Il marchait dans une ville déserte

Sous le soleil, il marchait dans une ville déserte.

Il marchait dans une ville déserte

Une cité blanche, avec de grandes avenues ponctuées de palmiers et d’édifices aux toits-terrasses. Il savait qu’il rêvait mais le rêve était plus fort que tout, formant un univers clos dont il lui était impossible de s’extraire.

Il avançait avec difficulté, sentant ses pas s’enfoncer dans le sol. Pourtant l’asphalte était dur : c’était son corps qui cédait comme de la boue. Ses membres ne contenaient plus ni os ni muscle. La lumière accentuait encore sa déliquescence. Il fondait dans la chaleur…

Il repéra sous les porches des taches brunes qui ressemblaient à des silhouettes. Il s’approcha et découvrit des peaux noircies, graisseuses, clouées aux portes, s’étoilant sur un mètre d’envergure…

Extrait de Congo Requiem de JC Grangé.

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Le mois dernier

Gaby noyé le mois dernier

Le mois dernier

Dans un étang près de Varennes
Comme un vulgaire braconnier
Identifié grâce à ses dents-
Son blanc dentier de porcelaine
Mordant la vase – car il sourriait.

Avant lui c’était Roméro,
Ombre sur pattes, Indien des toits,
Il a glissé son numéro
A la grande Pirate du ciel
Pour qu’elle l’appelle encore une fois
Et monte-en-l’air un coup de trop.

Et puis Cassis, et puis la Poire,
L’un qui s’évapore par l’éther
Entre les serres de sa mémoire,
L’autre qui fuit de toutes parts,
Pendu aux branches des cathéters
Des fruits amers et des trous noirs.

Je n’oublie pas aussi Jean-Gilles,
Autoproclamé Prince des rues,
Stoppé au vol par deux vigiles,
Deux jeunes laquais de succursale,
Alors qu’il était seul et nu,
Tout ça pour moins de cinquante mille.

Je n’oublie par le Moine errant
Dans cet étrange monastère
Où sont les fantômes vivants.
Centrale. Cellule. Bruits de fermoirs,
Je sais la gueule que l’on peut faire
Suivant son propre enterrement.

Léon, mon frère, je ne prie pas,
Je murmure ton nom aux étoiles
Quand vient le soir. Je n’oublie pas
Et puis je chiale, sur vous, sur nous,
Sur la poussière de nos étoiles,
Et mes yeux brillent comme ceux des rats.

Nous avons eu vingt ans, brigands
Des grandes villes, cow-boys aux colts
Fumants, nous avons eu trente ans,
L’or et les filles plein les sacoches,
C’était du vent. Vient la récolte.
L’hiver approche, et moi j’attends.

Bande décimée de Marcus Malte, extrait de ce petit livre.

Neuf Nectarines

Neuf Nectarines

Neuf nectarines

Par paires comme on fait des pêches espacées que leurs fruits soient vifs — huit en plus d’une, sur ramures crues de l’an dernier — elles semblent un dérivatif; quoique le contraire aussi bien se rencontre fréquemment — neuf pêches au nectarinier.
Sans duvet, sous svelte feuillée en croissant bleus ou bien verts, ou l’un et l’autre dans le style chinois, ces quatre paires lunulées par placages foliolants au soleil rosissent du ton puce American Beauty, piqué, qu’applique au gris cireux l’art sans grand-malice des reliures mercantiles.
Comme la pêche Yu, pêche à bajoue rouge, sans objet pour les morts, qui à point mangée aide à prévenir la mort, pavie d’Italie, prune persane sur pâlis enclose aux remparts d’Ispahan, la nectarine se rencontra
à l’état spontané, sauvage, (sauvage, est-ce sûr? De Candolle, prudent, se taira) d’abord en Chine.
On ne perçoit pas une imperfection dans la neuvaine emblématique, au vantail feuillu que ne pique nul curculio, sur ce plat où on l’a dépeinte jadis, restauré depuis maintes fois, non plus que dans la justesse
de l’orignal sans andouiller, (cheval d’Islande? ou âne?), assoupi contre le vieil arbre touffu aux branches pliées, et dont la robe est de la teinte brunâtre de la fleur de l’arbuste.
Un Chinois «comprend l’esprit des étendues sans bornes» et, sous son allure de poney amateur de nectarines, le kylin — licorne à queue longue ou sans queue, petite, au poil de chameau commun, sans cornes, d’un brun de cannelle monté sur pattes de gazelle.
Cette pièce émaillée est un chef d’œuvre qu’on doit à la chimère d’un Chinois.

essai de traduction d’un poème de Marianne Moore

Soleil vert

Je voudrais du soleil vert

Soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d’hiver

Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle Angleterre
Je veux changer d’atmosphère
Dans mon jardin d’hiver

Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n’en peux plus de t’attendre
Les années passent
Qu’il est loin l’âge tendre
Nul ne peut nous entendre

Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d’hiver

Je veux déjeuner par terre
Comme au long des golfes clairs
T’embrasser les yeux ouverts
Dans mon jardin d’hiver

Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n’en peux plus de t’attendre
Les années passent
Qu’il est loin l’âge tendre
Nul ne peut nous entendre

Jardin d’hiver de Henri Salvador

L’histoire des boules du père Léon

L’histoire des boules du père Léon

L'histoire des boules du père Léon

« A l’origine, l’arbre de noël était décoré de belles pommes rouges, symboles de la vie durant la saison morte. Cet arbre venait d’orient. Une sorte de plaqueminier m’a dit le père Léon. Dans certaines régions où cet arbre n’existait pas encore, on ajouta des bonbons, des gâteaux, des noix et des noisettes.

C’est un artisan verrier qui eut l’idée de reproduire ces noisettes en verre soufflé, ouvrant une tradition qui se répandit très vite à travers le monde. C’était une année de grande sécheresse, privant le pays tout entier de réserves pour la saison froide, de pommes et de fruits, privant du même coup les sapins de Noël de leurs décorations.

C’est alors que le père Germain, souffleur de verre réputé, a l’idée de faire plaisir aux enfants et confectionne de fameuses boules en verre.

L’idée se répand dans toute la contrée et bien au-delà. Les ouvriers verriers soufflent jours et nuits des boules de toutes tailles. Ces boules décoreront les sapins dans les maisons, mais aussi dans les rues et sur les places. Des boules énormes seront fabriquées. Faute de pouvoir les ranger, le restant de l’année, les plus grosses seront ensuite cassées en morceaux pour réaliser des verres à lunettes et d’horlogerie. Cette tradition préférée du père Léon et ces techniques de soufflage et d’argenture ne se sont jamais perdues et perdurent dans un petit coin de Germanie. »

Juste pour apporter un peu de clarté dans le ciel gris d’aujourd’hui.

Lucie Oh Lucie

Lucie Oh Lucie

Lucie Oh Lucie
Qu’est ce qui t’amène
Oh Lucie, Oh Lucie
Qu’est ce qui te gène
Toute la ville t’appartient
Toute la ville est dans tes mains
Le reste n’est qu’histoire ancienne
Tu connaissais déjà la fin

Lucie oh Lucie
C’est pas la peine
Oh Lucie oh Lucie
Que tu reviennes
Tous les hommes te regardent
Ils te salissent de leurs yeux
C’est la manière dont tu te fardes
Qui ressemble à un aveu
Toute la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient

Tu le sais bien
Lucie
Lucie

Lucie oh Lucie
Faut que tu comprennes
Oh Lucie oh Lucie
Que tu te souviennes
Ces nuits entières devant la glace
Ou je m’inventais de la dignité
Dans le lit j’embrassais ta place
Et tu voudrais recommencer
Toute la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient
Tu le sais bien
Aujourd’hui la vie que je mène
A guéri ma fragilité
C’est la seule chose qui te gène
Et que tu voudrais m’enlever
Pourtant la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient
Tu le sais bien
Lucie

Chanson de Balavoine pour fêter la lumière

La soupe du moment

La soupe du moment

La soupe du moment

Le vent souffle dans notre dos et nous fait entrer très vite.
Arrivés, déchaussés, reposés,
sortons les ustensiles de cuisine.
on épluche et découpe le butternut en carrés
une cuillèrée d’huile chauffe au fond de la cocotte
pincée de curcuma ajoutée
et une autre de muscade râpée
dore doucement un émincé d’oignon
une douce odeur emplit notre nez
morceaux de butternut versés
on touille ce fumet
mélange le tout un peu salé
et légèrement poivré
ne tardons pas à installer les assiettes
tout sera dégusté avec ou sans fleurette.