Au dos de mon gilet

Au dos de mon gilet

Au dos de mon gilet

Des lettres au point mousse

Sur fond de jersey

Comme des ombres

Et des reliefs

Pour écrire mon plaisir

Et sourire de mes hobbies

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Au bas de mon gilet

Au bas de mon gilet

Au bas de mon gilet
j’ai choisi de faire des côtes
et au bout de huit rangs
j’ai cassé la monotonie,
chaque rang commencait
par deux mailles à l’endroit
alors sur un multiple de vingt
j’ai tricoté dix mailles à l’envers
et continué dix suivantes en cotes
et répété ainsi ces deux lignes
jusqu’à la fin du rang,
j’ai tricoté le retour sur les mailles
comme elles se présentaient,
au rang suivant cette fois,
ai commencé par dix mailles à l’endroit,
et continué dix suivantes en cotes
et répété ainsi ces trois lignes
jusqu’à la fin du rang,
j’ai tricoté le retour sur les mailles
comme elles se présentaient,
puis répété encore une fois depuis
‘alors sur un multiple de vingt’ jusqu’ici.
Pour les rangs suivants
sur ce multiple de vingt
j’ai inversé le godron et les côtes
sur autant de rangs
comme je vous montre ici.

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
– Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. – Il répondit : – je viens prendre ton âme. –
Et j’eus peur, car je vis que c’était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
– Que me restera-t-il ? car tu t’envoleras. –
Il ne répondit pas ; le ciel que l’ombre assiège
S’éteignait… – Si tu prends mon âme, m’écriai-je,
Où l’emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. – Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? –
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l’ange devint noir, et dit : – Je suis l’amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l’ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.

‘Apparition’ de Victor Hugo

J’ai glissé sur une flaque gelée

J’ai glissé sur une flaque gelée

J’ai glissé sur une flaque gelée

Ai rencontré le sol un peu rapidement,
Immédiatement relevée
Occupée à me frotter énergiquement
Une fesse, un genou
Bras, mains et joue,
Laissant mes courses courir sur le trottoir
Insistant dans ma poche pour trouver mon mouchoir,
En essuyant mes larmes, en me mouchant très fort
Décidée à partir dans un nouvel effort
En peine, j’ai fait très attention
Vivement relevée j’ai ramassé le miel
Intacts, les oranges et le potiron,
Verts chou et poireau et oseille
Rassurée que la vie était belle
Et aussi, un poison.

Juste une pensée à Johnny Hallyday décédé hier

Regarder les flocons tomber

J’ai pris le temps de regarder les flocons tomber

Regarder les flocons tomber

Et de me faire un café
Dans la petite cafetière italienne,
Il fallait prendre soin des fleurs et
Rentrer le citronnier
Avant que la neige recouvre tout.
Il me prit l’idée de battre les jaunes et
Monter les blancs en neige
Avant d’enfourner le soufflé.
Les conserves de légumes et de fruits
Garnissaient les
Rayonnages des
Étagères de la cave.
Tout y était en
Ordre, impeccablement rangé.
Une envie de
Tricoter m’était venue juste après
Qu’on ait apporté le courrier.
Une très bonne nouvelle dans une petite
Enveloppe bleue.
La laine fut vite trouvée et les
Aiguilles aussi,
Voyez comme elles ont déjà bien dansé.
Il faisait encore plus froid là-bas,
Elle ne demandait rien mais son
Fuseau était cassé
Un petit gilet de rien du
Tout lui tiendrait chaud
Bientôt, alors j’ai tricoté
Encore et encore pour un sourire.
L’amour est un plaisir,
La vie ne suffit pas
Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?

juste pour penser à Jean d’Ormesson décédé hier

Bidule ou Machin

Bidule ou Machin, on se fout de savoir comment vous vous appelez, vous êtes à peu près chacun de nous.

Bidule ou Machin

Peut-être qu’à vingt et un ans vous poursuivez des études de commerce mais c’est sans intérêt. En tout cas ce samedi à «  heures du matin, revenant de discothèque pour rentrer chez vos parents, vous conduisez votre voiture sur le viaduc de Dinan quand vous apercevez une fille debout de l’autre côté du parapet qu’elle s’apprête à lâcher. Vous pilez et descendez de l’auto. Mais de quoi vous vous mêlez ?! Vous marchez vers elle en lui demandant : « Que faites-vous ? » « Est-ce que ça vous regarde ? Fichez le camp » vous rétorque cette fille de votre âge qui s’avère n’être pas du tout votre type. Quel gros cul, la boulotte, mais vous continuez d’avancer. De part et d’autre deson dos, ses doigts la retiennent encore à la barre de fer. Après avoir tourné la tête pour vous répondre, elle regarde devant puis saute alors que vous voilà tout près. Vous projetez vos mains dans le paysage et réussissez à lui choper les deux poignets. Bon eh bien voilà. Bravo ! Vous vous retrouvez plié en deux au niveau de la taille par-dessus la rambarde avec, au bout des bras, une fille pas mince suspendue dans le vide. Démerdez-vous avec ça. Ah, vous ne faites plus votre malin, surtout qu’elle se débat pour que vous la lâchiez. Elle gesticule. Putain, elle pèse une tonne, la salope ! Elle donne tant de secousses violentes, des reins, des épaules que, parfois, de l’autre côté du parapet, vos pieds en décollent du trottoir. Elle va finir par vous faire basculer, vous entraîner avec elle, cette fille que tout à l’heure vous n’auriez pas invitée à danser. Vous n’aurez jamais la force nécessaire pour la remonter. Vous vous demandez : »Mais pourquoi l’ai-je attrapée et me suis-je mis dans cette situation ?3 On ne saurait penser à tout. Nous sommes tous plus ou moins dingue ! Elle griffe votre peau, cherche à vous mordre les doigts entre des « Lâchez-moi » tandis que vous gueulez « Mais arrête !» Vous vous mettez à la tutoyer. Il faut dire que maintenant vous êtes très liés. C’est à la vie à la mort. Vous en avez pourtant déjà vite largué d’autres bien plus jolies mais à celle-là (qui, quand-même, n’est pas un prix de beauté) vous vous accrochez désespérément. Qu’elle en profite car elle n’a pas dû vivre ça souvent. A chacun de ces élans, elle risque de vous emmener. Vous essayez d’être intelligent : « Il faudrait que j’ouvre les mains » ne pouvez vous y résigner, « Soit j’écarte mes doigts et alors je la tue ou je ne le fais pas et je pars avec elle. » Oh, le dilemme ! Non, le mieux serait de la lâcher mais vos phalanges autour de ses poignets s’y refusent. A cette heure-là, vous devriez être à la demeure familiale. Il n’était pas prévu que vous filiez dans une chute de quarante-trois mètres en compagnie d’une mochetée pareille. « Quelle tronche de conne ! Ah oui avec une telle gueule, on comprend l’envie de se foutre en l’air mais pas quand je passe ! C’est simple à comprendre non ? » Cette conjoncture ne va plus pouvoir durer encore très longtemps car vous fatiguez beaucoup alors que décider ? Vous en êtes là de vos interrogations lorsque vous entendez une autre voiture qui s’arrête avec un chauffeur criant à son passager ; « Appelle les pompiers ! » tandis qu’il se précipite vers vous : « C’est qui cette fille ? » « Ah mais je n’en sais rien moi. On On a qu’à tenter de la remonter en la saisissant chacun par un bras. »

Même à deux l’affaire s’avère compliquée mais finalement vous y parvenez en l’agrippant aussi par ses vêtements qui la débraillent et elle retombe en tas mou à même le trottoir du viaduc tandis qu’arrive la stridente d’une sirène. Sous le tournoiement bleu d’un gyrophare, des bras en uniforme relèvent la fille qu’ils font grimper dans leur véhicule sans qu’elle ait le moindre regard en votre direction alors que vous tombez dans les bras de celui venu vous aider. Ah, vous pouvez le remercier de vous avoir sauvé car vous auriez été assez con pour ne pas lâcher ces deux poignets !

Extrait de « Comme une respiration » de Jean Teulé pour une bouffée d’humour même dans une situation peu ordinaire.