L’été de Théodore de Banville #6

L’été de Théodore de Banville #6

L'été de Théodore de Banville #6

Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d’apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

 

Ce sera ma participation aux poésies du jeudi chez Asphodèle (et plutôt ici, chez Martine) et au défi du fil DDF#6, avec cette application brodée du bleuet qui arrive à sa fin, le matelassage est pour bientôt, et cet ouvrage ira rejoindre ma collections de fleurs, mon herbier très spécial.

 

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Le Fleuriste et les Légumes

Le Fleuriste et les Légumes

Le Fleuriste et les Légumes

Un Homme avoit un parterre de fleurs
Dont il prenoit un foin extrême
Artiftement il mêloit les couleurs.
C’étoit-là fon plaifir fuprême.
L’or & l’azur, lnège & le corail
Y formoient le plus bel émail.
Tout à côté nôtre Fleurifte
Avoit un Potager dans un état fort trifte.
Il y portoit rarement l’arrofoir.
Les Légumes féchoient. C’étoit pitié de voir
La Laituë & l’Ozeille
Se faner, & baiffer l’oreille.
Il arriva qu’un jour
Le Maître du jardin fe promenant autour,
Un Chou des plus têtus, au nom de l’Affiftance,
Se plaignit de fa négligence.
Pourquoi nous oublier ainfi ?
Ne fommes-nous pas plus utiles
Que ces belles Plantes ftériles,
Qui vous caufent tant de fouci ?
Lorfque vôtre fanté fe trouvoit altérée,
Par quel moïen l’avez-vous recouvrée ?
Au Jafmin, à l’Oeillet avez-vous eu recours ?
Ne fut-ce pas à la Chicorée,
Avec mes autres Sœurs, qui vous prêta fecours ?
Vous en eûtes befoin, & vous l’aurez toujours.
Je ne dis rien de mon ufage.
Vous le connoiffez trop. Sans doute il feroit beau
De voir une Tulipe au milieu d’un potage
Au lieu d’un Chou : cela feroit nouveau .
Mais laiffons là le badinage.
N’ai-je pas eu mainte fois l’avantage,
Avec mon frère le Porreau,
De vous racommoder le timbre du cerveau ?
Jufqu’où va vôtre ingratitude ?
Vous n’avez cependant aucune inquiétude
De nos befoins. Vous nous laiffez périr ;
Tandis que nous voïons fleurir
La Jonquille & la Tubéreufe,
Qui n’ont pourtant qu’un vain éclat,
Et dont l’odeur eft dangereufe.
Le Fleurifte fit peu d’état
Du Supliant & de fes remontrances.
Vous avez pour un Chou, dit-il, trop de caquet.
Taifez-vous : c’eft mieux vôtre fait.
A ces mots, il retourne admirer les nuances
De la Tulipe & de l’Oeillet.
Qu’arriva-t-il ? Nôtre Chou fut Prophète ;
Et ce caprice enfin à Monfieur fut fatal.
Des diverfes odeurs le mêlange l’entête.
Il hume du ferein. Monfieur fe trouve mal.
On court au Potager préfenter fa requête,
Pour lui compofer un boüillon :
Mais tout étoit péri, jufques au moindre Ognon.
On cherche donc ailleurs, & l’on fe met en quête :
Mais Monfieur, pendant ce temps-là,
Droit chez Pluton en pofte s’en alla.

Réglons mieux nos plaifirs. L’Homme vraîment habile
Sçait cultiver l’agréable & l’utile.

Cette fable extraite du livre des fables nouvelles mises en vers par Mr Richer et dédiées à Son Altesse Sérénissime Monseigneur Le Prince de Conty avec Privilège du Roy du 18ème siècle.

C’est en regardant mon potager et mes fleurs que j’ai soudain ressenti une honte semblable à celle que Monfieur auroit dû avoir avant de mouroir. Je l’ai recopiée telle qu’elle avec tout l’humour qu’elle procure quand on la prononce tout haut.
Humour en toute liberté pour répondre aux poésies du jeudi chez Asphodèle, aux rencontres d’Amegraphique chez le petit carré jaune de Sabine et les défis du fil DDF#5 pour ce mois de mai.

 

Mai tout en fleurs dans les prés

Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame,

Mai tout en fleurs dans les prés

Viens ! ne te lasse pas de mêler à ton âme
La campagne, les bois, les ombrages charmants,
Les larges clairs de lune au bord des flots dormants,
Le sentier qui finit où le chemin commence,
Et l’air et le printemps et l’horizon immense,
L’horizon que ce monde attache humble et joyeux
Comme une lèvre au bas de la robe des cieux.
Viens ! et que le regard des pudiques étoiles
Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles,
Que l’arbre pénétré de parfums et de chants,
Que le souffle embrasé de midi dans les champs,
Et l’ombre et le soleil et l’onde et la verdure,
Et le rayonnement de toute la nature
Fassent épanouir, comme une double fleur,
La beauté sur ton front et l’amour dans ton cœur.

J’ai choisi un poème de Victor Hugo aujourd’hui, pour la poésie du jeudi chez Asphodèle

Voudrais-tu que je sois

Voudrais-tu que je sois
Un lacet de chausson,
une fine bretelle,
un joli pompon,
Des gants de dentelle
Ou un foulard de soie…

Aimerais-tu que je sois

Un battement de cil
Un souffle délicat
Une caresse subtile
Pour un doux émoi
Un sourire fragile
Un frou-frou parfumé
Une voix
La chemise que j’enfile,
Ou que j’enlèverai ?
Dis-le moi.

Tricotage

Tricotage

Tricotage

Maille à l’endroit, maille à l’envers,
J’ai tricoté un pull-over
Pour le puma et la panthère,
Frais en été, chaud en hiver.

J’ai tricoté un cache-nez
Pour l’épervier et le coucou,
M’ont fait un baiser dans le cou
Et un second au bout du nez.

J’ai tricoté deux bonnets verts,
Un pour mon chien, un pour mon chat.
« Je n’en veux pas, tu le mettras »
M’a dit mon chat, c’est un ingrat.

Pour le boa et pour l’orvet,
Comme ils avaient ce qu’il fallait
Je n’ai rien tricoté du tout,
Ni à l’endroit, ni à l’envers.

de Camille Vinassac. Un poème qui illustre bien la jacket surprise que j’ai commencée. A partir du milieu du dos sous les bras, j’ai tricoté les devants en même temps, puis j’ai repris les mailles du départ au milieu du dos en sens envers en tricotant les manches en même temps cette fois-ci. Où me mènera cette surprise ?

Le peintre et le cuisinier

Le peintre et le cuisinier pour la poésie du jeudi chez Asphodèle , c’est peut-être le froid qui revient qui m’a fait choisir ce poème.

Par un jour froid d’automne aux paysages de feu,
souhaitant se mettre au chaud et se détendre un peu,
un peintre d’aquarelle, l’estomac affamé,
entra dans une auberge, souhaitant se restaurer.

Dès le pas de la porte il reconnut l’ambiance
des endroits où le goût ne doit rien à la chance.
Le cadre, chaleureux, faisait du restaurant
un lieu de pur plaisir, de bien-être accueillant.

Alors qu’il prenait place, il remarqua aux murs,
placées avec talent, de très belles peintures.
Voulant de la cuisine tester la qualité,
par le menu du jour, il se laissa tenter.

Ce fut une explosion de goûts et de couleurs,
ravissant son palais et ses yeux amateurs.
Lors, il voulut connaître le gérant de ce lieu,
découvrir le talent qui rendait si heureux.

Se dirigeant vers lui, pour s’asseoir à sa table,
le cuisinier, souriant, avait un air affable.
En le félicitant pour ses plats délicieux,
notre homme l’interrogea sur l’aspect harmonieux :

« Vous inspireriez-vous des tableaux sur vos murs
pour présenter vos plats avec un goût si sûr ?
Et d’où viennent ces toiles qui décorent en douceur
et chaleur cet endroit, quel en est donc l’auteur ? »

Le peintre et le cuisinier

« Vous posez deux questions, elles n’ont qu’une seule réponse :
il m’arrive de croquer paysages ou mêmes ronces !
La nature fait parfois de si beaux assemblages
qu’elle se retrouve aussi aux plats que j’aménage ! »

« Ah, quel talent, Monsieur, pour pratiquer si bien
deux arts très différents quand je n’en connais qu’un ! »

« Mais, ne voyez point là, Monsieur, trop grand mystère
et je m’en vais vous dire le fin fond de l’affaire :
Dans peinture et cuisine, je ne vois que deux sœurs,
il faut juste des deux, savourer les couleurs ! »

d’après Thierry Boulier

In Memoriam pour la poésie du jeudi

In Memoriam pour la poésie du jeudi chez Asphodèle

In Memoriam pour la poésie du jeudi

Il s’appelait
Mohammed Sceab

Descendant
d’émirs de nomades
décéda
parce qu’il n’avait plus
de Patrie

Il aima la France
et il changea de prénom

Il fut Marcel
mais n’était pas français
il ne savait plus
vivre
dans la tente des siens
où l’on écoute la cantilène
du Coran
en savourant un café

Et il ne savait pas
délier
le chant
de son abandon

Je l’ai accompagné
avec la maîtresse de l’hôtel
où nous habitions
à Paris
du numéro 5 de la rue des Carmes
allée flétrie et en pente

Il repose
au cimetière d’Ivry
faubourg qui ressemble
toujours
en un jour
à une
foire décomposée

Et peut-être moi seul
sais encore
qu’il a vécu

Traduit d’un poème en italien qu’avait écrit le 30 septembre 1916, Giuseppe Ungaretti, quatre après la mort de l’ami égyptien, qui l’avait accompagné dans son déménagement d’Alexandrie à Paris, en 1912. Ce sont sûrement les actualités de la semaine qui m’ont fait choisir cette jolie page d’écriture, In Memoriam pour la poésie du jeudi chez Asphodèle