Une bûche

C’était plutôt perturbant de voir ce bol là, taillé dans une bûche par les mains de son père et ayant appartenu à sa mère.

Une bûche

Quand il était encore tout petit, son père leur servait du gruau de maïs ou de la bouillie d’avoine, et pendant que les aînés mangeaient, il restait là à les surveiller, une tasse de café fumant entre ses mains burinées par le soleil, et il ne manquait jamais de leur rappeler qu’il fallait prendre soin de la vaisselle de leur mère.
Le vieil homme s’était mis à protéger ce qu’il restait d’elle avec une vigilance maniaque et quasi démente. La vaisselle. La couture en tricot pliée sur le dossier du grand fauteuil à bascule en chêne dans la salle de séjour. Le minuscule vase en cristal taillé sur le rebord de la fenêtre de la cuisine dans lequel on plaçait chaque année une fleur légère de la première hellébore rosée trouvée dans les prés juste derrière l’écurie au début de l’hiver.
Il souleva le bol avec précaution, les recommandations de son père lui revenant aux oreilles. Il se raidit sous l’effet de la pression qu’il ressentait au fond de son ventre et frotta la peau sèche de son cou déformé.
Il leva les yeux vers le large ruban de lumière qui tombait du grenier, là ou il avait lui-même parfaitement empilé les balles de foin. On les avait repoussées par deux ou trois sur le côté, révélant ainsi la cachette des tonneaux de bière qui avaient disparu…

Extrait de « le sillage de l’oubli » où se suivent les scènes tendres et dures de la vie quotidienne et difficile.

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Ce pays avait toujours été un rêve d’enfance

Ce pays avait toujours été un rêve d’enfance.

Ce pays avait toujours été un rêve d’enfance

Quarante ans plus tôt, ses parents l‘y avaient emmené en randonnée et ils avaient séjourné dans un palace au cœur d’une forêt nichée entre deux lacs. Rien n’avait changé. Ni le parquet ciré, ni les vitraux, ni la sévère châtelaine qui le conduisit à sa chambre. Allongé sur le transat du balcon, il regardait aujourd’hui les mêmes lacs brasiller au soleil couchant, le même pêcheur se blottir dans sa barque au milieu de la brume. Les jours passaient, innombrables, ponctués par ses séances à la cure thermale et le glas de la loche le conviant à ses repas solitaires parmi les vieux couples qui chuchotaient. La nuit, son monde intérieur le réclamait depuis la mort de son épouse. Penché sur son bureau en marqueterie devant la baie vitrée, il écrivait obstinément malgré sa main droite meurtrie, lisait la transcription des épreuves, puis reprenait avec soin son dur témoignage d’amour, en éprouvante une impression croissante de complétude.

Extrait de « la constance du jardinier » de John le Carré, une magnifique histoire d’amour.

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Il se glissa dans le verger sans prêter la moindre attention à l’agitation hivernale

Il se glissa dans le verger sans prêter la moindre attention à l’agitation hivernale des écureuils dans les arbres.

Il se glissa dans le verger sans prêter la moindre attention à l’agitation hivernale

Il ne pouvait néanmoins pas s’empêcher de remarquer que ses vaches meuglaient dans la pâturage. On ne s’était pas occupé d’elles, et il allait falloir vérifier que le tout jeune veau allait bien. Tout à l’heure il irait leur distribuer du foin. Très souvent il passait ses journées à faire la liste des taches qui restaient à accomplir tout en menant d’autres à bien, et il ne put s’empêcher d’en dresser mentalement une nouvelle tandis qu’il fixait la porte de l’écurie entrebâillée d’une bonne trentaine de centimètres. En approchant de l’allée de graviers, il s’appliqua à marcher sans bruit, percevant tout de même dans la friction des petits cailloux écrasés sous son poids l’inventaire de tout ce qu’il lui faudrait faire le lendemain avant l’aube. Du bois pour les deux poêles. Le lait. Les œufs. Le bétail à déplacer d’un pré à l’autre et les cendres à ramasser dans le fumoir.

Extrait de « le sillage de l’oubli » de Bruce Machart. Je me suis laissée tomber dans ce livre à l’écriture vertigineuse.

L’escargot et la chenille

L’escargot et la chenille

Un matin de printemps, juste après la rosée
Un escargot persan
Cheminait.
L’escargot, le cœur gros
Pensait à sa belle en querelle :
Escar-Paulette
Balançait.

D’un brin d’herbe à l’autre
Vers un champ d’épeautre
Escar-Paulette la coquette
Se défilait,
La fine mouche
Craignait l’escarmouche.
Elle voulait voir du pays.

L'escargot et la chenille

Une chenille, gentille fille
Vint à passer :
« Compère escargot tu sembles penaud !
— C’est Escar-Paulette qui part en goguette,
Elle m’a ce matin posé un lapin.
— Mon colimaçon,
Tu files un mauvais coton,
Chausse tes escarpins
Brille tes escarboucles
Prends-la par la main
Promets-lui l’Espagne…
Et tu gagnes ! »

C’est ainsi que l’on vit
Bras dessus, bras dessous
L’escargot et sa compagne
Battre la campagne :
« Allez donc mes mignons,
Je file mon cocon »
Dit la chenille gentille,
« Viens mon Escar-Paulette,
Viens mon Espagnolette »
Disait l’escargot
Sur le chemin de Saint-Jacques.

de Hermeline. Fraiche et tendre poésie pour le printemps qui revient, et pour la poésie du jeudi chez Asphodèle.

La vérité est comme le soleil

C’est Victor Hugo qui a écrit que « la vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder ».
Voici un conte soufi en toute liberté, avec la légèreté de son histoire, et juste son histoire pour ouvrir nos yeux sur le monde des récits et des poèmes. Je voudrais que ce mois de décembre sous le signe du bonheur, de la paix et de la liberté.

« Un épicier possédait un perroquet dont la voix était agréable et le langage amusant. Non seulement il gardait la boutique mais il distrayait la clientèle de son verbiage. Car il parlait comme un être humain et savait chanter… comme un perroquet.
Un jour, l’épicier le laissa dans la boutique et s’en fut chez lui. Soudain, le chat de l’épicier aperçut une souris et se lança brusquement à sa poursuite. Le perroquet eut si peur qu’il en perdit la raison. Il se mit à voler de tous côtés et finit par renverser une bouteille d’huile de rose.
À son retour, l’épicier, constatant le désordre qui régnait dans sa boutique et voyant la bouteille brisée, fut pris d’une grande colère. Comprenant que son perroquet était la cause de tout ceci, il lui assena quelques bons coups sur la tête, lui faisant perdre de nombreuses plumes. À la suite de cet incident, le perroquet cessa brusquement de parler.
L’épicier fut alors pris d’un grand regret. Il arracha ses cheveux et sa barbe. Il offrit des aumônes aux pauvres afin que son perroquet recouvre la parole. Ses larmes ne cessèrent de couler durant trois jours et trois nuits. Il se lamentait en disant :
« Un nuage est venu obscurcir le soleil de ma subsistance. »
Le troisième jour, entra dans la boutique un homme chauve dont le crâne luisait comme un bol. En le voyant, le perroquet s’écria :
« Ô pauvre malheureux ! pauvre tête blessée ! D’où te vient cette calvitie ? Tu as l’air triste comme si tu avais renversé une bouteille d’huile de rose ! »
Et toute la clientèle de s’esclaffer.
Deux roseaux se nourrissent de la même eau, mais l’un d’eux est canne à sucre et l’autre est vide.
Deux insectes se nourrissent de la même fleur, mais l’un d’eux produit le miel et l’autre le poison.
Certains diront en regardant les gens autour d’eux : « Ce sont des hommes comme nous : ils mangent et dorment tout comme nous. »
Mais l’eau douce et l’eau amère, bien qu’ayant même apparence, sont bien différentes pour qui les a goûtées. »

Pour commencer le dernier mois de l’année au rythme des histoires et poèmes, pour rêver en attendant les fêtes, et décorer nos maisons, embellir notre table et parfumer notre cuisine. Mon programme va se calquer certains jours aux réjouissances organisées par Chicky Poo, Petit Spéculoos et Samarian.

J’aimerais mais je n’ose pas

J’aimerais mais je n’ose pas. « Ne pas oser, c’est un peu comme regarder votre train partir sans vous, alors que vous étiez depuis longtemps sur le quai de la gare à l’attendre » comme l’écrit N Pene. Et puis on se dit, qu’il y en aura d’autres. Des autres occasions, bien sûr mais serons-nous disponible? Est-ce que les conditions seront les mêmes?

Qu’est-ce qui fait que l’on ose ou pas? Savoir demander sans avoir peur de gêner ou prendre des initiatives sans se taper la honte? Il faut savoir où l’on va, et se donner les moyens pour y arriver.

Dans la phrase, il y a « j’aimerais », et ça change tout. Parce qu’on découvre une envie, plus ou moins marquée, et c’est cette importance que l’on porte à cette chose qui fera la différence. C’est ce qui nous donnera plus d’assurance à un moment précis plus qu’un autre.

Plus les années passent, moins je prononce ces mots: « j’aimerais, mais je n’ose pas ». Parce que l’amour de ce que je n’ai pas osé n’était pas important, certainement.

D’ailleurs j’ai osé broder ceci, et j’ai bien ri,

J'aimerais mais je n'ose pas

et j’ose le montrer pour répondre encore une fois aux  53 billets en 2015 chez Agoaye , faites comme moi, riez en toute liberté.

Chat bada bada

Chat bada bada

Comme nos voix ba da ba da da da da da da
Chantent tout bas ba da ba da da da da da da
Nos cœurs y voient ba da ba da da da da da da
Comme une chance comme un espoir, comme nos voix ba da ba da da da da da da
Nos cœurs y croient ba da ba da da da da da da
Encore une fois ba da ba da da da da da da
Tout recommence, la vie repart

Chat bada bada

Combien de joies, bien des drames, et voilà ! C’est une longue histoire, un homme, une femme ont forgé la trame du hasard.

Comme nos voix, nos cœurs y voient encore une fois comme une chance, comme un espoir.

Comme nos voix, nos cœurs en joie ont fait le choix d’une romance qui passait là.

Chance qui passait là , chance pour toi et moi ba da ba da da da da da da
Toi et moi ba da ba da da da da da da
Toi et Toi et moi.

Chanté par Nicole Croisille