La brocante de juin

Approchez pour la brocante de juin,

Approchez mes voisins, mes copains, mes cousins,
Car dans quelques jours c’est l’été.
L’été revient et toutes ces folies et dérisions,
Retour des amis et leur déraison.
Y’aura d’abord Maud qui voudra arroser son bac à Laure et A,
Ou quelques trois ou cinq fois plus que ça
Puis y’aura Mauricette qui prendra et fêtera sa retraite
Sans jamais avoir eu son baccalauréat,
Alors Mortimer partira chez sa mère au bord de la mer,
Et Mohamed rêvera du Club Med à Bab el Oued
Y’aura Momo avec son nom sur son maillot,
Le seul qu’il sache écrire avec des m et des o,
comme les vieux, disait-il, avec des cannes et des os.
Ce sera l’été, la plus jolie des saisons et le retour des maux,
Vaises habitudes de quelques cafards abrutis et leurs sales timbales,
qui ne banquent même pas avec des m…euh d’excuses ou des mots gentils.
M’autorisez-vous à déblatérer et piocher des mo… sans haine
comme je peux le faire pour mes tricots de laines ?
Les mosaïques ornant les tables en terrasses,
Chaudes en couleurs comme les chapiteaux de cirques,
Les monopoly dépliés pour les jours de pluie,
Ou le mortier écrasant comme la chaleur de l’été.
Le morbier ou tout autre fromage après le potage,
La Morelle de Balbis pour épater Isabelle et Barbie
Les morcelés trouveront leur dessert glacé trop gelé,
Les mojitos alcool-citron-menthe non appréciés des lève-tôt,
Et les motards vrombisseurs haïs des couche-tard,
Le motoculteur pétaradeur du voisin dont j’ai horreur,
Le monnayeur en panne me signalant d’aller ailleurs,
Les motocyclettes en va-et-vient bruyants à casser nos têtes,
Les momifiés sur les plages étalés à se cramer,
Les monogames reluquant et rêvant d’être polyg…
Les monégasques polis jamais las de toutes ces frasques
Une morphologie de rêve et un corps d’Ève,
Dans un monokini pour un temps, car avec l’âge allant c’est fini ou très défraîchi,
Les mocassins râpés, usés et mouillés par l’eau du bassin,
Du moniteur devenu maître nageur,
Une modestie sans fin,
Par émotion
Pour une motion
Un mode d’emploi que je n’ai pas,
Une mort subite avalée pour oublier la suite…

Approchez pour la brocante de juin,
approchez mes voisins, mes copains, mes cousins,
car dans quelques jours c’est l’été,
et ce sera l’heure et le temps de trouver les mots et tout célébrer.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique de Juin proposé par Vérojardine sur le thème de l’été au rythme des mots de la rue Kétanou quand la rue est partagée à cette saison, et que l’espace de chacun doit être respecté, et tous les textes de la brocante de juin sont là.

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Palette et Plume d’expression fragile

Palette et Plume d’expression fragile

Pour nourrir l’âne, on devait aller chercher le foin,
Alors on a marché longtemps, pourtant ce n’était pas loin.
Là dans l’air brûlant de l’après-midi, elle a perdu ses escarpins,
Et les moustiques dansaient avec les maringouins,
Tourbillonnaient et nous piquaient avec soin sans besoin,
Tant et si bien qu’on a fini par arriver chez les pingouins.
Enfin, on vit leurs œufs.

Elle les a peints de couleurs vives, fallait voir ses frusques.
Trop pressée, elle faisait des mouvements brusques,
Puis se grattait la tête, mettait ses cheveux en lambrusques,
Lentement elle se grimait la face comme chez les étrusques,
Une envie soudaine de se donner un air de mollusque !?
Magnifique Apolline que rien n’offusque
Et n’émeut, ou juste un peu.

D’ailleurs il faudra la convaincre et qu’on l’emmène
Effectivement dans cette maison spéciale pour schizophrènes
Xénélasie exigée de ce monde par de méchantes graines.
Patiemment on en a déjà parlé de sa dégaine et de cette gêne
Ressentie, rarement appréciée de certains par dizaines.
Elle paraît prendre ces remarques comme une rengaine,
Semble se jouer de tout ce qui se dit autour de ça, l’inhumaine.
Seulement le jour viendra, elle sait, en est certaine,
Ici, avec les gens qui l’aiment, elle se sent forte comme un chêne
Oublie qu’elle n’est pas reine dans son domaine,
Nargue d’un pied de nez et fait un vœu.

Faut pas croire, elle se battra, se démènera l’énergumène.
Rien ne sera facile, faudra peut-être demander de l’aide urbaine.
A moins que… j’ai une idée ! aucune n’est vaine.
Gauchement, mais rapidement je lui tricoterai une mitaine
Illico elle l’enfilera voulant ressembler à Philomène
Lèvera la main et prendra, encore une fois, son air froid qui m’enchifrène,
En attendant, on ne fait pas toujours ce qu’on veut.

C’est ma participation à L’agenda Ironique de mai proposé et hébergé cette fois-ci chez Palette d’expressions et la Plume Fragile au rythme résonnant des mots perdus et retrouvés, imposés pas facile à placer avec une certaine idée d’Apollinaire, mais là on fait ce qu’on peut !

J’aimerais m’habiller de poésie

Comme on se vêt un dimanche d’un habit, j’aimerais m’habiller de poésie.

J’étalai sur ma peau
des pétales d’une fleur
qu’on appelait violette.

Il m’en fallut plusieurs,
encore et encore, cent tas et mille lots,
espérant sentir bon et voulant être chouette.

Le hibou est venu
et s’est moqué de moi,
riait de me voir nue
et retourna aux bois.

Un papillon volait
puis deux, puis trois,
sur ma peau des milliers
se sont posés, je crois.

Maintenant habillée
et joliment vêtue
de beaux reflets dorés
comme jamais je n’ai eu.

Je bougeai, j’avançai à petits pas,
collés et accrochés, il restaient là sur moi.
Je riais, j’étais fière,
je sautais, je dansais,
et sortis par derrière.
Oh zut, c’était l’hiver !
Alors ils s’envolèrent,
et moi collée à eux,
partîmes vers le soleil
à se brûler mes yeux
et leurs ailes couleur de miel.

Pour répondre à Jobougon et au printemps des poètes du 9 au 25 mars avec la Beauté pour thème.

Où le soleil vient tard

Où le soleil vient tard

Où le soleil vient tard

En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.
– Soleil ! aimons ! – Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?
– Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : – C’est la nuit, ma belle ! –
Et la fait en s’en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son cœur du nœud,
Et, ne sachant plus que dire,
S’en va le plus tôt qu’il peut.

de Victor Hugo

Dans l’interminable

Dans l’interminable ennui de la plaine, la neige incertaine luit comme du sable.
Dans l'interminable

Le ciel est de cuivre sans lueur aucune,
On croirait voir vivre et mourir la lune.

Comme des nuées flottent gris les chênes
Des forêts prochaines parmi les buées.

Le ciel est de cuivre sans lueur aucune.
On croirait voir vivre et mourir la lune.

Corneille poussive et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres quoi donc vous arrive ?

Dans l’interminable ennui de la plaine
La neige incertaine luit comme du sable.

Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)

Le mois dernier

Gaby noyé le mois dernier

Le mois dernier

Dans un étang près de Varennes
Comme un vulgaire braconnier
Identifié grâce à ses dents-
Son blanc dentier de porcelaine
Mordant la vase – car il sourriait.

Avant lui c’était Roméro,
Ombre sur pattes, Indien des toits,
Il a glissé son numéro
A la grande Pirate du ciel
Pour qu’elle l’appelle encore une fois
Et monte-en-l’air un coup de trop.

Et puis Cassis, et puis la Poire,
L’un qui s’évapore par l’éther
Entre les serres de sa mémoire,
L’autre qui fuit de toutes parts,
Pendu aux branches des cathéters
Des fruits amers et des trous noirs.

Je n’oublie pas aussi Jean-Gilles,
Autoproclamé Prince des rues,
Stoppé au vol par deux vigiles,
Deux jeunes laquais de succursale,
Alors qu’il était seul et nu,
Tout ça pour moins de cinquante mille.

Je n’oublie par le Moine errant
Dans cet étrange monastère
Où sont les fantômes vivants.
Centrale. Cellule. Bruits de fermoirs,
Je sais la gueule que l’on peut faire
Suivant son propre enterrement.

Léon, mon frère, je ne prie pas,
Je murmure ton nom aux étoiles
Quand vient le soir. Je n’oublie pas
Et puis je chiale, sur vous, sur nous,
Sur la poussière de nos étoiles,
Et mes yeux brillent comme ceux des rats.

Nous avons eu vingt ans, brigands
Des grandes villes, cow-boys aux colts
Fumants, nous avons eu trente ans,
L’or et les filles plein les sacoches,
C’était du vent. Vient la récolte.
L’hiver approche, et moi j’attends.

Bande décimée de Marcus Malte, extrait de ce petit livre.

Neuf Nectarines

Neuf Nectarines

Neuf nectarines

Par paires comme on fait des pêches espacées que leurs fruits soient vifs — huit en plus d’une, sur ramures crues de l’an dernier — elles semblent un dérivatif; quoique le contraire aussi bien se rencontre fréquemment — neuf pêches au nectarinier.
Sans duvet, sous svelte feuillée en croissant bleus ou bien verts, ou l’un et l’autre dans le style chinois, ces quatre paires lunulées par placages foliolants au soleil rosissent du ton puce American Beauty, piqué, qu’applique au gris cireux l’art sans grand-malice des reliures mercantiles.
Comme la pêche Yu, pêche à bajoue rouge, sans objet pour les morts, qui à point mangée aide à prévenir la mort, pavie d’Italie, prune persane sur pâlis enclose aux remparts d’Ispahan, la nectarine se rencontra
à l’état spontané, sauvage, (sauvage, est-ce sûr? De Candolle, prudent, se taira) d’abord en Chine.
On ne perçoit pas une imperfection dans la neuvaine emblématique, au vantail feuillu que ne pique nul curculio, sur ce plat où on l’a dépeinte jadis, restauré depuis maintes fois, non plus que dans la justesse
de l’orignal sans andouiller, (cheval d’Islande? ou âne?), assoupi contre le vieil arbre touffu aux branches pliées, et dont la robe est de la teinte brunâtre de la fleur de l’arbuste.
Un Chinois «comprend l’esprit des étendues sans bornes» et, sous son allure de poney amateur de nectarines, le kylin — licorne à queue longue ou sans queue, petite, au poil de chameau commun, sans cornes, d’un brun de cannelle monté sur pattes de gazelle.
Cette pièce émaillée est un chef d’œuvre qu’on doit à la chimère d’un Chinois.

essai de traduction d’un poème de Marianne Moore