Elle pose son ouvrage à côté d’elle

Au loin, elle entend un chien aboyer. Elle pose son ouvrage à côté d’elle sur le banc où elle a passé l’après-midi et se lève. D’un geste habituel, elle apporte sa main en visière sur son front pour se protéger du soleil et mieux voir. Son regard parcourt l’horizon de l’ubac aux pentes éclairées et verdoyantes. Elle ne voit rien. Son regard revient sur les pentes de l’envers un peu plus sombres, et là, bien plus près d’elle au bout du chemin, le berger avance, précédé de ses moutons. Elle sourit et admire cette onde laineuse que font les dos des animaux en marchant. Ils bêlent, mais elle ne voit toujours pas le chien, il aboie pourtant, et soudain il apparaît, noir au milieu des bêtes blanches. Il se range aux côtés de son maître pendant que l’autre fait entrer son troupeau dans l’enclos. A cette saison et à cette heure, c’est le retour à la bergerie, elle aurait du y penser. Le jour baisse, le temps est passé sans qu’elle ne s’en rende compte et il ne fait plus très chaud. Elle réajuste son châle, prend son panier et s’apprête à rentrer. Mais elle voit l’homme se tourner vers elle et venir à sa rencontre, il marche bon train. Ses yeux ont une fluidité particulière. Alors quand il arrive, sans un mot, elle l’invite à l’intérieur de sa maison. Elle avance vers la cheminée et essaie de calmer son cœur qui battait déjà la chamade, elle dépose son ouvrage sur la table en passant, prend une bûche pour raviver le feu avant qu’il ne s’éteigne, puis essuie la poussière de bois sur ses mains dans son tablier en se retournant vers son hôte. Il est assis à la table et l’attend, il a rempli deux verres d’une orangeade faite maison, elle lui sourit. Il a toujours ces clartés pâles dans le regard, mais il est moins grave et admire les deux chaussettes dépareillées dans le panier qu’elle a terminées. « C’est pour ton petit » lui dit-elle.

Pour répondre à Des mots une histoire chez Olivia Bellington, avec les mots proposés de la semaine…

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