C’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair

C’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair. Le Monard, o l’est plus reun d’nos jours. On le voit plus, l’ont enterré ou canalisé, qui disent. Ch’ai pas z’avio sous l’cala, mais ça ressemble plus à reun. Y’avait d’la belle herbe qui poussait un temps dans ces jardins, c’était un endroit idéal pour y trouver des piballes en bord de Charente à la bonne saison, puis y z’ont mis les biques plusieurs années durant, juste avec un cheun pour les garder. Des niquedouilles qui savaient pas mettre cette parcelle en valeur. C’est vrai que les adouberies n’étaient pas loin, mais quand même. Si belle et grasse, cette herbe, que certains se permettaient de venir avec leur dail, qu’ils avaient fourbi et affûté, pour la couper et l’emporter pour leurs animaux.

C’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair

Et maintenant c’est un palais qu’ils y ont construit. On ne sait pas bien qui sont ceux-là, mais je savais que ce terrain pouvait être rentable. Entouré de hauts murs, parce que c’est privé, of course, et des palisses bordent cet enclos à l’extérieur pour dissuader quiconque de les escalader. On voit entrer quelquefois de belles nanas, habillées de rouge, paraît-il. Et les gens disent qu’ils ont des crocodiles, laissés en liberté, pour garder la propriété. Des cannibales, Beurnocio. C’est y pas triste si c’est vrai. Quoique, quand j’y pense, j’ai vu l’autre jour… ou j’ai rêvé tant on en parle… enfin ça fait bien trois mois maintenant, une mère et sa fille, sautillant à ses côtés. Des visiteurs surement, parce qu’elles ont sonné et attendu avant de passer le beau et grand portail. La dame portait un gros anorak rouge et des chaussures de la même couleur, et la fille avait l’air d’un petit chaperon rouge sans la galette et le pot de beurre. Le rouge, ma foi, c’était la mode de cet hiver! Elles étaient jolies ces deux-là, au teint praliné, et elles portaient des chausses blanches qui leur donnaient belle allure…. ça se dit encore ce mot-là, non? En tout cas, j’ai pas entendu de cris une fois qu’elles ont été à l’intérieur. Les crocos doivent être en plastique, je vous dis, ou drôlement bien apprivoisés.

C’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair

On ne voit pas grand monde sortir de cette maison. Sans doute le font-ils très tard ou trop tôt pour que je sois levée. J’en aurais fait un hôtel, et j’aurais pu y aller encore profiter de e grand jardin. J’imagine les habitants d’un genre triste et austère. Sans sourire et la mine pincée. Vu la taille de la propriété, ils pourraient bien être huit ou dix familles à vivre là, sans se gêner.
Ah j’en entends déjà qui pensent « mais de quoi j’me mêle ». Eh ben oui, j’pense c’que j’veux, voilà, et je l’écris aussi.
Oui, je les imagine ces gens. Ils doivent être bien sapés. Toujours en costards, de tweed à chevrons ou écossais, et bien taillés en plus de ça. Des chemises blanches pour les hommes, avec boutons de manchettes, pourquoi pas, portant cravate ou nœud pap, ça c’est sûr. J’en mets pas ma main à couper, parce que j’en ai encore besoin mais je les vois bien aussi, les jeunes femmes surtout, en martiens telluriques, tu sais, genre Courrèges. Super endimanchés même si c’est pour pique-niquer dans le jardin. Tu vois ?

C’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair

Et, au fait, pourquoi en suis-je venue à te parler de ceux-là ? Ah oui, c’était à Saintes faubourg Berthonnière dans les jardins du Monard tout près de la place Blair. Le Monard, o l’est plus reun d’nos jours. On ne l’voit plus, canalisé, j’te disais, hein! Ben viens on va y aller faire un tour, histoire de marcher un peu et de prendre l’air.

On est sorti, j’ai pris l’air et le vent. Et le soleil, un peu. Mais je ne suis pas allée dans ce faubourg. J’ai rêvé, simplement, à ma grand-mère et son pays. Des amis sont passés à la maison, et les enfants aussi. On a mangé et on a ri. Les jours sont passés et le temps aussi. Mes petits me manquent déjà. Et puis j’ai couru jusqu’ici. L’été est arrivé. C’est la fin du mois de juin. Le premier semestre se termine… Anne avait donné rendez-vous pour l’agenda. Ironie! allez lire les participations des gais lurons.  Je suis essoufflée d’avoir trop ri en découvrant ces idées saugrenues et rigolotes.

 

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Le Fleuriste et les Légumes

Le Fleuriste et les Légumes

Le Fleuriste et les Légumes

Un Homme avoit un parterre de fleurs
Dont il prenoit un foin extrême
Artiftement il mêloit les couleurs.
C’étoit-là fon plaifir fuprême.
L’or & l’azur, lnège & le corail
Y formoient le plus bel émail.
Tout à côté nôtre Fleurifte
Avoit un Potager dans un état fort trifte.
Il y portoit rarement l’arrofoir.
Les Légumes féchoient. C’étoit pitié de voir
La Laituë & l’Ozeille
Se faner, & baiffer l’oreille.
Il arriva qu’un jour
Le Maître du jardin fe promenant autour,
Un Chou des plus têtus, au nom de l’Affiftance,
Se plaignit de fa négligence.
Pourquoi nous oublier ainfi ?
Ne fommes-nous pas plus utiles
Que ces belles Plantes ftériles,
Qui vous caufent tant de fouci ?
Lorfque vôtre fanté fe trouvoit altérée,
Par quel moïen l’avez-vous recouvrée ?
Au Jafmin, à l’Oeillet avez-vous eu recours ?
Ne fut-ce pas à la Chicorée,
Avec mes autres Sœurs, qui vous prêta fecours ?
Vous en eûtes befoin, & vous l’aurez toujours.
Je ne dis rien de mon ufage.
Vous le connoiffez trop. Sans doute il feroit beau
De voir une Tulipe au milieu d’un potage
Au lieu d’un Chou : cela feroit nouveau .
Mais laiffons là le badinage.
N’ai-je pas eu mainte fois l’avantage,
Avec mon frère le Porreau,
De vous racommoder le timbre du cerveau ?
Jufqu’où va vôtre ingratitude ?
Vous n’avez cependant aucune inquiétude
De nos befoins. Vous nous laiffez périr ;
Tandis que nous voïons fleurir
La Jonquille & la Tubéreufe,
Qui n’ont pourtant qu’un vain éclat,
Et dont l’odeur eft dangereufe.
Le Fleurifte fit peu d’état
Du Supliant & de fes remontrances.
Vous avez pour un Chou, dit-il, trop de caquet.
Taifez-vous : c’eft mieux vôtre fait.
A ces mots, il retourne admirer les nuances
De la Tulipe & de l’Oeillet.
Qu’arriva-t-il ? Nôtre Chou fut Prophète ;
Et ce caprice enfin à Monfieur fut fatal.
Des diverfes odeurs le mêlange l’entête.
Il hume du ferein. Monfieur fe trouve mal.
On court au Potager préfenter fa requête,
Pour lui compofer un boüillon :
Mais tout étoit péri, jufques au moindre Ognon.
On cherche donc ailleurs, & l’on fe met en quête :
Mais Monfieur, pendant ce temps-là,
Droit chez Pluton en pofte s’en alla.

Réglons mieux nos plaifirs. L’Homme vraîment habile
Sçait cultiver l’agréable & l’utile.

Cette fable extraite du livre des fables nouvelles mises en vers par Mr Richer et dédiées à Son Altesse Sérénissime Monseigneur Le Prince de Conty avec Privilège du Roy du 18ème siècle.

C’est en regardant mon potager et mes fleurs que j’ai soudain ressenti une honte semblable à celle que Monfieur auroit dû avoir avant de mouroir. Je l’ai recopiée telle qu’elle avec tout l’humour qu’elle procure quand on la prononce tout haut.
Humour en toute liberté pour répondre aux poésies du jeudi chez Asphodèle, aux rencontres d’Amegraphique chez le petit carré jaune de Sabine et les défis du fil DDF#5 pour ce mois de mai.

 

La terre a bien changé

– Tiens donc, la terre a bien changé, se dit l’oiseau en se posant sur une branche qu’il trouve trop souple et glissant à terre qu’il picore et piétine bon train la trouvant bizarre et un peu trop molle.

La terre a bien changé

– Eh là, faudrait pas te gêner ! Arrête de me piquer le bas du dos comme tu le fais, brait l’âne surpris et furieux, secouant la queue pour se ventiler l’endroit meurtri..

La terre a bien changé

– Tiens-toi tranquille et cesse de me crier dessus pour me faire peur, répond le volatile plus surpris que l’autre et heureux de rencontrer quelqu’un, je cherche de la nourriture pour mes enfants.

La terre a bien changé

– Et tu crois peut-être que c’est sur mon cuir que tu vas découvrir des vers et des insectes ! s’écrit l’âne en caracolant et cabriolant. Enlève-toi de là ou vas piquer un autre animal !

– On n’y voit rien à cette heure et les petits piaillent déjà. Il me semble que je ne dors plus depuis quelques jours.

La terre a bien changé

– Regarde dans la paille, fouille et soulève-la un peu, il y aura bien quelques vers qui régaleront toute ta famille.

– Merci, dit une seule fois l’oiseau. Il picora, emplit son bec et partit bien vite avec quelques signes de tête pour l’âne.

La terre a bien changé

– Eh, siffleur !, reviens me voir quand tout ton monde sera rassasié. Je suis seul ici, et tu pourrais me tenir au courant des dernières nouvelles, me raconter combien la campagne se fait belle et que tu dois bien voir de là-haut…

Sur les conseils de la Dame de Louvain, ce sera donc  pour « Agenda ironique – En Avril, suivez le fil » de l’ami Dodo Carnets Paresseux: « Comment jouer ? Facile : on écrit un texte où il est question de fil et de ce que vous voudrez, avec une goutte d’ironie et de temps qui passe. Pas de forme imposée : journal, comptine, conte, fait-divers, lettre, poème, dialogue, conférence… tout est permis ! Il peut être publié en une fois ou en treize épisodes (pour faire plus faudrait en sortir deux ou trois par jour – pourquoi pas ?), illustré ou pas. Longs comment, les textes ? Disons aux alentours de 700 mots – sans trop tirer sur la ficelle – mais bon on est là pour lire, pas pour compter… » Le ou les texte[s] doi[ven]t être publié[s] avant le dimanche 17 avril dans la soirée.

L’escargot et la chenille

L’escargot et la chenille

Un matin de printemps, juste après la rosée
Un escargot persan
Cheminait.
L’escargot, le cœur gros
Pensait à sa belle en querelle :
Escar-Paulette
Balançait.

D’un brin d’herbe à l’autre
Vers un champ d’épeautre
Escar-Paulette la coquette
Se défilait,
La fine mouche
Craignait l’escarmouche.
Elle voulait voir du pays.

L'escargot et la chenille

Une chenille, gentille fille
Vint à passer :
« Compère escargot tu sembles penaud !
— C’est Escar-Paulette qui part en goguette,
Elle m’a ce matin posé un lapin.
— Mon colimaçon,
Tu files un mauvais coton,
Chausse tes escarpins
Brille tes escarboucles
Prends-la par la main
Promets-lui l’Espagne…
Et tu gagnes ! »

C’est ainsi que l’on vit
Bras dessus, bras dessous
L’escargot et sa compagne
Battre la campagne :
« Allez donc mes mignons,
Je file mon cocon »
Dit la chenille gentille,
« Viens mon Escar-Paulette,
Viens mon Espagnolette »
Disait l’escargot
Sur le chemin de Saint-Jacques.

de Hermeline. Fraiche et tendre poésie pour le printemps qui revient, et pour la poésie du jeudi chez Asphodèle.

In Memoriam pour la poésie du jeudi

In Memoriam pour la poésie du jeudi chez Asphodèle

In Memoriam pour la poésie du jeudi

Il s’appelait
Mohammed Sceab

Descendant
d’émirs de nomades
décéda
parce qu’il n’avait plus
de Patrie

Il aima la France
et il changea de prénom

Il fut Marcel
mais n’était pas français
il ne savait plus
vivre
dans la tente des siens
où l’on écoute la cantilène
du Coran
en savourant un café

Et il ne savait pas
délier
le chant
de son abandon

Je l’ai accompagné
avec la maîtresse de l’hôtel
où nous habitions
à Paris
du numéro 5 de la rue des Carmes
allée flétrie et en pente

Il repose
au cimetière d’Ivry
faubourg qui ressemble
toujours
en un jour
à une
foire décomposée

Et peut-être moi seul
sais encore
qu’il a vécu

Traduit d’un poème en italien qu’avait écrit le 30 septembre 1916, Giuseppe Ungaretti, quatre après la mort de l’ami égyptien, qui l’avait accompagné dans son déménagement d’Alexandrie à Paris, en 1912. Ce sont sûrement les actualités de la semaine qui m’ont fait choisir cette jolie page d’écriture, In Memoriam pour la poésie du jeudi chez Asphodèle

Ça c’est le pied

Ça c’est le pied, j’ai fini à temps. Mon oiseau est brodé et j’ai rêvé de paix. Oui j’ai rêvé de paix dans Paris. Dans Paris, il y a une rue…

Ça c'est le pied

dans cette rue, il y a une maison; dans cette maison, il y a un escalier; dans cet escalier, il y a une chambre; dans cette chambre, il y a une table; sur cette table, il y a un tapis; sur ce tapis, il y a une cage; dans cette cage, il y a un nid; dans ce nid, il y a un œuf; dans cet œuf, il y a un oiseau.

Ça c'est le pied

L’oiseau renversa l’œuf; l’œuf renversa le nid; le nid renversa la cage; la cage renversa le tapis; le tapis renversa la table; la table renversa la chambre; la chambre renversa l’escalier; l’escalier renversa la maison; la maison renversa la rue; la rue renversa la ville de Paris.

de Paul Eluard

Ça c'est le pied

Ça c’est le pied, je peux à nouveau dire que je ne veux pas avoir peur, que je veux garder le cœur léger. J’ai choisi un dessin d’oiseau de Geninne pour répondre au défi d’Albine, ici et aux  53 billets en 2015 chez Agoaye en toute liberté.

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte.
Est-ce un cauchemar ou un mauvais conte? Il manque aujourd’hui trois moineaux, un pinson et quatre colombes. Certains tombent,
d’autres ont volé si haut, la nuit, volé si haut, les étourdis, qu’à l’aube ils n’ont plus trouvé trace de notre terre dans l’espace.
Pourvu qu’une étoile filante les prenne sur sa queue brillante et les ramène !
C’est leurs crayons qu’on a trouvés, j’ai insisté pourtant, je n’ai pas su les faire marcher
et cet oiseau que j’ai brodé ira sûrement les rechercher. Il fait si doux quand les oiseaux chantent pour nous.

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

 

Pour 2015, Albine propose un nouveau défi dont le thème sera L’OISEAU… Vaste programme, ajoute-t-elle. Elle précise et étend le sujet à la nature… la mythologie… la peinture… la sculpture…  avec l’oiseau d’ici et d’ailleurs. Elle parle de variété… même si le choix est peut être difficile… Les techniques à utiliser pourront être la broderie… la peinture… l’application… le patchwork… l’impression du tissu… l’art textile, avec une multitude de possibilités et d’interprétations pour que les petits doigts fassent des merveilles. Elle prévoit que pour Janvier la date est fixée au 25. Les photos seront postées sur les blogs et pour celles qui n’en ont pas, elle se fera un plaisir de les recevoir.

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

 

Cette première participation m’est inspirée par l’oiseau dans les dessins de Geninne, là.