Des petites choses à ne pas oublier

Des rituels habituels en cette fin d’année, des odeurs et des senteurs, des petites choses à ne pas oublier…

Des petites choses à ne pas oublier

Ces couleurs et ces lumières qui font la magie du moment qui feront que l’hiver sera doux.

Noël a bien perdu de sa magie. Chez nous, il y aura le sapin que les enfants iront couper dans les bois, installer dans le salon et charger de guirlandes lumineuses et de boules givrées. On fait encore la crèche sur la commode, avec le papier qu’on froisse et l’étoile du berger qu’on pique au-dessus. Mais ce n’est plus comme avant. Dans nos églises de campagne, éclairées par d’affreux néons blancs, la messe de Noël célébrée à dis-huit heures et on n’a plus besoin d’arriver en avance pour pouvoir s’asseoir. Dehors, il fait très doux, et la météo n’annonce pas de neige. Les cristaux de glace, le givre et les flocons sont à l’intérieur, sur le sapin, les boules et la crèche, et ils sont en plastique, en coton ou en bombe. On se fait croire que c’est l’hiver.

Un autre extrait de « Un clafoutis aux tomates cerises » de Véronique de Bure où Jeanne décrit des tranches de vie avec franchisse, telle qu’elle la ressent aujourd’hui.

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Et décorer le sapin

Ce matin les employés municipaux allaient mettre en place et décorer le sapin dans la rue principale…

Ce jour-là, nous sommes allés faire les magasins, maman et moi. Derniers achats de Noël. J’aimais qu’elle passe du temps avec moi. J’aimais être avec elle.
Dès que nous sommes rentrés à la maison, nous avons décoré le sapin. Elle m’a soulevé dans les airs pour que j’aille placer une étoile en haut de l’arbre. Ensuite, je m’en souviens très bien, nous avons préparé un gâteau au chocolat. Elle avait pris quelques jours de congé pour s’occuper de moi pendant les vacances.
Plus tard, nous avons joué à un jeu stupide dont j’ai oublié le nom.
Et puis papa est rentré.
Il avait un visage que je n’oublierai jamais. Il m’a ordonné d’aller dans ma chambre et j’ai obéi. Peut-être que je n’aurais pas dû. Si j’étais resté, il n’aurait pas pu…
Depuis ma chambre à l’étage, j’ai entendu des cris. Papa hurlait sur maman. Je ne comprenais pas pourquoi.
Après les cris, le bruit des coups.
Jusqu’au silence.
Mortel.

Autre extrait de la nouvelle « dans les bras des étoiles » de Karine Giebel

Préparer des chants de Noël

Les enfants vont préparer des chants de Noël « pour que la fête soit gaie et joyeuse » comme chaque année,

Préparer des chants de Noël

et « chacun mettra la main à la pâte » ont-ils ajouté. Pour ce qui est de la fête, Jeanne écrit ce qu’elle en pense.
Je n’aime plus beaucoup Noël. Ils sont gentils, tous, ils veulent absolument que je sois avec eux pour les fêtes, que je ne sois pas seule, surtout. Alors bien sûr ça me fait plaisir de les voir, mais tout ce bruit, ce désordre qui s’étend un peu plus chaque jour dans ma maison, ces repas qui n’en finissent pas, tout ce monde dans ma cuisine, les piles d’assiettes et les empilages de verres, le lave-vaisselle qui tourne sans arrêt, la poubelle qui déborde, les enfants qui courent partout et salissent tout avec leurs souliers pleins de terre et leurs petites mains grasses, le chien des uns qui prend la terrine de foie gras pour sa gamelle de croquettes, les discussion stériles, les voix qui portent, le ton qui monte avec les verres de vin, les disputes… Tout cela me fatigue.

Extrait de « Un clafoutis aux tomates cerises » de Véronique de Bure où Jeanne, une vieille dame de quatre vingt dix ans nous livre des tranches de sa vie avec beaucoup d’humour, c’est « une merveille de tendresse » et « du bonheur en mots ».

Pour confectionner un bon repas

Ma mère était une championne pour confectionner un bon repas.

Pour confectionner un bon repas

Oui, elle était championne pour confectionner un bon repas et faire pour que la maison soit chaude et accueillante.Elle tenait ça de Mémé, à c’est ce qu’elle disait, mais je n’ai pas de souvenir de mon aïeule que je n’ai pas connue. Et je ne suis plus très sûr des souvenirs que je garde de ma mère, ça fait tellement longtemps qu’elle m’a quitté.

Ce soir, je partagerai mon repas avec Sam, avec vue sur le fleuve dans lequel les lumières de la ville viennent agoniser. Je sors le repas de mon sac et Sam installé tout près de moi suis mes gestes avec attention et se lèche les babines. Je suis assis sur la couverture que je viens d’étendre sur le pavé. Sam est un bâtard, il remue la queue et baisse les oreilles quand je lui demande s’il a faim. Lui et moi on s’est rencontrés il y a trois ans sur le terrain vague. Il ne portait pas de collier, mais une énorme blessure à la patte. Avec quelques pièces, j’ai acheté de quoi le soigner. On ne s’est plus quittés.

Mélange entre labrador et je ne sais trop quoi, Sam a de grands yeux noisette où se lit le pardon, l’amour, la vérité. Dans son regard il y a parfois bien plus que dans celui des gens que je croise chaque jour. Sam a eu l’occasion de se tirer mais il est resté avec moi. Il y a un an, quelqu’un a proposé de l’adopter. Un vieux monsieur qui venait de perdre son chien et habitait une maison avec un jardin. Sam aurait pu être heureux là-bas. Manger à sa faim chaque jour, dormir sur une couverture près d’une cheminée. Peut-être même sur un canapé. J’ai accepté de le laisser partir, mais une semaine plus tard, le type m’a ramené Sam en me disant qu’il se laissait mourir de faim sans moi.

C’est un soir exceptionnel aujourd’hui, alors j’ouvre la barquette de jambon, laisse les quatre tranches à Sam. Il les a bien gagnées, car c’est souvent grâce à lui que les gens me filent quelques pièces. « Joyeux Noël, mon vieux ! » Il se jette sur la bouffe tandis que je l’observe en souriant. J’enfile mes mitaines en laine avant d’entamer ma première bière. Elle est glacée. « A la tienne, Sam ! »

J’attrape le petit livre dans mon sac à dos et contemple la couverture. C’est une dame qui me l’a offert. Elle habite au-dessus de la supérette et je la vois presque chaque jour quand elle va faire ses courses. Elle ne me file jamais d’argent, peut-être qu’elle n’en a pas beaucoup. Mais ce matin, elle m’a donné ce bouquin en me disant que la nourriture de l’esprit était importante aussi. Je l’ai remercié n’osant pas lui avouer que je ne suis qu’un pauvre illettré à qui il faut dix minutes pour lire une ligne. Grâce à la lumière du lampadaire, je déchiffre à voix haute. « Chiens perdus sans collier ». Sam dresse l’oreille avant de se coucher tout près de moi. « Elle manque pas d’humour, j’te jure… ! »

Des chiens perdus sans collier, voilà ce que nous sommes, lui et moi. C’est peut-être un livre intéressant qui m’apprendrait des choses. Mais ça, je ne le saurai jamais.

Un extrait d’une nouvelle « dans les bras des étoiles » écrite par Karine Giebel lue dans le recueil « 13 à table » édité au profit des Restos du cœur.

 

Tout le monde s’affaire

Tout le monde s’affaire en cuisine pour confectionner un bon repas et dans le salon pour décorer la maison.

Tout le monde s'affaire
Les cakes, bûches et gâteaux de toutes sortes s’étalent déjà sur une table et embaument la maison et sur un présentoir, les fromages et les fruits sont à l’honneur. Des champignons émincés fricassent dans la poêle sur un fond de beurre et d’échalotes finement hachées. Quand tous les morceaux sont légèrement dorés, j’ajoute un peu de vin (blanc pour ne pas changer la couleur, mais le rouge convient également et colore de façon peu ordinaire) et feu doux pour la suite de la cuisson. Quand le liquide a réduit de moitié, je verse un peu de crème, un tour de poivre, une pincée de sel et mélange le tout avant de servir bien chaud sur de petites tranches de pain poêlé et grillé dans un fond de beurre.

Je tenais à partager, pour cette période de l’Avent, ma recette de croûtes forestières que je prépare souvent pour une entrée chaude, et comme d’autres s’affairent aussi pour l’AI de l’önd, voici déjà la liste des textes parus à ce jour:

https://laglobule2.wordpress.com/2018/12/04/onesime-au-pingouinzoo/

https://palimpzeste.wordpress.com/2018/12/04/lepopee-du-pingouin/

https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/12/04/un-canard-sur-lond/

https://patchcath.wordpress.com/2018/12/04/on-entend-la-neige-tomber-doucement/

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2018/12/02/nous-etions-nus-et-imparablement-fragiles-et-souffles/

https://asimon.eu/blog/agenda-ironique/week-end-a-zuydcoote/

On entend la neige tomber doucement

On entend la neige tomber doucement et pourtant je ne ressens ni le froid ni l’humidité habituelle.

On entend la neige tomber doucement

J’ai l’esprit embrumé et la respiration haletante… j’ai très chaud. Si ma mère m’affublait, il n’y a pas si longtemps de ça, du mot « canard » qu’elle trouvait tendre et mignon sans doute, bien que je sois volatile, je ne suis pas cet animal, à proprement parler. En ce moment justement, je suis en posture d’y ressembler, et pas qu’un peu. Ce soir, on fêtera le réveillon de Noël. Des parfums de mandarines et pain d’épices m’entourent et me shootent.

Onésime vient de réaliser à quel point il est en retard. Les douze coups de midi sonnent au clocher et les odeurs de brioches remplissent la maison et remplacent allègrement celles de Mc Bacon et Cheeseburgers. Il s’empresse de rentrer chez lui, fâché, et jure : « La pingouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps. »

Pour l’instant, c’est moi qui suis honteux et confus, il est trop tard bien sûr, car je suis pris. Si ma mère me voyait ! Elle qui me disait hier encore  : « Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre ta peau ? Regarde ! La mer s’approche. (C’est plutôt marre et hot, pour moi et ici, ça sent le poivre et la muscade aussi.) Regarde, l’étendue mergnifique». Je regardais oui, et ma mère s’étala, là, devant moi, et Onésime, hargneux, jurait déjà à côté de moi à l’attention d’un autre : « Fatalimace ! Nous voici en insolitude ! La route court sous l’eau d’artificelles habitudes ! Mets tes bottes ! » Ses cris et ses miasmes atteignirent les pingouins que nous sommes et la polimalie des virgules fut dissout en délibules mirifiques !» Ma mère, toujours étendue sur la glace, put me dire tendrement : « On n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ça nous tiendra chaud ! », ce furent les derniers mots qu’elle m’adressa ce jour-là. Des odeurs d’ail et de persil fleurent bon le beurre d’escargots embaumant la cuisine. J’ai la douce impression que je ferai partie de leur fête…

J’entends Onésime et l’autre ricaner bêtement et manipuler des outils et ustensiles, d’ici je ne les vois pas, car je suis allongé sur une table. Tandis qu’ils rient à nouveau, Madeleine se lève, incommodée par le grognement des mioches, s’approche de moi, me renifle et me glisse : «Paradoxalement tu deviens drolatour avec cette diatribe, sentirais-tu la crevette arctique ? » Elle a la bouche pleine et croque à mon oreille. Je reconnais l’odeur. Ma mère m’avait offert des jumeleines, qu’elle mange en me fixant les yeux dans les yeux. Je ne peux pas bouger, je suis ficelé comme une volaille à rôtir qu’on s’apprête à farcir. Je suis maintenu, je ne sais comment, cependant ni mort et ni plumé. D’ailleurs un pingouin, est-ce que ça se…

Je suis entrain de penser que c’est un rendez-vous créaginaire et cruel quand Elodie surgit et bondit sur la croqueuse : « Pffff ! Tu ne peux pas t’en empêcher ! » l’autre dit seulement : « Chuuuutttt, »  mais la méchante criait plus fort «  Ils sont pour moi, les derniers mots de la fin ! » et la tua.

« Hella tu as… » (là c’est Onésime, mauvais, qui fonce sur elle). En effet, mes liens sont rompus et je m’échappe… J’ai l’esprit embrumé et la respiration haletante, mais je file ! « Ond, Ond » ce sont les seuls mots qui sortent de ma bouche. Je cours et je vole, enfin presque, me jeter dans l’onde, revoir ma mère pour lui dire de ne plus jamais m’appeler « canard », et embrasser les miens, car pour moi, ce soir, ç’aurait pu être la fin.

C’est ma proposition pour l’Agenda Ironique de l’ond proposé ici.

La maison est tranquille

Si habituellement, la maison est tranquille, on vient d’apprendre que le Père Noël a été assassiné.

La maison est tranquille

Ça s’est passé  juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, la veille on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Le 45 tours enregistré par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvre la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.

La Voix – Tome 3 des enquêtes d’Erlendur de Arnaldur INDRIDASON traduit de l’islandais par Eric Boury