Donner à manger

En allant donner à manger aux poules j’ai posé le talon sur une fiente…

et en levant le bras pour retenir mon chapeau imperméable qui allait s’envoler, j’ai accroché la manche de mon gilet sur le haut du grillage. Et de fait je ne pus éviter une grosse fiente de l’autre pied. Je suis énervée et surtout déçue. Le ciel est à l’orage ce matin, les éclairs et le tonnerre y vont de bon cœur. Les poules réfugiées dans leur cabane n’ont même pas remarqué les belles épluchures colorées que je leur ai apportées. Tiens il faudra rattraper cette maille avant que ça ne fasse un gros trou…

C’est peut-être l’émerveillement pour ceux qui attendaient la pluie depuis longtemps et pour les autres qui aiment juste entendre ces barouf et ces flic-floc, mais il ne faudrait pas mettre tous les œufs dans le même panier, moi je n’aime pas ce temps de chien, ça perturbe mon humeur. A propos d’œufs, il y en aura pas beaucoup si ce peu de luminosité perdure, les poules vont dormir longtemps…

Et dire que la nuit était si belle avec une lune bien ronde et si claire qui avait l’air de veiller sur nous. Avec l’absence de soleil, c’est fichu, ça va être l’obscurité pour la journée entière. Ah il nous a bien pigeonnés celui d’en haut. On va devoir rester à l’intérieur maintenant, le froid de canard va se faire sentir avec toute cette humidité et ce vent violent. Je sais que ça ne sert à rien de ruer dans les brancards mais le dire me fait du bien. Râleuse, moi !? Euh non pas trop…

Et puis après la pluie, le beau temps est revenu, j’ai retrouvé le sourire, mon pull n’aura pas de gros trou. Les poules ont chanté après avoir pondu, elles ont fouillé, farfouillé, picoré et gobé les vers, mais elles ne font toujours pas de poésie.

Perturbée, moi !? non, c’est juste pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés lundi dernier.

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On tend souvent la main juste par habitude

On tend souvent la main juste par habitude vers un quotidien,

sans espoir forcément d’y découvrir quelque chose en particulier. C’est pour moi un motif de lecture rapide du matin en attendant que les rayons du soleil tardif de l’automne réchauffent l’air frais au dehors.

J’ai donc tendu la main vers la gazette laissée sur le coin de la table, et l’ai dépliée à la page des bulles. Mes épaules se détendaient et je souriais à l’idée d’y lire un truc plaisant. Mais cette fois encore c’était partie remise, car je sentais le regard soupçonneux presque inquiet de Mémé, arrivée clopin-clopant dans le hall d’entrée et marquant déjà son impatience avec sa canne sur le carrelage.

Je levai la tête et lui fis un clin d’œil. Je ne suis pas sûre qu’il faille lui répéter sans fin les mêmes mots. L’ordre dans sa tête n’est plus le même qu’avant et il faudra s’y faire. Elle se frottait les mains de contentement. Elle portait les gants roses qu’elle avait tricotés avec pleins de petits restes de laines et qui lui allaient si bien.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés : souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

Prendre le temps et regarder les gens

Prendre le temps et regarder les gens.

Ce matin je suis en gare et j’attends que la grisaille se lève. Les horaires ne sont pas affichés. Ou plutôt si, mais c’est un vrai capharnaüm ici. Les destinations et les heures sont mélangées. Le premier élément de la première colonne correspond au deuxième élément de la deuxième colonne. Et ainsi de suite, et ce grand tableau comporte une bonne dizaine de colonnes et autant de lignes. L’ordinateur qui travaille dans cette boite a-t-il voulu nous taquiner un peu ? Bien sûr, je comprends que j’ai raté mon train.
Laisser alors les trains et le temps passer, c’est un peu procrastiner ! Dans cette gare grise, il y a autant de quais que de lettres dans notre alphabet et les voyageurs, à l’heure qu’il est, sont innombrables. L’humeur est grise, un peu comme sur les photos d’antan. Certains sont perdus, affolés, circulent en tous sens, d’autres, qui ont pigé le truc, maintenant sans doute, restent sur place et laissent les premiers danser. Le fou-rire me prend.
Le gamin à côté de moi se met à rire lui-aussi et agite le petit drapeau qu’il tient dans sa main libre, l’autre étant fourrée dans celle de sa mère. Elle lui sourit. Ils ont de jolis T-shirts décorés sur le devant. Un bel ara multicolore précédé d’un L majuscule orne le sien, et un arc d’indien précédé d’un M embellit celui du petit. On peut deviner leurs prénoms. Je regarde celui du mari, qui leur sourit à son tour, il est orné un grand C suivi d’un éléphant caché dans un arrosoir. Là je reste perplexe.

Pour répondre à Des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés de la semaine : procrastiner – drapeau – ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner

Six mots, douzième histoire pour un mois doux

Six mots, douzième histoire pour un mois doux.

Pas l’ombre d’un doute, je savais que je ne sortirais pas indemne de ce rendez-vous, mais, croyez-moi, lui aussi allait garder quelque souvenir. Il était venu pour manger, ça se lisait sur sa mine, et voyant mon cappuccino, seul sur la petite table ronde, il s’est ravisé et s’assit sur l’autre siège un peu nerveux quand même, je le vis à ses mains. J’avais choisi le coin bar des tables étroites et sans nappe. Cependant j’étais soulagée qu’ il soit venu. L’entrevue serait courte, je le savais. Je me sentais presque détendue quand le barman arriva, et perçus, à cet instant seulement la musique de fond diffusée légèrement. Je portai la tasse à mes lèvres et le laissai passer sa commande.

Six mots, douzième histoire pour un mois doux. C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la récolte 12 et sûrement inspirée de ma lecture du moment. Je vous invite même à cliquer et écouter.

J’écoute les infos et je tends l’oreille

J’écoute les infos et je tends l’oreille. Les politiques s’en mêlent enfin, mon esprit s’emballe et mes mots s’emmêlent.

PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestion pour autrui), y réfléchira-t-on un jour correctement ?Si la loi pour le mariage pour tous est officielle, on aurait pu penser que les lois sur ces nouvelles unions allaient suivre… pour établir des droits et des devoirs. Sinon, pour faire des enfants, nous avons notre côté animal, mais composer une famille dépend du cœur de chacun, d’une tradition, d’une culture, de règles établies et respectées.

J’ai eu la chance de grandir en famille avec mes parents et mes sœurs, et j’ai pu en construire une avec mon compagnon et mes enfants que j’ai portés et mis au monde sans difficulté. Je comprends très bien que mes voisins, mes amis, mes collègues souhaitent avoir une famille eux-aussi, ou fassent le choix de ne pas en avoir. Je ne me suis pas posée toutes sortes de questions à l’époque, et mes enfants ont grandi. Certains sont parents, d’autres ne le seront peut-être pas. Est-ce que c’est vraiment un choix ou un don de la vie ? A-t-on des enfants pour soi, ou pour eux ? ou les deux à la fois, peut-être ?.C’est donc un désir et un choix, à la fois, et la nature qui décide. Et puis bien vite, on s’aperçoit que nos voisins, nos amis, nos collègues ont ou ont eu des enfants. Est-ce par GPA ou PMA ?

Pardon de tout ce blabla. Est-ce que ça dérange si les enfants de nos voisins, de nos amis, de nos collègues ont été adoptés ou nés à la suite de PMA ou GPA ? Qu’importe.

Qui serait dérangé s’il n’est pas concerné. Je suis simplement désolée de ne pas m’être posé la question d’être donneuse d’ovules ou ovocytes. Je ne me sentais pas concernée sans doute. S’ils en avaient eu besoin, ce n’est pas grâce à moi que leurs enfants sont nés. Si la loi l’avait permis, aurais-je été donneur pour une PMA ? Aurais-je cherché à les connaître ? Auraient-ils voulu me connaître, ou mon nom seulement ? Quels droits et quels devoirs de l’un vis à vis de l’autre ?

Et pour une GPA, c’est un peu plus compliqué, parce que ce n’est pas comme un don du sang, on est impliqué physiquement et ça prend plus de temps. Est-ce que ça nous implique psychiquement ? Aurais-je prêté mon ventre pour celle qui me l’aurait demandé ? Ayant déjà eu trois enfants pour notre famille, la ou les GPA auraient-elles été des grossesses suivantes ou intercalées à celles de notre famille. Ou aurions-nous fait le choix d’avoir nos trois enfants ? On peut se poser les mêmes questions que pour la PMA sur le nom, les droits, les devoirs vis à vis de l’enfant à naître, et d’autres aussi. Est-ce que la mère porteuse sera reconnue comme une femme ayant accouché du point de vue médicale ? Y aura-t-il un âge minimal et maximal pour porter pour autrui ? Devra-t-elle être déjà mère ? Pourra-t-elle faire seule ce choix (c-a-d sans le consentement de son conjoint, s’il y a) ? En tous cas, GPA ou PMA maintenant, ce sera sans moi, mais il faut y réfléchir pour les plus jeunes.

J’ai déposé ces mots comme ils me sont venus, j’aurais sans doute mille autres questions. Si la loi n’est pas claire et établie, chacun peut y voir l’occasion de se faire du fric, comme pour la drogue et la prostitution. Je ne suis pas directement concernée, je voudrais juste que nos petits et nos enfants de demain ne soient pas porteurs ou donneurs ou parents un jour contre de l’argent au risque de se briser la santé juste parce qu’une loi n’existe pas dans notre pays et qu’on aura choisi de ne pas y réfléchir un peu plus que nos amis voisins.

Et je ne parlerai pas de Dieu dans tout ça, car on sait qu’il nous a fait à son image, et que ce sont des hommes qui se sont désignés comme étant ses porte-paroles.

Pour celles qui ne viendraient ici que pour les explications de ces gants tricotés au point mousse à deux aiguilles, elles sont ici.

Une île sur laquelle une petite communauté vit

Une île sur laquelle une petite communauté vit

de la pêche, de la vigne, des oliviers et des câpriers, à l’écart du fracas du monde. Jusqu’au jour où trois cadavres s’échouent sur les rives. Que faire d’eux ? Bousculés dans leur tranquillité, les habitants se trouvent alors face à des choix qui révèlent leur petitesse, leur humanité ou leur égoïsme.
Roman policier tout autant que conte philosophique, l’Archipel du Chien s’inscrit dans la veine des Âmes grises et du Rapport de Brodeck.

Ce sont les mots que l’on peut lire sur la quatrième page de couverture. Et voici un petit extrait :

… Le Curé, qui avait ôté ses culs de bouteille vitrifiés par la vapeur glacée, voulut faire disparaître ce regard vide, si peu humain, et avant même que le Maire pût l’en empêcher, il tenta de faire glisser les paupières sur les yeux morts sans songer que son geste était vain puisque la chair du malheureux avait désormais acquis la dureté du marbre.
Et ce à quoi le Curé n’avait pas songé non plus, c’est que la peau de ses doigts se collerait en un millième de seconde aux grands yeux blancs, le froid agissant comme le plus efficace des glus, et il se retrouva donc avec la pulpe du pouce et du majeur de sa main droite soudée aux billes pâles.
Il émit un petit gémissement, de peur et de surprise, et essaya de retirer sa main mais ses deux doigts demeuraient attachés aux yeux du mort. La panique ne lui fit pas entendre ce que disait le Maire, qui lui ordonnait en hurlant de ne surtout rien faire, de ne pas bouger et demandait au Spadon d’aller vite chercher un broc d’eau chaude : d’un geste sec du bras et dans une cri de douleur, le Curé arracha ses doigts du cadavre.
On vit alors une chose qui parut à tous irréelle et fantastique : un visage mort, d’un noir tirant sur le gris, couvert de cheveux crépus blancs de givre, dont les yeux soudain se mirent à pleurer des larmes de sang que le froid immédiatement figea en de minuscules perles écarlates.

Pour parler de l’Archipel du Chien de Philippe Claudel et montrer ma couverture de la canicule aux couleurs de l’océan.

Des mots dits et une histoire chez Olivia

des mots dits et une histoire chez Olivia

La canicule plombe l’atmosphère cette semaine encore, et je reste au frais dans la cuisine dont la large porte-fenêtre s’ouvre au nord et donne directement sur le jardin ensoleillé. Avec ses rosiers, hortensias et buddleias tous fleuris, et le gros figuier portant ses fruits presque mûrs et étendant largement son ombre sur la pelouse, ç’aurait pu être comme un conte de fées ce weekend, s’il n’y avait pas eu ce clébard qui aboyait chez les voisins depuis vendredi soir. C’est comme ça toutes les fins de semaine quand il fait beau. Ils partent et se moquent pas mal de l’animal.

Alors, fatiguée de l’entendre, je suis allée avec mon arrosoir plein d’eau fraîche pour vérifier s’il avait à boire. Mais il avait tourné tant et tant de fois autour du piquet qu’il avait raccourci sa longueur de corde et ne pouvait plus atteindre son auge dont l’eau s’était évaporée. Quelle misère ! Et quelle odeur ! son enclos, jamais nettoyé, est un vrai crottoir. Il ne faut pas être expert en la matière pour constater que ce chien n’est pas aimé de ses maîtres.

J’ai hésité, puis j’ai ouvert la porte. La pauvre bête n’aboyait plus, se tenait plutôt tranquille, soufflait fort et souffrait terriblement apparemment. Je suis rentrée à côté de lui, mais sa corde était trop entortillée et je ne pouvais pas défaire tous ces nœuds sans tirer sur le cou de l’animal et lui faire mal. Je le détachai. Merde, je n’avais pas refermé la porte derrière moi et il s’est barré, le con… pour aller se rouler dans l’herbe fraîche sous les arbres. Ah oui, comme je le comprends. Ça y est la corde est dénouée… et le toutou revient à toute vitesse et me saute dessus sans que je puisse me protéger… Patatras… puis se retourne vers l’auge que j’ai remplie et lape, lape tant qu’il peut.

Bon, je suis toute sale, mais il est revenu et je peux le laisser là, rassurée. Comment ne pas s’émouvoir de ce gros merci chavirant.

C’est pour répondre à des mots dits et une histoire chez Olivia avec les mots proposés et en pensant à tous les êtres vivants touchés par la canicule de ce début d’été, et les textes des autres participants sont là.