La belle vie des autres

La belle vie des autres

Jocelyne, avait-elle une chance de réagir autrement dans cette affaire qui lui tord le ventre ?

Elle jette un œil à la pièce avant de la quitter. Tout est bien rangé.  Rien ne dépasse, rien ne traîne. L’ordre et la rigueur sont les seuls garants du bon fonctionnement des choses. Le procureur est incroyablement bordélique. C’est une greffière comme elle dont il avait besoin. Il ne s’en serait jamais sorti autrement, Jocelyne en est certaine. Pourtant elle constate qu’il range bien soigneusement les courriers qu’il reçoit de cette jeune femme depuis des semaines dans cette nouvelle boite ornée d’une grosse cabosse dorée sur le couvercle. Preuve à ses yeux qu’elle est devenue plus importante que tout le reste. Et qu’il est capable de ranger quand il est motivé.

Elle arpente le boulevard sous son parapluie en évitant les aspérités et les crottes sur le trottoir. Elle déteste ces gens qui ne respectent rien et qui laissent traîner leur chien. Elle va encore devoir nettoyer ses talons. Il y a pourtant de nombreux distributeurs d’emballages spécialement réservés à cet usage.

Ce soir il lui faudra faire quelques courses pour sa mère. Elle savait que ce serait une mauvaise idée de prendre cet appartement dans le même immeuble. Mais sa maladie invalidante oblige à quelques sacrifices les plus fous parfois, et le désir de donner l’image d’une bonne fille serviable ne lui permet pas de fuir à l’autre bout du pays comme l’a fait sa sœur. Sa mère n’est pas méchante, elle est mauvaise.

Tu arrives tard !

C’est que je t’ai fait quelques courses.

Et tu as taché ta blouse !

Oui, une personne à la cantine à midi a lâché son plateau.

Ça fait négligé ! 

Je la mettrai à tremper en arrivant chez moi tout à l’heure.

Avant de partir, sors ma soupe du frigo, pose-la au chaud sur le bord du fourneau et mets un couvercle.

Elle s’exécute, et elle s’accroche à l’idée que les quelques marches et les deux étages qui les séparent l’une de l’autre est une sacrée chance pour elle. Que serait leur vie si elle était commune ?! En claquant enfin la porte de son modeste studio, elle s’appuie un instant contre le mur et ferme les yeux. La paroi dans son dos semble presque tiède comme un câlin. Elle n’en a jamais connu de la part de sa mère, seule sa grand-mère, décédée depuis si longtemps, portait sur elle un regard bienveillant. La seule « douceur » que sa mère lui propose parfois, c’est un carré de cette vieille tablette, au goût suranné, qu’elle conserve au frais derrière le récipient à soupe depuis que sa fille a eu la folle idée de lui acheter et gaspiller son argent. Il faut savoir limiter ses plaisirs, lui avait crié sa mère au lieu de lui dire merci. Il y a de quoi broyer du noir. Pourtant, sa grand-mère disait que c’est le chocolat que devrait souvent prescrire un médecin à ses patients. Puis elle se met à imaginer la vie de la femme du procureur, et elle sent monter en elle ce mélange de colère et tristesse. Puisqu’elle ne peut pas être sa femme, elle prendra sa défense. Même s’il avait eu la généreuse attention de partager et lui offrir le dernier chocolat de cette belle boite. Elle se souvient l’avoir fait fondre longtemps entre sa langue et son palais pour le déguster. C’était comme s’il lui avait offert toutes les viennoiseries et pâtisseries de la vitrine d’en face qu’elle regarde souvent avec envie et dont elle se prive depuis toujours. Mais était-ce une manière de la soudoyer, elle, qui s’applique à rester droite et ne pas sombrer dans la luxure ? parce qu’il a placé cette boite maintenant bien en vue pour la narguer, elle en est persuadée. Alors tant pis, il ne s’en tirera pas comme ça. C’est honteux de ne pas voir le mal qu’il fait ou qu’il est sur le point de faire. Honteux, mais il n’en reste pas moins bel homme, avec ce regard ténébreux et ce corps bien bâti. Tout le problème est là.

C’est un extrait de ce livre « Dans le murmure des feuilles qui dansent » de Agnès Ledig, rempli de personnages aussi attachants les uns que les autres, auquel j’ai ajouté les mots récoltés pour participer aux Plumes 21.04 chez Emilie.

Les aléas de la vie sont ainsi

Les aléas de la vie sont ainsi faits.

Mais on ne peut s’empêcher de constater que le hasard distribue plus de chance à certains qu’à d’autres, mine de rien. Chez Alex, la nostalgie a plutôt des traits d’angoisse et douleurs. A aucun moment elle ne souhaite revivre sa jeunesse. Elle se souvient. Les jours les plus heureux de son enfance sont ceux passés loin de la maison que ses parents avaient restaurée quand ils sont arrivés dans le New-Jersey lors de vacances d’été. En famille à six, avec ses frères et sœurs, sans ses grands-parents.

Elle ne s’est jamais résignée. A s’en rendre même malade à l’adolescence. Elle a un regret. De ne pas avoir su exprimer son premier mal-être à trois ans à peine. Elle ne connaissait pas encore les mots pour le dire. Et ces maux qu’elle avait subis, ces sœurs et elle allaient les encaisser pendant des années. Elle a parlé pourtant, elles ont décrit les faits et fait comprendre à leur parents leur détresse. Sans jamais obtenir l’intérêt escompté. Elles allaient devoir faire comme si elles n’en étaient pas affectées et comme si ce qui s’était passé n’avait pas de conséquence. A cet âge, comment ne pas croire les parents expliquant que c’était le mieux pour elles ?

Des souvenirs, elle en a et elle écrit. Comme les goûters où l’on discutait en dégustant le thé accompagné d’une madeleine remplacée par un banana-split les dimanches après-midi. Suivaient les parties de dames sur la petite table du salon proposées par sa grand-mère qu’elle gagnait souvent et qu’on aurait pu croire joyeuses, très vite assombries par l’haleine chaude de son grand-père soudain derrière elle qui se penchait dans son cou pour s’émerveiller de son vif entrain et de sa réussite.

Disparaître… Disparaître et ne jamais ré-apparaître, c’est ce dont elle rêve chaque fois que s’assoit son grand-père sur le bord de son lit en enlevant son dentier et, si elle résiste, sachant lui répéter d’une haleine fétide qu’il est un sorcier, qu’il pourrait la tourmenter jusqu’après la mort et qu’il ne faut rien dire à personne.

C’est ma participation aux deuxièmes Plumes chez Emilie pour 2021 avec les mots proposés et notés en gras pour parler du livre que je viens de fermer. Ce livre est tout autre de l’idée que j’avais eu en lisant la quatrième de couverture. Etudiante en droit à Harvard, Alex Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Ricky Langley, dont la confession ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alex ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire. Elle n’aura alors qu’une obsession : enquêter sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Ce coin me semble idéal

– Où je me mets ? – Ce coin me semble idéal.

Berthe s’est laissé guider vers un amas de foin au-dessus duquel perçait le soleil entre les planches lâches de la grange, prodiguant une lumière chaude et intime. Posée sur une botte, Berthe attendait la suite, mal à l’aise.

– Eh bien, Berthe, a dit Norbert en attente d’une évidence.

– Oui ? Quoi ? a demandé Berthe, paumée.

– Nous sommes là pour peindre un nu.

– Et ?

Norbert n’a rien ajouté et a attendu que Berthe arrive à la conclusion par elle-même.

– Ah oui, merde, la robe !

Une femme si belle et des manières si rudes, Norbert avait trouvé un sujet en or. Berthe a commencé à baisser ses bretelles puis a ressenti une gêne inattendue.

– Ça vous dérangerait pas de vous tourner ?

– Aucunement.

Norbert avait l’habitude de la pudeur avant l’exhibition et s’est exécuté sans discuter.

– Norbert ?

– Oui, Berthe ?

– Votre chien. Il me reluque. Il me met mal à l’aise.

– Oh pardon. Allez viens Renoir.

Norbert a sorti le labrador de la grange, puis a préparé sa palette de fusains.

– Prenez votre temps, Berthe, et faites-moi signe quand vous êtes prête.

Les mots de Norbert lui donnaient confiance. Se dévoiler ainsi n’était pas habituel, mais elle sentait que ça allait être un grand moment de découverte. Elle essayait de faire le vide dans sa tête pour la garder froide. Elle retrouva très vite des gestes naturels pour se désaper, comme ceux qu’elle avait pour croquer dans une pomme ou pour attiser le foyer de sa cuisinière.

– Un « Bong » métallique a résonné alors que Berthe laissait glisser sa robe à grosses fleurs blanches à ses pieds. « Merde, le Luger ! »

– Tout va bien, Berthe ?

– Oui, c’est rien, c’est juste… un marteau qui traînait. Vous pouvez vous retourner.

Ce qu’a fait Norbert. Berthe s’est ainsi offerte, cheveux sauvages lâchés sur les épaules, les seins nus superbement dressés, et la fine petite culotte pour seul vêtement, était une image d’un érotisme fou. Le peintre a dû reprendre l’ascendant sur l’homme émoustillé, et a entamé la taille de ses fusains.

– Et, hum, Berthe, il s’agit d’un nu, je vous rappelle.

– Et ?

– Votre culotte, Berthe.

– Ah oui, je suis conne. Voilà.

Norbert a dégluti. Et le peintre s’est fait éclipser par l’homme pris d’une gaule grandiose.

– Je me mets dans quelle position ? a demandé Berthe innocemment. Norbert en a cassé le fusain entre ses doigts.

Je me permets de fusionner dans cet article ma participation aux premières Plumes de l’an 21 chez Emilie avec les mots récoltés (découverte blanc vide confiance croquer naturel grand métal dévoiler culotte tête froid foyer fusionner) avec un court extrait (en italique) du texte drôle et plein d’émotions que je viens de lire et qui colle admirablement au thème proposé pour remercier le Père Noël qui m’a offert ce petit bijou poétique: « Mamie Luger » de Benoît Philippon.

Le ciel s’est couvert

Le ciel s’est couvert de Raymond Queneau

Le ciel s’est couvert de boue et de brume
L’asphalte pâlit
Tous les pieds sont noirs
Un cerceau jaillit propageant l’écume
Le ruisseau s’étend face au boulevard

Le ciel s’est couvert de pluie et d’enclumes
L’asphalte verdit
Tous les troncs sont noirs
L’abeille alertée a soigné son rhume
Ça cocotte un peu près de l’urinoir

Le ciel s’est couvert de rage et de plumes
L’asphalte blanchit
Tous les chats sont noirs
Un train se déplace en criant tummtume
Un flic s’est mouché dedans son mouchoir

Le ciel s’est couvert de pus d’apostume
Le ciel a fondu
Tous les trous sont noirs
Une fille embrasse un aimé jeune hume
Un vendeur veut vendre un journal du soir

Les neuf chats sur cet ouvrages sont tous verts, couleur apaisante, rafraîchissante et même tonifiante, qu’on associe souvent ici à l’espoir et à la chance.

Six mots, douzième histoire pour un mois doux

Six mots, douzième histoire pour un mois doux.

Pas l’ombre d’un doute, je savais que je ne sortirais pas indemne de ce rendez-vous, mais, croyez-moi, lui aussi allait garder quelque souvenir. Il était venu pour manger, ça se lisait sur sa mine, et voyant mon cappuccino, seul sur la petite table ronde, il s’est ravisé et s’assit sur l’autre siège un peu nerveux quand même, je le vis à ses mains. J’avais choisi le coin bar des tables étroites et sans nappe. Cependant j’étais soulagée qu’ il soit venu. L’entrevue serait courte, je le savais. Je me sentais presque détendue quand le barman arriva, et perçus, à cet instant seulement la musique de fond diffusée légèrement. Je portai la tasse à mes lèvres et le laissai passer sa commande.

Six mots, douzième histoire pour un mois doux. C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de la récolte 12 et sûrement inspirée de ma lecture du moment. Je vous invite même à cliquer et écouter.

Une île sur laquelle une petite communauté vit

Une île sur laquelle une petite communauté vit

de la pêche, de la vigne, des oliviers et des câpriers, à l’écart du fracas du monde. Jusqu’au jour où trois cadavres s’échouent sur les rives. Que faire d’eux ? Bousculés dans leur tranquillité, les habitants se trouvent alors face à des choix qui révèlent leur petitesse, leur humanité ou leur égoïsme.
Roman policier tout autant que conte philosophique, l’Archipel du Chien s’inscrit dans la veine des Âmes grises et du Rapport de Brodeck.

Ce sont les mots que l’on peut lire sur la quatrième page de couverture. Et voici un petit extrait :

… Le Curé, qui avait ôté ses culs de bouteille vitrifiés par la vapeur glacée, voulut faire disparaître ce regard vide, si peu humain, et avant même que le Maire pût l’en empêcher, il tenta de faire glisser les paupières sur les yeux morts sans songer que son geste était vain puisque la chair du malheureux avait désormais acquis la dureté du marbre.
Et ce à quoi le Curé n’avait pas songé non plus, c’est que la peau de ses doigts se collerait en un millième de seconde aux grands yeux blancs, le froid agissant comme le plus efficace des glus, et il se retrouva donc avec la pulpe du pouce et du majeur de sa main droite soudée aux billes pâles.
Il émit un petit gémissement, de peur et de surprise, et essaya de retirer sa main mais ses deux doigts demeuraient attachés aux yeux du mort. La panique ne lui fit pas entendre ce que disait le Maire, qui lui ordonnait en hurlant de ne surtout rien faire, de ne pas bouger et demandait au Spadon d’aller vite chercher un broc d’eau chaude : d’un geste sec du bras et dans une cri de douleur, le Curé arracha ses doigts du cadavre.
On vit alors une chose qui parut à tous irréelle et fantastique : un visage mort, d’un noir tirant sur le gris, couvert de cheveux crépus blancs de givre, dont les yeux soudain se mirent à pleurer des larmes de sang que le froid immédiatement figea en de minuscules perles écarlates.

Pour parler de l’Archipel du Chien de Philippe Claudel et montrer ma couverture de la canicule aux couleurs de l’océan.

La dernière chasse

La dernière chasse

Ce qu’il aimait le plus chez elle, c’était son look. Quelque soit la météo prévue, elle portait toujours ce blouson en daim qui changeait de teinte dans l’ombre ou la lumière, et qui lui donnait un air de papillon quand il ouvre et ferme ses ailes. Mais elle n’avait pas sa fragilité, même si elle était menue et pas très grande.

Il gardait d’elle un souvenir marquant, c’était l’effet qu’elle avait produit lors du premier appel. Il donnait des cours, elle était son élève. Il avait mal prononcé son nom, elle lui fit remarquer et ajouta sans modestie et plutôt par orgueil : « et puis zut, appelez-moi comme vous voudrez ». Sa réplique aurait pu porter à confusion. Une chose qu’il détestait en général, qui aurait pu lui faire péter une boule ou faire quelque dommage, et bien non, elle lui plut soudain. Il put croire qu’elle fut lunatique et imprévisible, mais par la suite il sut juger qu’elle se situait au-dessus de ce genre de vicissitudes. Il l’avait détaillée au fil des mois et pouvait affirmer malgré cette allure désinvolte qu’elle était dotée d’une extravagante intelligence. Et elle le fascinait.

Ce n’était pas par hasard, s’il l’avait choisie aujourd’hui pour faire équipe avec lui. Ils jouaient aux émerveillés mais voulaient simplement oublier tous deux leur première rencontre et repartir de zéro pour une fameuse destinée.

Pour répondre aux Plumes 11 d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et un clin d’œil au livre de ma semaine, La dernière chasse de JC Grangé.

 

Une école buissonnière

La Fontaine, une école buissonnière d’Erik Orsenna

Quatrième de couverture

Que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ? Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris, joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière, Racine. Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque de l’ombre au Roi-Soleil. Voici un très cohérent mari : vite cocu tranquille de l’être, pourvu qu’on le laisse courir à sa guise. Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables. Et peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’éducation nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles du corsage ». Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie : mi-fable, mi-conte. Gravement coquine. EO

Une vie inconnue et très légère décrite de façon fabuleuse dans un langage d’époque retrouvé, un pur moment de détente.

Mots pour maux

Des petits poèmes lus et déversés dans les ateliers, mots pour maux.

C’est comme ça que j’ai découvert Marlène Tissot. Elle partage ses états de bien et de mal être, ses insomnies et des tas de petites choses. Le monde de tous les possibles est au bout de son stylo, avec les mots connus de tous mais écrits comme personne.

Objet trouvé
Je suis coincée là
dans un repli du monde
entre un vieux parapluie
aux couleurs passées
une poupée borgne
une montre qui ne tourne plus
très rond et
un bouton de manchette
divorcé
je suis de la grande famille
des objets trouvés
dont on se contrefout
ceux que personne ne
viendra jamais réclamer
et pourtant j’en suis toujours
à espérer
que papa soit au moins
un petit peu
fier de moi
et que maman m’aime
malgré tout

En attendant le générique de fin
Parfois la vie m’emmerde
autant qu’un mauvais film
mais je ne suis pas du genre
à quitter la salle avant
la fin de la projection
est-ce seulement
pour éviter de faire chier
les gens sur les sièges
d’à côté ?

La solitude paisible
A l’hosto on demande des
chambres individuelles
on cherche des
appartements sans vis-à-vis
au restau on voudrait
la petite table à l’écart
dans les transports
on évite de se regarder
de se frôler et
dans l’air moite
de l’ascenseur bondé
on entend presque s’échapper
de nos corps pressés
le besoin violent
de retrouver enfin
un peu d’espace
regagner la solitude paisible
de nos parcelles de terrain très très vague

Extraits de ce petit recueil « Nos parcelles de terrain très très vague » édité chez Asphodèle-éditions et son site est ici.

La vraie vie

Adeline Dieudonné commence La vraie vie par ces mots :

A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus…

Et cette fille continue son histoire et nous emporte dans sa vie

Gilles venait se blottir dans mon lit tous les soirs. Le nez dans ses cheveux, je pouvais presque entendre ses cauchemars. J’aurais donné tout ce que j’avais pour pouvoir remonter le temps, revenir au moment où j’avais demandé cette glace. J’ai imaginé cette scène des milliers de fois. Cette scène où je dis au glacier: « Chocolat-stracciatella dans un cornet, s’il vous plait monsieur ». Et il me dit: « Pas de chantilly aujourd’hui, mademoiselle? » Et je réponds: « Non merci, monsieur ». Et ma planète n’est pas aspirée dans un trou noir. Et le visage du vieux n’explose pas devant mon petit frère et ma maison. Et je continue à entendre la « Valse des fleurs » le lendemain et le surlendemain; et l’histoire s’arrête là. Et Gilles sourit.

A la fin de l’année scolaire, mon prof de sciences a convoqué mes parents. Ma mère est venue seule. Mon prof tenait à ce que je sois présente lors de l’entretien. Je ne l’aimais pas beaucoup parce qu’il sentait la crème aigre. Et puis il faisait des rapprochements entre les concepts scientifiques et philosophiques qui étaient intéressants, mais qui ralentissaient le cours.

Le professeur Pavlovic me disait que j’avais désormais le niveau pour intégrer les plus grandes facultés de physique. Cela faisait maintenant deux ans que j’allais le voir régulièrement.Et mon père n’en savait toujours rien. Je m’arrangeais pour planifier nos rendez-vous pendant les heures de bureau, quand mon père était au parc d’attractions. Mais maintenant qu’il n’y était plus, ça devenait beaucoup plus compliqué. Surtout qu’il m’observait. Il s’ennuyait, il n’avait plus rien a faire de ses journées et il ne quittait presque plus la maison.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing. « La vraie vie » est son premier roman.

Le soleil sous la soie

Le soleil sous la soie de Eric Marchal

Les premiers mots :

Duché de Lorraine, janvier 1694
La masure lui tenait chaud comme un manteau en drap d’Espagne. Il l’avait avisé, à la sortie du bois de Nomeny, alors que le ciel crayeux avait crevé sur lui une armée de flocons neigeux, puis il avait tiré jusqu’à l’épuisement sur les rênes de sa mule qui refusait d’y entrer, et s’était écroulé, avec sa bête, devant l’âtre rempli d’une couverture de cendres froides. A son réveil, il avait constaté avec soulagement la présence d’un fagot de bois sec, qu’il s’était empressé de faire crépiter. Il serait temps, le lendemain, d’aller chercher quelques branches mortes afin de rendre le tas tel qu’il l’avait trouvé. L’habitation, tout en torchis, était inoccupée. Peut-être une famille qui avait fui au passage des troupes françaises. Ou de la disette, qui rôdait…

Quatrième de couverture

A l’aube du 17ème siècle, médecins et chirurgiens se livrent une guerre féroce. Suite au décès d’un de ses patients, Nicolas Déruet, chirurgien ambulant, est contraint à l’exil. De la campagne lorraine aux steppes hongroises, des palais royaux aux hôpitaux militaires, il n’aura de cesse de perfectionner sa technique pour laver son honneur. De toutes les opérations, la plus difficile sera celle qui touche à son cœur : entre Rosa, marquise de Cornelli, et Marianne Pajot, accoucheuse, le choix relève d’une toute autre science…

« Un livre exceptionnel » écrit Valérie Expert de France-Info
« Le meilleur roman historique depuis « Les piliers de la Terre » écrit Gérard Collard

L’auteur s’est appliqué à restituer, avec beaucoup de précision, la vie quotidienne de cette fin et début de siècles.

Autre avis que j’apprécie beaucoup ici.

Ne pas perdre de temps

Ne pas perdre de temps…

Ne pas perdre de temps

Non, il est trop précieux !
Et Fatalimace, à force de courir, l’année court à sa fin.
Parce qu’il y eut l’Avent, il y a maintenant l’après.
Ah, bien sûr, hargneux serait resté le Zébulon de l’önd
S’il n’avait pas pu finir l’AI et emballer les cadeaux.
Parce qu’il avait dit ça, vous avez dit « Chat noir »
Et il a vu là « la dynastie des morts ».
Rond et rond petit r’Ondelette … poursuit sa course
Dans la nuit. Onésime au pingouinzoo
Revisite l’épopée du Pingouin
Et du canard sur l’önd.
Dans ces mots, on entend la neige tomber doucement,
Et dans ce froid, nous étions nus
Tellement imparablement fragiles et soufflés
Ensuite ils passèrent une seconde d’inattention à se tortiller
Mettant le feu et attisant les braises de l’agenda
Pour un weekend à Zuydcoote
Soulignant l’actu brillante de l’Ond.

Parce que c’est le bout du chemin, sans limite, le terme est là, une cessation de l’ond, un achèvement dont on est fier, un aboutissement apprécié, enfin le but de cet objectif qu’on s’était fixé, une issue originale sans parler vraiment d’arrêt ni de chute, une légère suspension pour une belle sortie.

Carnets paresseux s’est proposé pour ouvrir l’AI de l’an dit neuf, alors votez pour le texte que vous avez lu, relu et re-relu… , et vous pouvez toujours proposer votre candidature pour héberger une suite (à votre sauce) de l’Aönd…

Il était un foie de canard de l’önd parti à la rencontre du pingouin de l’ai qui croît et croyait en sa mère, Onésime, Madeleine et Elodie et croisa les jumeleines, le scarabée des sables et votre attention…

Avec joie, bonheur et sourire de l’AI
et toutes mes excuses si j’ai oublié vos mots et textes, il est encore temps de coller votre lien ci-dessous.

Où le soleil vient tard

Où le soleil vient tard

Où le soleil vient tard

En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.
– Soleil ! aimons ! – Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?
– Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : – C’est la nuit, ma belle ! –
Et la fait en s’en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son cœur du nœud,
Et, ne sachant plus que dire,
S’en va le plus tôt qu’il peut.

de Victor Hugo

Un peu avant minuit

C’était la nuit de Noël, un peu avant minuit, à l’heure où tout est calme, même les souris.

Un peu avant minuit

On avait pendu nos bas devant la cheminée, pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée. Blottis bien au chaud dans leurs petits lits, les enfants sages s’étaient déjà endormis.

Maman et moi, dans nos chemises de nuit, venions à peine de souffler la bougie, quand au dehors, un bruit de clochettes, me fit sortir d’un coup de sous ma couette. Filant comme une flèche vers la fenêtre, je scrutais tout là haut le ciel étoilé. Au dessus de la neige, la lune étincelante, illuminait la nuit comme si c’était le jour. Je n’en crus pas mes yeux quand apparut au loin, un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing, dirigés par un petit personnage enjoué : C’était le Père Noël je le savais.

Ses coursiers volaient comme s’ils avaient des ailes. et lui chantait, afin de les encourager : « Allez Tornade ! Allez Danseur ! Allez, Furie et Fringuant ! En avant Comète et Cupidon ! Allez Éclair et Tonnerre ! Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur ! Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! »
Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent, qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles, les coursiers s’envolèrent, jusqu’au dessus de ma tête, avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël. Peu après j’entendis résonner sur le toit le piétinement fougueux de leurs petits sabots.

Une fois la fenêtre refermée, je me retournais, juste quand le Père Noël sortait de la cheminée. Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet, étaient un peu salis par la cendre et la suie. Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets, lui donnait l’air d’un bien curieux marchand. Il avait des joues roses, des fossettes charmantes, un nez comme une cerise et des yeux pétillants, une petite bouche qui souriait tout le temps, et une très grande barbe d’un blanc vraiment immaculé. De sa pipe allumée coincée entre ses dents, montaient en tourbillons des volutes de fumée. Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin, que je me mis malgré moi à rire derrière ma main. Mais d’un clin d’œil et d’un signe de la tête, il me fit comprendre que je ne risquais rien. Puis sans dire un mot, car il était pressé, se hâta de remplir les bas, jusqu’au dernier, et me salua d’un doigt posé sur l’aile du nez, avant de disparaître dans la cheminée.

Je l’entendis ensuite siffler son bel équipage. Ensemble ils s’envolèrent comme une plume au vent. Avant de disparaître le Père Noël cria : « Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit »

C’est « La nuit avant Noël » de Clement Clarke Moore

Dans l’interminable

Dans l’interminable ennui de la plaine, la neige incertaine luit comme du sable.
Dans l'interminable

Le ciel est de cuivre sans lueur aucune,
On croirait voir vivre et mourir la lune.

Comme des nuées flottent gris les chênes
Des forêts prochaines parmi les buées.

Le ciel est de cuivre sans lueur aucune.
On croirait voir vivre et mourir la lune.

Corneille poussive et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres quoi donc vous arrive ?

Dans l’interminable ennui de la plaine
La neige incertaine luit comme du sable.

Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)

Hiver de ma vie

Hiver de ma vie

Hiver de ma vie

Hiver premier de ma nouvelle vie,
Il fait un temps à ne pas mettre un önd dehors
Vivement les beaux jours de fin d’année
Et les grandes fêtes en famille ou entre amis
Regadmirer les bienfaits du soleil dans le jardin
De la joie dans les yeux des enfants
Et du bonheur dans ceux de Mémé
Mirifiques lectures et mergnifiques ouvrages
Au programme, attentions tendres pour les uns
Véhémence et passion contenues pour les autres
Il est temps de prendre du temps, quel qu’il soit
Et de continuer à aimer la vie.

Cet acrostiche illustre bien mon état d’esprit du moment, je profite de ce temps de chien et toute cette pluie pour des canards (et des pingouins) pour un récapitulatif de l’AI de l’ond (j’espère n’oublier personne):

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/12/21/fatamalice-lannee-court-a-sa-fin/

https://patchcath.wordpress.com/2018/12/20/avent-il-y-a-lapres/

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/12/16/hargneux-le-zebulon-de-lond/

https://jacou33.wordpress.com/2018/12/13/agenda-ironique-decembre-2018/

https://patchcath.wordpress.com/2018/12/11/emballer-les-cadeaux/

https://jobougon.wordpress.com/2018/12/08/chat-noir-chat-noir-vous-avez-dit-chat-noir/

https://jobougon.wordpress.com/2018/12/08/la-dynastie-des-morts/

Ondelette. Agenda ironique 12-2018

https://differencepropre.wordpress.com/2018/12/05/laond-poursuit-sa-course-dans-la-nuit-agenda-i/

https://laglobule2.wordpress.com/2018/12/04/onesime-au-pingouinzoo/

https://palimpzeste.wordpress.com/2018/12/04/lepopee-du-pingouin/

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/12/04/un-canard-sur-lond/

https://patchcath.wordpress.com/2018/12/04/on-entend-la-neige-tomber-doucement/

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2018/12/02/nous-etions-nus-et-imparablement-fragiles-et-souffles/

https://asimon.eu/blog/agenda-ironique/week-end-a-zuydcoote/

et si vous voulez participer l’idée est ici car le clap de fin… on a dit le 26/12, non ? comme ça, s’il se passe quelque chose à Noël qu’on voudrait raconter… et ça me donnera le temps de… rien du tout mais j’en aurai quand même 😉 l’AI a des règles qu’on ne suit pas toujours et la fin de ce mois-ci est un peu spéciale, Aie aie aie (Agenda Ironique Espécial ) 😉 Celui qui poste le 31/12 sera répertorié mais on saura qu’il ne veut pas qu’on vote pour lui. D’ailleurs va-t-on voter? parce que là, aie aie aie 😦 je ne me rappelle plus très bien comme on fait tout ça sur WP… Vous pouvez toujours proposer (vos astuces ou ) votre candidature ci-dessous…

Et la fête sera parfaite

Les repas en famille se préparent activement et la fête sera parfaite.

Et la fête sera parfaite

Chez la famille souris, avec des gâteaux de riz roulés dans des éclats de noisettes, le repas sera succulent et consistant pour affronter l’hiver. Toute la famille s’y est mis, et ça n’est pas toujours facile pour de si petits personnages, qui ne manquent toutefois pas d’ingéniosité. Un bel album que Mémé a choisi de lire pour des oreilles de lutins. Peu de mots, mais on s’attarde sur les pages… Les dessins sont précis et les détails précieux.

De la tendresse

De la tendresse, il y en a dans cet album écrit par Ryan T Higgins et paru chez Albin Michel Jeunesse.

De la tendresse

Michel l’ours est tellement gourmand qu’il se fera avoir, un jour, et se transformera en Mère l’Oie. Il devra être inventif et faire preuve de beaucoup de patience pour notre plus grand plaisir.

Et voici une autre recette de petits biscuits moelleux au citron qui ont la forme d’œufs quand ils sortent du four.
Il vous faudra 100 g de beurre mou, 1 œuf, le jus et le zeste d’un citron non traité, 120 g de sucre, 300 g de farine mélangée à un demi sachet de levure chimique et
du sucre semoule et du sucre glace dans deux bols séparés.

Dans un saladier ou grand bol, fouetter au batteur, le beurre et l’œuf.
Ajouter ensuite le jus du citron ainsi que le zeste finement râpé.
Verser le sucre et fouetter encore.
Terminer par le mélange farine-levure.
Bien mélanger de façon à obtenir une pâte homogène.
Laisser reposer la pâte dans le bol, couvert d’un linge ou de film alimentaire
et le placer dans un endroit très frais pendant 30 minutes.
Au bout de 30 minutes… préchauffer votre four à 180°.
Recouvrir la plaque du four de papier sulfurisé, et préparer les deux bols de sucre et de sucre glace.
Utiliser une cuillère à soupe pour prélever des boules de pâte,
puis façonner des disques manuellement de 4 cm de diamètre environ.
Les faire rouler dans le sucre semoule puis dans le sucre glace.
Les déposer un à un en quinconce sur votre plaque, en les espaçant généreusement.
Mettre la plaque au frais pendant 15 minutes.
Enfourner enfin à 180° pendant 15 minutes (ce temps de cuisson est à surveiller selon les fours).
Les biscuits auront un aspect craquelé et ne doivent pas dorer. Bonne dégustation !

De la douceur

Avec des gourmandises, de la douceur et beaucoup de tendresse, la fête sera parfaite.

De la douceur

Il se fait tard, les petits se frottent les yeux, les uns cherchent leur doudous, les autres sucent leur pouce et sont en quête de genoux pour s’asseoir et se faire cajoler. Mémé pose ses aiguilles à tricoter, caresse son tablier comme si elle voulait le repasser de ses mains froissées, prend un grand et beau livre dans le panier et ouvre les bras en direction des petits. Ils sourient, courent vers elle et trouvent une place très près d’elle sur le grand canapé et ses genoux. Ce soir, elle leur raconte l’histoire de Michel, un ours peu ordinaire… les pages se tournent et les petits admirent les dessins et commencent à poser un tas de questions…

Une fête sous les lumières

Une fête sous les lumières et les rires.

Une fête sous les lumières

Meg virevolte. De table en table, de verre en verre, de grand industriel en poète, de juge en ministre, du piano à queue au buffet nappé de blanc puis sur elle-même, elle tourbillonne dans le grand salon scintillant de bijoux et de lumière, d’élégance et de rires : elle est la reine du soir, comme tous les mardis (les jeudis aussi, parfois). Au rez-de-chaussée de sa demeure de trois étages, au 6 bis de l’impasse Ronsin, près de la rue de Vaugirard, on chante, on danse, on s’amuse, et tout tourne autour d’elle. C’est la fin du siècle, le XIXème et le début de sa vie de fête, de sa gloire mondaine, de l’étincellement de Marguerite Steinheil, qui durera à jamais (on croise les doigts) : elle a vingt-cinq ans, tout est ouvert et lumineux devant elle. Depuis quelques mois, elle demande à ses amis et relations de l’appeler Meg, comme quand elle était petite, au château de Beaucourt, entre Montbéliard et la frontière suisse, quand elle rêvait de Paris, d’amour et d’éclat, d’argent, de plaisir permanent, de soirées folles et de prince charmant.

Extrait de la nouvelle « Une vie, des fêtes » écrite par Philippe Jaenada pour le recueil « 13 à table ! » paru cette année.