Tous aux abris

« Tous aux abris »

Ce n’est pas par mesure de sécurité que ces messages sont diffusés dans nos rues depuis plus d’un an et demi. Nous n’y sommes pas encore trop habitués, mais plus rien ne nous surprend vraiment.

« Kot ». Le petit doigt de Lou est tendu vers l’œil rouge scintillant d’un nouveau petit engin qui nous survole. C’est un drone de couleur noire en forme de tour Eiffel à un seul étage qu’ils ont envoyé cette fois-ci. Une sorte de petit nichoir qui transporte non seulement le coutumier haut-parleur nasillard mais qui protège également une caméra sous son ventre en mode enregistrement à en voir ce petit bouton qui clignote. Nous ne nous étonnons plus de rien, et agissons en mode d’extrême vigilance.

Je suis sur la terrasse avec les enfants. Je porte rapidement mes yeux au fond du jardin sans bouger la tête. Mémé est sortie ramasser quelques jeunes pousses pour préparer une salade à midi. Elle lève la tête. Nos regards se croisent. A l’instant même, elle connaît ma pensée et moi la sienne. Tous nos moindres mouvements vont être épiés maintenant.

On ne se parle plus beaucoup, on répond seulement aux questions des plus jeunes avec très peu de mots. Un semblant de vie en somme car tous nos mots sont écoutés, mémorisés et comptés depuis quelques temps. On l’a su quand on nous a parlé des cabanes bâties à la périphérie. On y loge actuellement les fortes têtes, les grandes gueules qui ont trop causer sans se méfier ou juste parce qu’ils ont cru bon de dire n’avoir peur de rien. On les savait forts, mais d’autres aujourd’hui ont l’autorité. Jusqu’où vont-ils aller dans leur inventivité ?

L’aïeule n’est pas sans ressource non plus dans sa créativité. Je perçois un clin d’œil subtil derrière ses lunettes. J’attrape les petits par le bras pour rentrer dans la maison, car il faut obéir. Les plus grands l’ont fait sans broncher. Obéir vite et savoir courir aussi quand leurs messages se font entendre. On l’a compris très vite, car certaines personnes portent encore la marque des coups suite à un manque de rapidité ou un zèle accentué de lenteur trop excessive. Courir où que l’on soit, et se claquemurer. Mémé n’aime pas que j’emploie ce verbe-là. Je le pense, uniquement. On se préserve. Dans nos paroles et dans nos gestes. Elle parle de se cocooner. Je la vois baisser la tête et prendre l’attitude d’un coureur. Elle a su garder sa douceur et le goût de rire, c’est tout ce qui nous reste et c’est magnifique dans notre vie aujourd’hui.

En réponse aux Plumes 5.20 pour les petits cahiers d’Emilie avec les mots proposés (sécurité, jardin, créativité, nichoir, kot, cocooner, protéger, courir, claquemurer, pensée, cabane, bras, bon), peut-être inspirée de mes lectures et ça peut être une suite à mon texte d’hier.

 

J’ai décidé de t’écrire une lettre

Prise d’insomnie à nouveau cette nuit, j’ai décidé de t’écrire une lettre.

J’abandonnai mon édredon et trouvai ma plume.
Avec un peu de recul, je pense que l’approche de l’équinoxe vernal n’y est pour rien.
Mais tu sais, à la réflexion, mes quelques jours de repos m’ont fait du bien, loin de Popol.
Car quand nous nous sommes revus, il m’a dit que je n’avais plus mon teint marmoréen et que mon visage avait retrouvé ses aspérités.
Tu le connais, il est de plus en plus bohème, sur lui et au dedans, et a souvent l’esprit engorgé, et dit le contraire de ce qu’il pense, mais que pense-t-il vraiment ?. Je ne lui en veux pas.
Ce soir, devant les infos, il m’a répété deux ou trois fois qu’il y avait foule dans sa tête avec continuellement le bruit d’un train qui passe dans un tunnel… puis, que depuis bien longtemps il a oublié comment on résout une équation. Je n’y vois rien de plus grave que la semaine dernière.
Sur les insistances des précautions à prendre à propos de ce virus, il a eu une attitude assez singulière.
Il voulait me convaincre que sa cape d’invisibilité le protégeait et que je ne devais pas avoir peur car il n’était pas invalide. Il allait pouvoir aisément se débarrasser de ce truc corrosif en le jetant par dessus le mur du puits et le laisser se dissoudre dans la rivière souterraine.
Tu penses bien, j’étais là à ouvrir grands mes yeux et à me retenir de sourire. Monsieur Popples a des yeux de framboises et se demande connaissance et contoise. Il y vit de la moquerie et ressentit de la rancœur.
Je tentai de m’excuser en affirmant que ce n’était que de la curiosité et même de la fierté pour cet élan vengeur qu’il avait su exprimer. Il se mit en boule. Il en avait marre de tous ces ragots, et il partit dans son berlingot. Je suis encore là à l’attendre.
Si tu le permets, je ne t’enverrai pas ce courrier et laisserai cette page dans mon journal à côté de toutes les autres.

Pour répondre à l’atelier 115 chez Ghislaine (avec la proposition suivante: puits, vengeur, mur, ragot, visage, attitude, rancœur, recul, lettre), aux plumes chez Emilie (avec les mots suivants: insomnie, invisibilité, peur, invalide, réflexion, foule, équation, oublier, curiosité, boule, train, tunnel, attendre), à des mots, une histoire chez Olivia (avec la récolte 40 : berlingot, repos, engorger, rivière, virus, bohème, marmoréen, aspérité, vernal ) et à L’AIE chez L’impertinence de JoBougon

Des mots et des plumes au poil

Des mots et des plumes au poil

C’était avec beaucoup de plaisir qu’elle s’allongeait sur sa méridienne chaque après-midi face à la fenêtre, magnifique ventail à la transparence inégalable ouvert sur un merveilleux jardin.

Aujourd’hui, Lavinia était venue lui tailler la causette. A cet instant, elle vantait et fignolait sur la manière de porter ses spartiates qu’elle portait avec grâce, certes et qu’elle avait achetées lors d’un séjour estival italien.

Elle les lavait avec grand soin et s’étalait sur des détails. Puis avisait l’autre, toujours prête à traquer et débusquer les contre-façons, et dénoncer telle ou tel supercherie ou simulacre de la sorte.

Jamais à court de sujet, elle décrivait déjà comment les levantins tanisaient avec talent leur vin blanc qu’elle avait pu déguster dans de magnifiques tâte-vins.

Les mots valsaient dans sa bouche trop animée si bien que de la salive vaselinait au coin de ses lèvres.

Annetta la regardait, l’écoutait et taisait la douleur de sa récente césarienne, trop émue par cette nouvelle natalité. Son esprit anéanti par cette flopée de mots mielleux s’enlisait de vilaines pensées que ce radotage sans intérêt n’évitait en rien. Elle sentait qu’elle n’allait pas être hypocrite plus longtemps car elle ne pouvait plus camoufler cette énorme envie de rire qui lui vrillait l’intestin.

Avec beaucoup de plaisir j’ai mêlé des mots et des plumes au poil aux mots de la récolte 36 chez Olivia ( méridienne, césarienne, douleur, fignoler, causette, spartiate, plaisir ) aux mots de la collecte du 10 sur les petits cahiers d’Emilie ( supercherie, hypocrite, mielleux, camoufler, simulacre, radotage, transparence, taire, traquer ) et l’anagramme de Saint Valentin ( valsaient, nativité, anéanti, levantins, vaselinaient, salive, intestin tanisaient, ventail, étalait, vilaine, talent, sentait, taisait, instant, italien, estival, lavait, vantait ) chez Violette.

Des plumes, des mots, une histoire

Des plumes, des mots, une histoire.

Elle  a une imagination extraordinaire. je l’appelle l’Originale, mais motus. Le jour où je l’ai connue, elle avait proposé cette après-midi créative à toute personne connue ou pas de la contrée. Ça allait être une occasion d’agrandir le groupe des fous, avait-elle annoncé.

Puis avec beaucoup de fantaisie, elle avait parlé d’une possibilité de faire ensuite une fantastique exposition. Le lieu restait à déterminer. Son immense plaisir lui donnait un regard hagard et l’air bizarre. Elle avait fait promettre aux quelques uns qui étaient dans la confidence de toujours garder le silence.

Le jour venu, Elle fit apparaître l’orignal d’une multitude de gestes rapides. Et alors, une autre, prise d’une folie semblable, réalisa de mille points et autant de traits un trèfle à quatre feuilles qui traduisait tout le bonheur qu’elle éprouvait à son tour. Puis, d’autres mains, émergèrent des tournesols d’un tableau encore inconnus et pourtant si reconnaissables. Les principes, préjugés, idéologies, concepts, ombres, essais, images avaient cheminé et pris formes à la vitesse de l’éclair dans ces esprits vifs. Qui auraient pu prédire d’une si belle réussite avec tous ces olibrius réunis ? Elle adorait cette citation qui lui servait de devise : « Compte en vain sur l’aubaine d’être seule, toujours escortée par toi-même ».

Elle est unique en son genre. Par sa gentillesse et sa perspicacité. Elle laisse chacun suivre ses envies, ses rêves et ses intentions sans jamais les contredire ni les contrarier. Puis avec un esprit visionnaire, elle sait faire pour qu’ils courent se surprendre d’eux-mêmes. Ce jour-là, tous ont pris le pinceau ou l’outil de leur choix, l’ont trempé dans un peu d’eau ou attaché à un fil, et couvert des pages de papier ou de toiles, avec cette idée d’innover. Sa préférence à elle est de rester le maroufle invisible qui les laisse interloqués.

 

Des plumes, des mots, une histoire pour répondre avec beaucoup de plaisir à Emilie, Olivia et Ghislaine et tous les mots proposés illustré du petit renne au regard hagard et l’air bizarre. Un choix maroufle par pure gentillesse sans surprendre ni innover.

Les plumes reviennent chez Emilie

Les plumes reviennent chez Emilie

On m’a parlé d’une mutinerie par ici
– Je ne suis pas au courant. Dites, ça ne va pas recommencer !

J’en éprouve un certain trouble, et reporter surpris je suis
– Laissez tomber, ce mauvais moment sera vite passé

Décèlerais-je une irritation et un manque de communication, mon bon ?
– Si chacun restait bien droit dans sa culotte, il n’y aurait ni démangeaison ni fausses informations

Dites donc j’ouïs, je ne suis pas de bois…
– Oh ce n’est pas de moi. C’est un dicton, je crois.

J’entends. Mais alors là on parle de bottes
– De bottes ! de paille ou de celui qui a une hotte ?

Ah ! Botter, pailler, débiter en toutes saisons. Fadaises ! Où est donc passé le monde sage ?
– Botter bien qui vous voudrez, rien ne changera vraiment

Et que proposeriez-vous donc pour un réel changement ?
– De tourner la page, effacer le tableau et faire taire ce tapage

Mais c’est une utopie ! à quoi pensez-vous ? Arrêter le progrès et son industrie !?
– Non, cessez de faire tout un tabac d’une si mince révolution pour votre torchon.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés.

 

Le froid revient et mes mains souffrent

Le froid revient et mes mains souffrent. J’ai ressorti mes gants presque inusables…

et s’ils se détériorent je défais et re-tricote le doigt abîmé.

J’en ai fait une petite collection pour notre marché de Noël, tous en restes de fils à tricoter accommodés.

Voici les derniers en laine duveteuse, et légers comme deux plumes.

La réalisation est simple et facile, et les explications sont ici .

 

 

Chut !

Chut !

« C’est la discrétion même, disait-on d’elle, prenez exemple ». Elle paraissait calme aux yeux des grands avec son air presque monacal. Mais pas du tout ! ils ne la connaissaient, car ensuite, elle passait à côté de nous, les petites, et nous jetait un coup d’œil en coin avec son sourire détestable aux lèvres avancées en forme de baiser, mais un de ses doigts tendu pointait le sol, son index droit et son regard de faucon nous imposaient le silence.

Une symphonie de compliments suivait son passage, ç’en était presque un culte à son égard. Mais elle était toujours prête à moucharder avec sa langue de vipère. Comme une pie dans le figuier, elle jacassait auprès de nous sur le dos de chacun et son nez en forme de bec d’aigle la faisait plus passer pour le plus noir des corbeaux.

On étouffait depuis trop longtemps ce cri intérieur qui montait en nous. Ça ne pouvait plus durer, il fallait trouver la manière de la compromettre, ne serait-ce le fait d’un miracle, mais on y croyait, nous les petites. On allait faire du bruit, faire tomber ce mur qu’elle nous avait imposer et elle n’allait plus passer pour la sainte qu’elle était à leurs yeux.

En réponse aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés. Je n’en ai après personne, je jure, je crache.

Plumes douces

Plumes douces

Il est une fois un écuyer
Qui prend sa tasse et sa cuillère
Pour déjeuner d’un bon café.

Ce page un peu blasé et contrarié
Décide une sortie par le jardin derrière
Pour s’arracher sans se tourner.

Il passe des nuits blanches, toujours éveillé
Pour cette coupure de ligne de corner
Et ce contrat non lisible et trop léger.

Il tâte sa poche… pas de stylo, il veut le dire ou le noter,
Trouve une plume et deux trois feuilles sur l’étagère,
Il trace en rouge, d’abord un trait comme la marge d’un cahier…

Pour répondre aux Plumes douces d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et mon cœur de pouet.

La dernière chasse

La dernière chasse

Ce qu’il aimait le plus chez elle, c’était son look. Quelque soit la météo prévue, elle portait toujours ce blouson en daim qui changeait de teinte dans l’ombre ou la lumière, et qui lui donnait un air de papillon quand il ouvre et ferme ses ailes. Mais elle n’avait pas sa fragilité, même si elle était menue et pas très grande.

Il gardait d’elle un souvenir marquant, c’était l’effet qu’elle avait produit lors du premier appel. Il donnait des cours, elle était son élève. Il avait mal prononcé son nom, elle lui fit remarquer et ajouta sans modestie et plutôt par orgueil : « et puis zut, appelez-moi comme vous voudrez ». Sa réplique aurait pu porter à confusion. Une chose qu’il détestait en général, qui aurait pu lui faire péter une boule ou faire quelque dommage, et bien non, elle lui plut soudain. Il put croire qu’elle fut lunatique et imprévisible, mais par la suite il sut juger qu’elle se situait au-dessus de ce genre de vicissitudes. Il l’avait détaillée au fil des mois et pouvait affirmer malgré cette allure désinvolte qu’elle était dotée d’une extravagante intelligence. Et elle le fascinait.

Ce n’était pas par hasard, s’il l’avait choisie aujourd’hui pour faire équipe avec lui. Ils jouaient aux émerveillés mais voulaient simplement oublier tous deux leur première rencontre et repartir de zéro pour une fameuse destinée.

Pour répondre aux Plumes 11 d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et un clin d’œil au livre de ma semaine, La dernière chasse de JC Grangé.

 

Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Faudra-t-il taire cette conspiration jusqu’aux élections ?

Pourtant depuis qu’il s’est initié à dire la vérité, il a très fortement envie de dévoiler le truc. Sans trahir ses grands principes et à vouloir protéger la cachette, il n’a réussi qu’à percer le coffret, c’est tout ce qu’il a fait. Alors soudain, il fait un clin rapide de son œil gauche et dit chut de son index droit devant sa bouche, puis court pour fuir.  Polichinelle monte à l’échelle, mais un vent de liberté l’en fait tomber.

Pour répondre aux Plumes d’Asphodèle de la semaine chez Emilie avec les mots proposés sur le thème de la récolte: le secret, et tous les textes sont .

 

Il fait encore froid ce soir

Il fait encore froid ce soir.

Si nous avions une cheminée, je crois qu’il aurait aimé allumer un bon feu, et j’aurais passé tout mon temps à admirer la flamme et la voir frôler la bûche, puis éclairer la pièce et la réchauffer et finir par consumer entièrement le morceau de bois. Au lieu de tout ça, il est allé prendre sa douche comme tous les soirs. Il est réapparu avec les cheveux encore mouillés qui froufroutaient sur le dessus de sa tête et, dans un réflexe habituel, il s’est assis devant son ordinateur. J’ai entendu le grincement de la roulette de sa souris qu’il actionne sans fin comme ça chaque soir, jusqu’à me donner le vertige. Il faudra que je le lui dise, gentiment, avec des mots trempés dans du sirop… seulement je n’en prends pas le risque ce soir, ce n’est pas le moment. J’ai simplement tendu le bras vers le duvet que j’ai étalé sur mes jambes et choisi de regarder un film d’horreur pour avoir d’autres frissons…

Pour répondre aux Petits Cahiers d’Emilie et aux Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et les mots proposés.

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil. Étendre ses plumes et apprécier la chaleur. Fermer les yeux trop éblouis par la lumière.

Oui, mais… On dirait bien que les impératifs du monde contemporain coupent court au plaisir de bien vivre.
Quel est ce désir décadent de l’immédiateté qui dévore la planète de nos jours ?
On communique plus. Mais avec qui, grand dieu ? On consomme plus. Oui, et plutôt, à tort et à travers. Le délai n’existe plus, on est pressé. Pressés de tous côtés. La prolifération de mails augmente le poids des boites… virtuelles certes, mais c’est un outil indispensable aujourd’hui. On stresse. Les autres n’y voient rien puisque c’est virtuel.
Comment rester serein, quand il faut faire du tri, ne pas répondre au hasard, cueillir la bonne info sans gober le poisson ? Ne pas se noyer, supporter cette masse et garder les épaules droites. Les esprits sombrent, seule reste la couleur de la matière… grise.
Comment voir la vie en rose, quand on sait que ce sera pareil le lendemain ? Il y a de quoi perdre son latin.
Dis, pourquoi ne pas s’asseoir sur une margelle et profiter du soleil ? Je ferme les yeux… entourée soudain par des lucioles en formes de triangles, reflets des écrans au soleil que les gens tiennent dans leurs mains en marchant.

C’est Emilie, dans ses cahiers, qui suggère d’étendre ses plumes et apprécier la chaleur, avec quelques mots imposés et beaucoup de liberté.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants

… la fin habituelle « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » et puis… les années passent. La vie évolue, les récits d’autrefois changent, on pourrait bientôt lire :  » Ils vécurent enfants jusqu’à la fin des temps et firent beaucoup d’heureux ». De toutes façons, ça commence toujours par…
l était une fois…

Tiens, par exemple…

… une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir. Sa mère en était folle et sa mère-grand carrément folle dingue. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui seyait si bien que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge. Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes lui dit :
« Va voir comme se porte ta mère-grand car on m’a dit qu’elle avait quelque souci, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. »
Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand qui demeurait dans un autre Village.
En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup qui eut bien envie de la manger, mais il n’osa à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt.

Ah oui, à propos de bûcherons… Il était une fois

un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient eu sept enfants tous garçons issus de leur mariage consommé. L’aîné n’avait que trois ans de plus que le plus jeune.
On s’étonnera que le Bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps mais c’est que sa femme était fertile sans doute mais surtout, allait vite en besogne et n’en faisait pas moins que deux à la fois.
S’ils avaient été fort pauvres dans leur jeunesse, et orphelins très jeunes (leurs parents avaient été mangés par l’Ogre) ils étaient néanmoins devenus adultes, costauds et en bonne santé, travaillaient à la mine mais avaient gardé une taille d’enfants, ben oui, ils étaient nains (je vous en reparlerai plus loin mais revenons au conte en cours).

… Le loup lui demanda où elle allait, la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter parler à un Loup, lui dit :
– Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre.
– Demeure-t-elle loin ? lui dit le Loup.
– Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez là-bas.
– Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi, je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera (t’en fais pas, c’est comme ça que parlent les Loups).
Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qu’il croyait le plus court et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Son capuchon étant tombé dans son dos, sa belle chevelure blonde s’étalait sur ses épaules, mais elle eut tôt fait de se recoiffer et cacher ses cheveux quand elle crut voir au loin les trois ours et elle pâlit (c’est d’ailleurs depuis cet épisode qu’elle ne tenait plus à ce qu’on l’appela Boucles d’Or). Était-ce une illusion, en tous cas elle bifurqua et,  bien vite, aperçut la maison de sa Mère-grand, passa tout près des ruines de celles des trois petits cochons qu’elle n’avait pas vus depuis belle lurette, et reconnut plus loin la mine appartenant à sa grande cousine.

Ah oui, à propos de cette parente… Il était une fois

une jeune fille au teint de lys, aux cheveux noirs comme l’ébène et aux lèvres rouge sang, qui s’appelait Blanche Neige.
C’était une jeune femme moderne, entreprenante et très heureuse depuis qu’elle avait brisé le miroir magique sur la tête de sa sorcière de marâtre qui l’avait du coup lobotomisée mais pas du tout défigurée, et qui n’était plus mégère du tout. La brave dame était maintenant la seule et la meilleure grand-mère de tout le pays, un peu simplette mais très accueillante, et elle habitait dans la plus jolie petite maison des bois par delà le moulin.
Un jour, la jeune fille très ambitieuse trouva au détour d’une forêt une petite entreprise qui ne payait pas de mine, même si c’était une culture de champignons de Paris dans des anciennes mines. Ayant réuni ses maigres économies et intérêts de placements de toutes les pièces d’or cachées dans la double paroi du miroir, elle la racheta, décidée d’en faire la plus grande entreprise de la région. La production était acceptable, mais la maintenance laissait franchement à désirer. La plus grosse difficulté résidait dans l’ordre des locaux et l’hygiène corporelle de ses employés. C’était une fratrie de sept nains qui avaient toujours vécu dans les bois, livrés à eux-mêmes depuis la nuit des temps et qui n’en faisaient qu’à leur tête. Elle les avait observés, leur avait attribué un nom fort qualifiant et eut toutes les peines du monde pour remettre chacun à son travail et obtenir d’eux qu’ils se lavent et nettoient les lieux.
Au Prof un peu trop phraseur, elle fit des schémas mettant en évidence les vertus de l’hygiène, à Atchoum allergique, elle démontra l’influence de la poussière sur le rythme de ses éternuements, à Timide maladif, elle parla au creux de l’oreille et en tête à tête, à Joyeux exubérant, elle raconta une histoire drôle, elle embrigada Grincheux, contestataire né, en le mettant publiquement au défi de se laver, elle prit Simplet, abruti congénital, par les sentiments, quant à Dormeur tire-au-flanc, elle laissa faire les autres…
Au bout d’une semaine, elle était harassée, mais ces bons hommes étaient propres et l’atelier rutilait.
La production retrouva son meilleur niveau et l’entreprise obtint le premier label bio.
Elle put par la suite revendre l’entreprise en engrangeant un pécule et se constituer ainsi une dot tout à fait correcte pour séduire un beau prince charmant… (Mais… mais ceci est une autre histoire ! revenons à nos moutons, euh non… car le Loup les a tous mangés.)

Alors… Le petit chaperon rouge venait de découvrir un chemin beaucoup plus court pour aller chez son aïeule. Elle arriva donc avant le Loup. L’animal ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand, il heurta à la porte :
« Toc toc toc ». « Qui est là ? ». « C’est votre petite fille le Petit Chaperon rouge, dit le Loup, en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre. »
La bonne Mère-grand, en pleine forme, mise au courant par sa petite fille de sa rencontre avec le Loup, et qui connaissait l’histoire par cœur (ce n’est pas une utopie), attendait derrière la porte avec un gourdin dans la main, et elle dit quand même : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. »

Le Loup tira la chevillette, la porte s’ouvrit et le gourdin s’abattit sur la tête de l’animal et l’estourbit. Le petit chaperon lui ficela rapidement les quatre pattes ensemble, et avec sa grand-mère le balancèrent illico dans la poubelle que les éboueurs allaient vider le soir même dans leur camion-benne.

Le Petit Chaperon rouge regarda sa Mère-grand et lui sourit. Elle savait qu’elle vivrait enfant jusqu’à la fin des temps et ferait beaucoup d’heureux dans la contrée. Elles s’installèrent dans les fauteuils, célébrèrent leur victoire et répétèrent ces mots, les plus merveilleux du récit :
Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles? C’est pour mieux t’entendre, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux te voir, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ? C’est pour te manger.
Elles croquèrent toutes deux dans leur part de galette et la mangèrent.

J’ai révisé (euh, revisité) mes contes et écrit sur une idée d’Emilie pour ses plumes, avec les mots proposés et une image trouvée sur le Net, mais je crains la censure de la part des grands heureux restés enfants.

Pauvr’fille

La pauvr’fille, elle a un grain c’est moi qui vous le dis.


Elle est arrivée comme dans un moulin, attifée comme une vieille poule et légèrement vêtue, un sac clinquant accroché à l’avant bras gauche, croyant assurément s’être fait une beauté. Mais à cette heure où allait-elle, qu’avait-elle l’intention de faire? Mémé disait d’elle qu’elle n’avait que deux sous de malice, et qu’il faudrait sans doute toujours veiller sur elle. L’aïeule avait des petites phrases de ce genre, fameuses et bien relevées, avec du poivre et du sel juste comme on aime dans la bonne cuisine, et tout ça en essuyant la vaisselle de midi en bout de table qu’on avait posée à sa portée puisque ses jambes ne voulaient plus suivre ce que commandait sa tête et histoire d’apporter du sable au ciment de la famille à ce qu’elle avait expliqué il y avait quelques années déjà.
Ce jour-là donc, la volatile avait ouvert grand la porte et restait plantée-là, souriante, des clés de voiture dans la main droite mais hésitante à entrer, et du coup les papiers du courrier du matin laissés sur le buffet et la dentelle des napperons ornant la commode se sont agités comme les épis de blé au vent d’été. Seulement c’était toujours l’hiver, il faisait encore froid dehors et le violent courant d’air parsema le seuil d’entrée de poussières de vieilles feuilles, j’ai senti le frais envahir la pièce et caresser ma peau, Mémé aussi car elle décroisa les pieds sous sa chaise et les croisa dans l’autre sens, mais je restais scotché à regarder l’autre sans pouvoir dire un mot…

Pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés.

Naître et ne plus être l’ivre

Naître et ne plus être l’ivre
Bilboquet dont le corps taillé dans un bois dur
Manque encore d’élasticité.
Libre de ne plus être l’hêtre,
Éclats de rire et détente, sauter et jouer,
S’imprégner de sueur dans une main trop serrée,
Pour enfin, plus ou moins, s’apaiser
Au son d’une guitare un jour ensoleillé.
Et juste après, dans une malle, lézarder
Et regarder
L’être et la plume écrire un livre.

Pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés (le titre m’est venu d’un article que j’ai vu sur le Net).

Respecter les traditions

C’est qu’elle avait passé sa vie sans suivre les habitudes ni respecter les traditions de la vallée…
Hop, aujourd’hui encore elle décidait sans hésiter et bourra sa nuisette dans un coin de valise.
Après les noirs tréfonds de la loose qu’elle avait connue suite aux assises
N’oubliant pas l’abonnement au trente-sixième du quai des orfèvres qu’elle avait eu
Désormais elle allait aspirer la vie qui lui restait, musarder sans doute, respirer un peu plus
Et effacer de sa tête cet envers du décor. Une arnaque encore ? ou une arcane enfin !
La main gauche rajusta sa bretelle et la droite glissa dans sa poche de tablier, sans s’affoler.
Elle chercha, farfouilla et trouva une fève. Elle la tint. Une envie de sucré lui vint soudain.
Une caresse en passant sur un tarabiscot qu’elle avait toujours vu là
Ronronnant comme un chat et savourant déjà les crêpes qu’elle ferait ce soir loin du froid.

Cet acrostiche et une grosse envie de crêpes pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés.

La grande traversée

Mémé s’est réveillée tôt ce matin pour la grande traversée.

Comme tous les matins, elle ouvrit les volets et les fit claquer sur le mur de deux grosses poussées de main pour aérer sa chambre, revint faire son lit et tapota longuement son traversin et l’énorme édredon aux motifs fleuris.

Quand elle retourna vers la fenêtre, les rayons du soleil pointaient juste à l’horizon, la vallée était noyée sous les nuages, les lueurs roses et bleues de l’aube coloraient cet océan cotonneux. Neptune allait pouvoir étendre la grande voilure. La tempe appuyée sur le chambranle, elle resta là derrière la vitre close un instant, admirant ce désert luisant et mystérieux. On ne voyait pas le bout du jardin ni son portail et encore moins la petite passerelle recouverte de mousse qui donnait sur la rue.

Un chien aboya soudain, un froncement d’inquiétude sur son front accentua ses rides. En une enjambée, elle passa la porte et se dirigea vers la cuisine. Il allait falloir déjeuner bien vite et s’apprêter plus rapidement que d’habitude. Il n’était pas question d’être en retard. Elle y avait bien réfléchi et avait fait le voyage dans sa tête. Son sac était prêt dans l’entrée, elle n’avait rien oublié, pas même son ouvrage du moment. Elle était en éternelle vacance depuis bien longtemps maintenant et avait tendance à vieillir un peu trop ces temps-ci. Aujourd’hui, elle s’était enfin décidée et allait franchir le grand passage…

Pour répondre aux Cahiers d’Emilie et Plumes d’Asphodèle sur un thème choisi et des mots proposés. Les autres textes sont là.

Les plumes du 15

Elle découvrait les nouvelles pages de son mensuel « des pattes et les plumes du 15 Rue du Cheptel ».

Les plumes du 15

Elle se régalait des blagues et des bulles et souriait en dégustant sa faisselle avec un peu de miel qui accompagnait son thé du matin.

Ces épisodes actuels mettaient en scène une kyrielle de bestiaux : une tourterelle jouvencelle et cruelle et une vieille sarcelle caractérielle. Sur cet archipel artificiel, des poules y vivaient avec un coq exceptionnel, qui flattait ces donzelles mais ne se privait pas de dire combien ces femelles lui broyaient la cervelle et lui rebattaient les oreilles. L’ambiance était conflictuelle à souhait. C’était un duel perpétuel et un flot d’injures torrentiel entre ces demoiselles. Elles s’évertuaient pourtant à pousser telles des brelles pour pondre toujours la même voyelle et con-sonnaient avec leur voix de crécelle : « mais Keskeskeskessebordeeeeeel ».

Elle aurait voulu que cette lecture soit éternelle.

Mais il fallait se mettre en selle après cet instant très personnel. Elle attendait qu’Annabelle l’appelle pour aller faire 2 ou 3 pas avec elle. Où iraient-elles ? … à la chapelle, leur petit tour habituel où la vue était imprenable.

Elle sortit donc la grande gamelle. Un pique-nique pour deux, avec des radicelles de légumes qu’elle avait mis à suer dans du gros sel, des vermicelles de riz et quelques fruits coupés en cubes, tout ça bien ficelé pour une salade colorée. Elle glissa de la ficelle pour rapporter des bagatelles, et son gilet de flanelle si la couleur du ciel chancelle.

Accompagnées du chien Fidèle, elles partirent quand sa jumelle arriva. Celle-ci avait pris son matériel usuel avec l’intention de peindre une aquarelle pour Adèle. C’est vers la petite stèle dans la roche du castel qu’elles stoppèrent. Sous une tonnelle de feuilles, la lumière était bonne et elles apercevaient la passerelle au loin, c’était parfait. Au retour elles sifflaient et causaient rapportant un fameux cadeau dans un sac à dos aux nouvelles bretelles confectionnées de la veille.

Au détour d’une ruelle, elles s’attardèrent à admirer le va et vient d’une d’hirondelle sous le préau de la maternelle. Puis sa sœur la quitta pour son cours de violoncelle. Elle cueillit quelques nigelles et fit un beau bouquet.

La promenade de l’après-midi était vraiment la plus belle de la semaine.

Maintenant, assise sur la balancelle en profitant des branches qui lui servaient d’ombrelle, elle sirotait une citronnelle et dégustait des mirabelles des yeux, celles qui prenaient formes sur l’arbre en face d’elle.

Elle avait étalé la nappe en dentelle sur la table et préparé le goûter des petits qui passaient en sortant de l’école : des croquants aux brimbelles embaumaient la cuisine et la cannelle infusait dans du lait. Pour une grosse faim, il restait du flan au caramel.

Elle les entendait : ils arrivaient en ribambelle claironnant la ritournelle actuelle des voyelles qu’ils préféraient. Quand ils ouvrirent le portail dans un battement d’ailes, des étincelles brillaient dans leurs yeux.

Un joli clin d’œil à Asphodèle que propose Mindthegap

 

 

Patchwork – Les plumes et le cortège

Des mots et une histoire … me trottent dans la tête

patchcath

…Dans  une succession de strophes, et sans se laisser abattre, on a décrit le cortège. Pas funèbre du tout! C’est une énorme acclamation de joie dans la ville, un immense cheminement à travers les rues dans une atmosphère de carnaval aux costumes plus beaux les uns que les autres. La foule est venue défiler et manifester. Des senteurs de fleurs embaument les places. Les deux personnages se rendent à la cérémonie. Une admirable ribambelle de roses et d’ancolies aux teintes bleutées décorent l’attelage du carrosse et le cavalier porte la tête haute. En les voyant passer, les gens piquent un fard et rient aux larmes

Edit : c’est ma participation à « Les plumes … et le cortège d’Asphodèle » . Les mots imposés sont ceux mis en gras.

patchcath