Elle avait une petite étincelle au fond de ses yeux

Elle avait une petite étincelle au fond de ses yeux aussi vive que la flamme rouge du camion jaune de son petit fils.

Elle aimait la vie et passait des heures à contempler les enfants jouer et les gens discuter entre eux. Elle était discrète et n’avait cesse de sourire de les voir vivre ainsi. Cette « vieille branche » (c’est comme ça que ses amies de toujours la nommaient avec tendresse) était pourtant de santé précaire. Son cœur était fragile et elle savait qu’il ne faudrait pas grand chose pour qu’il se brise à jamais. Sans se plaindre et allant bon train, cette femme était empreinte d’une grande générosité et son combat le plus fort dans la vie, ça n’était de se garder en bonne forme pour elle-même, ni de veiller à la fragilité de son cœur. L’essentiel de sa vie c’était le bonheur des autres, de donner de la joie à ceux qui l’entouraient et de les préserver pour continuer à les regarder rire.

C’est ma participation aux mots, une histoire chez Olivia  dont la récolte des mots avait été pour beaucoup inspirée de l’incendie de Notre-Dame de Paris en début de semaine.

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Mon tricot du moment#4

Mon tricot du moment#4 pour ma poulette

Ma poulette est la plus jeune de mes tout-petits
Oh ! elle a eu son lot de brassières et de chaussons tricotés à sa
Naissance. Elle ne manque ni de pulls ni de gilets, mais
Trois numéros la précèdent en deux ans et demi, et il faut se
Rendre à l’évidence, elle hérite des tricots des plus grands.
Ils sont encore en bon état et n’ont perdu ni leur
Couleurs, ni leurs formes, ils lui vont bien.
On les personnalise en changeant les boutons,
Tous ou partie, ou en brodant quelques fleurs sur les
Devants ou l’encolure pour leur donner
Un air plus féminin…
Mais là, j’avais envie de tricoter juste pour elle, j’ai marié deux
Onctueux fils de coton comme sa peau douce,
Mercerisé, soyeux,
Et tendre, de couleur rose comme les fleurs du
Néflier qui s’épanouissent au jardin. J’essaie la
Technique top down avec un raglan ajouré.

Patience active

Patience active

Parce que j’avais sûrement des ouvrages plus urgents
A confectionner, j’avais oublié ce gilet au fond d’un sac à
Tricot. Et quand j’ai repris à nouveau ce travail en mains,
Il se passa quelque chose d’extraordinaire, la laine était douce
Et les mailles courraient sur les aiguilles…
N’empêche que j’ai ressenti le besoin d’en parler,
Causant de tout ça et couchant des mots ici m’a fait du bien,
Et j’ai même mené à bout d’autres ouvrages en parallèle
Avec ce boulet toujours posé très près de moi et bien visible,
Chauffant mes genoux tant les morceaux sont larges et longs,
Tricotant des soirs et des matins, presque sans relâche…
Il est quasiment terminé aujourd’hui, je
Viens de remonter les mailles pour l’encolure
Et je coudrai une fermeture éclair sur le devant.

Patience active. J’ai écrit ces mots il y a quelques jours. Simplement. Je pensais qu’il était bon d’en parler. Et Jo m’avait encouragée par ces deux mots et sa définition positive. Merci, boulet est beau et va très bien.

Le boulet

Le boulet


Les ouvrages sont ainsi, certains traînent dans les paniers
Et tardent à être terminés.
Bien que la couleur plaise énormément,
Ou que le fil soit de bonne qualité,
Une non-envie de continuer s’installe et dure…
Le tricot devient boulet, est laissé de côté,
Enfoui dans un sac profond, et oublié,
Tandis que les jours passent et les saisons reviennent…

Je viens d’ouvrir le sac et de ressortir le seul morceau… ah oui, en effet, je n’étais pas allée bien loin. Un dos, même pas fini !
Et finalement je me suis attelée, ai mesuré à nouveau et commencé les devants de ce gilet, oui oui ensemble, avec quelques rais de côtes sur le côté presque sous les bras, pour « donner de l’aisance », et aujourd’hui, je fais les manches en demi-raglan.
Je souris, car je ne suis pas la seule à avoir des boulets dans mes sacs, voyez.

Une école buissonnière

La Fontaine, une école buissonnière d’Erik Orsenna

Quatrième de couverture

Que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ? Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris, joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière, Racine. Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque de l’ombre au Roi-Soleil. Voici un très cohérent mari : vite cocu tranquille de l’être, pourvu qu’on le laisse courir à sa guise. Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables. Et peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’éducation nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles du corsage ». Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie : mi-fable, mi-conte. Gravement coquine. EO

Une vie inconnue et très légère décrite de façon fabuleuse dans un langage d’époque retrouvé, un pur moment de détente.

Pauvr’fille

La pauvr’fille, elle a un grain c’est moi qui vous le dis.


Elle est arrivée comme dans un moulin, attifée comme une vieille poule et légèrement vêtue, un sac clinquant accroché à l’avant bras gauche, croyant assurément s’être fait une beauté. Mais à cette heure où allait-elle, qu’avait-elle l’intention de faire? Mémé disait d’elle qu’elle n’avait que deux sous de malice, et qu’il faudrait sans doute toujours veiller sur elle. L’aïeule avait des petites phrases de ce genre, fameuses et bien relevées, avec du poivre et du sel juste comme on aime dans la bonne cuisine, et tout ça en essuyant la vaisselle de midi en bout de table qu’on avait posée à sa portée puisque ses jambes ne voulaient plus suivre ce que commandait sa tête et histoire d’apporter du sable au ciment de la famille à ce qu’elle avait expliqué il y avait quelques années déjà.
Ce jour-là donc, la volatile avait ouvert grand la porte et restait plantée-là, souriante, des clés de voiture dans la main droite mais hésitante à entrer, et du coup les papiers du courrier du matin laissés sur le buffet et la dentelle des napperons ornant la commode se sont agités comme les épis de blé au vent d’été. Seulement c’était toujours l’hiver, il faisait encore froid dehors et le violent courant d’air parsema le seuil d’entrée de poussières de vieilles feuilles, j’ai senti le frais envahir la pièce et caresser ma peau, Mémé aussi car elle décroisa les pieds sous sa chaise et les croisa dans l’autre sens, mais je restais scotché à regarder l’autre sans pouvoir dire un mot…

Pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés.

La vraie vie

Adeline Dieudonné commence La vraie vie par ces mots :

A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus…

Et cette fille continue son histoire et nous emporte dans sa vie

Gilles venait se blottir dans mon lit tous les soirs. Le nez dans ses cheveux, je pouvais presque entendre ses cauchemars. J’aurais donné tout ce que j’avais pour pouvoir remonter le temps, revenir au moment où j’avais demandé cette glace. J’ai imaginé cette scène des milliers de fois. Cette scène où je dis au glacier: « Chocolat-stracciatella dans un cornet, s’il vous plait monsieur ». Et il me dit: « Pas de chantilly aujourd’hui, mademoiselle? » Et je réponds: « Non merci, monsieur ». Et ma planète n’est pas aspirée dans un trou noir. Et le visage du vieux n’explose pas devant mon petit frère et ma maison. Et je continue à entendre la « Valse des fleurs » le lendemain et le surlendemain; et l’histoire s’arrête là. Et Gilles sourit.

A la fin de l’année scolaire, mon prof de sciences a convoqué mes parents. Ma mère est venue seule. Mon prof tenait à ce que je sois présente lors de l’entretien. Je ne l’aimais pas beaucoup parce qu’il sentait la crème aigre. Et puis il faisait des rapprochements entre les concepts scientifiques et philosophiques qui étaient intéressants, mais qui ralentissaient le cours.

Le professeur Pavlovic me disait que j’avais désormais le niveau pour intégrer les plus grandes facultés de physique. Cela faisait maintenant deux ans que j’allais le voir régulièrement.Et mon père n’en savait toujours rien. Je m’arrangeais pour planifier nos rendez-vous pendant les heures de bureau, quand mon père était au parc d’attractions. Mais maintenant qu’il n’y était plus, ça devenait beaucoup plus compliqué. Surtout qu’il m’observait. Il s’ennuyait, il n’avait plus rien a faire de ses journées et il ne quittait presque plus la maison.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing. « La vraie vie » est son premier roman.