De l’or pour toute une vie

« … De l’or pour toute une vie, lui avait dit le capitaine.  Osamu courut à la maison. « Yukiko ! Il y a un homme au port qui nous donnera de l’or pour une vie entière… si tu tisses une autre voile »

La crainte saisit Yukiko. « Non, Osamu, je suis désolée ! »
« Yukiko ! De l’or pour toute une vie ! Tu comprends ? Nous n’aurons plus jamais faim. »
« Mais ces voiles, Osamu, elles me coûtent si cher. Elles me prennent le meilleur de moi-même. »

De l’or pour toute une vie
Osamu fronça les sourcils. « Yukiko, tu es ma femme ! » dit-il d’une voix sourde. « Tu dois m’obéir ! »
Yukiko se mit à gémir. « Bien », fit-elle en tremblant, « mais promets-moi de ne pas regarder. »
« Je te le promets ! Vas-y ! Tisse-moi cette voile ! »
Yukiko poussa le paravent à travers la pièce et disparut. Osamu sortit de la maison. Il regardait le navire à l’ancre dans le port. Une journée s’écoula. Puis une autre. Yukiko travaillait toujours. Un troisième jour passa. Elle n’avait jamais travaillé aussi longtemps. Mais que fait-elle ? se demanda Osamu.
« Yukiko ! » appela-t-il. « Veux-tu du thé ? Du riz ? » Mais elle ne répondit pas. Pourquoi, se demandait Osamu, Yukiko serait-elle la seule à savoir tisser des voiles magiques ? Pourquoi n’apprendrais-je pas, moi aussi, comment tisser le vent ? Je pourrais réaliser de nombreuses voiles, et épargner à Yukiko le travail dont elle ne veut plus. Il pouvait entendre glisser la navette et basculer le métier à tisser. « Yukiko ! Réponds-moi ! »
Incapable de se maîtriser plus longtemps, Osamu contourna le paravent. Un long bec se balança devant lui. Des yeux noirs et tristes le dévisageaient. C’était la grue qu’il avait recueillie et soignée.
« Yukiko ! »
L’oiseau tissait ses propres plumes. Blanches et mêlées de vent, elles formaient une voile tremblante.
« Yukiko ! » cria Osamu. Mais, pour seule réponse, la femme oiseau fit un bruit étouffé, comme le ronronnement d’un chat dans les roseaux. Alors, elle ouvrit ses ailes abîmées, se glissa par la fenêtre et s’envola. Osamu ne la revit jamais. Il tissa de simples voiles jusqu’à la fin de ses jours, là, à sa fenêtre, en regardant les marais et les grues.

Et chaque automne, à la saison des orages, il attend que quelqu’un frappe à sa porte. »

Un conte de Odds Bodkin et Gennadij Spirin, « La femme oiseau » paru à Paris, aux Éd. Casterman en 1998 que j’ai posé là en petites miettes chaque jour depuis le 4 de ce mois au milieu des cadeaux que je prépare pour le challenge de #3xNoël organisé par Chicky Poo, Petit Spéculoos et Samarian.

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