Les petits biscuits de tante Gertrude

Connaissez-vous les petits biscuits de tante Gertrude?…

Non, sans doute, si vous n’habitez pas la Touraine. Mais ici, tout le monde les connaît, que l’on soit riche voire Président débordant de culture, ou pauvres et mendiants, grands et petits, les petits surtout. Oui, elle adore les gens. Les enfants surtout, et ceux-ci de leur côté, l’aiment bien aussi, je vous assure.

Dès que tante Gertrude a deux ou trois enfants autour d’elle, elle a toujours de belles histoires à leur raconter et une boite d’amuse-gueules à ouvrir pour retenir les plus petits ou les esprits vagabonds. A ceux qui les mangeront à la vitesse que prennent les bulles de champagne pour sortir d’un verre, elle leur lâchera en plissant rapidement deux ou trois fois ses sourcils au-dessus de son regard bleu qu’on ne fait pas la course, que leur bouche n’est pas une poubelle et que chaque instant doit se savourer.

Elle a l’âme poétique et donne formes et saveurs particulières de saison à ces croquettes et crackers de toutes sortes. Et pour Noël et la fin d’année, même si elle mêle toujours les mêmes ingrédients sur un lit de farine, ce sont des sapins qui sortent de ses mains et qu’elle offrira en cadeaux.

Avec les mots proposés et recueillis chez Marina pour terminer l’année en douceur.

Un mot de sept lettres

Mémé, peux-tu me citer un mot de sept lettres ?

– Caribou, lança-t-elle sans hésitation. Etait-ce le sifflement de la bouilloire posée sur le poêle qu’elle commençait à entendre chanter et qui l’avait inspirée…

– Super, un autre s’il te plait ! Elle avait pris l’habitude et se prêtait facilement à l’exercice farfelu du début de matinée.

– Orignal, fusa du tac au tac

– Peu ordinaire, c’est vrai, à quoi penses-tu ?

– Cervidé, en est un autre.

– !? Elle m’épatait car ce matin je l’aurais cru pleine d’hésitation. Comme à chaque fois après le petit-déjeuner, elle s’était assise dans son fauteuil. Mais aujourd’hui, elle avait d’abord posé son ouvrage de couture sur ses genoux auquel elle n’avait pas touché depuis un moment, puis avait eu l’air de préférer la lecture et tenait le livre qu’elle avait choisi d’une main avec un doigt plié à l’intérieur pour ne pas perdre sa page encours, et dont elle n’avait encore lu aucun mot. Elle remonta ses lunettes sur le haut du nez et regarda par la fenêtre en souriant.

– Paysage enneigé, en voilà deux autres. Qu’en dis-tu ?

– Tu me surprends et j’en suis ravie. Que se passe-t-il ?

– L’évasion est dans mon bouquin. Il raconte la liberté et l’égalité d’un peuple dans une contrée extrême où un certain nombre a le cerveau quelque peu congelé après être resté longtemps confiné contre sa volonté…