On a placé notre seule espérance dans l’évitement

On a placé notre seule espérance dans l’évitement.

Mémé et moi apprécions cet isolement à la maison avec les enfants. On peut chanter et rire très fort. On voudrait que tout soit ludique et que l’atmosphère redevienne légère. Le soir, l’aïeule s’assoit devant le piano et égrène les notes de ce qu’elle a appelé sa symphonie d’un monde nouveau. Evidemment ça n’a rien à voir avec celle de Dvorak. Il y a dix jours maintenant qu’elle a eu cette idée de nous l’a faire entendre. Elle m’avait envoyée admirer le cerisier en fleurs, et quand je suis revenue, elle riait. Elle avait découpé d’anciennes partitions de musique, puis collé à sa façon ces lambeaux de papier sur une grande page de journal pliée comme un cahier. Elle voudrait que nos soirées restent douces et ressemblent à ce qu’elles étaient avant que nos habitudes se transforment subitement. Notre vie actuelle n’est qu’une anamorphose de tout ce qu’on a aimé.

Alors après le repas, ce soir encore, elle s’assied sur le tabouret rembourré et rapiécé, puis dépose sa double feuille ouverte. Silencieux et attentif, on attend. Personne ne bronche, ni ne tousse. Et là je souris, car avant de commencer à jouer, elle a soudain ce geste qu’elle fait très souvent maintenant et presque sans s’en rendre compte. Pendant qu’elle tient les doigts de sa main droite écartés au dessus du clavier, elle plonge sa main gauche dans sa poche et tâte rapidement des graines de courge qu’elle a faites sécher cet hiver. Un grigri ou un toc tout neuf pour se donner du courage, sans doute !?

Pour répondre à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la récolte 42 (espérance, piano, sécher, courge, feuille, courage, transformer, anamorphose, symphonie et cerisier).