On a placé notre seule espérance dans l’évitement

On a placé notre seule espérance dans l’évitement.

Mémé et moi apprécions cet isolement à la maison avec les enfants. On peut chanter et rire très fort. On voudrait que tout soit ludique et que l’atmosphère redevienne légère. Le soir, l’aïeule s’assoit devant le piano et égrène les notes de ce qu’elle a appelé sa symphonie d’un monde nouveau. Evidemment ça n’a rien à voir avec celle de Dvorak. Il y a dix jours maintenant qu’elle a eu cette idée de nous l’a faire entendre. Elle m’avait envoyée admirer le cerisier en fleurs, et quand je suis revenue, elle riait. Elle avait découpé d’anciennes partitions de musique, puis collé à sa façon ces lambeaux de papier sur une grande page de journal pliée comme un cahier. Elle voudrait que nos soirées restent douces et ressemblent à ce qu’elles étaient avant que nos habitudes se transforment subitement. Notre vie actuelle n’est qu’une anamorphose de tout ce qu’on a aimé.

Alors après le repas, ce soir encore, elle s’assied sur le tabouret rembourré et rapiécé, puis dépose sa double feuille ouverte. Silencieux et attentif, on attend. Personne ne bronche, ni ne tousse. Et là je souris, car avant de commencer à jouer, elle a soudain ce geste qu’elle fait très souvent maintenant et presque sans s’en rendre compte. Pendant qu’elle tient les doigts de sa main droite écartés au dessus du clavier, elle plonge sa main gauche dans sa poche et tâte rapidement des graines de courge qu’elle a faites sécher cet hiver. Un grigri ou un toc tout neuf pour se donner du courage, sans doute !?

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 42 (espérance, piano, sécher, courge, feuille, courage, transformer, anamorphose, symphonie et cerisier).

Beaucoup de plaisir à être en retraite

On lui avait dit qu’elle aurait beaucoup de plaisir à être en retraite, qu’elle n’aurait plus besoin de se lever aux aurores, qu’elle pourrait prolonger comme elle le voudrait ses petits-déjeuners du matin dans la chaleur douce de sa maison, qu’elle apprécierait sa vie tranquille au bord du lac… et quand le jour de gloire est arrivé, tout était faux, on nous apprit qu’elle n’avait pas survécu au confinement.

… Pas rigolo tout ça, hein !? Attends je recommence…

Chaque matin, elle se levait à l’aube et quittait bien vite sa maison pour être chez son premier patient dès l’aurore. Elle enchaînait comme ça toute la journée les visites chez les uns et les autres. Ils savaient lui dire combien elle leur apportait chaleur et confort pour vivre parfois seuls ces longues heures jusqu’au lendemain. Elle leur répondait qu’elle aurait beaucoup plus de plaisir à les revoir en forme s’ils restaient tranquilles sans aucun faux-pas de leur part. Mais un soir, sa voiture glissa dans le lac. Et tous voulurent lui rendre gloire.

…C’est triste et ça perd toute chaleur, dis-tu ! Aucun plaisir pour toi et pas même un soupçon de gloire pour moi, me fais-tu comprendre. Tant s’en faut ! Attends que je fouille dans mes sacs… et hop, un entrelacs. C’est que je me suis levée très tôt ce matin. Si ! c’est vrai ! les lueurs de l’aurore n’avaient pas encore pris de couleur, puis devinrent roses…  Je savourais un café noir dans la pénombre, mon premier de la journée, bien tranquille dans un fauteuil… J’avais simplement ouvert les volets. Non ! ici, je n’ai pas de vue sur un lac. J’hésite à ouvrir mon livre… je vais attendre encore un peu, car j’aime bien ces lueurs du jour qui se lève, et je n’ai pas envie d’allumer la lumière… ni de découper des têtes… pour mon petit peuple et les êtres verts de la semaine. Mais non y a rien de macabre! Attends j’ai trouvé…

Et bien ce sera donc l’histoire de la Belle au bois dormant. Celle du Pèr’O et pas des Gremlins. D’abord les personnages… Ah non !? Comme tu voudras… Alors voilà :

C’est l’histoire d’un Roi et d’une Reine qui voulaient un enfant, car ils n’en avaient pas.
Ils voulaient absolument un enfant, car ils étaient mariés depuis longtemps (et parce qu’une famille sans enfant… ).
Puis un jour, la Reine fut enceinte et elle accoucha d’une petite fille.
Ils allaient enfin connaître le plaisir d’être parents, et toute la chaleur que cela procure dans un foyer.

Toutes les fées du pays furent nommées marraines, tant les parents étaient heureux.
Chacune des fées qui défilèrent devant le berceau, donna un don à la Princesse.
La vieille fée, qui n’avait pas compris ce qui se passait, et avait reçu la nouvelle un peu en retard, lui jeta un mauvais sort : l’enfant se percerait la main d’un fuseau et elle en mourrait.
Une jeune Fée modifia ce mauvais sort, car la Princesse se percerait bien la main d’un fuseau, mais au lieu d’en mourir elle dormirait pendant cent ans.
Les parents ne vécurent pas si tranquilles que ça, car… l’enfant demandait beaucoup d’attention.

Elle grandit pourtant, et devint jeune fille, et vous connaissez les ados… ils veulent toujours faire ce qui leur plait et échapper à la vigilance des adultes, une façon de s’épanouir sans doute… si bien que la Princesse se perça donc la main et tomba d’évanouissement ou d’épanouissement, et avant que tous furent ébahis, la bonne Fée qui lui avait sauvé la vie en lui donnant le don de dormir cent ans, réussit aussi à endormir tous les habitants du château…
C’était une façon de sortir les souverains d’un faux pas et la meilleure manière pour que la vieille fée n’en ressente aucune gloire.

Et cent ans plus tard, un Prince vint à passer dans ce château et se trouvait justement là, dans cette chambre, quand la Princesse qui dormait se réveilla, et que toutes les autres personnes se réveillèrent aussi.
Le Prince et la Princesse se marièrent et patati-patata… devinrent parents à leur tour et eurent (Non! pas beaucoup)  seulement deux enfants (même si j’en connais qui disent que deux c’est déjà beaucoup !), une première fille qu’on appela Aurore et le second, un fils qu’on nomma Matin.

Le premier jour de l’été arriva et le Prince dut s’absenter pour aller à la guerre.
C’est là que la Reine Mère Ogresse alla voir son Maître d’Hôtel et lui demanda pour le dîner la petite Aurore, le petit Matin et la Princesse. Mais la Princesse, mère d’Aurore et de petit Matin étaient sous protection dans la loge du Maître d’Hôtel. Et le Prince, qui était parti pour simplement superviser une bataille et qui connaissait bien l’appétit de sa Reine Mère, arriva dans la Cour sur ces entre faits. Alors l’Ogresse enragée se jeta dans le lac et s’y noya.

Quoi ? que dis-tu ? Tu ne comprends pas tout et ça ne correspond pas à ce que tu connais déjà ! Evidemment si tu avais voulu que je te parle des personnages, je t’aurais dit que :

La Princesse était la jeune fille, qu’on nomme « la Belle au bois dormant », qui se pique la main sur un fuseau ensorcelé et qui s’endort pendant cent ans. Elle est très jolie, pleine d’énergie mais un peu étourdie. C’ est la fille du Roi et de la Reine du début de l’histoire. C’est aussi la mère de la petite Aurore et du petit Matin qu’elle a conçus avec son mari le Prince.

Le Prince, c’est celui qui se trouve près de la Princesse quand elle se réveille et qui part pendant l’été pour la guerre. Il est vaillant et beau. C’est aussi le fils du Roi et de la Reine ogresse. Il est aussi le père de la petite Aurore et du petit Matin qu’il a conçus avec sa femme la Princesse.

La Reine Mère Ogresse, c’est la Mère du Prince et belle-mère de la Princesse. C’est une méchante ogresse qui est Reine et qui veut par là ne manger que des mets majestueux comme la Princesse, la petite Aurore et le petit Matin.

La vieille fée, c’est une fée très âgée qui jette un mauvais sort à la Princesse.

La petite Aurore, c’est la fille du Prince et de la Princesse qu’on appelle la « Belle au bois dormant », et la sœur de Matin. Je dirais qu’elle a quatre ans à la fin de l’histoire. Et c’est elle que la Reine Ogresse veut la manger avec sa mère et son frère.

Le petit Matin, c’est le fils de la Princesse et du Prince, et le frère d’Aurore. Je pourrais dire qu’il a trois ans quand la Reine Ogresse veut le manger, et devenu grand Jour à l’heure qu’il est maintenant.

Pour répondre quatre fois (oh j’aurais pu faire plus 😉 ) au défi d’écriture 116 chez Ghislaine avec les 8 mots proposés (aurore, plaisir, lac, faux, gloire, tranquille, matin, chaleur) où sur le thème « Scène de Vie », parce que le confinement donne des idées noires, parce que j’aime les histoires qui font peur, et parce que « raconter des histoires » fait partie de nos scènes de vie. C’est ça, le con… finement.

Tous aux abris

« Tous aux abris »

Ce n’est pas par mesure de sécurité que ces messages sont diffusés dans nos rues depuis plus d’un an et demi. Nous n’y sommes pas encore trop habitués, mais plus rien ne nous surprend vraiment.

« Kot ». Le petit doigt de Lou est tendu vers l’œil rouge scintillant d’un nouveau petit engin qui nous survole. C’est un drone de couleur noire en forme de tour Eiffel à un seul étage qu’ils ont envoyé cette fois-ci. Une sorte de petit nichoir qui transporte non seulement le coutumier haut-parleur nasillard mais qui protège également une caméra sous son ventre en mode enregistrement à en voir ce petit bouton qui clignote. Nous ne nous étonnons plus de rien, et agissons en mode d’extrême vigilance.

Je suis sur la terrasse avec les enfants. Je porte rapidement mes yeux au fond du jardin sans bouger la tête. Mémé est sortie ramasser quelques jeunes pousses pour préparer une salade à midi. Elle lève la tête. Nos regards se croisent. A l’instant même, elle connaît ma pensée et moi la sienne. Tous nos moindres mouvements vont être épiés maintenant.

On ne se parle plus beaucoup, on répond seulement aux questions des plus jeunes avec très peu de mots. Un semblant de vie en somme car tous nos mots sont écoutés, mémorisés et comptés depuis quelques temps. On l’a su quand on nous a parlé des cabanes bâties à la périphérie. On y loge actuellement les fortes têtes, les grandes gueules qui ont trop causer sans se méfier ou juste parce qu’ils ont cru bon de dire n’avoir peur de rien. On les savait forts, mais d’autres aujourd’hui ont l’autorité. Jusqu’où vont-ils aller dans leur inventivité ?

L’aïeule n’est pas sans ressource non plus dans sa créativité. Je perçois un clin d’œil subtil derrière ses lunettes. J’attrape les petits par le bras pour rentrer dans la maison, car il faut obéir. Les plus grands l’ont fait sans broncher. Obéir vite et savoir courir aussi quand leurs messages se font entendre. On l’a compris très vite, car certaines personnes portent encore la marque des coups suite à un manque de rapidité ou un zèle accentué de lenteur trop excessive. Courir où que l’on soit, et se claquemurer. Mémé n’aime pas que j’emploie ce verbe-là. Je le pense, uniquement. On se préserve. Dans nos paroles et dans nos gestes. Elle parle de se cocooner. Je la vois baisser la tête et prendre l’attitude d’un coureur. Elle a su garder sa douceur et le goût de rire, c’est tout ce qui nous reste et c’est magnifique dans notre vie aujourd’hui.

En réponse aux Plumes 5.20 pour les petits cahiers d’Emilie avec les mots proposés (sécurité, jardin, créativité, nichoir, kot, cocooner, protéger, courir, claquemurer, pensée, cabane, bras, bon), peut-être inspirée de mes lectures et ça peut être une suite à mon texte d’hier.

 

Le printemps arrive à grands pas

« Le printemps arrive à grands pas » avait dit Mémé ce matin.

Et alors avec sa légèreté habituelle et son éternel côté maternel, elle nous avait proposé d’aller ramasser une salade de pissenlits pour manger à midi ! Elle avait déjà écarté le candélabre et son unique bougie et les avait posés sur le rebord de la fenêtre, puis dévala les marches qui donnent sur l’extérieur. Les bâtons de cire et ses mèches, sortis encore hier au soir pour apporter un peu de lumière sur notre table, sont économisées depuis des mois et ne décorent plus en nombre maintenant ce vieux chandelier car les magasins ont été dévalisés en très peu de temps et certains produits ont complètement disparu des rayonnages.

Je rêve d’une salade de cramaillots aux lardons et œufs mollets. Mais je sais que ce ne sera que des jeunes pousses vertes accompagnées avec parcimonie de pommes de terre tièdes, cuites avec amour certes,  avec quelques brins d’ail des ours ciselés et deux cuillerées d’huile et vinaigre. Sans moutarde, car elle manque elle-aussi dans nos placards depuis longtemps. Les patates en salade, je les aimais bien avec du hareng aussi mais on n’ose pas même rêver de son arête centrale de nos jours. « Ces casse-couilles n’ont rien d’autre à inventer pour nous faire ch…hanter » se console-t-elle à répéter à chaque fois à l’heure du dîner. Hanté, j’entends et on l’est, c’est évident. On est confiné à domicile avec les enfants. On s’habituera peu à peu.

Le beau temps nous invite à ouvrir portes et fenêtres malgré tout. Les plus jeunes sont à plat ventre sur le seuil en contemplation devant des fourmis et des gendarmes rouges et noirs qui sortent d’entre les pavés. Ils tiennent des bouts de paille dans leurs doigts et sont absorbés à faire filer droit ces petites bêtes. Les plus grands sont assis sur le banc et rigolent. Ils m’ont avoué avoir préparé des antisèches pour quand les cours reprendront un jour. Comme l’aïeule, ils n’ont pas perdu leur joie de vivre et ne sont pas en peine pour me faire marcher.

En réponse à des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 41 ( printemps, légèreté, maternel, manger, candélabre, lumière, casse-couille, banc, antisèche, dévaliser, contemplation) et peut-être inspirée de mes lectures du moment.

J’ai décidé de t’écrire une lettre

Prise d’insomnie à nouveau cette nuit, j’ai décidé de t’écrire une lettre.

J’abandonnai mon édredon et trouvai ma plume.
Avec un peu de recul, je pense que l’approche de l’équinoxe vernal n’y est pour rien.
Mais tu sais, à la réflexion, mes quelques jours de repos m’ont fait du bien, loin de Popol.
Car quand nous nous sommes revus, il m’a dit que je n’avais plus mon teint marmoréen et que mon visage avait retrouvé ses aspérités.
Tu le connais, il est de plus en plus bohème, sur lui et au dedans, et a souvent l’esprit engorgé, et dit le contraire de ce qu’il pense, mais que pense-t-il vraiment ?. Je ne lui en veux pas.
Ce soir, devant les infos, il m’a répété deux ou trois fois qu’il y avait foule dans sa tête avec continuellement le bruit d’un train qui passe dans un tunnel… puis, que depuis bien longtemps il a oublié comment on résout une équation. Je n’y vois rien de plus grave que la semaine dernière.
Sur les insistances des précautions à prendre à propos de ce virus, il a eu une attitude assez singulière.
Il voulait me convaincre que sa cape d’invisibilité le protégeait et que je ne devais pas avoir peur car il n’était pas invalide. Il allait pouvoir aisément se débarrasser de ce truc corrosif en le jetant par dessus le mur du puits et le laisser se dissoudre dans la rivière souterraine.
Tu penses bien, j’étais là à ouvrir grands mes yeux et à me retenir de sourire. Monsieur Popples a des yeux de framboises et se demande connaissance et contoise. Il y vit de la moquerie et ressentit de la rancœur.
Je tentai de m’excuser en affirmant que ce n’était que de la curiosité et même de la fierté pour cet élan vengeur qu’il avait su exprimer. Il se mit en boule. Il en avait marre de tous ces ragots, et il partit dans son berlingot. Je suis encore là à l’attendre.
Si tu le permets, je ne t’enverrai pas ce courrier et laisserai cette page dans mon journal à côté de toutes les autres.

Pour répondre à l’atelier 115 chez Ghislaine (avec la proposition suivante: puits, vengeur, mur, ragot, visage, attitude, rancœur, recul, lettre), aux plumes chez Emilie (avec les mots suivants: insomnie, invisibilité, peur, invalide, réflexion, foule, équation, oublier, curiosité, boule, train, tunnel, attendre), à des mots, une histoire chez Olivia (avec la récolte 40 : berlingot, repos, engorger, rivière, virus, bohème, marmoréen, aspérité, vernal ) et à L’AIE chez L’impertinence de JoBougon

La consigne était claire

La consigne était claire, aucune restriction dans l’action du jour.

Pas question de louvoyer sans fin.
Et pas plus de test en guise de prologue cette foi-ci.
L’exécution se fera de suite avec tout le zèle de chacun.
L’existence ou la vue de masque n’était inconnue pour personne même si le mystère de la représentation persistait quelquefois.
« Ce n’est pas parce qu’on est chauve qu’on est sans cerveau », avait-elle prononcé. Ses yeux pétillaient. Quelle drôle d’idée émergée d’un excès d’arquebuse mal dosée sans doute.
Alors comme dans un souvenir sous des influences astrales ou sur un air de sarabande dont la transmission n’était audible que par elle, elle esquissa un fantôme, passeur de visions nouvelles.

Pour répondre à l’atelier 113 chez Ghislaine (avec la proposition suivante:  solitude, refrain, sarabande, passeur, prologue, astrale, chauve, cerveau, souvenir)  et des mots,une histoire chez Olivia (avec la récolte 38: inconnu, restriction, claire, test, transmission, masque, zèle, louvoyer, émerger, arquebuse, pétiller )

Des mots et des plumes au poil

Des mots et des plumes au poil

C’était avec beaucoup de plaisir qu’elle s’allongeait sur sa méridienne chaque après-midi face à la fenêtre, magnifique ventail à la transparence inégalable ouvert sur un merveilleux jardin.

Aujourd’hui, Lavinia était venue lui tailler la causette. A cet instant, elle vantait et fignolait sur la manière de porter ses spartiates qu’elle portait avec grâce, certes et qu’elle avait achetées lors d’un séjour estival italien.

Elle les lavait avec grand soin et s’étalait sur des détails. Puis avisait l’autre, toujours prête à traquer et débusquer les contre-façons, et dénoncer telle ou tel supercherie ou simulacre de la sorte.

Jamais à court de sujet, elle décrivait déjà comment les levantins tanisaient avec talent leur vin blanc qu’elle avait pu déguster dans de magnifiques tâte-vins.

Les mots valsaient dans sa bouche trop animée si bien que de la salive vaselinait au coin de ses lèvres.

Annetta la regardait, l’écoutait et taisait la douleur de sa récente césarienne, trop émue par cette nouvelle natalité. Son esprit anéanti par cette flopée de mots mielleux s’enlisait de vilaines pensées que ce radotage sans intérêt n’évitait en rien. Elle sentait qu’elle n’allait pas être hypocrite plus longtemps car elle ne pouvait plus camoufler cette énorme envie de rire qui lui vrillait l’intestin.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé des mots et des plumes au poil aux mots de la récolte 36 chez Olivia ( méridienne, césarienne, douleur, fignoler, causette, spartiate, plaisir ) aux mots de la collecte du 10 sur les petits cahiers d’Emilie ( supercherie, hypocrite, mielleux, camoufler, simulacre, radotage, transparence, taire, traquer ) et l’anagramme de Saint Valentin ( valsaient, nativité, anéanti, levantins, vaselinaient, salive, intestin tanisaient, ventail, étalait, vilaine, talent, sentait, taisait, instant, italien, estival, lavait, vantait ) chez Violette.

Un saut de dix jours dans le futur

Un saut de dix jours dans le futur

-Que dirais-tu de faire un saut de dix jours dans le futur en une seule nuit, dix jours rayés de ton agenda, sans jamais pouvoir dire hier ou avant-hier !?

-Alors là tant mieux, je serais déjà en vacances, dans un endroit idéal, et une fée serait sûrement venue finir et boucler les projets et ouvrages avant mon départ dans ce délire.

-C’est une réalité, ça s’est vraiment passé, il y a un peu plus de quatre cents ans, quand Henri de Navarre n’avait pas trente ans et n’était pas encore devenu Henri IV, ni père de son fils qui deviendra LouisXIII qui connaîtra d’Artagnan et qui prendra à son service les quatre mousquetaires.

-…ah oui, et quand les quatre filles du docteur March vivaient au bord du lac des Quatre Cantons, hein !? Dis, ces jours ont été effacés pour le monde entier avec du tétrachloroéthylène, sans doute ? On est vraiment dans une tétradimension, avec toi !

-D’accord pour les mousquetaires, autrement tout est vrai. D’abord des pays catholiques d’Europe, comme l’Italie et la péninsule ibérique, ont adopté ce nouveau calendrier du jeudi 4 octobre au vendredi 15 octobre 1582 alors que la France n’a seulement accepté ce passage du 9 au 20 décembre de la même année, juste un peu avant Noël…

-Et bien bonjour pour que les cadeaux soient prêts à temps pour Noël ! Dis, sans rire, je te savais atteint de tétracapillectomie, mais ne serais-tu pas tétraploïde aussi ?

-Tu vois que tu t’y mets ! …puis des pays protestants ont acté ce changement, mais certains ont traîné longtemps les pieds si bien qu’en Russie la révolution d’octobre s’est déroulée en novembre pour les français car le calendrier grégorien n’avait pas remplacé julien…

-Tu vois bien que tu as l’art d’embrouiller les choses, avoue ! Pourquoi Grégorien a voulu rouler et remplacer Julien ?

-… (Rire) pour que notre calendrier, avec une année bissextile tous les quatre ans, et nos saisons soient en phase avec la révolution de la Terre autour du Soleil.

-Je ne vois pas bien l’importance de changer tout ça. On aurait pu rêver de fêter Noël en été ou au printemps sans que rien ne change rien à la Terre et au Soleil.

-Compliquer les choses, c’est le propre de l’humain et je pense qu’un poète de l’époque a du vouloir en parler dans une suite de quatrains intitulée « contre la présence réelle », regarde ce que j’ai trouvé et ça commence comme ça :

« N’est-ce point sans raison que ces champis désirent
Etre sur les humains respectés en tous lieux,
Car ils sont demi-dieux, puisque leurs pères tirent
Leur louable excrément de substance des Dieux… »

-Dis m’en plus, ne t’arrête pas, je ne comprends pas tout mais c’est beau et ça ne m’embrouille point.

– C’est de Théodore Agrippa d’Aubigné, originaire d’une région qui m’est chère et grand-père d’une marquise bien connue de l’histoire …
« …Et si vous adorez un ciboire pour être
Logis de votre Dieu, vous devez, sans mentir,
Adorer ou le ventre ou bien le cul d’un Prêtre,
Quand ce Dieu même y loge et est prêt d’en sortir.

Tout ce que tient le Prêtre en sa poche, en sa manche,
En sa braguette est saint et de plus je vous dis
Qu’en ayant déjeuné de son Dieu le dimanche,
Vous devez adorer son étron du lundi.

Trouvez-vous cette phrase et dure et messéante ?
Le prophète Esaïe en traitant de ce point
En usait, appelant vos Dieux Dieux de fiente,
Or digérez le tout et ne m’en laissez point. »

Pour répondre à Jacou qui posait cette question : MAIS, OÙ DONC SONT PASSÉS CES DIX JOURS ? Chers adeptes et ami.e.s de l’agenda ironique,  je vous propose de répondre à cette question, avec quelques contraintes :
– Placer dans votre texte, au choix  : Henri IV, les quatre mousquetaires, les quatre filles du docteur March, le lac des Quatre Cantons,
– Le texte ne devra pas dépasser 29 phrases.
– Insérer un quatrain.
Saupoudrer de quelques mots comportant le suffixe tétra.
Je n’ai aucun mérite, j’ai tout trouvé sur le Net, et même Max-Louis nous avait entraînés dans sa fiction, il y a peu.

Une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité

Elle avait agi avec une agilité qui collait parfaitement avec sa nouvelle personnalité.

Depuis son retour, elle avait changé, mais on ne s’en étonnait pas vraiment, elle était tellement serviable.
Seulement aujourd’hui, tout le monde l’a vue partir en ambulance.

Ça s’est passé lors d’une maintenance logicielle, chez un particulier.
Se sent-elle dans l’illégalité ?
Elle a mal tourné, c’est sûr, mais personne ne semblait s’en tracasser jusqu’à maintenant, car elle a gardé son visage innocent.
Dans une toute autre localité, elle aurait risqué la potence, mais dans notre contrée, tout devait se faire en douceur.

C’est à l’étranger, dans une ferme gallicole, qu’elle avait acquis ce savoir-faire carrément fou, à manipuler l’électricité sans provoquer aucune blessure visible.
Mais profonde était la douleur. Les cris des animaux en ce lieu étaient si perçants et différents que nul n’entendait une variante.
Elle avait continué ensuite sur ses amants. Selon un processus dynamique et au cours de pratiques intimes, elle était arrivée à les amener dans une pulsion ultime au paroxysme du priapisme. Ils en étaient morts bien sûr.

Elle disait avoir vécu sa vie là-bas comme dans un songe sur cet îlot lointain. Avait-elle vraiment tout oublié ?
Elle avait décrit l’endroit calme où l’odeur d’œillet et d’armoise envahissait l’air en été et semblait persister en hiver. On aurait pu la croire seule. Avec toutes ces bestioles, ça n’étonnait personne !?

Elle y avait également travaillé à récolter l’écorce des arbres, avec des outils spéciaux. Une fois taillée finement, roulée et ligotée fermement, celle-ci devait être trempée dans l’eau jusqu’à ce qu’elle prenne cette couleur de meringue.
Était-ce uniquement l’eau qui lui donnait cette couleur ?
Elle avait omis de raconter ce qu’elle avait fait subir au personnel intérimaire et permanent qui avaient disparus petit à petit de cet îlot sous prétexte qu’ils ne s’y plaisaient plus.

La dernière personne qui avait tout découvert et qui aurait pu tout dire, avait subi le même sort que les autres, et avait été enterrée dans le grand verger, sous un arbre qui donnait aujourd’hui les plus beaux fruits destinés à l’export.
Quelqu’un allait s’en étonner un jour, c’était une évidence, non ? Car celle-là, par contre, avait eu la bonne idée de tout écrire dans son journal qu’elle avait enfoui dans un coffre métallique sous ce même arbre, avant d’y être à son tour.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 35 ( fruit, ambulance, électricité, meringue, écorce, armoise, innocent, douceur, retour, potence et priapisme ), à  l’atelier 111 chez Ghislaine avec les mots proposés ( blessure, étranger, songe, fou, tourner, subir, écrire, savoir ) et au moins 5 commençant par P ( pulsion, provoquer, prétexte, particulier, parfaitement ), et à l’anagramme de collégiale chez Violette (comme illégalité, logicielle, gallicole, localité, agilité, celle-là, collait, ligotée, taillée, œillet, îlot).

 

Des plumes, des mots, une histoire

Des plumes, des mots, une histoire.

Elle  a une imagination extraordinaire. je l’appelle l’Originale, mais motus. Le jour où je l’ai connue, elle avait proposé cette après-midi créative à toute personne connue ou pas de la contrée. Ça allait être une occasion d’agrandir le groupe des fous, avait-elle annoncé.

Puis avec beaucoup de fantaisie, elle avait parlé d’une possibilité de faire ensuite une fantastique exposition. Le lieu restait à déterminer. Son immense plaisir lui donnait un regard hagard et l’air bizarre. Elle avait fait promettre aux quelques uns qui étaient dans la confidence de toujours garder le silence.

Le jour venu, Elle fit apparaître l’orignal d’une multitude de gestes rapides. Et alors, une autre, prise d’une folie semblable, réalisa de mille points et autant de traits un trèfle à quatre feuilles qui traduisait tout le bonheur qu’elle éprouvait à son tour. Puis, d’autres mains, émergèrent des tournesols d’un tableau encore inconnus et pourtant si reconnaissables. Les principes, préjugés, idéologies, concepts, ombres, essais, images avaient cheminé et pris formes à la vitesse de l’éclair dans ces esprits vifs. Qui auraient pu prédire d’une si belle réussite avec tous ces olibrius réunis ? Elle adorait cette citation qui lui servait de devise : « Compte en vain sur l’aubaine d’être seule, toujours escortée par toi-même ».

Elle est unique en son genre. Par sa gentillesse et sa perspicacité. Elle laisse chacun suivre ses envies, ses rêves et ses intentions sans jamais les contredire ni les contrarier. Puis avec un esprit visionnaire, elle sait faire pour qu’ils courent se surprendre d’eux-mêmes. Ce jour-là, tous ont pris le pinceau ou l’outil de leur choix, l’ont trempé dans un peu d’eau ou attaché à un fil, et couvert des pages de papier ou de toiles, avec cette idée d’innover. Sa préférence à elle est de rester le maroufle invisible qui les laisse interloqués.

 

Des plumes, des mots, une histoire pour répondre avec beaucoup de plaisir à Emilie, Olivia et Ghislaine et tous les mots proposés illustré du petit renne au regard hagard et l’air bizarre. Un choix maroufle par pure gentillesse sans surprendre ni innover.

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno

Assis près du phono et les yeux fixés sur sa photo accrochée au piton, Piotr boit. Il a fait le point, un horion pour chacun des deux autres. Sans en faire trop, il ne fallait pas le prendre pour un pion, ni un robot. Puis il prit du rôti de thon et sa portion au potiron.

Tonio et Robin ont choisi une autre option avec un peu de potion, Il leur reste comme un proton dans le bidon. Le trio parle d’un trip et en font tout un topo. Ils iront à Bron, traverseront le pont et retrouveront le brio, Thor et Otho, près du port.

Ils boiront du pinot et porto sous le tipi, et un brin noir, chacun racontera son potin porno assis sur son siège en rotin.

C’est ma participation à l’anagramme de Prohibition et P pour l’abécédaire de Violette proposés cette semaine pour parler de la prohibition de pinot et porto, de potion de potiron et de potin porno.

Mon patch avance

Mon patch avance…

Patch du petit peuple
Ouvrage doux d’une suite de petits personnages.
Rassurés, ils avancent vers ce refuge en construction
Tenir la barrière et ouvrir la porte,
Entrer enfin pour se reposer un peu.

Maison assez grande à première vue, murs et toit solides apparemment.
Ouvriront-ils la fenêtre à l’étage pour admirer le paysage de là-haut ?
Tenir l’endroit en ordre pour pouvoir y revenir c’est l’important, car
Ici tout est joli aux motifs colorés et propre et engageant
Facile d’accès, pratique et accueillant

J’ai juste levé le nez pour répondre au projet des Bottes rouges et à 52-2020 de Ma’ puis suis repartie conter mon petit peuple et compter… mes points et les blocs… si je veux que mon patch avance.

De beaux voyages à raconter

Il y en a toujours qui ont de beaux voyages à raconter.

Il y en a toujours qui pensent aux endroits extraordinaires à découvrir et aux images inoubliables de lieux indescriptibles à garder en mémoires. Dans ma famille on a pas vraiment voyagé si ce n’est que de l’étable pour aller aux champs et quelquefois, un peu plus loin, sur les pans de la colline. Il y a bien des cousins qui partent un jour en charrette ou en camion à l’abattoir. Mais de là, ils n’en sont jamais revenus et n’ont donc pas pu dire si le voyage était beau.

Ah ! mais j’y pense, il y a bien cette virée que j’ai faite quand j’étais jeune effrontée, un peu écervelée et qui a changé ma vie. Car il faut que je vous dise, je suis une vache. On fait partie de la famille des bovins, m’a-t-on dit un jour. Maman, mes sœurs et mes cousines étaient aussi des vaches. Mon père, un taureau et mes oncles et mes cousins étaient des bœufs. Il y a pleins de mots différents pour nous qualifier, parfois compliqués et d’autres dont on ne connaît pas bien la signification. Aussi j’ai toujours eu l’audace de demander des explications, comme abattoir par exemple, ou la différence entre taureau et bœuf… je sais, je saoulais le troupeau avec mes questions. Les plus anciennes ronchonnaient en affirmant que la vie est toute simple et doit le rester, qu’elle se résume pour nous à brouter et ruminer, et que ces tracas ne sont pas bons pour la viande et le lait. Mais ma mère répondait que personne ne devrait avoir envie de mourir idiot, surtout s’il risque de se réincarner en topinambaulx. Elle me faisait taire d’un coup de langue sur le museau, reniflait tendrement à mon oreille et m’invitait doucement à ne pas envenimer les choses. Mes sœurs, envieuses peut-être un peu, se moquaient de moi et me disaient que les baisers aspirants de la mère avaient déjà effacé mes taches à ma naissance et finiraient par me vider complètement de mes connaissances. Oui, car je suis une vache sans tache. J’en étais désolée à l’époque.

Ça me gênait énormément. Tout le monde avait un pelage de couleur, ou tacheté. Moi, j’étais blanche. Tout blanche, d’un blanc laiteux. Et surtout, j’étais la seule petite vache comme ça. C’est d’ailleurs pour ça qu’on m’a appelée Blanchette. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, c’est ça, mais ça c’est une autre histoire… J’avais des copines aux noms aussi originaux que moi. Il y avait Roquette qui avec une queue à la forme curieuse, et Frisette qui avait une touffe entre les deux oreilles et dont le poil d’hiver avait tendance à friser énormément. On rigolait bien ensemble, on gambadait souvent, on sautait beaucoup, faisant des entrechats à tout va au lieu de brouter. Mais elles savaient bien aussi se moquer de moi.

Un matin, alors que le jaquemart venait de sonner l’heure de la rumination, Frisette s’est installée près de moi, car elle savait là que c’était mon moment de détresse. Toute excitée, elle riait à gorge déployée et pleine d’herbe qui lui cachait entièrement les dents du fond. Son frère avait rencontré un faiseur de couleurs et de taches qui venait chaque soir de pleine lune. Il fallait rester toute la nuit à regarder l’astre droit dans les yeux sans jamais fermer l’œil. Si par malheur cela arrivait, c’en était fini de la couleur ou des taches ! Bien sûr que je suis sortie ce soir de pleine lune, toute seule et sans bruit. L’obscurité n’était pas rassurante du tout. Je serais bien rentrée me coucher à l’étable, mais les taches c’était ce soir ! Je suis donc restée au milieu du pré, les yeux fixés sur ce disque brillant, luttant pour ne pas m’endormir. Des cris déchiraient la nuit, à m’effrayer et me faire sourciller. Mais c’était des cris du hibou qui hululait et j’ai tenu bon jusqu’au matin. Alors là, j’ai couru à la mare pour voir mon reflet. Rien, pas une tache, aucune couleur. Rien que du blanc ! Frisette m’a trouvée là en train de pleurer. Navrée, elle m’a avoué qu’elle et son frère m’avaient fait une blague. Et c’est ce jour-là que j’ai décidé de partir. J’allais voir l’artiste Pruneau.

Si le faiseur de couleurs et de taches n’existait pas, Pruneau lui, existait bien. Tout le monde en parlait quand on partait chaque été sur la colline. C’était un artiste qui avait le don de rendre le monde merveilleux. Il habitait de l’autre côté de la montagne, sur la face non visible d’ici. En passant, j’ai dit au revoir au dindon blanc de la basse-cour, qui s’évertuait à glouglouter et à plaire à sa grosse dinde. J’ai traversé le bocage, j’ai franchi des haies, j’ai avancé difficilement sur les rampes caillouteuses, j’ai traversé des champs fleuris de marguerites toutes blanches exhibant leur cœur jaune au soleil. J’ai rencontré des brebis et des chèvres, toutes blanches et qui étaient fières de leur pelage immaculé. J’ai croisé la famille des lapins blancs qui s’étaient salis et couraient à la rivière pour se nettoyer. J’ai dormi en compagnie de la chouette blanche qui ne comprenait pas mon problème. Mais moi, j’étais une vache tout de même et je voulais des taches.

Tous connaissaient Pruneau qui vivait sous les pruniers, et me confirmèrent que j’étais sur le bon chemin… et je suis arrivée. Pruneau était joyeux, et voulait un monde heureux. Il portait un chapeau qui lui cachait les yeux, et quand je lui exposai mon souci, il se mit à réfléchir longtemps, longtemps… et j’ai bien cru qu’il s’était endormi. Quand il eut réfléchi, il sourit et trempa sa queue dans une flaque de boue. Il dessina des taches sur mon dos. Des taches en formes de cœurs et de fleurs, de ronds et carrés et me demanda d’attendre jusqu’à ce que la boue soit sèche. J’étais heureuse, et filai à la mare pour découvrir et constater mon nouveau look. Folle de joie, je remerciai Pruneau et jouai tout l’après-midi dans les prés à saute mouton avec mes nouveaux amis au grand dam de leurs parents. A cette saison, les orages étaient fréquents et la pluie et ses trombes d’eau effacèrent mes taches. Quand le soleil réapparut, j’étais redevenue une vache toute blanche et triste. J’éclatai en sanglots et mon chagrin affecta l’artiste. Il s’assit à côté de moi et me pria de sécher mes larmes, il voulait me montrer quelque chose.

On a marché un moment côte à côte en silence… puis on s’est arrêté sous un arbre. Il me demanda alors de regarder mon dos. L’ombre de l’arbre avait dessiné des taches plus foncées sur mon pelage clair. J’étais belle et heureuse. J’avais retrouvé le sourire. Puis on se déplaça en plein soleil et mes taches disparurent bien sûr. C’est à ce moment là, qu’avec un grand sourire et avant que je perde le mien, il m’expliqua que si je voulais des taches, je n’avais qu’à retourner sous un arbre. Et il ajouta :  « L’essentiel est invisible pour les yeux ».

C’est ma participation au voyage de l’Agenda Ironique proposé par Vérojardine illustrée d’une future page de livre textile. Il y a de belles phrases, comme ça, qui termine bien l’histoire.

 

Les plumes reviennent chez Emilie

Les plumes reviennent chez Emilie

On m’a parlé d’une mutinerie par ici
– Je ne suis pas au courant. Dites, ça ne va pas recommencer !

J’en éprouve un certain trouble, et reporter surpris je suis
– Laissez tomber, ce mauvais moment sera vite passé

Décèlerais-je une irritation et un manque de communication, mon bon ?
– Si chacun restait bien droit dans sa culotte, il n’y aurait ni démangeaison ni fausses informations

Dites donc j’ouïs, je ne suis pas de bois…
– Oh ce n’est pas de moi. C’est un dicton, je crois.

J’entends. Mais alors là on parle de bottes
– De bottes ! de paille ou de celui qui a une hotte ?

Ah ! Botter, pailler, débiter en toutes saisons. Fadaises ! Où est donc passé le monde sage ?
– Botter bien qui vous voudrez, rien ne changera vraiment

Et que proposeriez-vous donc pour un réel changement ?
– De tourner la page, effacer le tableau et faire taire ce tapage

Mais c’est une utopie ! à quoi pensez-vous ? Arrêter le progrès et son industrie !?
– Non, cessez de faire tout un tabac d’une si mince révolution pour votre torchon.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés.

 

Il aurait eu cent ans demain

Il aurait eu cent ans demain.

Ça fera bientôt un demi-siècle qu’il est parti en voyage pour une destination inconnue. Et il n’est toujours pas revenu.
Il a du trouver une merveille, sans nul doute, pour s’absenter si longtemps. Et on parlera certainement un jour de cette nouveauté dans un futur journal télévisé.
J’ai toujours pensé qu’il était capable de découvrir la plus belle des fleurs sauvages et rester auprès d’elle pour la protéger. Il aimait beaucoup la nature et ses filles, et avait offert des tulipes blanches à notre mère deux jours avant son départ pour fêter la vingtième année de leur mariage. Il adorait ma mère et lui offrait, chaque mois de mai, un bouquet de marguerites qu’il allait chercher à l’aube, le jour de son anniversaire. Il chantait aussi, dans la divinité. Il est sûrement parti apprendre à composer la plus jolie chanson pour le jour de leurs retrouvailles.
Je garde en mémoire cette image que j’aimerais effacer, de ses doigts croisés et ses mains crispées sur sa poitrine quand ils ont fermé le couvercle de bois. Ses yeux étaient fermés et ses paroles étouffées à jamais.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés et un grand hommage à mon père. Il aurait eu cent ans demain.

Directions

Quelles directions prendre après les fêtes quand la maison se vide des êtres et des choses ?

Je range mes armoires… et mes pensées s’envolent. Les souvenirs reviennent comme un boomerang… Le vent souffle fort ici, et vient souvent du Nord. Il chasse les nuages et apporte le froid. S’il vient du Sud, il fait relativement doux mais la pluie est évidemment de la partie. Mais ce n’est pas de vent et de pluie dont il est question cette fois-ci, c’est de la direction.

Et puisqu’il y est l’heure des bonnes résolutions, il est temps que je matelasse ce top pleins d’étoiles des vents et racontant le magicien d’Oz, car il n’est toujours pas terminé en courte-pointe. J’espère que le jour supplémentaire de 2020 m’aidera dans cette entreprise.

Et c’est pour répondre au projet 52-2020 chez Ma à qui je dis merci pour me booster dans mes travaux en cours (les autres participations sont ici). Je vous tiendrai au courant, mais le vent souffle fort ici, et vient souvent du Nord. Il chasse… Quelles directions prendre après les fêtes quand la maison s’est vidée des êtres et des choses ?

Se perdre chez l’influenceur

Ne pas vouloir se perdre chez l’influenceur, ni se laisser modeler par la folie.


Garder la certitude de retrouver l’harmonie et toute la tendresse des années bonheur.
Se mêler aux bousculades pour ne pas manquer le saltimbanque.
Se mouiller et se tremper, au point de passer pour un exploiteur de bourses, pour n’apercevoir finalement qu’une ombre floue et insipide.
Frôler le burn out et retrouver assez de caractère au risque de se faire enguirlander.
Elles m’avaient lancé : « Chiche ». Sans toutefois lâcher les cloches d’une main, j’ai plongé et tendu l’autre. Et voilà ce que j’ai attrapé et rapporté. Pourquoi penser qu’en rouge et blanc ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés des deux dernières semaines et beaucoup de fantaisie pour sourire un peu sans se perdre chez l’influenceur. Ici, tout est fait main.