Elle s’est adossée au mur à palabres

Elle s’est adossée au mur à palabres pour l’attendre en cette fin de journée.

Arrivée la première comme d’habitude, elle s’est assise sur le banc de craie, là où ils discutent tous les deux pendant des heures. En bi-coloriage avec des paroles sans fin, des discussions à imaginer un monde idéal, leurs échanges sont des plus chimériques. Ça la détend.

Parfois il vient avec un pote. L’autre jour, c’étaient un rêveur orbicole avec qui il partageait ses goûts et ses idées d’oniromancie. Avec qui viendra-t-il ce soir ?

La lune est claire, et pourtant un éclair corail et agile zèbre soudain le ciel et lui donne un teint boréal. Il annonce peut-être l’orage prochain.

Impatiente et soucieuse, elle bigle sur l’horizon obscur devenu cirage à présent. C’est qu’il travaille loin, au robage de cigare à la fabrique de l’autre côté du bocage.

Les yeux dans le vague, elle n’arrête pas d’enrouler autour de son index, un petit papier qu’elle a sorti de sa poche où elle avait noté sa liste des choses à faire aujourd’hui. Oh misère, elle a trop brodé et son doigt la fait souffrir. Elle était obligée finir ce boléro bariolé, très coloré. Elle regarde sa main, ce bandage de papier, chiffonné maintenant, qu’elle loge aussitôt dans une cavité du mur entre pierre et argile, et se lève pour se dégourdir les jambes et les bras en sautillant. Elle aperçoit enfin la silhouette gracile, sur un fond de ciel libre et élargi tout à coup.

Il est seul, lui fait signe de ses mains qu’il agite au dessus de sa tête et avance en cabriole et pas de danse comme s’il avait une superbe musique dans la tête. Il l’imite tout simplement et rigole. Heureuse, elle se rassied sur le banc de craie et s’adosse à nouveau au mur à palabres.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 50 (liste, palabre, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique) et au défi du mot-mystère 25 chez Lilou avec les mots anagrammes de acribologie en italique.

On est allé au musée en ce jour de rentrée

On est allé au musée en ce jour de rentrée

-On devait être critique d’art pour le tableau que l’on avait tiré au sort parmi cinq au choix.
Adèle continue et explique que cette visite était virtuelle, que les tableaux représentaient tous une scène estivale et que Mémé devra trouver le titre de chacun quand tous auront parlé :
-… comme tu le fais parfois pour raccommoder un torchon, ici c’est avec une multitude de petits points brodés en noir sur toile de drap blanc que sont représentés les mouvements rapides des grains de sable fin soulevés par le passage d’un petit chien tenu en laisse par sa maîtresse dont on ne voyait que les pieds et le bas de sa jupe.
Pour représenter cette agitation, le peintre a laissé tomber toutes ces mitochondries avec justesse et un pinceau spécial sans doute. Cette toile est placée dans celles du futurisme, c’est marrant quand même non ?
N’avait-il qu’une seule couleur sur sa palette, a-t-il voulu donner un côté moderne de photo en noir et blanc en oubliant les couleurs de l’été, ou avait-il vécu la scène lui-même allongé sur la plage avec des lunettes de soleil ?
Ça on ne le saura jamais et ça n’a aucune importance puisqu’on voit juste et bien ce qu’il a voulu montrer.

Mémé apprécie, trouve ce début bien joli et sourit :
-Keskecébo, à qui le tour maintenant ?

Bébert s’avance et précise que chacun devait également utiliser un mot nouveau, et là-aussi Mémé devra les deviner. Son tableau a presque les mêmes dimensions que celui d’Adèle mais plus ancien et représente un magnifique paysage maritime :
-Les couleurs du ciel d’été, des montagnes pâles et les bateaux aux voiles claires se reflètent dans la mer jusqu’aux confinités de l’horizon. On voit en premier plan, des personnages en pleines activités de l’été. Un laboureur et un berger, très proches l’un de l’autre sans pourtant vouloir se parler plus que ça.
Un peu comme le meunier et Pépé quand on va au moulin, l’un à surveiller la roue qui tourne correctement et l’autre qui siffle discrètement entre ses dents parce qu’il sait qu’il va te faire plaisir avec tout ce qu’il va rapporter.
Et bien là, l’un est absorbé par la profondeur parfaite de ses tranchées parallèles dans un sol bien tendre pour obtenir une belle récolte, et l’autre qui a le nez face au vent du large et le regard perdu vers les bateaux et dont les moutons se gardent tout seuls entre le champ et la mer.
Ils pourraient tomber à l’eau, comme ce gars dont on n’aperçoit que les jambes qui se noie peut-être et que personne ne voit, pas même le pêcheur sur la rive tout près de lui.
Est-il tombé du ciel ou d’un bateau, s’entraîne-il au meilleur des plongeons ou est-il à la recherche d’huîtres perlières ? Comme ça n’était pas la mode de représenter des concours de plongeons ou des chercheurs de perles, on peut écarter ces idées.
Alors c’est lui, ce gars, qui est important dans ce tableau, et insignifiant et presque invisible dans cette beauté qu’est la Nature. Il est peint dans un coin sombre, où la mer est d’un vert émeraude et lugubre, alors que le reste est de couleurs claires et ensoleillées. Il est dans un endroit poissonneux et pourrait bien se faire manger par un plus gros de cette espèce.
Il semble en grande difficulté, mais personne ne fait attention à lui, comme s’il était puni d’avoir désobéi. Comme quand maman me mettait au coin après une bêtise, tu sais Mémé, et disait « il est puni, on ne le regarde plus et il reste tout seul ».
On pourrait craindre le plus grand des malheurs pour lui avec ce rouge sang du foulard du pêcheur et la chemise du paysan au centre du tableau qui a soudain son importance.

-Keskesameplet, on continue ?

-Mon tableau, dit Coco maintenant, est bien plus grand que les deux premiers présentés là, mais contemporain de celui d’Adèle. Il paraît tout simple comme ça, mais plus on l’observe, plus le choix des détails et des couleurs à son importance.
On aperçoit le ciel et la mer à l’horizon par deux lignes de bleus à peine différents l’un de l’autre qu’ils pourraient se confondre. Mais ce sont trois hommes tous nus jouant aux boules sur une pelouse bien verte qui sont l’objet principal de la scène. La nudité des personnages et le jeu de pétanque en fait un tableau estival.
Quoique les boules sont noires, et cette couleur trompe-l’œil pourraient les faire passer pour des truffes que ces jeunes gens auraient trouvées.
Oui, ils sont jeunes car les épaules sont fines, leurs torses sont parfaits, leurs ventres pas bedonnants et les silhouettes juvéniles. Le fait d’être nus peut aussi marquer un signe de liberté pour ces trois hommes.
La façon désinvolte de porter sa chlamyde pour l’un d’eux montre le peu d’habitude de se bien vêtir ou signe d’insouciance… ou est-ce que ce personnage debout est plus important que les deux autres encore inclinés devant lui ?
Ou sont-ils tellement absorbés par ce qu’ils font, en train d’inventer et de créer ?
D’ailleurs, le vert de l’herbe et le rose des corps en font quelque chose de frais et de nouveau et les têtes baissées et leurs yeux à peine ouverts leur donnent en air pensant.

-Kelbonidécemuzé, je ne m’en lasse pas

-Mon tableau est très coloré et immense, annonce Dédé, tu peux bien ajouter un mètre de plus en longueur et largeur aux dimensions de celui dont Coco a parlé.
Le mien représente deux femmes à bicyclettes. Leurs cheveux sont courts et flamboyants et les vélos bleu turquoise.
La chaleur est ardente car le fond du tableau est jaune d’or en grandes traînées verticales pour montrer le soleil de plomb.
Et les femmes sont torses nus. On en voit une de face qui parle et qui à l’air contente, d’ailleurs elle porte un rouge à lèvres assorti à sa chevelure. Mais l’autre de profil avec un slip noir paraît fatiguée et semble aller dans une autre direction.
C’est une scène de rue, un peu banale, où ces dames, l’été en bord de mer, parfois dénudées, font des tours de vélo à se promener sans but précis juste parce qu’il fait beau.
Le peintre original a voulu l’accrocher avec une révolution d’un demi-tour et présenter ces femmes la tête en bas.
Mais la poitrine de la femme de face n’a pas changé de sens, et ça, c’est trop rigolo, n’est-ce pas Mémé ?

-Komecébien, en effet c’est rigolo et magnifiquement intéressant tout ce que vous savez voir dans un tableau.

-Attends Mémé, dit Emma, il reste le mien. Il n’est pas rigolo du tout, même s’il y a un visage très souriant en son milieu.
Mon tableau est moderne, puisque l’homme qui y est représenté porte un T-shirt blanc et un pantalon noir, un peu comme n’importe qui aujourd’hui.
Cet homme court pieds nus sur un sol gris clair qui pourrait être du sable. On ne voit pas de marques de pas au sol, trop court. Ce manque de profondeur pourrait marquer qu’il arrive au dessus d’une dune ou sur une route en haut d’une côte. L’ombre est courte et sombre par terre et sur le devant de son maillot, il peut être midi. Et le ciel est beau bleu porteur de cumulus très blancs annonçant une merveilleuse journée.
Le visage au rire franc et massif montre une bouche aux lèvres rouges démesurément ouverte par un rire laissant apercevoir les dents blanches impeccables comme les touches d’un piano et le noir du fond de sa gorge comme un trou béant. Les cheveux sont noirs également, et courts, un peu plaqués.
Ce pourrait être une mascarade, ou un spectacle. Mais ce rire paraît forcé et tellement grand que les yeux sont fermés. D’ailleurs, ce visage n’a rien à regarder puisqu’il est dans les mains de celui qui court. Comme si l’autre criait pour se faire remarquer et dire tout le contraire de ce qui fait rire habituellement.
J’aurais dit qu’il n’y avait que trois couleurs pour ce tableau : bleu pour le ciel, blanc pur pour les nuages et blanc-ivoire pour le visage et gris, allant du très clair ou noir, mais il y a ce rouge à lèvres sanguinaire très important.
Un tableau d’aujourd’hui tracé comme une affiche de propagande d’une autre époque. C’est assez frappant et dérangeant.

Mémé n’en revient pas. Elle reste sans voix et les étreint l’un après l’autre. Puis elle s’apprête à jouer le jeu des devinettes en s’appliquant. Mais les enfants plus pressés et excités d’avoir émerveillé Mémé en l’emmenant au musée, dévoilent très vite les noms des tableaux, les auteurs et les mots imposés.

Pour répondre à la proposition de JPL des Arts et des Mots pour l’Agenda Ironique de mai avec 6 mots à placer (Confinités- Révolution- Mascarade- Mitochondries- Trompe l’œil et keskecébo) et 5 tableaux (je n’ai pas su choisir) suivants :
la Chute d’Icare de Pieter Brueghel l’Ancien (datant de 1558) 73,5x112cm
Les Joueurs de boules de Henri Matisse (datant de 1908) 115×147cm
Dynamisme d’un chien en laisse de Giacomo Balla (datant de 1912) 90,8×110cm
Les demoiselles d’Olmo II de Georg Baselitz (datant de 1981) 250x249cm
Le céphalophore de Yué Minjun

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort

Le ciel était bleu hier et le vent de nord-ouest soufflait fort.

Maman nous a fait poser les sacs de tourbe dans sa torpedo pour les vendre au marché. Avec l’argent on pourra réparer le toit écroulé de la grange qui obstrue le passage dont les poutres forment un vieux turbeh et passeront au rebut et en bois de chauffage cet hiver.

Pendant ces semaines sans école, elle nous a appris à labourer et à tisser en expliquant ce qu’était le boustrophédon, à bien doser les épices dans la soupe et la poudre à lever dans les gâteaux, à ramasser les œufs pondus sans ôter le leurre pour les poules, à buter les turneps, à opter de réciter quelque strophe plutôt que de bouder de trop suer sous le vent et la chaleur et de craindre de puer. 

Aujourd’hui, nous brodons les boutons plutôt que de les coudre, savons cuisiner presque aussi bien qu’elle de fameux brouets pour accompagner les tournedos du dimanche, ne faisons plus les bourdes du début, n’avons plus besoin de quelconque promesse pour nous booster et sommes plus soudés, à ce qu’elle dit. Elle doit être fière des résultats obtenus, car elle ne nous appelle plus « mauvaise troupe ».

Le ciel est bleu et le vent de nord-ouest souffle fort. C’est le premier jour de l’été et dans une semaine, ce sera la rentrée.
-On est sans doute sur la bonne voie cette fois-ci, a dit notre mère, cette date tombe à pic.
On la sentit de très bon poil soudain, comme si ce petit rien l’eut délivrée d’un poids.

C’est vrai qu’à cette saison, elle se doit de garder courage et ne donner aucun signe de faiblesse, car les travaux de force ont commencé et vont se poursuivre quelques mois encore.

Au coucher, après le fricot du soir comme d’habitude, que certains ont bâfrer, ce qui l’a un peu énervée, sans toutefois lui faire perdre patience, elle borde le petit et nous remercie d’un baiser sur la joue pour l’avoir bien aider et pour les efforts qu’on a su fournir dans la journée. Puis elle permet, à nous les plus grands, de laisser notre lampe éclairée pour lire un peu mais fait promettre d’éteindre dans une demi-heure tout au plus.
C’est une femme qui excelle de douceur et de tendresse, au caractère égal, mais reste intraitable sur certaines choses à ne pas négocier.

Cependant ce soir, le ciel est bleu sombre, le vent souffle encore et on subodore un heurt dans ses mots, ses paroles ont fait des rebonds dans sa bouche et sa langue un détour, comme si son bonheur allait s’user tout à coup. Alors prudents, nous pouvons oser un regard interrogateur.
-Demain je dois me rendre chez le meunier, répond-elle.
C’est Honoré, un homme de corpulence massive qui porte la tonsure et se dit abstème (mais ne peut duper personne) et vecteur d’ondes malsaines qui me donne envie de fuir. Le ciel sera-t-il encore bleu ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce texte pour répondre aux Plumes 13.20 chez Emilie sur le thème Force avec les mots recueillis en gras, à Des mots, une histoire chez Olivia avec la récolte 49 dont les mots sont en gras, au défi 122 chez Ghislaine avec 8 mots en gras sur le thème Saison et au Mot mystère 24 chez LilouSoleil dont les mots anagrammes sont en italiques.

 

En rentrant de la foire à la nuit tombante il s’arrête toujours ici

En rentrant de la foire à la nuit tombante il s’arrête toujours ici.

Il dépose son biclou contre le grand feuillu, tout fleuri à cette saison. Il relève sa freluque un peu folle qui lui tombe sur le front, et fouille dans sa poche pour trouver son mouchoir. Il a eu chaud et s’essuie le visage, puis le replie avant de le ranger. Il prend son temps pour se remettre de ses émotions. Alors il avance et piétine une bouillée d’herbes fraîches comme un fouleur de raisin pour se débarrasser de la terre qui pourrait être collée sous ses souliers, même si le temps est bien sec comme ce soir. C’est ce qu’il répond si on le questionne. Il fait des yeux tous ronds qui pointent vers l’infini, il est trop drôle, un peu loufoque aussi, et approche sans me voir à la fenêtre, comme si sa tête était soudain vide et toute idée absente. Je souris car je connais ses gestes par cœur.

Il est fidèle le Clodio, et à l’heure pour venir manger son fricot. Ce soir ce sera le ragoût de poisson de ma mère, tenu au chaud sur la cuisinière pour qui viendra céder aux arômes et douceur de la rouille déjà posée dans des bols sur chaque table. Il vont être nombreux à entrer, car on aperçoit la lueur des éclairs au loin.

Il annonce la foudre et la colère du ciel en posant bruyamment la bouteille de cidre qu’il apporte à chaque fois. Il a entendu la chouette ululer très fort dans la montée et sa douleur au genou lui recherche querelle, ce sont des signes, affirme-t-il. Mon frère me donne un gros coup de coude, et rigole silencieusement en me montrant que ce clodo se gratte le froque au niveau de la couille. Ma mère l’houspille illico avec son torchon qui nous frôle, nous renvoie coudre et floquer comme elle nous l’avait demandé et dit qu’elle devra sûrement en découdre avec son jeune fou pas très docile. C’est sa façon de s’excuser auprès de ce bon drille. Je pars fâchée contre ce querelleur de frangin, s’il recommence, je lui croque l’oreille.

Je l’aime bien moi, Clodio, il a toujours de belles histoires à raconter, avec des mots venus d’ailleurs, c’est un peu mon idole. Après manger, il reste assis à écouter les autres ou à dire à son tour. Alors il croise ses mains ridées et les ouvre juste pour regarder l’intérieur des paumes comme si un texte y était noté, et le voilà parti à fermer et rouvrir ses mains comme des ailes de papillon, et à parler sans fin. Il a beaucoup voyagé et fait toutes sortes de métiers, quelque peu ludique, comme quilleur dans un grand bowling de bord de mer, et aussi cilleur à la volerie des aigles, godilleur en marais poitevin, cueilleur de gousses de vanille quand il était dans les îles, tout juste défroqué après avoir été prêtre. Et c’est pour ça que mon frère l’appelle Frollo.

En réponse au défi 121 chez Ghislaine avec les 8 mots en gras, et au défi du mot-mystère 23 chez LilouSoleil formé des lettres « eee i oo uu cdfq ll r » dont les mots anagrammes utilisés sont en italiques.

Tôt le matin avec une seule arme

Elle partait tôt le matin avec une seule arme, son appareil photo.

Comme d’autres auraient enfilé leurs gants et pris un sécateur pour aller couper un bouquet de roses au jardin, elle portait cette sacoche en bandoulière et partait. Dans ce fourreau, plusieurs objectifs y avaient leur place et valaient toutes les flèches et munitions du meilleur des guerriers.

Bien sûr, qu’elle revenait avec un bouquet. Des fleurs des prés qu’elle arrangeait aussitôt dans une vieille cruche qui lui servait de vase par amour de la récupération et pour mettre toujours un peu de nature dans l’office. Et quand elle affichait également un magnifique sourire qui éclairait son visage, alors on savait qu’elle passerait la soirée dans sa chambre noire, petit atelier qu’elle avait aménagé dans un coin du grenier avec de lourds rideaux épais d’un bleu très sombre devant la fenêtre.

Elle développait ses photos en noir et blanc. En grands formats quelquefois, comme le papillon avec ces centaines de points aux milles nuances de gris qui décore le salon, et l’abeille en plein travail chargée de pollen qui orne la cuisine. Pour nous, elle était notre Doisneau. Et là elle éclatait de rire en qualifiant son travail de pachydermique, et ajoutait que malheureusement ils n’avaient que leurs initiales en commun.

Nous, les enfants, elle ne nous a pas emmener trop jeunes dans cette sorte de chasse, et jamais à plusieurs. Pourtant, à tour de rôle, elle nous a expliqué comment s’y prendre. Elle manipulait cet instrument, assez lourd cependant, du bout des doigts. « D’abord, il faut se fixer une cible pour bien l’atteindre », disait-elle. « Insectes ou fleurs, animaux plus gros ou paysages… » Elle étalait toujours un linge propre et soyeux sur ses genoux pour poser ce système et en détailler chaque partie. Elle laissait ses mains flirter délicatement sur l’appareil et le caresser, et disait qu’il ne fallait pas forcément se concentrer mais surtout tirer juste, au bon moment, en tenant compte de tous éléments.

J’ai pu la prendre en photo, un jour, à mon tour, d’après ses indications et le résultat lui a beaucoup plu puisqu’elle a bien voulu en faire deux tirages, un qu’elle a inséré dans un petit cadre pour son atelier, et un autre en grand format pour moi.

Pour répondre aux Plumes 12.20 chez Emilie avec les mots proposés (atteindre, concentrer, objectif, tirer, arme, bleu, pachydermique, amour, doigt, flèche, fourreau, flirter) sur le thème « cible »

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Quelques pages de mon livre

« Et si tu me lisais quelques pages de mon livre », propose-t-elle dans l’après-midi.

« Comprends-tu maintenant, avec mes yeux de taupe, je ne peux plus lire n’importe quoi, il faut que ce soit écrit très gros; j’ai bien ma loupe mais ça n’est pas bien commode dehors…
-Oui, je le veux bien, sans souci.
Elle me tend son bouquin, un peu vieilli à force d’avoir été feuilleté, de la collection Le Masque avec un dessin d’empreinte digitale ensanglantée sur la couverture jaune, où je peux lire La ravissante idiote de Ch Exbrayat.
Je souris, je m’étonne du dessin et du format, le retourne, la regarde, elle a les yeux pétillants et son regard filou.
-C’est un roman d’espionnage Mémé !? avec une couturière, il me semble et…
-Pourquoi ? Qu’est-ce qui te dérange ?
-Oh rien, sauf que l’histoire n’est pas nouvelle. N’t’inquiète pas, je vais redécouvrir. C’est d’ailleurs marrant, je crois !
On s’assied sur la terrasse à l’ombre du lilas et j’ouvre…
C’est un carnet de recettes écrit de sa main et sur la page ouverte est noté Pastilla de pigeon aux amandes, coriandre, miel et cannelle…

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 48 (couverture, espionnage, taupe, filou, masque, empreinte, pigeon).

Les autres ont préféré en rire et colporter la chose

Borborygme. Nom masculin.

Prononcé la toute première fois par un gars venu d’ailleurs avec un accent effroyable et l’allure d’un ogre.
Composé de « borbor » qui vient du grec (bar-bar signifiant étranger) et du suffixe –isme (prononcé ygme) utilisé dans la composition de mots désignant des courants de pensées plus ou moins nets et pas trop encore élucidés et toujours à l’étude et partout présents.
Ce gars croyait que toutes les parties de son corps avaient chacune un esprit capable de s’exprimer et penser indépendamment. Faut dire qu’il en faisait du bruit en se déplaçant. Et même quand il était au repos. Respectant les autres et voyant qu’ils étaient intrigués, il crut devoir s’expliquer. Rondouillard et rigolo, il avait toujours le mot bien à propos et donc il osa : « Ce sont mes borborygmes intérieurs, écoutez-vous et vous vous entendrez. »
Il était important et en imposait, alors pour ne pas se faire écraser, les autres ont préféré en rire et colporter la chose.
Et maintenant, on sait que ça existe, tout le monde en rit et on ne s’en étonne plus.

C’est ma définition à l’invitation de l’Ecrit’urbulente pour son Dico rigolo 18.20

Quel est ce type qui porte son luth dans sa hotte et entre dans sa hutte ?

Quel est ce type qui porte son luth dans sa hotte et entre dans sa hutte ? demande le loup à la poule et son poulet.

La pauvre savait qu’il les voyait déjà au pot. Craignant son pouque, elle ferme sa goule, écarte le petiot, avale sa glotte soudain lourde comme un plot, perd le goût et devient presque muette comme une carpe alors qu’elle rêve de devenir lotte pour s’aplatir à terre.
Elle glou… elle glougloute et prononce : « Voyez Mère l’Oye ! »  avant de s’écraser sur une pierre où son bec grave un trait profond et imparfait.

L’autre, fan de typo ne pensant qu’à son jeu, accourt avec sa loupe prête à trouver un pou :
Oyé la quête, qu’elle est- elle ? Ah quelle glyphe magnifique pour ma future glyptothèque !

Un phoque sort de l’eau, un toupet sur la tête en guise de toque.
Curieux de phyto et de glypho, il approche à ces nouveaux mots avec des bruits de touque qu’on ouvre.
Sa toge luisante comme de la glue pègue un peu et passe de pelote en loque au soleil.

La mère palmée lui jette un œil et l’interpelle :
Hey  mon pote Gros Guy, te voici tel un tableau légué par Loth !

La poulette à la houpette raplapla se retape et ouvre un œil, puis l’autre et dit respectivement :
Loup… Phoque
-C’est vrai, répond Mère l’Oye, un peu fou tout ça tout de même !

Sur la proposition de Lilou,
le mot mystère 21 à découvrir avec les lettres et la définition données est « glyptothèque »,
et les mots formés de ces lettres en italique que j’ai utilisés.

Ils sont venus jouer

Ils sont venus jouer à plusieurs et sont d’abord passés à côté du violon.

D’une main baladeuse, inconscients et tranquilles, ils ont tous gratter de leurs doigts sur ses cordes mais aucune révélation n’en est sortie, alors ils l’ont dédaigné et laissé dormir.
Tout était préparé et rangé, déballé et trié à leur intention. Chacun criait à tort et à travers avec la seule volonté de vouloir gagner.

Le plus jeune des deux frères était déguisé en indien et s’éclipsa sous le tipi. Puis il en est ressorti tout souriant et content de lui. L’autre de la fratrie patiemment attendait.
Quelque chose a turlupiné les nouveaux sans doute, car ils ont tous voulu se déguiser eux-aussi et rentrer sous l’abri à tour de rôle pour connaître ce qu’avait ressenti le petit et qui l’avait tant ravi. Usant maintes manigances, ils étaient très curieux et prêts à soudoyer l’un et l’autre et à dépenser forte séduction pour aller le premier au bout du suspens. Et puis ils sortaient de ce refuge, l’un après l’autre, ahuris et déçus.
Alors ils ont demandé explication au mignon absorbé à dessiner un amabié coloré sur une feuille de papier. Il avait simplement caressé le chat Mistigri qui lui avait souri. C’était subtil mais ça lui portait chance pour toute sa journée.
Tous crièrent à tort et à travers avec la seule volonté de tout foutre en l’air. Avec mépris en voyant là de l’abus, ils décidèrent de partir. Très énervés et se croyant trompés, ils donnaient des coups de pieds dans les boites, vidant les jeux à leur portée, jetant et répandant les jetons à terre sous les yeux atterrés de celui qui les avait invités.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 47 ( tipi, révélation, turlupiner, tranquille, amabié, dormir), aux Plumes 11.20 chez Emilie avec les mots proposés sur le thème du jeu ( rôle, subtil, violon,gratter, jetons, chance, ahuri, dépenser, manigance, mistigri, séduction, suspens, soudoyer) et au défi 120 de Ghislaine avec les mots proposés (jeter, trier, ranger, vider, abus, refuge, mépris, volonté) ou sur le thème du « changement ».