Les rêveurs éclairés

Nyctalope. Adjectif masculin ou féminin.

De prime abord, vous me direz, c’est vrai, que ça a a l’allure d’un gros mot. Et bien pas du tout.

Issu du langage des ados, à l’époque du premier dictionnaire où les premiers rédacteurs étaient jeunes, rêveurs et éclairés et qui se dirent, un jour, académiciens et immortels.
A chaque début de cours, à l’étude, en séance, de jour comme de nuit, ils criaient « Nique-ta-lampe » pour intimer l’ordre à chacun d’éteindre sa lampe, sauf à celui qui allait prendre la parole et restait de ce fait éclairé alors que tous les autres étaient illuminés d’un nouveau savoir de l’autre.
Cette expression a été déformée par le temps et le ton qu’on y mettait, et ça donnait plutôt « nic-ta-laammmmmmpe » puis c’est devenu nyctalope.
Ce fut d’abord un nom commun, puis un adjectif masculin ou féminin, en un seul mot, avec un i-grec ça fait toujours mieux pour l’étymologie dans un dictionnaire et sa signification est simple : « Qui voit ». On ne sait pas quoi, quand, où, de toutes façons ça a changé au fil des siècles.
Aujourd’hui, ça qualifie celui qui voit la nuit. Mais pendant un temps, ça a été celui qui voyait aussi bien de jour comme de nuit. Dans le prochain dictionnaire ça qualifiera celui qui aura vu le bout du tunnel, sans doute.

J’ai donné cette définition sur l’invitation de l’Ecrit’urbulente pour ces dico d’or, euh non, son dictionnaire de Bon Air 17.20, à mon avis c’est celle qui colle le mieux à la réalité… du moment.

Le camerlingue en carlingue

Le camerlingue en carlingue

Il est monté le plus vite possible dans sa carlingue tirée par ce cheval ramingue.
Une silhouette gracile et son allure est inégale. Il faudra sans tarder passer ses sabots et ses fers sous l’enclume de la forge. Ou, l’animal est-il aussi cinglé que son maître est camé !? C’est que la galerne souffle fort et le ciel est bien rincé à présent.
Tout pourrait aller plus vite si le vent ne venait pas en pleine face et si cette bête ne s’arrêtait pas à chaque coin de rue pour enlacer de sa langue un graminée ou un géranium, ou si elle n’allait pas se câliner au linge fraîchement étendu. Elle meuglera la lingère, de belle manière et elle aura raison.

Meugler… comme sa géniale Marceline le faisait naguère quand il était gamin et qu’elle procédait par exemple au rinçage de ses oreilles débarrassées de cérumen à l’eau claire au dessus du légumier, pendant qu’il rêvait de sa luge en voyant tomber la neige par la lucarne.
Et s’il ne se tenait pas bien, elle lui promettait, dans une clameur animée, de l’encager dans la glacière ou de le mettre à la tâche de l’écalure des cerneaux de noix qui allait lui rendre la paume des mains toute granulée.
Et s’il s’en plaignait, elle le repoussait de sa gorge élargie, en le traitant de mélangeur d’idées toujours prêt à l’engamer et la laminer, et puis le sommait de cesser son manège ou d’aller se faire f… et enculer par le camerlingue, ce gros mangeur peu éclairé.

Si elle savait tout aujourd’hui !  C’est lui, devenu le camerlingue en carlingue, qui est attendu de toute urgence chez le SP.
Tiens, il longe la galerie de l’algérien où plus jeune on y fumait le narguilé
Il a troqué son pantalon élimé, sa tunique maculée et son vieux galurin contre son habit carmin. Il égraine son chapelet et tient son recueil de la même main. De l’autre, il tient le rêne.
Il entend au loin tinter une clarine. Il approche donc de SP et a compris depuis longtemps qu’il échangerait rapidement sa charge curiale contre un ministère plus régalien. Malin, l’ami, pas besoin d’être Merlin.
Il sait qu’il culminera bientôt ! Il cligne un œil vers le ciel en pensant au nom dont s’affublait Marceline : la miraculée !
Dans l’immédiat il devra affronter une atmosphère plus minérale à l’ambiance glacée, et préparer une élégie digne de l’ère nucléaire actuelle qu’il lira demain.

Sur la proposition de Lilou,
le mot mystère 20 à découvrir avec les lettres et la définition données est « Camerlingue »,
et les mots formés de ces lettres en italique que j’ai utilisés.

 

Mémé avait peur d’oublier

Mémé avait peur d’oublier…

Elle craint toujours, et chaque jour doit trouver assez d’énergie pour stimuler sa mémoire. Le changement a déjà été énorme pour elle quand elle n’a plus pu voyager autant qu’elle l’aurait voulu et a du abandonner sa fonction de sniper. Elle a bien sûr mesurer le pour et le contre. Elle a évalué cette vaste fatigue accumulée au fil des mois et années, de ses rapides allers et retours, sous diverses latitudes. Elle a pesé entre la liberté qu’elle allait perdre et sa santé à préserver, ce trésor, qu’elle pourrait garder. Et elle a finalement opté pour le côté positif de cette affaire. Elle allait rester et profiter enfin. Mais aujourd’hui, à la longue, elle redoute l’abêtissement.

Mémé n’a jamais beaucoup parlé de son métier, beaucoup ignoraient même ce qu’elle faisait, elle a toujours été une femme réservée. Aussi quand je lui dis que j’avais retrouvé ses carnets dans le grenier, je vis là une aubaine à lui donner ce courage dont elle avait besoin pour garder le cap, et partager encore de bons moments conviviaux et familiaux. Son œil brilla et un rire enchanteur découvrit ses dents jusqu’au fond de sa gorge. Une larme de joie et un éclat de tantale sur sa molaire gauche firent apparaître des étoiles dans ses yeux et sa bouche.

Mémé a sauté à pieds joints de son fauteuil et me demanda expressément d’arrêter de tergiverser et de cesser d’être pinailleuse à ce point. Elle insista alors pour que j’aille chercher tout ça tout de suite et que je l’apporte dans son cabinet, qui n’est autre que notre salon de famille, où nous sommes quotidiennement. Il faut la voir ! Elle a les yeux d’un bleu profond, attirant et c’est extrêmement difficile de fuir son regard envoûtant. Convivial, oui, ça va l’être ! Familial, un peu moins car certaine chose restera entre nous deux. Je crois comprendre qu’il y a quelque secret à ne pas divulguer.

Mémé passe la main sur le paquet avant de l’ouvrir. Le tout est comme je l’ai trouvé, bien conservé et ficelé dans un emballage kraft qu’elle défait avec soin. Elle prend son temps et savoure chaque seconde, elle empile les cahiers suivant un ordre très personnel en formant des petits tas bien parallèles, comme si elle cherchait un dossier précis. Subitement et précieusement, elle pince une double feuille entre deux doigts, la tire et me fait signe d’approcher ma chaise en silence. C’est un courrier…

Mémé sourit, son visage est devenu rouge et étincelle. On dirait qu’elle a rajeuni soudain, et ressemble à un cardinal parti conquérir une contrée inconnue au delà de l’équateur.

Je remercie d’abord les proposeurs de défis et de mots, avec beaucoup de plaisir, je réponds là :
au défi 119 chez Ghislaine avec les mots proposés (regard, fuir, peur, réserver, donner, énergie, famille, cap, stimuler) et sur le thème du face à face,
à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 46 (cabinet, tergiverser, tantale, abêtissement, pinailleuse, emballage, partager, convivial, sniper)
et aux Plumes 10.20 chez Emilie  avec les mots recueillis d’après le thème latitude (changement, voyager, étoile, mesurer, équateur, positif, vaste, parallèle, liberté, trésor, cardinal courrier, conquérir) 

et je continue mes ouvrages avec mes plus petits bouts de laines et tissus.

Le ciel s’est couvert

Le ciel s’est couvert de Raymond Queneau

Le ciel s’est couvert de boue et de brume
L’asphalte pâlit
Tous les pieds sont noirs
Un cerceau jaillit propageant l’écume
Le ruisseau s’étend face au boulevard

Le ciel s’est couvert de pluie et d’enclumes
L’asphalte verdit
Tous les troncs sont noirs
L’abeille alertée a soigné son rhume
Ça cocotte un peu près de l’urinoir

Le ciel s’est couvert de rage et de plumes
L’asphalte blanchit
Tous les chats sont noirs
Un train se déplace en criant tummtume
Un flic s’est mouché dedans son mouchoir

Le ciel s’est couvert de pus d’apostume
Le ciel a fondu
Tous les trous sont noirs
Une fille embrasse un aimé jeune hume
Un vendeur veut vendre un journal du soir

Les neuf chats sur cet ouvrages sont tous verts, couleur apaisante, rafraîchissante et même tonifiante, qu’on associe souvent ici à l’espoir et à la chance.

A la queue leu leu

Un groupe de personnes, une dizaine à peu près, marchaient à la queue leu leu.

Des randonneurs du troisième âge se suivaient ainsi chaque trimestre, pas plus souvent et par jour de beau temps seulement, tous espacés d’un bon mètre ou deux, suite à une habitude prise depuis le printemps légendaire de l’an XX qui avait marqué tout l’univers des terriens.

Ils voient un poulet au bord de la route, qui la traverse subitement.

-Pourquoi ce poulet a-t-il traversé la route ? dit l’un
A chacun sa réponse, et de participer ardemment au piaillement d’une basse-cour humaine tout juste sortie du poulailler.

-Pour aller de l’autre côté, pardi

-Pour laisser ses empreintes dans la boue fraîche. Regarde celles du tracteur sont encore visibles ici.

-Fait un drôle de bruit cet engin. Problème de courroie. Va pas travailler longtemps.

-C’est fou comme la brume du matin peut humidifier l’air et la terre en cette saison.

-Et je me demande si ces frimas sont bien bons pour la floraison des pruniers.

-Sans vouloir te froisser, t’as vu la tête du poulet ? Plutôt dodu, à mon avis c’est une poule ! Et cou-nu en plus de ça!

-Je te mets au défi de reconnaître un ornithorynque qui sortirait d’un terrier.

-C’est quoi ça, un produit de la ferme ?

-En quelque sorte, que l’on fait cuire à l’envers attaché au bout d’une cravate dans une lessiveuse remplie d’eau bouillante.

-Ecoutez le clapotis dans les fossés et les canaux…

-C’est le paysan qui vient d’ouvrir les vannes

-Où ça ? où ça ?

-Là-bas, près de la cabane. Il a arrêté son moteur et on aperçoit son chapeau au-dessus des grandes pousses.

-Bon, on continue notre tour, oui ou non ? on avance à rien à vouloir construire le monde avec des mots !

Pour sourire et répondre, à la queue leu leu, au défi 118 chez Ghislaine avec 8+2 mots (empreinte, visible, brume, froisser, envers, légendaire, clapotis, frimas, cou, pousses) ou le thème « Temps », aux mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 45 (moteur, mots, terrier, ornithorynque, chapeau, cravate, cabane) et aux Plumes 9.20 chez Emilie avec les mots du thème ferme (tracteur poule, produit, lessiveuse, travailler, ouvrir, poulailler, paysan, dodu,  prunier, terre, construire, continuer, courroie).

 

 

Mi-avril et pas un nuage à l’horizon

Mi-avril et pas un nuage à l’horizon. C’est sûr ici, le vent du nord est là pour les chasser.

Et toujours pas de giboulée, non plus. C’est une année vraiment extraordinaire.

Alors, ne perdons pas le nord et prenons le fil pour aller plus vite au jardin tricoter un peu, histoire de se délasser après un enregistrement rigolo, mais assez contraignant pour une vidéo un peu spéciale.

Je ne perds pas le fil et prends mes aiguilles pour faire une sorte de riboulaine à ma façon, et essayer de cacher nos faces de zébu.

Comme le temps est presque à l’été, et qu’il faut que tout se lave à grande température, j’ai trouvé du coton, à peine 20g en tout et pour tout.

Et j’ai commencé par monter 54 mailles avec des aiguilles n° 2,5.

R1 : tricoter tout à l’endroit
R2 à R6 : répéter le R1
R7 : tricoter 49m end, retourner le travail
R8 : tricoter 44m env, retourner le travail
R9 : tricoter tout à l’endroit
R10 : tricoter tout à l’endroit
R11 : tricoter 5m end, tricoter 44m env, tricoter 5m end
R12 : tricoter tout à l’endroit

R13 à R24 : répéter 2x( de R7 à R12)

R25 : tricoter 49m end, retourner le travail
R26 : tricoter 36m env, retourner le travail
R27 : tricoter 28m end, retourner le travail
R28 : tricoter 36m env, retourner le travail
R29 : tricoter tout à l’endroit
R30 : tricoter tout à l’endroit
R31 : tricoter 5m end, tricoter 44m env, tricoter 5m end
R32 : tricoter tout à l’endroit

R33 à R72 : répéter 5x( de R25 à R32)

R73 à R84 : répéter 2x(de R7 à R12)

R85 à R87 : comme R7, R8 et R9
R88 à R92 : tricoter tout à l’endroit
R93 : arrêter toutes les mailles.

Faites une chaînette de 30cm pour chacun des 4 coins qui seront les attaches de ce masque.

Vous pouvez doubler ce masque d’une fine toile comme un mouchoir cousu à grands points.

N’oubliez pas de le laver très souvent.

J’ai pensé à toutes celles qui sont plus à l’aise au tricot qu’en couture. Gardez-vous en bonne forme.

Et Merci, Dane qui m’invite à sa participation à son défi ici.

En avril ne lâche pas le fil

« En avril ne lâche pas le fil »


Il a ressorti des gravures jaunies conservées sans doute dans une de ses milles boites au fin fond de son grenier.
Ah ce blog porte bien son nom. Je n’ose imaginer la taille du grenier, la grandeur des boites et le nombre de Carnets. Paresseux ? pour sûr ! Il y a tellement de détails sur ces gravures que l’on passe un temps fou à regarder tout ça.
C’est fameux et il devait bien rire quand le doigt l’a pointé pour avril. Oui, il devait préparer ça depuis le début du confinement en se disant qu’on allait s’y laisser prendre.
Il nous fait don de douze images et quatre mots ( giboulée, zébu, cognassier, riboulaine ) pour faire le parcours d’avril. Allez voir tout ça ici et prenez-vous au jeu.

Souvent dans ses rêves
Lézards, serpents et grenouilles
Du porche grouillent et fuient

Dors bébé, respire
La vie est belle, rose et longue,
Laisse l’Ancien partir

Plonger, nager, mais…
Lui, à la barque accroché
Tout un jour d’été

Contre zébus âgés
Deux chevaux aident maintenant
Laboureur au champ

Sèment en suant
Observent vent et pluie longtemps
Moissonnent en chantant

Usé, fatigué
Sous fruitiers et cognassiers
Souriant à la vie

Chien, chemin faisant
Quand deux pèlerins rencontrant,
Papotent et se quittent

Deux malfaiteurs braquent
Convoitent sa bourse ou famille
Et le bonhomme craque

Si ni l’un ni l’autre
Convoite la Belle et son cœur
Pourquoi ce duel ?

Giboulée d’avril
Sous tempête et gros éclairs
Caravelle navigue

Femme à son ami
Ecrit et conte ses journées
Mêlant riz-boue-laine

Heureux, fier de lui,
Bien mis, bourse pleine
Revient de voyage

J’ai classé les douze vues en essayant d’inventer l’histoire d’un homme… mais ça n’avait ni queue ni tête, et c’est sous forme de haïku que je réponds à cet Agenda Ironique d’avril proposé par Carnets Paresseux.

Nicolas-François Gromort, Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie, 1837Gallica/BnF.

Là-haut

« Là-haut sur la montagne était un vieux chalet… »

Ça c’est mon voisin du dessus qui entraîne sa voix de bon matin. Ah mes chers voisins ! Dans peu de temps c’est celui du dessous qui va iodler comme s’ils se répondaient tous les deux.
Eh tiens ! les tac tac des talons de la petite nouvelle du cinquième… comme de légères notes de musique… C’est une joyeuse résonance dans cette cour un peu grise parfois. Toujours à la dernière mode, la jeunette. Oh mais elle a déjà mis ses habits de saison !
Ah ça m’aurait étonné que la concierge la laisse filer sans lui dire deux mots. Et la grande greluche du premier avec sa toute nouvelle teinture couleur corbeau et ses yeux de radar est déjà accoudée à sa fenêtre, faisant bonne mine pour taper une causette, toujours prête à saisir le plus petit ragot et le faire enfler dans le quartier. Elle s’en mêle bien sûr, et sa voix aiguë raisonne entre les murs. Oups !
Sa phrase se termine dans un hoquet à peine audible. Bien fait ! Car du plus profond du porche, comme un boomerang et d’une voix glaciale, la concierge lui signale, son balai à la main, que le journal est arrivé et restera à sa disposition pendant une heure seulement, parce que maintenant il faut penser aux autres résidents, tout en lorgnant sur la jupette colorée de celle qui s’en va et souriant un court instant puis grondant après un chien-sans-laisse qui vient d’essayer de lever la patte sur son dernier plus joli pot de fleurs devant la porte d’entrée.

C’est ma participation aux Plumes 8.20 chez Emilie avec les mots proposés sur le thème de l’écho (montagne, mode, ragot, radar, corbeau, iodler, boomerang, hoquet, résonance, journal, gronder, profond, glacial).

Comme chacun un peu marri ma foi

Dans cette atmosphère délétère, je suis comme chacun un peu marri ma foi.

Après avoir voulu et tenté en vain de piocher la terre plusieurs fois,
J’ai jetai mes graines au vent, finalement, comme ça.
Puis rentré, me suis penché sur des livres, vieux extraits aux yeux des gens parfois
Ai relu le prologue de l’évangile de Jean avec attention, mais seulement une fois,
et encore l’Ours et l’Amateur de fleurs de l’autre Jean, c’ui-là deux fois, je crois
en cherchant, du fond de ma grotte, quelque vaticination à tout ça, ‘ya de quoi !
Une barrière peut-être ou un remède de guérisseuse. Pourquoi pas ?

Pour répondre aux mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 44 (délétère, terre, extrait, prologue, grotte, guérisseuse, ours, atmosphère, vaticination, marri).

Le vieil escargot

Le vieil escargot était bien trop personnel pour s’inquiéter des autres.

Il était fier d’être indépendant et qualifiait ça de franche liberté et de réelle autonomie? Il n’hésitait pas à trop répéter qu’il se débrouillerait toujours tout seul pour n’avoir jamais besoin des autres. Quel vieux chnoque ! Du coup, faut être réaliste, c’était assez difficile de lui demander quoique ce soit.

Chaque jour, sur le pas de sa maison (faut dire que pour un escargot ça n’est facile d’en être autrement) il pratiquait une sorte de gymnastique originale, qui consistait à tendre le cou et la tête indéfiniment en avant et la jambe et le pied dans l’autre sens pour raffermir son corps en se vidant l’esprit. Enfin, c’est ce qu’il disait.

Il était tellement adepte de cette activité qu’il s’allongeait même plusieurs fois par jour. A s’étendre comme ça, on se demandait s’il lui restait encore quelque chose dans la tête. Et son corps restait toujours aussi mou et visqueux. Si bien que quand deux limaces passèrent un jour devant sa coquille et l’imitèrent pour se moquer un peu, il eut un moment d’égarement et partit en dévalant la pente. Il roula même très vite jusqu’à ce que lui et son logis furent coincés entre deux pierres.

Tous l’aperçurent en-bas dans cet état avec impossibilité de sortir ni bouger. Tous connaissaient aussi son besoin de liberté et sa capacité d’autonomie. Et c’est là que pour lui, les soucis commencèrent.

Pour répondre au défi 117 chez Ghislaine qui propose 8 mots (difficile, coup, réaliste, esprit, souci, adepte, égarement, indépendant) ou le thème Nature

Au pied du buffet d’orgue

On s’asseyait au pied du buffet d’orgue,

et on allongeait bien droites nos jambes sur le plancher pour calmer notre cœur et apaiser notre respiration. C’est sûr qu’après avoir monté à toute vitesse l’escalier de pierres en spirale, notre trio était essoufflé mais c’était là notre cachette préférée.
Nos forfaits emballés dans une serviette à carreaux étaient posés sur nos genoux. Et on rigolait enfin ! Pas très fiers de nous mais heureux de n’avoir rien renversé, on allait se régaler car on était gourmand. Je ne sais plus qui en premier avait eu l’idée de ce chapardage, mais ce sortilège nous habitait depuis quelques temps déjà. C’étaient les jeudis après-midis que nos mères préparaient  les pâtisseries avec beaucoup d’amour, et dès que l’odeur se répandait dans la maison, c’était très difficile de résister.
On savait que le partage n’allait pas être équitable du tout pour le reste de nos familles, mais c’était plus fort que nous. La mienne ne fut pas dupe et m’expliqua avec douceur que ce maraudage devait cesser parce que ça n’était pas honnête et que c’en devenait écœurant pour la fratrie. Elle a bien du me le répéter dix ou vingt fois sans changement d’attitude de ma part. Comment résister à un tel délice ? Je continuai à voler.
On était trop content de sentir cette odeur de sucre s’échapper de nos serviettes tièdes. L’énorme bretzel qu’apportait Fifi étaient couvert de gros grains de sel qu’on mangeait en premier, avant de le couper en trois et de n’en faire presque une bouchée. Les cookies de la mère de Loulou, tendres à l’intérieur et assez croquants sur le dessus étaient à tomber par terre. Et moi maintenant, j’ouvrais en dernier le sachet de fraises tagada que j’avais acheté avec une pièce de ma tirelire, parce que Maman avait fini par me punir et me priver de dessert si je n’arrêtais pas rapidement ce méchant caprice.

Pour répondre aux Plumes 7.20 chez Emilie avec les mots proposés de la semaine ( pâtisserie, amour, sucre, orgues, sel, fraise, sortilège, caprice, trio, famille, cookie, douceur, écœurant ) sur le thème du délice.

 

Le soleil s’est caché dans un panier

Parce qu’aujourd’hui le soleil s’est caché dans un panier, à midi ce sera poisson et purée,

et après avoir épilé tout ça, il sera temps pour cet hurluberlu de s’enliser ou de soigner sa logorrhée avec le ukulélé dans un pastiche fantasque à la manière de celle-là.

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia et sa récolte 43 ( hurluberlu, pastiche, enliser, épiler, logorrhée, fantasque purée, soleil, ukulélé, panier).