La grande traversée

Mémé s’est réveillée tôt ce matin pour la grande traversée.

Comme tous les matins, elle ouvrit les volets et les fit claquer sur le mur de deux grosses poussées de main pour aérer sa chambre, revint faire son lit et tapota longuement son traversin et l’énorme édredon aux motifs fleuris.

Quand elle retourna vers la fenêtre, les rayons du soleil pointaient juste à l’horizon, la vallée était noyée sous les nuages, les lueurs roses et bleues de l’aube coloraient cet océan cotonneux. Neptune allait pouvoir étendre la grande voilure. La tempe appuyée sur le chambranle, elle resta là derrière la vitre close un instant, admirant ce désert luisant et mystérieux. On ne voyait pas le bout du jardin ni son portail et encore moins la petite passerelle recouverte de mousse qui donnait sur la rue.

Un chien aboya soudain, un froncement d’inquiétude sur son front accentua ses rides. En une enjambée, elle passa la porte et se dirigea vers la cuisine. Il allait falloir déjeuner bien vite et s’apprêter plus rapidement que d’habitude. Il n’était pas question d’être en retard. Elle y avait bien réfléchi et avait fait le voyage dans sa tête. Son sac était prêt dans l’entrée, elle n’avait rien oublié, pas même son ouvrage du moment. Elle était en éternelle vacance depuis bien longtemps maintenant et avait tendance à vieillir un peu trop ces temps-ci. Aujourd’hui, elle s’était enfin décidée et allait franchir le grand passage…

Pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés. Les autres textes sont là.

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25 réflexions sur “La grande traversée

  1. Des mots doux pour un sujet qui fait débat mais dans le respect, c’est beau Patch, bravo pour cette traversée qui ne sera pas que celle des apparences chère à Virginia Woolf ! 😉

    • Oh quel beau roman dont tu parles ici 😉 … ma foi, quand j’ai vu le mot vieillir je n’ai pas voulu terminer mon récit, je voulais que ça dure… vois-tu, j’attends les prochains mots peut-être!?

  2. Le dernier voyage ? Je rejoins Carnetsparesseux avec cette idée de douceur alors que l’on est en train de parler de quelque chose de grave. Du grand art !

  3. Pingback: Les Plumes d’Asphodèle – Mes Promenades Culturelles II

    • Je me suis laissée embarquer dans ton récit, et j’ai éclaté de rire aux derniers mots 😉 C’est triste j’en conviens mais il avait de l’or dans ses mo… euh mots ou… maux ( oh zut dis, comment ça s’écrit ?)

    • Merci, c’est ce que je voulais laisser comme impression; on peut être serein de partir quand on l’a décidé, mais partir… c’est dérangeant, voire même flippant 😉

  4. Pingback: LES PLUMES D’ASPHODELE – LES TEXTES | LES PETITS CAHIERS D'EMILIE

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