Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose.

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Dans une énorme fleur au cœur pourpre et aux pétales écarlates, dont les étamines étaient couvertes de poudre d’or. Dans la magnifique roseraie du château. Elle avait été déposée là, en gestation, par le roi et la reine sur les conseils de la fée bleue, car elle était trop petite. Et seule une fleur pouvait lui donner la force de naître dans de bonnes conditions. Son père et sa mère venait la visiter à tous moments et lui portaient tout leur amour. La fée bleue venait souvent voir la fleur et lui prodiguait beaucoup de soin.

Mais le jour de sa naissance, la fée bleue n’est pas venue. Très tôt, ce matin-là, elle s’était faite manger par le loup de la forêt. Comme à son habitude, elle avait traversé le bois pour se rendre au jardin et visiter le petit ange à naître. La tête pleine de pensées tendres, elle ne s’était pas méfiée abandonnant ses pouvoirs magiques Dieu sait où. Elle était pressée sans doute. Et sa baguette tomba à terre et y resta. Le loup enfila les habits de la fée et se précipita au jardin.

Il arriva déguisé juste à l’instant où la fillette ouvrait les yeux pour admirer le monde. Elle vit d’abord ses parents, émus et remplis de bonheur comme tous les gens de la contrée qui formaient un cortège. Elle aperçut bien vite les très nombreux insectes venus l’admirer. Elle sourit aux fourmis et pucerons, aux abeilles et coccinelles, aux mouches et araignées venues déposer une goutte leur nectar qu’elle gouttait avec délectation. Quelques jours auparavant, la fée bleue avait prévenu les parents que cette princesse devrait être nourrie de cette façon-là au début de sa vie. Juste quelques jours suffiraient avant d’aller vivre au château.

Le loup déguisé se fraya un passage et tous virent la fée bleue dans un piteux état. Certains la crurent fatiguée ou malade. La fée (enfin le loup, vous savez bien) ordonna que la fillette devrait finalement rester dans ce jardin au milieu des fleurs durant toute son enfance. Elle y serait nourrie par les insectes au début puis par les autres animaux de la forêt jusqu’à ces quatorze ans au moins, pour être grasse et dodue.

La fée (c’est du loup qu’il s’agit, vous vous rappelez) ajouta qu’elle serait vêtue d’habits faits de pétales de roses rouges que les animaux allaient lui confectionner tout au long de son enfance qui lui garderaient cet air attendrissant. Moi, j’écoutais la fée, et j’ai entendu « attendrissant », mais d’autres ont entendu que le loup aurait dit « appétissant ». Ça se peut qu’un loup parle ainsi. Seulement les autres ne le savaient pas. Les parents surpris mais émus s’inclinèrent devant la fée en guise d’acceptation. Par contre, les animaux effrayés partirent se cacher et la fillette se mit à pleurer et ses joues prirent de belles couleurs rouges. Quand la fée voulut étendre le bras pour toucher ce tendre bébé et le calmer, la fleur referma ses pétales pour le protéger. Elle ne les rouvrit plus. Des gens prirent peur et repartirent en ramassant leurs gosses. D’autres découvrirent que le loup s’était déguisé et le renvoyèrent bien vite au fin fond de la forêt à coups de bâtons et de souliers pointus dans le c…

La fleur resta fermée. Très longtemps. Elle ne desserraient ses pétales que pour faire pénétrer les insectes et leur nectar afin de nourrir la rouge fillette et la faire grandir.

Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

Un jour, une extrêmement gentille dame venue visiter la roseraie aperçut ce bouton de rose rouge anormalement gros. Elle lui parla tendrement, lui raconta sa vie et était prête à l’aider à s’ouvrir, juste pour voir la beauté de ses pétales pourpres au soleil. Elle causait tout en manipulant un joli bâton bleu (et qui devenait de plus en plus beau) qu’elle avait trouvé sous ses pas dans ce jardin parfumé. La fleur s’ouvrit soudain et lui confia la rouge fillette. Elle lui dit combien la fillette grandissait en se régalant de nectars et lui fit promettre de la remettre à ses parents quand elle serait assez forte pour vivre au château.

C’est pour ça que la petite fille aimait tant les confitures.
C’est aussi pour aller donner des nouvelles de la rouge fillette au roi et à la reine que la dame s’était absentée, ce jour-là.

C’est parce que l’Agenda ironique de Septembre voit double et s’énonce en deux parties chez Carnets paresseux et chez l’Écrevisse que cette histoire est née.

Enregistrer

Publicités

7 réflexions sur “Rouge fillette était née comme tous les autres enfants, elle avait vu le jour dans une rose

  1. Pingback: Lisez loup, votez chat ! | Carnets Paresseux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s