Beaucoup de plaisir à être en retraite

On lui avait dit qu’elle aurait beaucoup de plaisir à être en retraite, qu’elle n’aurait plus besoin de se lever aux aurores, qu’elle pourrait prolonger comme elle le voudrait ses petits-déjeuners du matin dans la chaleur douce de sa maison, qu’elle apprécierait sa vie tranquille au bord du lac… et quand le jour de gloire est arrivé, tout était faux, on nous apprit qu’elle n’avait pas survécu au confinement.

… Pas rigolo tout ça, hein !? Attends je recommence…

Chaque matin, elle se levait à l’aube et quittait bien vite sa maison pour être chez son premier patient dès l’aurore. Elle enchaînait comme ça toute la journée les visites chez les uns et les autres. Ils savaient lui dire combien elle leur apportait chaleur et confort pour vivre parfois seuls ces longues heures jusqu’au lendemain. Elle leur répondait qu’elle aurait beaucoup plus de plaisir à les revoir en forme s’ils restaient tranquilles sans aucun faux-pas de leur part. Mais un soir, sa voiture glissa dans le lac. Et tous voulurent lui rendre gloire.

…C’est triste et ça perd toute chaleur, dis-tu ! Aucun plaisir pour toi et pas même un soupçon de gloire pour moi, me fais-tu comprendre. Tant s’en faut ! Attends que je fouille dans mes sacs… et hop, un entrelacs. C’est que je me suis levée très tôt ce matin. Si ! c’est vrai ! les lueurs de l’aurore n’avaient pas encore pris de couleur, puis devinrent roses…  Je savourais un café noir dans la pénombre, mon premier de la journée, bien tranquille dans un fauteuil… J’avais simplement ouvert les volets. Non ! ici, je n’ai pas de vue sur un lac. J’hésite à ouvrir mon livre… je vais attendre encore un peu, car j’aime bien ces lueurs du jour qui se lève, et je n’ai pas envie d’allumer la lumière… ni de découper des têtes… pour mon petit peuple et les êtres verts de la semaine. Mais non y a rien de macabre! Attends j’ai trouvé…

Et bien ce sera donc l’histoire de la Belle au bois dormant. Celle du Pèr’O et pas des Gremlins. D’abord les personnages… Ah non !? Comme tu voudras… Alors voilà :

C’est l’histoire d’un Roi et d’une Reine qui voulaient un enfant, car ils n’en avaient pas.
Ils voulaient absolument un enfant, car ils étaient mariés depuis longtemps (et parce qu’une famille sans enfant… ).
Puis un jour, la Reine fut enceinte et elle accoucha d’une petite fille.
Ils allaient enfin connaître le plaisir d’être parents, et toute la chaleur que cela procure dans un foyer.

Toutes les fées du pays furent nommées marraines, tant les parents étaient heureux.
Chacune des fées qui défilèrent devant le berceau, donna un don à la Princesse.
La vieille fée, qui n’avait pas compris ce qui se passait, et avait reçu la nouvelle un peu en retard, lui jeta un mauvais sort : l’enfant se percerait la main d’un fuseau et elle en mourrait.
Une jeune Fée modifia ce mauvais sort, car la Princesse se percerait bien la main d’un fuseau, mais au lieu d’en mourir elle dormirait pendant cent ans.
Les parents ne vécurent pas si tranquilles que ça, car… l’enfant demandait beaucoup d’attention.

Elle grandit pourtant, et devint jeune fille, et vous connaissez les ados… ils veulent toujours faire ce qui leur plait et échapper à la vigilance des adultes, une façon de s’épanouir sans doute… si bien que la Princesse se perça donc la main et tomba d’évanouissement ou d’épanouissement, et avant que tous furent ébahis, la bonne Fée qui lui avait sauvé la vie en lui donnant le don de dormir cent ans, réussit aussi à endormir tous les habitants du château…
C’était une façon de sortir les souverains d’un faux pas et la meilleure manière pour que la vieille fée n’en ressente aucune gloire.

Et cent ans plus tard, un Prince vint à passer dans ce château et se trouvait justement là, dans cette chambre, quand la Princesse qui dormait se réveilla, et que toutes les autres personnes se réveillèrent aussi.
Le Prince et la Princesse se marièrent et patati-patata… devinrent parents à leur tour et eurent (Non! pas beaucoup)  seulement deux enfants (même si j’en connais qui disent que deux c’est déjà beaucoup !), une première fille qu’on appela Aurore et le second, un fils qu’on nomma Matin.

Le premier jour de l’été arriva et le Prince dut s’absenter pour aller à la guerre.
C’est là que la Reine Mère Ogresse alla voir son Maître d’Hôtel et lui demanda pour le dîner la petite Aurore, le petit Matin et la Princesse. Mais la Princesse, mère d’Aurore et de petit Matin étaient sous protection dans la loge du Maître d’Hôtel. Et le Prince, qui était parti pour simplement superviser une bataille et qui connaissait bien l’appétit de sa Reine Mère, arriva dans la Cour sur ces entre faits. Alors l’Ogresse enragée se jeta dans le lac et s’y noya.

Quoi ? que dis-tu ? Tu ne comprends pas tout et ça ne correspond pas à ce que tu connais déjà ! Evidemment si tu avais voulu que je te parle des personnages, je t’aurais dit que :

La Princesse était la jeune fille, qu’on nomme « la Belle au bois dormant », qui se pique la main sur un fuseau ensorcelé et qui s’endort pendant cent ans. Elle est très jolie, pleine d’énergie mais un peu étourdie. C’ est la fille du Roi et de la Reine du début de l’histoire. C’est aussi la mère de la petite Aurore et du petit Matin qu’elle a conçus avec son mari le Prince.

Le Prince, c’est celui qui se trouve près de la Princesse quand elle se réveille et qui part pendant l’été pour la guerre. Il est vaillant et beau. C’est aussi le fils du Roi et de la Reine ogresse. Il est aussi le père de la petite Aurore et du petit Matin qu’il a conçus avec sa femme la Princesse.

La Reine Mère Ogresse, c’est la Mère du Prince et belle-mère de la Princesse. C’est une méchante ogresse qui est Reine et qui veut par là ne manger que des mets majestueux comme la Princesse, la petite Aurore et le petit Matin.

La vieille fée, c’est une fée très âgée qui jette un mauvais sort à la Princesse.

La petite Aurore, c’est la fille du Prince et de la Princesse qu’on appelle la « Belle au bois dormant », et la sœur de Matin. Je dirais qu’elle a quatre ans à la fin de l’histoire. Et c’est elle que la Reine Ogresse veut la manger avec sa mère et son frère.

Le petit Matin, c’est le fils de la Princesse et du Prince, et le frère d’Aurore. Je pourrais dire qu’il a trois ans quand la Reine Ogresse veut le manger, et devenu grand Jour à l’heure qu’il est maintenant.

Pour répondre quatre fois (oh j’aurais pu faire plus 😉 ) au défi d’écriture 116 chez Ghislaine avec les 8 mots proposés (aurore, plaisir, lac, faux, gloire, tranquille, matin, chaleur) où sur le thème « Scène de Vie », parce que le confinement donne des idées noires, parce que j’aime les histoires qui font peur, et parce que « raconter des histoires » fait partie de nos scènes de vie. C’est ça, le con… finement.

De beaux voyages à raconter

Il y en a toujours qui ont de beaux voyages à raconter.

Il y en a toujours qui pensent aux endroits extraordinaires à découvrir et aux images inoubliables de lieux indescriptibles à garder en mémoires. Dans ma famille on a pas vraiment voyagé si ce n’est que de l’étable pour aller aux champs et quelquefois, un peu plus loin, sur les pans de la colline. Il y a bien des cousins qui partent un jour en charrette ou en camion à l’abattoir. Mais de là, ils n’en sont jamais revenus et n’ont donc pas pu dire si le voyage était beau.

Ah ! mais j’y pense, il y a bien cette virée que j’ai faite quand j’étais jeune effrontée, un peu écervelée et qui a changé ma vie. Car il faut que je vous dise, je suis une vache. On fait partie de la famille des bovins, m’a-t-on dit un jour. Maman, mes sœurs et mes cousines étaient aussi des vaches. Mon père, un taureau et mes oncles et mes cousins étaient des bœufs. Il y a pleins de mots différents pour nous qualifier, parfois compliqués et d’autres dont on ne connaît pas bien la signification. Aussi j’ai toujours eu l’audace de demander des explications, comme abattoir par exemple, ou la différence entre taureau et bœuf… je sais, je saoulais le troupeau avec mes questions. Les plus anciennes ronchonnaient en affirmant que la vie est toute simple et doit le rester, qu’elle se résume pour nous à brouter et ruminer, et que ces tracas ne sont pas bons pour la viande et le lait. Mais ma mère répondait que personne ne devrait avoir envie de mourir idiot, surtout s’il risque de se réincarner en topinambaulx. Elle me faisait taire d’un coup de langue sur le museau, reniflait tendrement à mon oreille et m’invitait doucement à ne pas envenimer les choses. Mes sœurs, envieuses peut-être un peu, se moquaient de moi et me disaient que les baisers aspirants de la mère avaient déjà effacé mes taches à ma naissance et finiraient par me vider complètement de mes connaissances. Oui, car je suis une vache sans tache. J’en étais désolée à l’époque.

Ça me gênait énormément. Tout le monde avait un pelage de couleur, ou tacheté. Moi, j’étais blanche. Tout blanche, d’un blanc laiteux. Et surtout, j’étais la seule petite vache comme ça. C’est d’ailleurs pour ça qu’on m’a appelée Blanchette. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, c’est ça, mais ça c’est une autre histoire… J’avais des copines aux noms aussi originaux que moi. Il y avait Roquette qui avec une queue à la forme curieuse, et Frisette qui avait une touffe entre les deux oreilles et dont le poil d’hiver avait tendance à friser énormément. On rigolait bien ensemble, on gambadait souvent, on sautait beaucoup, faisant des entrechats à tout va au lieu de brouter. Mais elles savaient bien aussi se moquer de moi.

Un matin, alors que le jaquemart venait de sonner l’heure de la rumination, Frisette s’est installée près de moi, car elle savait là que c’était mon moment de détresse. Toute excitée, elle riait à gorge déployée et pleine d’herbe qui lui cachait entièrement les dents du fond. Son frère avait rencontré un faiseur de couleurs et de taches qui venait chaque soir de pleine lune. Il fallait rester toute la nuit à regarder l’astre droit dans les yeux sans jamais fermer l’œil. Si par malheur cela arrivait, c’en était fini de la couleur ou des taches ! Bien sûr que je suis sortie ce soir de pleine lune, toute seule et sans bruit. L’obscurité n’était pas rassurante du tout. Je serais bien rentrée me coucher à l’étable, mais les taches c’était ce soir ! Je suis donc restée au milieu du pré, les yeux fixés sur ce disque brillant, luttant pour ne pas m’endormir. Des cris déchiraient la nuit, à m’effrayer et me faire sourciller. Mais c’était des cris du hibou qui hululait et j’ai tenu bon jusqu’au matin. Alors là, j’ai couru à la mare pour voir mon reflet. Rien, pas une tache, aucune couleur. Rien que du blanc ! Frisette m’a trouvée là en train de pleurer. Navrée, elle m’a avoué qu’elle et son frère m’avaient fait une blague. Et c’est ce jour-là que j’ai décidé de partir. J’allais voir l’artiste Pruneau.

Si le faiseur de couleurs et de taches n’existait pas, Pruneau lui, existait bien. Tout le monde en parlait quand on partait chaque été sur la colline. C’était un artiste qui avait le don de rendre le monde merveilleux. Il habitait de l’autre côté de la montagne, sur la face non visible d’ici. En passant, j’ai dit au revoir au dindon blanc de la basse-cour, qui s’évertuait à glouglouter et à plaire à sa grosse dinde. J’ai traversé le bocage, j’ai franchi des haies, j’ai avancé difficilement sur les rampes caillouteuses, j’ai traversé des champs fleuris de marguerites toutes blanches exhibant leur cœur jaune au soleil. J’ai rencontré des brebis et des chèvres, toutes blanches et qui étaient fières de leur pelage immaculé. J’ai croisé la famille des lapins blancs qui s’étaient salis et couraient à la rivière pour se nettoyer. J’ai dormi en compagnie de la chouette blanche qui ne comprenait pas mon problème. Mais moi, j’étais une vache tout de même et je voulais des taches.

Tous connaissaient Pruneau qui vivait sous les pruniers, et me confirmèrent que j’étais sur le bon chemin… et je suis arrivée. Pruneau était joyeux, et voulait un monde heureux. Il portait un chapeau qui lui cachait les yeux, et quand je lui exposai mon souci, il se mit à réfléchir longtemps, longtemps… et j’ai bien cru qu’il s’était endormi. Quand il eut réfléchi, il sourit et trempa sa queue dans une flaque de boue. Il dessina des taches sur mon dos. Des taches en formes de cœurs et de fleurs, de ronds et carrés et me demanda d’attendre jusqu’à ce que la boue soit sèche. J’étais heureuse, et filai à la mare pour découvrir et constater mon nouveau look. Folle de joie, je remerciai Pruneau et jouai tout l’après-midi dans les prés à saute mouton avec mes nouveaux amis au grand dam de leurs parents. A cette saison, les orages étaient fréquents et la pluie et ses trombes d’eau effacèrent mes taches. Quand le soleil réapparut, j’étais redevenue une vache toute blanche et triste. J’éclatai en sanglots et mon chagrin affecta l’artiste. Il s’assit à côté de moi et me pria de sécher mes larmes, il voulait me montrer quelque chose.

On a marché un moment côte à côte en silence… puis on s’est arrêté sous un arbre. Il me demanda alors de regarder mon dos. L’ombre de l’arbre avait dessiné des taches plus foncées sur mon pelage clair. J’étais belle et heureuse. J’avais retrouvé le sourire. Puis on se déplaça en plein soleil et mes taches disparurent bien sûr. C’est à ce moment là, qu’avec un grand sourire et avant que je perde le mien, il m’expliqua que si je voulais des taches, je n’avais qu’à retourner sous un arbre. Et il ajouta :  « L’essentiel est invisible pour les yeux ».

C’est ma participation au voyage de l’Agenda Ironique proposé par Vérojardine illustrée d’une future page de livre textile. Il y a de belles phrases, comme ça, qui termine bien l’histoire.

 

Entendre à nouveau le cri des kangourous

Me tarde-t-il vraiment d’entendre à nouveau le cri des kangourous ?

Je pense souvent à cette rencontre d’antan. Énorme défi qu’on accepte bon gré mal gré. Il y a eu le défilé aux invalides… et des pique-assiettes, bien sûr. Fameux vestige ! Je sens un sourire monter. N’empêche qu’il y aura toujours cette étincelle dans les yeux de nos petits. Et puis j’entends: « plus d’espoir ! », mon visage s’éteint.

Ressentir cette dualité intérieure, enserrée dans une situation indicible, où les souvenirs se bousculent et les projets restent et attendent… Mais attendre quoi grand dieu puisque d’aventure on ignore ce que demain sera. Je voudrais calmer cette révolte au creux de mon ventre. Mes épaules sont lourdes comme si tous les méandres de la vie y reposaient soudain. J’ai l’impression d’avoir vécu ce moment… Est-ce une répétition ? Drôle d’interprétation, ça va sans dire. Je serais incapable de sortir trois mots de suite sans zézayer. Alors je me tais. J’écoute.

Chaque expiration est un soupir et sa respiration est régulière. Est-ce pour ça que le Finistère porte ce nom ? Faut-il aller au bout du bout pour s’envoler ? Le cygne le fait bien, lui. Fais-moi un signe… les paroles de la chanson trottent dans ma tête et apportent un sourire sur mes lèvres. Il va falloir… ou ne plus falloir y penser… Penser au canard et préparer son foie une dernière fois. Déposer la brioche sous le torchon et la laisser s’enfler sans l’oublier. Ouvrir la bouteille pour que le vin s’oxyde et prenne tous ses arômes.

Ne plus penser et se laisser explorer les méninges comme si des milliers de mains les trituraient en douceur. Sans sursauter, se souvenir des claquements de portes et surveiller l’arrivée des amis, des claquements de langues des convives à la découverte des saveurs, des claquements de glace sur le lac gelé, des claquements de fouet du traîneau qu’on ne verra peut-être jamais dans le ciel…

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés de ces dernières semaines et mes idées grises.

Lui rendre visite

Lui rendre visite, je lui dois bien ça.

Je le vois tous les mois parfois tous les quinze jours. Il sort peu tout seul et habite près du port maintenant, dans un bel appartement ensoleillé. Je marche d’un bon pas en longeant le parking, je sais qu’il m’attend mais je voudrais tant qu’il retrouve son indépendance. Pas de pluie aujourd’hui, l’air est vif et le ciel encore bien couvert. J’ai pris l’habitude de passer une bonne partie de cette journée avec lui jusqu’au soir et je pars après le dîner qu’on prépare souvent ensemble. On sort marcher au bord de l’eau ou on discute devant un jeu de société. Il me raconte sa vie ou essaie de s’en rappeler… Il y eut une époque où on aurait pu croire qu’une araignée et sa toile occupaient sa tête toute entière. Il va mieux à ce jour, bien raccommodé et presque guéri. Rien qu’en y pensant les larmes me viennent aux yeux. En ce début d’après-midi les passants ne sont pas très nombreux. Un tapis de feuilles jonche le trottoir, certaines dansent devant nous au rythme du vent d’automne. Va-t-on sortir ou jouer ? Je remarque la vitrine d’un fleuriste riche en couleurs, puis celle du primeur superbement achalandée mais mon sac est déjà plein de belles et bonnes choses. Soudain je stoppe, c’est sa silhouette que je reconnais dans le bar à bulles. Surprise, un peu inquiète même, je pousse la porte et entre. J’avais connu sa préférence pour la bouteille au temps où les drogues de toutes sortes avaient bien peu d’effets sur ses souffrances. Une avalanche de pensées contradictoires m’envahissent, j’ai chaud tout à coup et respire fort mais quand son regard se pose sur moi, je lui souris. Il est souriant lui-aussi, et beau. Il se lève aussitôt et vient vers moi d’un pas assuré. Il a toujours été beau, mais il a presque rajeuni à cet instant. Il me prend dans ses bras et me serre très fort comme avant. Je suis bien et il sent bon. Pendant un moment, je crois bien que mes pieds n’ont plus touché terre. Il pose ses lèvres dans mon cou pour un bisou furtif et chuchote à mes oreilles: « Ne t’en fais pas et sois heureuse, tout va bien, je t’attendais ».

Ce court texte pour répondre cette semaine à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés.

On tend souvent la main juste par habitude

On tend souvent la main juste par habitude vers un quotidien,

sans espoir forcément d’y découvrir quelque chose en particulier. C’est pour moi un motif de lecture rapide du matin en attendant que les rayons du soleil tardif de l’automne réchauffent l’air frais au dehors.

J’ai donc tendu la main vers la gazette laissée sur le coin de la table, et l’ai dépliée à la page des bulles. Mes épaules se détendaient et je souriais à l’idée d’y lire un truc plaisant. Mais cette fois encore c’était partie remise, car je sentais le regard soupçonneux presque inquiet de Mémé, arrivée clopin-clopant dans le hall d’entrée et marquant déjà son impatience avec sa canne sur le carrelage.

Je levai la tête et lui fis un clin d’œil. Je ne suis pas sûre qu’il faille lui répéter sans fin les mêmes mots. L’ordre dans sa tête n’est plus le même qu’avant et il faudra s’y faire. Elle se frottait les mains de contentement. Elle portait les gants roses qu’elle avait tricotés avec pleins de petits restes de laines et qui lui allaient si bien.

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés : souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

Des mots dits et une histoire chez Olivia

des mots dits et une histoire chez Olivia

La canicule plombe l’atmosphère cette semaine encore, et je reste au frais dans la cuisine dont la large porte-fenêtre s’ouvre au nord et donne directement sur le jardin ensoleillé. Avec ses rosiers, hortensias et buddleias tous fleuris, et le gros figuier portant ses fruits presque mûrs et étendant largement son ombre sur la pelouse, ç’aurait pu être comme un conte de fées ce weekend, s’il n’y avait pas eu ce clébard qui aboyait chez les voisins depuis vendredi soir. C’est comme ça toutes les fins de semaine quand il fait beau. Ils partent et se moquent pas mal de l’animal.

Alors, fatiguée de l’entendre, je suis allée avec mon arrosoir plein d’eau fraîche pour vérifier s’il avait à boire. Mais il avait tourné tant et tant de fois autour du piquet qu’il avait raccourci sa longueur de corde et ne pouvait plus atteindre son auge dont l’eau s’était évaporée. Quelle misère ! Et quelle odeur ! son enclos, jamais nettoyé, est un vrai crottoir. Il ne faut pas être expert en la matière pour constater que ce chien n’est pas aimé de ses maîtres.

J’ai hésité, puis j’ai ouvert la porte. La pauvre bête n’aboyait plus, se tenait plutôt tranquille, soufflait fort et souffrait terriblement apparemment. Je suis rentrée à côté de lui, mais sa corde était trop entortillée et je ne pouvais pas défaire tous ces nœuds sans tirer sur le cou de l’animal et lui faire mal. Je le détachai. Merde, je n’avais pas refermé la porte derrière moi et il s’est barré, le con… pour aller se rouler dans l’herbe fraîche sous les arbres. Ah oui, comme je le comprends. Ça y est la corde est dénouée… et le toutou revient à toute vitesse et me saute dessus sans que je puisse me protéger… Patatras… puis se retourne vers l’auge que j’ai remplie et lape, lape tant qu’il peut.

Bon, je suis toute sale, mais il est revenu et je peux le laisser là, rassurée. Comment ne pas s’émouvoir de ce gros merci chavirant.

C’est pour répondre à des mots dits et une histoire chez Olivia avec les mots proposés et en pensant à tous les êtres vivants touchés par la canicule de ce début d’été, et les textes des autres participants sont là.

Des mots neufs et une histoire chez Olivia

Des mots neufs et une histoire chez Olivia

Le téléphone bien calé dans le creux de sa main droite et son casque sur la tête, mon père était déjà debout ce lundi matin dans l’embrasure de la porte d’entrée, prêt à intervenir. Il gardait l’index levé le long de l’appareil, pointant vers une direction inconnue et le pouce plié, cliquant rapidement sur les touches. La pluie et l’orage avaient tout détruit dans la nuit pas loin d’ici et, chez nous, avaient rassemblé les feuilles, des branches et des tuiles en bouquets déstructurés ça et là dans les jardins et sur les routes. Il ne pleuvait plus, mais la complainte du vent hurlait encore là-haut dans la montagne sous les nuages. Je crois que c’est un jour comme celui-ci quand j’ai perdu ma mère, que je suis sortie de l’enfance et ai oublié toute sa magie.

C’est pour répondre à des mots neufs et une histoire chez Olivia avec les mots proposés et en pensant aux gens d’ici touchés par l’orage de l’avant-été,
et les autres textes sont là.