donné un nom spécial pour cette moitié d’année, « les fours mi-temps Bocha », où l’on vit et se retrouve autour des fours. On aime l’entendre rire de toute sa gorge et dire que tout ce remue-ménage l’enchante, que le retour des beaux jours lui font du bien, que ce brin de folie épice sa vie et que c’est le Père Eskia qui apporte tout le piquant dont elle a besoin à ses jours et sa vie.

Non en fait, si je vous ai parlé de ça, c’est parce que le piaillement des oiseaux à l’aube m’a réveillée, que je me suis levée trop tôt et qu’en plus j’ai trouvé des fourmis autour du pot de miel, sans doute mal rebouché lors d’une utilisation précédente. J’ai eu soudain la tête comme remplie d’oursins et d’orties tant j’étais énervée.
Et je me suis rappelée du poème d’Aimé Césaire proposé par Anna Coquelicot pour l’Agenda Ironique d’avril. Avec des mots comme ça, Aimé, Coquelicot, ironique, comment ne pas se calmer, sourire à nouveau et admirer la Nature ?

Le voilà ce poème d’Aimé Césaire, qu’il a intitulé : -Insolites bâtisseurs-
tant pis si la forêt se fane en épis de pereskia
tant pis si l’avancée est celle des fourmis tambocha
tant pis si le drapeau ne se hisse qu’à des hampes desséchées
tant pis
tant pis si l’eau s’épaissit en latex vénéneux
préserve la parole
rends fragile l’apparence
capte aux décors le secret des racines la résistance
ressuscite autour de quelques fantômes plus vrais que leur allure insolites bâtisseurs—

C’est ma façon de sourire à la vie et de répondre à Anna Coquelicot qui nous proposait de traiter des épis de pereskia et des fourmis tambocha, de chercher à connaitre cette faune et cette flore, en prose ou en vers pour l’Agenda Ironique d’Avril.

 

Elle avait lu l’annonce de ce défi dans le dernier almanach

Elle avait lu l’annonce de ce défi dans le dernier almanach. Il fallait s’inscrire pour participer, et former une équipe.

Une équipe de deux membres au minimum. J’ai suivi mon instinct, je suis curieuse. Sans trop de convictions mais pour lui faire plaisir, j’ai accepté. Elle me dit qu’on irait changer d’air, vivre à la campagne une aventure inoubliable et suivre une série de métamorphoses.

Au début, rien n’a paru compliqué, on arrivait à suivre le rythme. On nous a appris à respirer, tout allait bien. Puis à se mouvoir. Là, j’avais une impression de ridicule, mais je ne connaissais personne… Elle rayonnait et me disait qu’elle avait toujours rêvé d’ajouter cette note de fantaisie à sa vie. Pour moi, c’était carrément une touche de folie.

Et puis au bout d’un certain temps, il a fallu se rendre compte que rien n’allait plus être comme avant. Je réalisais enfin. Elle avait parlé de partir… en campagne. Une croisade en vue de protéger la planète et ses espèces.

Au départ, on nous avait expliqué qu’à chaque changement d’ère, seuls les individus aquatiques, ou les plus petits, en avaient réchappé. C’était la dure réalité : on était devenu poisson.

Doux délire facile en avril pour répondre à « des mots, une histoire »-4 chez Olivia en plaçant les mots proposés de la semaine.

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil. Étendre ses plumes et apprécier la chaleur. Fermer les yeux trop éblouis par la lumière.

Oui, mais… On dirait bien que les impératifs du monde contemporain coupent court au plaisir de bien vivre.
Quel est ce désir décadent de l’immédiateté qui dévore la planète de nos jours ?
On communique plus. Mais avec qui, grand dieu ? On consomme plus. Oui, et plutôt, à tort et à travers. Le délai n’existe plus, on est pressé. Pressés de tous côtés. La prolifération de mails augmente le poids des boites… virtuelles certes, mais c’est un outil indispensable aujourd’hui. On stresse. Les autres n’y voient rien puisque c’est virtuel.
Comment rester serein, quand il faut faire du tri, ne pas répondre au hasard, cueillir la bonne info sans gober le poisson ? Ne pas se noyer, supporter cette masse et garder les épaules droites. Les esprits sombrent, seule reste la couleur de la matière… grise.
Comment voir la vie en rose, quand on sait que ce sera pareil le lendemain ? Il y a de quoi perdre son latin.
Dis, pourquoi ne pas s’asseoir sur une margelle et profiter du soleil ? Je ferme les yeux… entourée soudain par des lucioles en formes de triangles, reflets des écrans au soleil que les gens tiennent dans leurs mains en marchant.

C’est Emilie, dans ses cahiers, qui suggère d’étendre ses plumes et apprécier la chaleur, avec quelques mots imposés et beaucoup de liberté.

Il fallait créer des événements

J’avais intitulé ça, la JMBP. Puisqu’il fallait créer des événements, allons-y !

Journée mondiale du bouquet et patchwork – édition 2019.
On allait donc passer tout un après-midi et une soirée à bricoler.
Un début d’année à l’atelier Patchwork pour assembler des initiales en tissus
Réunit pas moins de douze lettres pour une banderole sur fond rouge.
Ne manquant pas d’idées, Marianne proposa de confectionner des bouquets
Euh oui, mais de quelles fleurs disposerons-nous en début du mois de mars ?
En regardant bien, les premières fleurs sur un lit de mousse allaient faire l’affaire
Mêlées à quelques brindilles et de belles branches récoltées au cours des randos.
On a donc glané tout ce qui était à notre portée pour le jour J
N’oubliant pas les récipients de toutes sortes et mousses pique-fleurs
Décidées à rendre cette journée la plus ensoleillée possible.
Il faisait d’ailleurs très beau ce jour-là dehors
Alors, dès le matin, chacune confectionna quelques gâteaux
Les visiteurs allaient être nombreux
Et le goûter improvisé serait apprécié.
Dès le début d’après-midi, l’accrochage des ouvrages textiles commença,
Une table fut mise à disposition de l’étalage des brassées de fleurs et de brindilles.
Bientôt tout fut prêt pour l’ouverture des portes.
On est venu en curieux, d’abord, puis
Une grande partie des visiteurs s’est laissée prendre au jeu,
Quelque soit l’activité, les gens riaient.
Une table fut réservée aux joueurs de cartes, pourquoi pas,
Et deux autres à la distribution du goûter,
Tant et si bien qu’une cinquantaine de bouquets ornaient les tables
Et d’autres se sont mis à chanter et fredonner,
Tous semblaient heureux.
Danser avec le pantin fabriqué aux Thursdays Fiber n’était pas
Une chose facile. Il fallait savoir le tenir
Puis enfiler ces drôles de chaussons, et
Arriver à se coller à lui pour faire un couple et
Tenter quelques pas, en harmonie.
C’est comme ça qu’on a mis la musique !
He oui, ça faisait plus festif.
Waouh, je n’aurais pas cru que la journée fut aussi belle.
On a laissé les bouquets à admirer pour ceux qui n’avaient pas pu venir,
Ramassé et rangé le reste, en pensant déjà à une prochaine fois.
Kiffer, ça pour sûr que c’était réussi !

J’aimerais m’habiller de poésie

Comme on se vêt un dimanche d’un habit, j’aimerais m’habiller de poésie.

J’étalai sur ma peau
des pétales d’une fleur
qu’on appelait violette.

Il m’en fallut plusieurs,
encore et encore, cent tas et mille lots,
espérant sentir bon et voulant être chouette.

Le hibou est venu
et s’est moqué de moi,
riait de me voir nue
et retourna aux bois.

Un papillon volait
puis deux, puis trois,
sur ma peau des milliers
se sont posés, je crois.

Maintenant habillée
et joliment vêtue
de beaux reflets dorés
comme jamais je n’ai eu.

Je bougeai, j’avançai à petits pas,
collés et accrochés, il restaient là sur moi.
Je riais, j’étais fière,
je sautais, je dansais,
et sortis par derrière.
Oh zut, c’était l’hiver !
Alors ils s’envolèrent,
et moi collée à eux,
partîmes vers le soleil
à se brûler mes yeux
et leurs ailes couleur de miel.

Pour répondre à Jobougon et au printemps des poètes du 9 au 25 mars avec la Beauté pour thème.

Les maux sans dessus-dessous

– J’ai les maux sans dessus-dessous. Tu sais, j’en avais marre d’observer la rue toute la journée sans que personne ne me voit vraiment ! Les passants m’ignorent presque systématiquement, s’appuient lourdement tout au long de ma cuisse en attendant le bus et me fatiguent, d’autres sont pressés et me rasent à croire que je les gênerais presque sur le trottoir où la ville m’a posé. Je me fais toujours renifler les pieds par les chiens et certains même règlent leur petite commission en liquide. Pouah ! Ah, et j’ai mal partout de toujours me tenir bien droit.

– Je suis placé au début d’une jolie impasse fréquentée par de nombreuses familles et leurs enfants. C’est chouette, ils jouent souvent à cache-cache et me font participer à leurs jeux que j’ai l’impression de danser, ils crient, rient, me bousculent et me chatouillent, et le soir les amoureux me caressent le bas des reins pendant qu’ils s’embrassent. En face, une rue descend en escaliers dont je n’aperçois pas l’en haut, et les ballons des petits arrivent plus vite à mes pieds et bien avant que pointe leur tête.

– Je respire toute la journée les gaz d’échappements, les klaxons des voitures me cassent la tête. Au milieu de cette rue, j’envie mes voisins, ils ont une vie bien plus belle que moi. Celui de droite a le tramway qui passe quasiment à ses pieds, le frôle et agite l’air avec douceur, à ce qu’il dit. Celui de gauche donne sur l’avenue et la vraie vie de la ville, auprès de boutiques de choix, un bouquiniste heureux de vivre qui chante à tue-tête pour haranguer ses futurs clients, un fleuriste qui étale dans de vastes récipients tous les matins de fleurs fraîches à ses pieds et le protègent et embaument et en face un confiseur et marchand de glaces. Ce sont des gens joyeux qui l’approchent, lui. J’te jure, si ce n’est pas le bus qui s’arrête à mes pieds, c’est le camion-benne des éboueurs qui m’enfume avec tout son charivari émétique. Il était temps qu’ils nous offrent ce repos, d’ailleurs ils m’ont déjà remplacé temporairement par de drôles de lampions pour faire des travaux. C’est moche !

– On va nous refaire une beauté, changer de look et de design, j’espère. Sais-tu si on attend longtemps avant qu’ils nous entreprennent ? Qu’est-ce qu’on est bien sur ce banc. C’est ça qu’on appelle un Chesterfield ? Dis, que bougonnes-tu ?. Au fait on m’appelle Carmen dans le quartier parce tu vois j’ai le pied en forme de jupe de danseuse espagnole. Un peu cabossée, mais c’est un peu pour ça qu’on est là. Ça me fait du bien de te connaître, je ne pensais pas qu’on puisse être si différents, et tu me décris un monde que j’ignore et que je n’imaginais même pas.

– Les habitants avaient l’air de trouver les lampions à leur goût, c’est peut-être pas si temporaire que ça… j’aimerais bien changer de rue quand ils m’auront retapé et…

– Chut ! la Hurlette, cesse un peu, ferme les yeux et profite, écoute le clapotis à nos pieds, j’ai toujours rêvé de voir la mer, et on l’entend. Dis, ça te dirait d’être au bord de l’Atlantique.

– Pouah ! arrête d’évoquer l’océan ! une autre odeur, une puanteur de poissons morts et de coquilles et crustacés. Avec les pieds dans le sable, le vent qui décoiffe et rend encore plus fou ! Et les phares au loin, plus grands que nous qui éclairent toute la surface de l’eau et de la terre jusqu’à l’horizon. Jamais on aurait la vedette.

– J’aime bien ma ville, j’irais bien au coin du marché cette fois-ci.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de mars hébergé chez Max-Louis sur le dessous des mots, dont le thème était le lampadaire avec quatre mots imposés, et illustrée de photos trouvées sur le Net.

La liste des textes ayant participé à cet Agenda Ironique sont ici et c’est Anna Coquelicot qui gagne.