Ce coin me semble idéal

– Où je me mets ? – Ce coin me semble idéal.

Berthe s’est laissé guider vers un amas de foin au-dessus duquel perçait le soleil entre les planches lâches de la grange, prodiguant une lumière chaude et intime. Posée sur une botte, Berthe attendait la suite, mal à l’aise.

– Eh bien, Berthe, a dit Norbert en attente d’une évidence.

– Oui ? Quoi ? a demandé Berthe, paumée.

– Nous sommes là pour peindre un nu.

– Et ?

Norbert n’a rien ajouté et a attendu que Berthe arrive à la conclusion par elle-même.

– Ah oui, merde, la robe !

Une femme si belle et des manières si rudes, Norbert avait trouvé un sujet en or. Berthe a commencé à baisser ses bretelles puis a ressenti une gêne inattendue.

– Ça vous dérangerait pas de vous tourner ?

– Aucunement.

Norbert avait l’habitude de la pudeur avant l’exhibition et s’est exécuté sans discuter.

– Norbert ?

– Oui, Berthe ?

– Votre chien. Il me reluque. Il me met mal à l’aise.

– Oh pardon. Allez viens Renoir.

Norbert a sorti le labrador de la grange, puis a préparé sa palette de fusains.

– Prenez votre temps, Berthe, et faites-moi signe quand vous êtes prête.

Les mots de Norbert lui donnaient confiance. Se dévoiler ainsi n’était pas habituel, mais elle sentait que ça allait être un grand moment de découverte. Elle essayait de faire le vide dans sa tête pour la garder froide. Elle retrouva très vite des gestes naturels pour se désaper, comme ceux qu’elle avait pour croquer dans une pomme ou pour attiser le foyer de sa cuisinière.

– Un « Bong » métallique a résonné alors que Berthe laissait glisser sa robe à grosses fleurs blanches à ses pieds. « Merde, le Luger ! »

– Tout va bien, Berthe ?

– Oui, c’est rien, c’est juste… un marteau qui traînait. Vous pouvez vous retourner.

Ce qu’a fait Norbert. Berthe s’est ainsi offerte, cheveux sauvages lâchés sur les épaules, les seins nus superbement dressés, et la fine petite culotte pour seul vêtement, était une image d’un érotisme fou. Le peintre a dû reprendre l’ascendant sur l’homme émoustillé, et a entamé la taille de ses fusains.

– Et, hum, Berthe, il s’agit d’un nu, je vous rappelle.

– Et ?

– Votre culotte, Berthe.

– Ah oui, je suis conne. Voilà.

Norbert a dégluti. Et le peintre s’est fait éclipser par l’homme pris d’une gaule grandiose.

– Je me mets dans quelle position ? a demandé Berthe innocemment. Norbert en a cassé le fusain entre ses doigts.

Je me permets de fusionner dans cet article ma participation aux premières Plumes de l’an 21 chez Emilie avec les mots récoltés (découverte blanc vide confiance croquer naturel grand métal dévoiler culotte tête froid foyer fusionner) avec un court extrait (en italique) du texte drôle et plein d’émotions que je viens de lire et qui colle admirablement au thème proposé pour remercier le Père Noël qui m’a offert ce petit bijou poétique: « Mamie Luger » de Benoît Philippon.

20 réflexions sur “Ce coin me semble idéal

  1. De benoît Philippon j’ai lu « Cabossé » et si mes souvenirs sont exacts dans ce roman l’auteur met déjà en scène le personnage de « Mamie Luger » dans un ou deux chapitres.
    En tout cas, je trouve l’idée intéressante de mêler un extrait du roman avec ton texte et tu as raison, ça fonctionne très bien !

    • Pour lui, pas de problème pour peindre, même quand ça a été plus torride par la suite, mais c’est gagner sa vie ! et ça a été un vrai problème pour elle… qu’elle a su vite régler 😉 hihi

  2. Pingback: Les Plumes Chez Emilie 21.01 : Les textes | LES PETITS CAHIERS D'EMILIE

  3. Il s’échappe de ce texte un érotisme fou, j’ai adoré.
    Le pauvre n’ pas pu assister à un effeuillage en règle, la demoiselle était encore trop pudique, ça viendra.
    Bon week-end.

  4. Bon jour Pat,
    Excellent … entre la mesure et démesure … quand le sujet fait trouble devant le peintre envoûté … un texte presque sensuel … si ce n’est en filigrane le goût animal … 🙂
    Max-Louis

    • Ma lecture du moment collait trop bien avec ce chapitre 😉 je voulais partager. Tout le livre est sensuel et chaque page nous met la tête sans dessus dessous… parce qu’en fait, seuls les livres rendent l’homme différent de l’animal, non !?

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