Le grand prisme de l’univers

C’est un peu comme si le grand prisme de l’univers fonctionnait à l’envers en absorbant les couleurs et ne rejetant qu’un camaïeu de gris.

La grisaille cache le soleil et recouvre toujours notre ciel et les choses.
– Ce n’est pas grave, répètent jour après jour nos anciens, c’est comme ça à l’automne.
Nous sommes partis et avons quitté notre pays d’origine depuis bien longtemps maintenant. Quand nous avons jeté l’ancre dans cette immense baie, c’était avec l’espoir d’y revoir les couleurs où l’atmosphère semblait dégagée. Le lieu bordé de collines nous a paru accueillant. Mais le gris persistait, alors nous sommes repartis, vers l’ouest d’après la boussole. Le trajet à pied a été assez difficile pour arriver jusqu’ici. On a escaladé des cols pour passer les montagnes avec l’idée de retrouver à nouveau l’orange des couchers de soleil. Notre effort paraissait vain quand nous avons rencontré les indiens avec qui nous vivons aujourd’hui. Ces gens sont généreux, ils nous ont encouragés et accompagnés jusqu’à cette cascade merveilleuse qui tombe d’en haut comme un arrosoir. On partage l’endroit et nos points de vues. Ils nous ont aidés à bâtir nos maisons et à accepter avec eux, notre nouvelle vie. Parfois, on entend les enfants rire à nouveau, car quand on s’approche de la chute, les gouttelettes forment un magnifique arc-en-ciel de couleurs oubliées avant de disparaître à tout jamais dans l’abîme d’une terre aride.

Pour répondre à Des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés de la semaine : arrosoir – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille.

Mon café a un goût amer

Mon café a un goût amer ce matin, comme beaucoup de choses à l’heure actuelle.

La rivière est à sec depuis bien longtemps et il faut aller maintenant chercher l’eau à des profondeurs inimaginables. Le ciel est gris aujourd’hui encore comme hier déjà. Les arbres, l’herbe et les feuilles aussi. C’est une incompréhension totale depuis ce jour où cet énorme champignon toxique a envahi l’atmosphère en chassant les nuages et cachant le soleil.

Mes mains entourent la tasse et blanchissent au niveau des articulations. Il faut dire que ma peau s’est beaucoup éclaircie ces temps derniers. Un tourbillon d’images et de belles couleurs arrivent dans ma tête à la vitesse d’une étincelle et s’effacent aussitôt. Des bribes de mémoire me reviennent, mais tellement éphémères. Ou l’ai-je lu quelque part ? On n’a pas su tout de suite que c’était toxique. On n’a pas encore découvert toutes les facettes d’un tel bouleversement, mais pourra-t-on renaître complètement ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots récoltés, les autres textes sont là.

Chut !

Chut !

« C’est la discrétion même, disait-on d’elle, prenez exemple ». Elle paraissait calme aux yeux des grands avec son air presque monacal. Mais pas du tout ! ils ne la connaissaient, car ensuite, elle passait à côté de nous, les petites, et nous jetait un coup d’œil en coin avec son sourire détestable aux lèvres avancées en forme de baiser, mais un de ses doigts tendu pointait le sol, son index droit et son regard de faucon nous imposaient le silence.

Une symphonie de compliments suivait son passage, ç’en était presque un culte à son égard. Mais elle était toujours prête à moucharder avec sa langue de vipère. Comme une pie dans le figuier, elle jacassait auprès de nous sur le dos de chacun et son nez en forme de bec d’aigle la faisait plus passer pour le plus noir des corbeaux.

On étouffait depuis trop longtemps ce cri intérieur qui montait en nous. Ça ne pouvait plus durer, il fallait trouver la manière de la compromettre, ne serait-ce le fait d’un miracle, mais on y croyait, nous les petites. On allait faire du bruit, faire tomber ce mur qu’elle nous avait imposer et elle n’allait plus passer pour la sainte qu’elle était à leurs yeux.

En réponse aux Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés. Je n’en ai après personne, je jure, je crache.

Matinale par habitude

Je suis matinale par habitude,

et ce matin, prête bien avant l’heure de mon rendez-vous. Alors j’ai pris le chemin du jardin public et marché jusqu’au kiosque. La glycine a tressé de jeunes lianes sur les deux piliers les plus ensoleillés et de nouvelles hampes fleurissent. Est-ce de façon aléatoire si je cueille la plus petite qui se trouve à portée de ma main, ou parce que je la sais assortie à la couleur de mes yeux ? Je souris et l’accroche à une boutonnière de ma veste, comme il le faisait jadis. Et puis l’émotion envahit mes joues que je sens rougir, mes oreilles bourdonnent et une vague de révolte me fait accélérer le pas jusqu’à une terrasse de café où je m’affale avant de commander un café.

C’est ma participation à « des mots, une histoire » chez Olivia avec les mots proposés dans cette récolte 17 et pour laquelle les textes paraîtront ce vendredi 13 septembre.

Plumes douces

Plumes douces

Il est une fois un écuyer
Qui prend sa tasse et sa cuillère
Pour déjeuner d’un bon café.

Ce page un peu blasé et contrarié
Décide une sortie par le jardin derrière
Pour s’arracher sans se tourner.

Il passe des nuits blanches, toujours éveillé
Pour cette coupure de ligne de corner
Et ce contrat non lisible et trop léger.

Il tâte sa poche… pas de stylo, il veut le dire ou le noter,
Trouve une plume et deux trois feuilles sur l’étagère,
Il trace en rouge, d’abord un trait comme la marge d’un cahier…

Pour répondre aux Plumes douces d’Asphodèle chez Emilie avec les mots proposés et mon cœur de pouet.

Une vague de souvenirs

Une vague de souvenirs fit afflué le rose sur mes joues.

Il était connaisseur, affirmait-il fièrement, savait un rayon sur tout. Il était de plus en plus vaniteux, notre entourage disait que ce n’était rien ou pas grand chose, qu’il était jeune et que viendrait le temps annonciateur où il réaliserait et saurait réparer. Rien n’était venu.

Une bouffée de chaleur me fit fermer les yeux et je retrouvai un peu de repos. J’avais cru au bonheur, mais je n’avais été qu’une gourde prête à oublier et à s’attacher de nouveau à la moindre éclaircie. Souvent reprise sur ce que j’entreprenais, il ne se gênait pas pour me contrarier.

J’en ai eu marre et ce matin-là, ce fut celui de son départ. Il avait préparé ses affaires comme à chaque déplacement, n’avait pas participé au ménage de fin de week-end comme à son habitude. Alors avant qu’il ne passe la porte, je lui mis son parapluie dans sa main libre pour les intempéries à venir en lui demandant de ne pas revenir et de suivre maintenant sa route sans moi.

C’était une petite victoire. Et puis à la rentrée, j’ai déménagé. Non ce n’était pas pour partir à l’aventure et explorer le monde, mais cette résignation a allégé nos tracas. J’habitais un joli appartement avenue de la république, j’en ai trouvé un, aussi cosy, dans une rue moins passante, mes voisins sont sympathiques et surtout lui, ne connaît pas ma nouvelle adresse.

Je regarde mon café noisette. Pourrai-je encore aimer ?

C’est ma participation à des mots, une histoire chez Olivia avec les mots proposés pour la semaine et les semaines passées où je n’ai pas participé pour cause de vacances dans la maison de famille avec une vague de souvenirs. J’ai essayé de faire une suite à mon article précédent.