Le petit Bosco file sur l’ancien chemin de halage

Le petit Bosco file sur l’ancien chemin de halage.

Les bateaux à vapeur et les péniches aux chargements bâchés descendent le fleuve jusqu’à la mer. Il marche vite, droit devant lui. Tantôt, il aurait fait un signe de la main aux mariniers en criant qu’un jour il prendra leur place, mais là, il a plutôt envie de se cacher de honte ou par pudeur, et surtout par tristesse. Un brouillard dans ses yeux l’aveugle. Sa mère n’a pas mieux choisi que le jour de son anniversaire à lui, pour annoncer à tous qu’elle s’était mariée pendant son voyage à l’étranger. Les regards se sont tournés vers elle. C’était donc là son secret dont elle faisait mystère depuis quelques mois. Alors ce matin, sans plus en dire, il a décidé de mettre les voiles. Il a juste pris son sac à dos, et posé sur ses épaules son perroquet qui s’accroche à son nouveau pull bleu marine.

Et avant de fermer la porte, il a vérifié que ses écouteurs étaient bien fourrés au fond de sa poche. Sans bien chercher à les convaincre d’ailleurs, elle leur avait vaguement expliqué hier au soir pendant le dessert qu’elle n’avait jamais souhaité de grande assemblée, et qu’ils pouvaient tous comprendre sans devoir argumenter et délibérer devant un imposant conseil. Elle menait sa vie comme bon lui semblait. Alors lui-aussi a décidé et a choisi de n’échanger ni avec elle, ni personne. Il sait que son départ fera débat au sein de la famille. Qu’importe !?

Aujourd’hui, imperscrutable et sans en causer à quiconque, il va partir et les quitter tous. Est-ce ainsi que Marie-Béatrice croyait épater ses amies et sa famille en épousant cette brute !? C’était bien la peine de parler d’altruisme à ses triplés durant leur enfance. Qu’en reste-t-il ? Était-ce utile de leur asséner ces paroles et ces articles si vite périmés ? Il sait qu’agir de cette manière va le mettre dans une situation précaire, qu’il ne choisit pas la sécurité, mais il n’a pas envie de capituler. Il est perturbé, un feu brûle dans sa tête. Sacrebleu, ce sera terrible pour Mémé qui l’a tant aidé à remplir ses pages d’écriture. En pensant à elle, il touche sa poche située juste sur son cœur, et tâte le recueil des poésies dictées par son maître qu’elle aimait l’entendre réciter. Et les crêpes au beurre au parfum subtil et sublime de fleur d’oranger qu’elle lui faisait déguster. Tant pis ! A chaque pas, il glane rageusement d’une main crispée les épis de graminées sur le bas-coté. Ses doigts sont abîmés. Ses yeux brillants sont injectés de sang comme des rubis, ses orbites sont creusés. Lui, si calme d’habitude, a des envies de meurtres.

Il atteint les remparts. Ce n’est plus en mètres que se compte la distance qui le sépare de la maison, mais en dizaines de kilomètres maintenant.

Pour répondre dans l’ordre aux Plumes 14.20 chez Emilie avec les mots recueillis sur le thème Voile (mariée, vapeur, mystère, perroquet, bosco, cacher, pudeur, marine, secret, mer, anniversaire, brouillard, bleu, bâcher), au défi 123 chez Ghislaine avec 8 mots (débat, convaincre, argumenter, échanger, expliquer, délibérer, écouteurs, assemblée)  sur le thème Réunion et au Mot mystère 26 chez LilouSoleil dont les mots anagrammes de imperscrutable sont en italiques.

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort.

Maman nous a fait poser les sacs de tourbe dans sa torpedo pour les vendre au marché. Avec l’argent on pourra réparer le toit écroulé de la grange qui obstrue le passage dont les poutres forment un vieux turbeh et passeront au rebut et en bois de chauffage cet hiver.

Pendant ces semaines sans école, elle nous a appris à labourer et à tisser en expliquant ce qu’était le boustrophédon, à bien doser les épices dans la soupe et la poudre à lever dans les gâteaux, à ramasser les œufs pondus sans ôter le leurre pour les poules, à buter les turneps, à opter de réciter quelque strophe plutôt que de bouder de trop suer sous le vent et la chaleur et de craindre de puer. 

Aujourd’hui, nous brodons les boutons plutôt que de les coudre, savons cuisiner presque aussi bien qu’elle de fameux brouets pour accompagner les tournedos du dimanche, ne faisons plus les bourdes du début, n’avons plus besoin de quelconque promesse pour nous booster et sommes plus soudés, à ce qu’elle dit. Elle doit être fière des résultats obtenus, car elle ne nous appelle plus « mauvaise troupe ».

Le ciel est bleu et le vent de nord-ouest souffle fort. C’est le premier jour de l’été et dans une semaine, ce sera la rentrée.
-On est sans doute sur la bonne voie cette fois-ci, a dit notre mère, cette date tombe à pic.
On la sentit de très bon poil soudain, comme si ce petit rien l’eut délivrée d’un poids.

C’est vrai qu’à cette saison, elle se doit de garder courage et ne donner aucun signe de faiblesse, car les travaux de force ont commencé et vont se poursuivre quelques mois encore.

Au coucher, après le fricot du soir comme d’habitude, que certains ont bâfrer, ce qui l’a un peu énervée, sans toutefois lui faire perdre patience, elle borde le petit et nous remercie d’un baiser sur la joue pour l’avoir bien aider et pour les efforts qu’on a su fournir dans la journée. Puis elle permet, à nous les plus grands, de laisser notre lampe éclairée pour lire un peu mais fait promettre d’éteindre dans une demi-heure tout au plus.
C’est une femme qui excelle de douceur et de tendresse, au caractère égal, mais reste intraitable sur certaines choses à ne pas négocier.

Cependant ce soir, le ciel est bleu sombre, le vent souffle encore et on subodore un heurt dans ses mots, ses paroles ont fait des rebonds dans sa bouche et sa langue un détour, comme si son bonheur allait s’user tout à coup. Alors prudents, nous pouvons oser un regard interrogateur.
-Demain je dois me rendre chez le meunier, répond-elle.
C’est Honoré, un homme de corpulence massive qui porte la tonsure et se dit abstème (mais ne peut duper personne) et vecteur d’ondes malsaines qui me donne envie de fuir. Le ciel sera-t-il encore bleu ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte pour répondre aux Plumes 13.20 chez Emilie sur le thème Force avec les mots recueillis en gras, à Des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 49 dont les mots sont en gras, au défi 122 chez Ghislaine avec 8 mots en gras sur le thème Saison et au Mot mystère 24 chez LilouSoleil dont les mots anagrammes sont en italiques.

 

Tôt le matin avec une seule arme

Elle partait tôt le matin avec une seule arme, son appareil photo.

Comme d’autres auraient enfilé leurs gants et pris un sécateur pour aller couper un bouquet de roses au jardin, elle portait cette sacoche en bandoulière et partait. Dans ce fourreau, plusieurs objectifs y avaient leur place et valaient toutes les flèches et munitions du meilleur des guerriers.

Bien sûr, qu’elle revenait avec un bouquet. Des fleurs des prés qu’elle arrangeait aussitôt dans une vieille cruche qui lui servait de vase par amour de la récupération et pour mettre toujours un peu de nature dans l’office. Et quand elle affichait également un magnifique sourire qui éclairait son visage, alors on savait qu’elle passerait la soirée dans sa chambre noire, petit atelier qu’elle avait aménagé dans un coin du grenier avec de lourds rideaux épais d’un bleu très sombre devant la fenêtre.

Elle développait ses photos en noir et blanc. En grands formats quelquefois, comme le papillon avec ces centaines de points aux milles nuances de gris qui décore le salon, et l’abeille en plein travail chargée de pollen qui orne la cuisine. Pour nous, elle était notre Doisneau. Et là elle éclatait de rire en qualifiant son travail de pachydermique, et ajoutait que malheureusement ils n’avaient que leurs initiales en commun.

Nous, les enfants, elle ne nous a pas emmener trop jeunes dans cette sorte de chasse, et jamais à plusieurs. Pourtant, à tour de rôle, elle nous a expliqué comment s’y prendre. Elle manipulait cet instrument, assez lourd cependant, du bout des doigts. « D’abord, il faut se fixer une cible pour bien l’atteindre », disait-elle. « Insectes ou fleurs, animaux plus gros ou paysages… » Elle étalait toujours un linge propre et soyeux sur ses genoux pour poser ce système et en détailler chaque partie. Elle laissait ses mains flirter délicatement sur l’appareil et le caresser, et disait qu’il ne fallait pas forcément se concentrer mais surtout tirer juste, au bon moment, en tenant compte de tous éléments.

J’ai pu la prendre en photo, un jour, à mon tour, d’après ses indications et le résultat lui a beaucoup plu puisqu’elle a bien voulu en faire deux tirages, un qu’elle a inséré dans un petit cadre pour son atelier, et un autre en grand format pour moi.

Pour répondre aux Plumes 12.20 chez Emilie avec les mots proposés (atteindre, concentrer, objectif, tirer, arme, bleu, pachydermique, amour, doigt, flèche, fourreau, flirter) sur le thème « cible »

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Ils sont venus jouer

Ils sont venus jouer à plusieurs et sont d’abord passés à côté du violon.

D’une main baladeuse, inconscients et tranquilles, ils ont tous gratter de leurs doigts sur ses cordes mais aucune révélation n’en est sortie, alors ils l’ont dédaigné et laissé dormir.
Tout était préparé et rangé, déballé et trié à leur intention. Chacun criait à tort et à travers avec la seule volonté de vouloir gagner.

Le plus jeune des deux frères était déguisé en indien et s’éclipsa sous le tipi. Puis il en est ressorti tout souriant et content de lui. L’autre de la fratrie patiemment attendait.
Quelque chose a turlupiné les nouveaux sans doute, car ils ont tous voulu se déguiser eux-aussi et rentrer sous l’abri à tour de rôle pour connaître ce qu’avait ressenti le petit et qui l’avait tant ravi. Usant maintes manigances, ils étaient très curieux et prêts à soudoyer l’un et l’autre et à dépenser forte séduction pour aller le premier au bout du suspens. Et puis ils sortaient de ce refuge, l’un après l’autre, ahuris et déçus.
Alors ils ont demandé explication au mignon absorbé à dessiner un amabié coloré sur une feuille de papier. Il avait simplement caressé le chat Mistigri qui lui avait souri. C’était subtil mais ça lui portait chance pour toute sa journée.
Tous crièrent à tort et à travers avec la seule volonté de tout foutre en l’air. Avec mépris en voyant là de l’abus, ils décidèrent de partir. Très énervés et se croyant trompés, ils donnaient des coups de pieds dans les boites, vidant les jeux à leur portée, jetant et répandant les jetons à terre sous les yeux atterrés de celui qui les avait invités.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 47 ( tipi, révélation, turlupiner, tranquille, amabié, dormir), aux Plumes 11.20 chez Emilie avec les mots proposés sur le thème du jeu ( rôle, subtil, violon,gratter, jetons, chance, ahuri, dépenser, manigance, mistigri, séduction, suspens, soudoyer) et au défi 120 de Ghislaine avec les mots proposés (jeter, trier, ranger, vider, abus, refuge, mépris, volonté) ou sur le thème du « changement ».

Mémé avait peur d’oublier

Mémé avait peur d’oublier…

Elle craint toujours, et chaque jour doit trouver assez d’énergie pour stimuler sa mémoire. Le changement a déjà été énorme pour elle quand elle n’a plus pu voyager autant qu’elle l’aurait voulu et a du abandonner sa fonction de sniper. Elle a bien sûr mesurer le pour et le contre. Elle a évalué cette vaste fatigue accumulée au fil des mois et années, de ses rapides allers et retours, sous diverses latitudes. Elle a pesé entre la liberté qu’elle allait perdre et sa santé à préserver, ce trésor, qu’elle pourrait garder. Et elle a finalement opté pour le côté positif de cette affaire. Elle allait rester et profiter enfin. Mais aujourd’hui, à la longue, elle redoute l’abêtissement.

Mémé n’a jamais beaucoup parlé de son métier, beaucoup ignoraient même ce qu’elle faisait, elle a toujours été une femme réservée. Aussi quand je lui dis que j’avais retrouvé ses carnets dans le grenier, je vis là une aubaine à lui donner ce courage dont elle avait besoin pour garder le cap, et partager encore de bons moments conviviaux et familiaux. Son œil brilla et un rire enchanteur découvrit ses dents jusqu’au fond de sa gorge. Une larme de joie et un éclat de tantale sur sa molaire gauche firent apparaître des étoiles dans ses yeux et sa bouche.

Mémé a sauté à pieds joints de son fauteuil et me demanda expressément d’arrêter de tergiverser et de cesser d’être pinailleuse à ce point. Elle insista alors pour que j’aille chercher tout ça tout de suite et que je l’apporte dans son cabinet, qui n’est autre que notre salon de famille, où nous sommes quotidiennement. Il faut la voir ! Elle a les yeux d’un bleu profond, attirant et c’est extrêmement difficile de fuir son regard envoûtant. Convivial, oui, ça va l’être ! Familial, un peu moins car certaine chose restera entre nous deux. Je crois comprendre qu’il y a quelque secret à ne pas divulguer.

Mémé passe la main sur le paquet avant de l’ouvrir. Le tout est comme je l’ai trouvé, bien conservé et ficelé dans un emballage kraft qu’elle défait avec soin. Elle prend son temps et savoure chaque seconde, elle empile les cahiers suivant un ordre très personnel en formant des petits tas bien parallèles, comme si elle cherchait un dossier précis. Subitement et précieusement, elle pince une double feuille entre deux doigts, la tire et me fait signe d’approcher ma chaise en silence. C’est un courrier…

Mémé sourit, son visage est devenu rouge et étincelle. On dirait qu’elle a rajeuni soudain, et ressemble à un cardinal parti conquérir une contrée inconnue au delà de l’équateur.

Je remercie d’abord les proposeurs de défis et de mots, avec beaucoup de plaisir, je réponds là :
au défi 119 chez Ghislaine avec les mots proposés (regard, fuir, peur, réserver, donner, énergie, famille, cap, stimuler) et sur le thème du face à face,
à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 46 (cabinet, tergiverser, tantale, abêtissement, pinailleuse, emballage, partager, convivial, sniper)
et aux Plumes 10.20 chez Emilie  avec les mots recueillis d’après le thème latitude (changement, voyager, étoile, mesurer, équateur, positif, vaste, parallèle, liberté, trésor, cardinal courrier, conquérir) 

et je continue mes ouvrages avec mes plus petits bouts de laines et tissus.

A la queue leu leu

Un groupe de personnes, une dizaine à peu près, marchaient à la queue leu leu.

Des randonneurs du troisième âge se suivaient ainsi chaque trimestre, pas plus souvent et par jour de beau temps seulement, tous espacés d’un bon mètre ou deux, suite à une habitude prise depuis le printemps légendaire de l’an XX qui avait marqué tout l’univers des terriens.

Ils voient un poulet au bord de la route, qui la traverse subitement.

-Pourquoi ce poulet a-t-il traversé la route ? dit l’un
A chacun sa réponse, et de participer ardemment au piaillement d’une basse-cour humaine tout juste sortie du poulailler.

-Pour aller de l’autre côté, pardi

-Pour laisser ses empreintes dans la boue fraîche. Regarde celles du tracteur sont encore visibles ici.

-Fait un drôle de bruit cet engin. Problème de courroie. Va pas travailler longtemps.

-C’est fou comme la brume du matin peut humidifier l’air et la terre en cette saison.

-Et je me demande si ces frimas sont bien bons pour la floraison des pruniers.

-Sans vouloir te froisser, t’as vu la tête du poulet ? Plutôt dodu, à mon avis c’est une poule ! Et cou-nu en plus de ça!

-Je te mets au défi de reconnaître un ornithorynque qui sortirait d’un terrier.

-C’est quoi ça, un produit de la ferme ?

-En quelque sorte, que l’on fait cuire à l’envers attaché au bout d’une cravate dans une lessiveuse remplie d’eau bouillante.

-Ecoutez le clapotis dans les fossés et les canaux…

-C’est le paysan qui vient d’ouvrir les vannes

-Où ça ? où ça ?

-Là-bas, près de la cabane. Il a arrêté son moteur et on aperçoit son chapeau au-dessus des grandes pousses.

-Bon, on continue notre tour, oui ou non ? on avance à rien à vouloir construire le monde avec des mots !

Pour sourire et répondre, à la queue leu leu, au défi 118 chez Ghislaine avec 8+2 mots (empreinte, visible, brume, froisser, envers, légendaire, clapotis, frimas, cou, pousses) ou le thème « Temps », aux mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 45 (moteur, mots, terrier, ornithorynque, chapeau, cravate, cabane) et aux Plumes 9.20 chez Emilie avec les mots du thème ferme (tracteur poule, produit, lessiveuse, travailler, ouvrir, poulailler, paysan, dodu,  prunier, terre, construire, continuer, courroie).

 

 

Là-haut

« Là-haut sur la montagne était un vieux chalet… »

Ça c’est mon voisin du dessus qui entraîne sa voix de bon matin. Ah mes chers voisins ! Dans peu de temps c’est celui du dessous qui va iodler comme s’ils se répondaient tous les deux.
Eh tiens ! les tac tac des talons de la petite nouvelle du cinquième… comme de légères notes de musique… C’est une joyeuse résonance dans cette cour un peu grise parfois. Toujours à la dernière mode, la jeunette. Oh mais elle a déjà mis ses habits de saison !
Ah ça m’aurait étonné que la concierge la laisse filer sans lui dire deux mots. Et la grande greluche du premier avec sa toute nouvelle teinture couleur corbeau et ses yeux de radar est déjà accoudée à sa fenêtre, faisant bonne mine pour taper une causette, toujours prête à saisir le plus petit ragot et le faire enfler dans le quartier. Elle s’en mêle bien sûr, et sa voix aiguë raisonne entre les murs. Oups !
Sa phrase se termine dans un hoquet à peine audible. Bien fait ! Car du plus profond du porche, comme un boomerang et d’une voix glaciale, la concierge lui signale, son balai à la main, que le journal est arrivé et restera à sa disposition pendant une heure seulement, parce que maintenant il faut penser aux autres résidents, tout en lorgnant sur la jupette colorée de celle qui s’en va et souriant un court instant puis grondant après un chien-sans-laisse qui vient d’essayer de lever la patte sur son dernier plus joli pot de fleurs devant la porte d’entrée.

C’est ma participation aux Plumes 8.20 chez Emilie avec les mots proposés sur le thème de l’écho (montagne, mode, ragot, radar, corbeau, iodler, boomerang, hoquet, résonance, journal, gronder, profond, glacial).

Au pied du buffet d’orgue

On s’asseyait au pied du buffet d’orgue,

et on allongeait bien droites nos jambes sur le plancher pour calmer notre cœur et apaiser notre respiration. C’est sûr qu’après avoir monté à toute vitesse l’escalier de pierres en spirale, notre trio était essoufflé mais c’était là notre cachette préférée.
Nos forfaits emballés dans une serviette à carreaux étaient posés sur nos genoux. Et on rigolait enfin ! Pas très fiers de nous mais heureux de n’avoir rien renversé, on allait se régaler car on était gourmand. Je ne sais plus qui en premier avait eu l’idée de ce chapardage, mais ce sortilège nous habitait depuis quelques temps déjà. C’étaient les jeudis après-midis que nos mères préparaient  les pâtisseries avec beaucoup d’amour, et dès que l’odeur se répandait dans la maison, c’était très difficile de résister.
On savait que le partage n’allait pas être équitable du tout pour le reste de nos familles, mais c’était plus fort que nous. La mienne ne fut pas dupe et m’expliqua avec douceur que ce maraudage devait cesser parce que ça n’était pas honnête et que c’en devenait écœurant pour la fratrie. Elle a bien du me le répéter dix ou vingt fois sans changement d’attitude de ma part. Comment résister à un tel délice ? Je continuai à voler.
On était trop content de sentir cette odeur de sucre s’échapper de nos serviettes tièdes. L’énorme bretzel qu’apportait Fifi étaient couvert de gros grains de sel qu’on mangeait en premier, avant de le couper en trois et de n’en faire presque une bouchée. Les cookies de la mère de Loulou, tendres à l’intérieur et assez croquants sur le dessus étaient à tomber par terre. Et moi maintenant, j’ouvrais en dernier le sachet de fraises tagada que j’avais acheté avec une pièce de ma tirelire, parce que Maman avait fini par me punir et me priver de dessert si je n’arrêtais pas rapidement ce méchant caprice.

Pour répondre aux Plumes 7.20 chez Emilie avec les mots proposés de la semaine ( pâtisserie, amour, sucre, orgues, sel, fraise, sortilège, caprice, trio, famille, cookie, douceur, écœurant ) sur le thème du délice.

 

Changer ses horaires

Elle n’a pas voulu changer ses horaires, une fois à la retraite…

Elle n’aurait voulu apporter aucune variation dans sa vie de tous les jours.
Je me suis habituée à sa présence mais son silence me pèse. Alors on écoute la radio. Quelques remous dans son cœur la font parfois respirer plus fort. A ces moments-là elle laisse monter ses épaules, puis sa respiration reprend des oscillations régulières.
Je me suis étonnée au début de ce peu de paroles échangées. Elle m’a répondu que le vent d’ici la faisait souffrir, qu’il apportait comme des grains dans son nez et ses yeux qui la gênaient jusque dans sa poitrine et que le médecin n’y pourrait rien y faire… puis elle ajouta, à voix basse, que les marches quotidiennes sur la plage lui manquaient beaucoup, et que c’est la musique classique qu’elle préférait.
Je ne peux pas dire qu’elle s’ennuie. Elle s’occupe à lire, à écrire. Elle sait faire plein de belles choses de ses mains. Elle a pris la responsabilité des conserves et confitures. Elle n’oublie pas d’apporter une brassée de fleurs coupées du jardin pour garnir la maison quand la saison le permet. Elle ne parle simplement pas beaucoup et ne chante plus comme avant.
Quand il pleut, elle place son fauteuil très près de la fenêtre, et j’ai remarqué ce geste nouveau qu’elle a de sortir un mouchoir propre de sa poche comme pour essuyer un brouillard invisible sur son visage. Si nos regards se croisent, elle me sourit, baisse la tête et se lève pour reprendre des va-et-vient de son fauteuil à la porte ou de la porte à la cuisine pour se servir un verre d’eau, comme si elle voulait danser sur une musique qu’elle est seule à entendre.
Aujourd’hui, il pleut. Cet après-midi encore. Ça fait dix jours, qu’il pleut et qu’il fait froid. Sans être certaine d’obtenir une réponse, j’ai lu à haute voix cette définition donnée pour ma grille de mots croisés : « Phénomène farouche et saisonnier dans certains estuaires dû au vent du large ». « Mascaret ! » Elle a répondu du tac au tac. Et immédiatement, elle est venue s’asseoir près de moi. Elle sourit et ses joues sont roses. Et elle me parle de la marée des syzygies… Devant mes yeux tous ronds elle continue sur l’alignement de la lune et du soleil par rapport à la terre, et veut m’expliquer… Je ne l’ai jamais vue si heureuse depuis bien longtemps !

Pour répondre aux Plumes 6.20 chez Emilie avec les mots proposés de la semaine sur le thème de la marée (horaires, variation, remous, haute, lune, oscillation, va-et-vient, vent, mascaret, plage, brouillard, grain, syzygie, basse)

Tous aux abris

« Tous aux abris »

Ce n’est pas par mesure de sécurité que ces messages sont diffusés dans nos rues depuis plus d’un an et demi. Nous n’y sommes pas encore trop habitués, mais plus rien ne nous surprend vraiment.

« Kot ». Le petit doigt de Lou est tendu vers l’œil rouge scintillant d’un nouveau petit engin qui nous survole. C’est un drone de couleur noire en forme de tour Eiffel à un seul étage qu’ils ont envoyé cette fois-ci. Une sorte de petit nichoir qui transporte non seulement le coutumier haut-parleur nasillard mais qui protège également une caméra sous son ventre en mode enregistrement à en voir ce petit bouton qui clignote. Nous ne nous étonnons plus de rien, et agissons en mode d’extrême vigilance.

Je suis sur la terrasse avec les enfants. Je porte rapidement mes yeux au fond du jardin sans bouger la tête. Mémé est sortie ramasser quelques jeunes pousses pour préparer une salade à midi. Elle lève la tête. Nos regards se croisent. A l’instant même, elle connaît ma pensée et moi la sienne. Tous nos moindres mouvements vont être épiés maintenant.

On ne se parle plus beaucoup, on répond seulement aux questions des plus jeunes avec très peu de mots. Un semblant de vie en somme car tous nos mots sont écoutés, mémorisés et comptés depuis quelques temps. On l’a su quand on nous a parlé des cabanes bâties à la périphérie. On y loge actuellement les fortes têtes, les grandes gueules qui ont trop causer sans se méfier ou juste parce qu’ils ont cru bon de dire n’avoir peur de rien. On les savait forts, mais d’autres aujourd’hui ont l’autorité. Jusqu’où vont-ils aller dans leur inventivité ?

L’aïeule n’est pas sans ressource non plus dans sa créativité. Je perçois un clin d’œil subtil derrière ses lunettes. J’attrape les petits par le bras pour rentrer dans la maison, car il faut obéir. Les plus grands l’ont fait sans broncher. Obéir vite et savoir courir aussi quand leurs messages se font entendre. On l’a compris très vite, car certaines personnes portent encore la marque des coups suite à un manque de rapidité ou un zèle accentué de lenteur trop excessive. Courir où que l’on soit, et se claquemurer. Mémé n’aime pas que j’emploie ce verbe-là. Je le pense, uniquement. On se préserve. Dans nos paroles et dans nos gestes. Elle parle de se cocooner. Je la vois baisser la tête et prendre l’attitude d’un coureur. Elle a su garder sa douceur et le goût de rire, c’est tout ce qui nous reste et c’est magnifique dans notre vie aujourd’hui.

En réponse aux Plumes 5.20 pour les petits cahiers d’Emilie avec les mots proposés (sécurité, jardin, créativité, nichoir, kot, cocooner, protéger, courir, claquemurer, pensée, cabane, bras, bon), peut-être inspirée de mes lectures et ça peut être une suite à mon texte d’hier.

 

J’ai décidé de t’écrire une lettre

Prise d’insomnie à nouveau cette nuit, j’ai décidé de t’écrire une lettre.

J’abandonnai mon édredon et trouvai ma plume.
Avec un peu de recul, je pense que l’approche de l’équinoxe vernal n’y est pour rien.
Mais tu sais, à la réflexion, mes quelques jours de repos m’ont fait du bien, loin de Popol.
Car quand nous nous sommes revus, il m’a dit que je n’avais plus mon teint marmoréen et que mon visage avait retrouvé ses aspérités.
Tu le connais, il est de plus en plus bohème, sur lui et au dedans, et a souvent l’esprit engorgé, et dit le contraire de ce qu’il pense, mais que pense-t-il vraiment ?. Je ne lui en veux pas.
Ce soir, devant les infos, il m’a répété deux ou trois fois qu’il y avait foule dans sa tête avec continuellement le bruit d’un train qui passe dans un tunnel… puis, que depuis bien longtemps il a oublié comment on résout une équation. Je n’y vois rien de plus grave que la semaine dernière.
Sur les insistances des précautions à prendre à propos de ce virus, il a eu une attitude assez singulière.
Il voulait me convaincre que sa cape d’invisibilité le protégeait et que je ne devais pas avoir peur car il n’était pas invalide. Il allait pouvoir aisément se débarrasser de ce truc corrosif en le jetant par dessus le mur du puits et le laisser se dissoudre dans la rivière souterraine.
Tu penses bien, j’étais là à ouvrir grands mes yeux et à me retenir de sourire. Monsieur Popples a des yeux de framboises et se demande connaissance et contoise. Il y vit de la moquerie et ressentit de la rancœur.
Je tentai de m’excuser en affirmant que ce n’était que de la curiosité et même de la fierté pour cet élan vengeur qu’il avait su exprimer. Il se mit en boule. Il en avait marre de tous ces ragots, et il partit dans son berlingot. Je suis encore là à l’attendre.
Si tu le permets, je ne t’enverrai pas ce courrier et laisserai cette page dans mon journal à côté de toutes les autres.

Pour répondre à l’atelier 115 chez Ghislaine (avec la proposition suivante: puits, vengeur, mur, ragot, visage, attitude, rancœur, recul, lettre), aux plumes chez Emilie (avec les mots suivants: insomnie, invisibilité, peur, invalide, réflexion, foule, équation, oublier, curiosité, boule, train, tunnel, attendre), à des mots, une histoire chez Olivia (avec la récolte 40 : berlingot, repos, engorger, rivière, virus, bohème, marmoréen, aspérité, vernal ) et à L’AIE chez L’impertinence de JoBougon

Des mots et des plumes au poil

Des mots et des plumes au poil

C’était avec beaucoup de plaisir qu’elle s’allongeait sur sa méridienne chaque après-midi face à la fenêtre, magnifique ventail à la transparence inégalable ouvert sur un merveilleux jardin.

Aujourd’hui, Lavinia était venue lui tailler la causette. A cet instant, elle vantait et fignolait sur la manière de porter ses spartiates qu’elle portait avec grâce, certes et qu’elle avait achetées lors d’un séjour estival italien.

Elle les lavait avec grand soin et s’étalait sur des détails. Puis avisait l’autre, toujours prête à traquer et débusquer les contre-façons, et dénoncer telle ou tel supercherie ou simulacre de la sorte.

Jamais à court de sujet, elle décrivait déjà comment les levantins tanisaient avec talent leur vin blanc qu’elle avait pu déguster dans de magnifiques tâte-vins.

Les mots valsaient dans sa bouche trop animée si bien que de la salive vaselinait au coin de ses lèvres.

Annetta la regardait, l’écoutait et taisait la douleur de sa récente césarienne, trop émue par cette nouvelle natalité. Son esprit anéanti par cette flopée de mots mielleux s’enlisait de vilaines pensées que ce radotage sans intérêt n’évitait en rien. Elle sentait qu’elle n’allait pas être hypocrite plus longtemps car elle ne pouvait plus camoufler cette énorme envie de rire qui lui vrillait l’intestin.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé des mots et des plumes au poil aux mots de la récolte 36 chez Olivia ( méridienne, césarienne, douleur, fignoler, causette, spartiate, plaisir ) aux mots de la collecte du 10 sur les petits cahiers d’Emilie ( supercherie, hypocrite, mielleux, camoufler, simulacre, radotage, transparence, taire, traquer ) et l’anagramme de Saint Valentin ( valsaient, nativité, anéanti, levantins, vaselinaient, salive, intestin tanisaient, ventail, étalait, vilaine, talent, sentait, taisait, instant, italien, estival, lavait, vantait ) chez Violette.

Des plumes, des mots, une histoire

Des plumes, des mots, une histoire.

Elle  a une imagination extraordinaire. je l’appelle l’Originale, mais motus. Le jour où je l’ai connue, elle avait proposé cette après-midi créative à toute personne connue ou pas de la contrée. Ça allait être une occasion d’agrandir le groupe des fous, avait-elle annoncé.

Puis avec beaucoup de fantaisie, elle avait parlé d’une possibilité de faire ensuite une fantastique exposition. Le lieu restait à déterminer. Son immense plaisir lui donnait un regard hagard et l’air bizarre. Elle avait fait promettre aux quelques uns qui étaient dans la confidence de toujours garder le silence.

Le jour venu, Elle fit apparaître l’orignal d’une multitude de gestes rapides. Et alors, une autre, prise d’une folie semblable, réalisa de mille points et autant de traits un trèfle à quatre feuilles qui traduisait tout le bonheur qu’elle éprouvait à son tour. Puis, d’autres mains, émergèrent des tournesols d’un tableau encore inconnus et pourtant si reconnaissables. Les principes, préjugés, idéologies, concepts, ombres, essais, images avaient cheminé et pris formes à la vitesse de l’éclair dans ces esprits vifs. Qui auraient pu prédire d’une si belle réussite avec tous ces olibrius réunis ? Elle adorait cette citation qui lui servait de devise : « Compte en vain sur l’aubaine d’être seule, toujours escortée par toi-même ».

Elle est unique en son genre. Par sa gentillesse et sa perspicacité. Elle laisse chacun suivre ses envies, ses rêves et ses intentions sans jamais les contredire ni les contrarier. Puis avec un esprit visionnaire, elle sait faire pour qu’ils courent se surprendre d’eux-mêmes. Ce jour-là, tous ont pris le pinceau ou l’outil de leur choix, l’ont trempé dans un peu d’eau ou attaché à un fil, et couvert des pages de papier ou de toiles, avec cette idée d’innover. Sa préférence à elle est de rester le maroufle invisible qui les laisse interloqués.

 

Des plumes, des mots, une histoire pour répondre avec beaucoup de plaisir à Emilie, Olivia et Ghislaine et tous les mots proposés illustré du petit renne au regard hagard et l’air bizarre. Un choix maroufle par pure gentillesse sans surprendre ni innover.

Les plumes reviennent chez Emilie

Les plumes reviennent chez Emilie

On m’a parlé d’une mutinerie par ici
– Je ne suis pas au courant. Dites, ça ne va pas recommencer !

J’en éprouve un certain trouble, et reporter surpris je suis
– Laissez tomber, ce mauvais moment sera vite passé

Décèlerais-je une irritation et un manque de communication, mon bon ?
– Si chacun restait bien droit dans sa culotte, il n’y aurait ni démangeaison ni fausses informations

Dites donc j’ouïs, je ne suis pas de bois…
– Oh ce n’est pas de moi. C’est un dicton, je crois.

J’entends. Mais alors là on parle de bottes
– De bottes ! de paille ou de celui qui a une hotte ?

Ah ! Botter, pailler, débiter en toutes saisons. Fadaises ! Où est donc passé le monde sage ?
– Botter bien qui vous voudrez, rien ne changera vraiment

Et que proposeriez-vous donc pour un réel changement ?
– De tourner la page, effacer le tableau et faire taire ce tapage

Mais c’est une utopie ! à quoi pensez-vous ? Arrêter le progrès et son industrie !?
– Non, cessez de faire tout un tabac d’une si mince révolution pour votre torchon.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés.

 

Le froid revient et mes mains souffrent

Le froid revient et mes mains souffrent. J’ai ressorti mes gants presque inusables…

et s’ils se détériorent je défais et re-tricote le doigt abîmé.

J’en ai fait une petite collection pour notre marché de Noël, tous en restes de fils à tricoter accommodés.

Voici les derniers en laine duveteuse, et légers comme deux plumes.

La réalisation est simple et facile, et les explications sont ici .

 

 

Chut !

Chut !

« C’est la discrétion même, disait-on d’elle, prenez exemple ». Elle paraissait calme aux yeux des grands avec son air presque monacal. Mais pas du tout ! ils ne la connaissaient, car ensuite, elle passait à côté de nous, les petites, et nous jetait un coup d’œil en coin avec son sourire détestable aux lèvres avancées en forme de baiser, mais un de ses doigts tendu pointait le sol, son index droit et son regard de faucon nous imposaient le silence.

Une symphonie de compliments suivait son passage, ç’en était presque un culte à son égard. Mais elle était toujours prête à moucharder avec sa langue de vipère. Comme une pie dans le figuier, elle jacassait auprès de nous sur le dos de chacun et son nez en forme de bec d’aigle la faisait plus passer pour le plus noir des corbeaux.

On étouffait depuis trop longtemps ce cri intérieur qui montait en nous. Ça ne pouvait plus durer, il fallait trouver la manière de la compromettre, ne serait-ce le fait d’un miracle, mais on y croyait, nous les petites. On allait faire du bruit, faire tomber ce mur qu’elle nous avait imposer et elle n’allait plus passer pour la sainte qu’elle était à leurs yeux.

En réponse aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés. Je n’en ai après personne, je jure, je crache.

Plumes douces

Plumes douces

Il est une fois un écuyer
Qui prend sa tasse et sa cuillère
Pour déjeuner d’un bon café.

Ce page un peu blasé et contrarié
Décide une sortie par le jardin derrière
Pour s’arracher sans se tourner.

Il passe des nuits blanches, toujours éveillé
Pour cette coupure de ligne de corner
Et ce contrat non lisible et trop léger.

Il tâte sa poche… pas de stylo, il veut le dire ou le noter,
Trouve une plume et deux trois feuilles sur l’étagère,
Il trace en rouge, d’abord un trait comme la marge d’un cahier…

Pour répondre aux Plumes douces d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et mon cœur de pouet.

La dernière chasse

La dernière chasse

Ce qu’il aimait le plus chez elle, c’était son look. Quelque soit la météo prévue, elle portait toujours ce blouson en daim qui changeait de teinte dans l’ombre ou la lumière, et qui lui donnait un air de papillon quand il ouvre et ferme ses ailes. Mais elle n’avait pas sa fragilité, même si elle était menue et pas très grande.

Il gardait d’elle un souvenir marquant, c’était l’effet qu’elle avait produit lors du premier appel. Il donnait des cours, elle était son élève. Il avait mal prononcé son nom, elle lui fit remarquer et ajouta sans modestie et plutôt par orgueil : « et puis zut, appelez-moi comme vous voudrez ». Sa réplique aurait pu porter à confusion. Une chose qu’il détestait en général, qui aurait pu lui faire péter une boule ou faire quelque dommage, et bien non, elle lui plut soudain. Il put croire qu’elle fut lunatique et imprévisible, mais par la suite il sut juger qu’elle se situait au-dessus de ce genre de vicissitudes. Il l’avait détaillée au fil des mois et pouvait affirmer malgré cette allure désinvolte qu’elle était dotée d’une extravagante intelligence. Et elle le fascinait.

Ce n’était pas par hasard, s’il l’avait choisie aujourd’hui pour faire équipe avec lui. Ils jouaient aux émerveillés mais voulaient simplement oublier tous deux leur première rencontre et repartir de zéro pour une fameuse destinée.

Pour répondre aux Plumes 11 d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et un clin d’œil au livre de ma semaine, La dernière chasse de JC Grangé.

 

Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Pourtant depuis qu’il s’est initié à dire la vérité, il a très fortement envie de dévoiler le truc. Sans trahir ses grands principes et à vouloir protéger la cachette, il n’a réussi qu’à percer le coffret, c’est tout ce qu’il a fait. Alors soudain, il fait un clin rapide de son œil gauche et dit chut de son index droit devant sa bouche, puis court pour fuir.  Polichinelle monte à l’échelle, mais un vent de liberté l’en fait tomber.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle de la semaine chez Emilie avec les mots proposés sur le thème de la récolte: le secret, et tous les textes sont .

 

Il fait encore froid ce soir

Il fait encore froid ce soir.

Si nous avions une cheminée, je crois qu’il aurait aimé allumer un bon feu, et j’aurais passé tout mon temps à admirer la flamme et la voir frôler la bûche, puis éclairer la pièce et la réchauffer et finir par consumer entièrement le morceau de bois. Au lieu de tout ça, il est allé prendre sa douche comme tous les soirs. Il est réapparu avec les cheveux encore mouillés qui froufroutaient sur le dessus de sa tête et, dans un réflexe habituel, il s’est assis devant son ordinateur. J’ai entendu le grincement de la roulette de sa souris qu’il actionne sans fin comme ça chaque soir, jusqu’à me donner le vertige. Il faudra que je le lui dise, gentiment, avec des mots trempés dans du sirop… seulement je n’en prends pas le risque ce soir, ce n’est pas le moment. J’ai simplement tendu le bras vers le duvet que j’ai étalé sur mes jambes et choisi de regarder un film d’horreur pour avoir d’autres frissons…

Pour répondre aux Petits Cahiers d’Emilie et aux Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et les mots proposés.