S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil

S’asseoir sur une margelle et profiter du soleil. Étendre ses plumes et apprécier la chaleur. Fermer les yeux trop éblouis par la lumière.

Oui, mais… On dirait bien que les impératifs du monde contemporain coupent court au plaisir de bien vivre.
Quel est ce désir décadent de l’immédiateté qui dévore la planète de nos jours ?
On communique plus. Mais avec qui, grand dieu ? On consomme plus. Oui, et plutôt, à tort et à travers. Le délai n’existe plus, on est pressé. Pressés de tous côtés. La prolifération de mails augmente le poids des boites… virtuelles certes, mais c’est un outil indispensable aujourd’hui. On stresse. Les autres n’y voient rien puisque c’est virtuel.
Comment rester serein, quand il faut faire du tri, ne pas répondre au hasard, cueillir la bonne info sans gober le poisson ? Ne pas se noyer, supporter cette masse et garder les épaules droites. Les esprits sombrent, seule reste la couleur de la matière… grise.
Comment voir la vie en rose, quand on sait que ce sera pareil le lendemain ? Il y a de quoi perdre son latin.
Dis, pourquoi ne pas s’asseoir sur une margelle et profiter du soleil ? Je ferme les yeux… entourée soudain par des lucioles en formes de triangles, reflets des écrans au soleil que les gens tiennent dans leurs mains en marchant.

C’est Emilie, dans ses cahiers, qui suggère d’étendre ses plumes et apprécier la chaleur, avec quelques mots imposés et beaucoup de liberté.

Une nouvelle envie de patch

Une nouvelle envie de patch parcourt mes bras et mes mains,

Une envie très forte…
N’écoutant plus que ce frémissement jusqu’aux bouts de mes doigts,
Et parce que mes ouvrages tricotés étaient presque terminés, mon regard
Ne se baladait qu’entre mes ciseaux et mes boites à tissus.
Oh, bien sûr, il manquait encore quelques points ça et là,
Un petit rien, pas grand chose. Surtout que j’en avais reçu d’autres (des tissus, pardi) qui
Viendraient faire déborder les tiroirs et les armoires, il fallait agir…
Et c’est ce que j’ai fait ! J’avais déjà plusieurs idées, et ce bloc était facile à réaliser.
Le tourniquet, c’est comme ça que je nommais ce dessin,
Le carré partagé en deux à l’horizontal, en vertical
Et par ses diagonales,
Et tous ces traits formaient une étoile en son centre
N’empêche qu’il ne suffisait que de deux couleurs pour assembler et
Voir les coloris tourniquer. Alors j’ai taillé…
Il ventait ce jour-là, comme d’habitude sûrement,
Et ça me plaisait de faire virevolter mes tissus
De toutes sortes, unis, à fleurs ou à motifs,
Et des rayures ou des carreaux. Alors j’ai assemblé…
Pour la plupart, ce sont des récupérations de chemises ou
Anciens tabliers ou nappes et rideaux…
Tous lavés, et relavés, ils ne perdront pas leurs
Couleurs, et ne déteindront plus. Et j’ai cousu pendant des
Heures… pour en faire le dessus d’une courte-pointe.

Elle pose son ouvrage à côté d’elle

Au loin, elle entend un chien aboyer. Elle pose son ouvrage à côté d’elle sur le banc où elle a passé l’après-midi et se lève. D’un geste habituel, elle apporte sa main en visière sur son front pour se protéger du soleil et mieux voir. Son regard parcourt l’horizon de l’ubac aux pentes éclairées et verdoyantes. Elle ne voit rien. Son regard revient sur les pentes de l’envers un peu plus sombres, et là, bien plus près d’elle au bout du chemin, le berger avance, précédé de ses moutons. Elle sourit et admire cette onde laineuse que font les dos des animaux en marchant. Ils bêlent, mais elle ne voit toujours pas le chien, il aboie pourtant, et soudain il apparaît, noir au milieu des bêtes blanches. Il se range aux côtés de son maître pendant que l’autre fait entrer son troupeau dans l’enclos. A cette saison et à cette heure, c’est le retour à la bergerie, elle aurait du y penser. Le jour baisse, le temps est passé sans qu’elle ne s’en rende compte et il ne fait plus très chaud. Elle réajuste son châle, prend son panier et s’apprête à rentrer. Mais elle voit l’homme se tourner vers elle et venir à sa rencontre, il marche bon train. Ses yeux ont une fluidité particulière. Alors quand il arrive, sans un mot, elle l’invite à l’intérieur de sa maison. Elle avance vers la cheminée et essaie de calmer son cœur qui battait déjà la chamade, elle dépose son ouvrage sur la table en passant, prend une bûche pour raviver le feu avant qu’il ne s’éteigne, puis essuie la poussière de bois sur ses mains dans son tablier en se retournant vers son hôte. Il est assis à la table et l’attend, il a rempli deux verres d’une orangeade faite maison, elle lui sourit. Il a toujours ces clartés pâles dans le regard, mais il est moins grave et admire les deux chaussettes dépareillées dans le panier qu’elle a terminées. « C’est pour ton petit » lui dit-elle.

Pour répondre à Des mots une histoire chez Olivia Bellington, avec les mots proposés de la semaine…

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants

… la fin habituelle « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » et puis… les années passent. La vie évolue, les récits d’autrefois changent, on pourrait bientôt lire :  » Ils vécurent enfants jusqu’à la fin des temps et firent beaucoup d’heureux ». De toutes façons, ça commence toujours par…
l était une fois…

Tiens, par exemple…

… une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir. Sa mère en était folle et sa mère-grand carrément folle dingue. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui seyait si bien que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge. Un jour sa mère ayant cuit et fait des galettes lui dit :
« Va voir comme se porte ta mère-grand car on m’a dit qu’elle avait quelque souci, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. »
Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand qui demeurait dans un autre Village.
En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup qui eut bien envie de la manger, mais il n’osa à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt.

Ah oui, à propos de bûcherons… Il était une fois

un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient eu sept enfants tous garçons issus de leur mariage consommé. L’aîné n’avait que trois ans de plus que le plus jeune.
On s’étonnera que le Bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps mais c’est que sa femme était fertile sans doute mais surtout, allait vite en besogne et n’en faisait pas moins que deux à la fois.
S’ils avaient été fort pauvres dans leur jeunesse, et orphelins très jeunes (leurs parents avaient été mangés par l’Ogre) ils étaient néanmoins devenus adultes, costauds et en bonne santé, travaillaient à la mine mais avaient gardé une taille d’enfants, ben oui, ils étaient nains (je vous en reparlerai plus loin mais revenons au conte en cours).

… Le loup lui demanda où elle allait, la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter parler à un Loup, lui dit :
– Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre.
– Demeure-t-elle loin ? lui dit le Loup.
– Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez là-bas.
– Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi, je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera (t’en fais pas, c’est comme ça que parlent les Loups).
Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qu’il croyait le plus court et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Son capuchon étant tombé dans son dos, sa belle chevelure blonde s’étalait sur ses épaules, mais elle eut tôt fait de se recoiffer et cacher ses cheveux quand elle crut voir au loin les trois ours et elle pâlit (c’est d’ailleurs depuis cet épisode qu’elle ne tenait plus à ce qu’on l’appela Boucles d’Or). Était-ce une illusion, en tous cas elle bifurqua et,  bien vite, aperçut la maison de sa Mère-grand, passa tout près des ruines de celles des trois petits cochons qu’elle n’avait pas vus depuis belle lurette, et reconnut plus loin la mine appartenant à sa grande cousine.

Ah oui, à propos de cette parente… Il était une fois

une jeune fille au teint de lys, aux cheveux noirs comme l’ébène et aux lèvres rouge sang, qui s’appelait Blanche Neige.
C’était une jeune femme moderne, entreprenante et très heureuse depuis qu’elle avait brisé le miroir magique sur la tête de sa sorcière de marâtre qui l’avait du coup lobotomisée mais pas du tout défigurée, et qui n’était plus mégère du tout. La brave dame était maintenant la seule et la meilleure grand-mère de tout le pays, un peu simplette mais très accueillante, et elle habitait dans la plus jolie petite maison des bois par delà le moulin.
Un jour, la jeune fille très ambitieuse trouva au détour d’une forêt une petite entreprise qui ne payait pas de mine, même si c’était une culture de champignons de Paris dans des anciennes mines. Ayant réuni ses maigres économies et intérêts de placements de toutes les pièces d’or cachées dans la double paroi du miroir, elle la racheta, décidée d’en faire la plus grande entreprise de la région. La production était acceptable, mais la maintenance laissait franchement à désirer. La plus grosse difficulté résidait dans l’ordre des locaux et l’hygiène corporelle de ses employés. C’était une fratrie de sept nains qui avaient toujours vécu dans les bois, livrés à eux-mêmes depuis la nuit des temps et qui n’en faisaient qu’à leur tête. Elle les avait observés, leur avait attribué un nom fort qualifiant et eut toutes les peines du monde pour remettre chacun à son travail et obtenir d’eux qu’ils se lavent et nettoient les lieux.
Au Prof un peu trop phraseur, elle fit des schémas mettant en évidence les vertus de l’hygiène, à Atchoum allergique, elle démontra l’influence de la poussière sur le rythme de ses éternuements, à Timide maladif, elle parla au creux de l’oreille et en tête à tête, à Joyeux exubérant, elle raconta une histoire drôle, elle embrigada Grincheux, contestataire né, en le mettant publiquement au défi de se laver, elle prit Simplet, abruti congénital, par les sentiments, quant à Dormeur tire-au-flanc, elle laissa faire les autres…
Au bout d’une semaine, elle était harassée, mais ces bons hommes étaient propres et l’atelier rutilait.
La production retrouva son meilleur niveau et l’entreprise obtint le premier label bio.
Elle put par la suite revendre l’entreprise en engrangeant un pécule et se constituer ainsi une dot tout à fait correcte pour séduire un beau prince charmant… (Mais… mais ceci est une autre histoire ! revenons à nos moutons, euh non… car le Loup les a tous mangés.)

Alors… Le petit chaperon rouge venait de découvrir un chemin beaucoup plus court pour aller chez son aïeule. Elle arriva donc avant le Loup. L’animal ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand, il heurta à la porte :
« Toc toc toc ». « Qui est là ? ». « C’est votre petite fille le Petit Chaperon rouge, dit le Loup, en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre. »
La bonne Mère-grand, en pleine forme, mise au courant par sa petite fille de sa rencontre avec le Loup, et qui connaissait l’histoire par cœur (ce n’est pas une utopie), attendait derrière la porte avec un gourdin dans la main, et elle dit quand même : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. »

Le Loup tira la chevillette, la porte s’ouvrit et le gourdin s’abattit sur la tête de l’animal et l’estourbit. Le petit chaperon lui ficela rapidement les quatre pattes ensemble, et avec sa grand-mère le balancèrent illico dans la poubelle que les éboueurs allaient vider le soir même dans leur camion-benne.

Le Petit Chaperon rouge regarda sa Mère-grand et lui sourit. Elle savait qu’elle vivrait enfant jusqu’à la fin des temps et ferait beaucoup d’heureux dans la contrée. Elles s’installèrent dans les fauteuils, célébrèrent leur victoire et répétèrent ces mots, les plus merveilleux du récit :
Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles? C’est pour mieux t’entendre, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux te voir, mon enfant.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ? C’est pour te manger.
Elles croquèrent toutes deux dans leur part de galette et la mangèrent.

J’ai révisé (euh, revisité) mes contes et écrit sur une idée d’Emilie pour ses plumes, avec les mots proposés et une image trouvée sur le Net, mais je crains la censure de la part des grands heureux restés enfants.

Une école buissonnière

La Fontaine, une école buissonnière d’Erik Orsenna

Quatrième de couverture

Que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus grand poète de notre langue française ? Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris, joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière, Racine. Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque de l’ombre au Roi-Soleil. Voici un très cohérent mari : vite cocu tranquille de l’être, pourvu qu’on le laisse courir à sa guise. Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables. Et peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’éducation nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles du corsage ». Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie : mi-fable, mi-conte. Gravement coquine. EO

Une vie inconnue et très légère décrite de façon fabuleuse dans un langage d’époque retrouvé, un pur moment de détente.

Il fallait créer des événements

J’avais intitulé ça, la JMBP. Puisqu’il fallait créer des événements, allons-y !

Journée mondiale du bouquet et patchwork – édition 2019.
On allait donc passer tout un après-midi et une soirée à bricoler.
Un début d’année à l’atelier Patchwork pour assembler des initiales en tissus
Réunit pas moins de douze lettres pour une banderole sur fond rouge.
Ne manquant pas d’idées, Marianne proposa de confectionner des bouquets
Euh oui, mais de quelles fleurs disposerons-nous en début du mois de mars ?
En regardant bien, les premières fleurs sur un lit de mousse allaient faire l’affaire
Mêlées à quelques brindilles et de belles branches récoltées au cours des randos.
On a donc glané tout ce qui était à notre portée pour le jour J
N’oubliant pas les récipients de toutes sortes et mousses pique-fleurs
Décidées à rendre cette journée la plus ensoleillée possible.
Il faisait d’ailleurs très beau ce jour-là dehors
Alors, dès le matin, chacune confectionna quelques gâteaux
Les visiteurs allaient être nombreux
Et le goûter improvisé serait apprécié.
Dès le début d’après-midi, l’accrochage des ouvrages textiles commença,
Une table fut mise à disposition de l’étalage des brassées de fleurs et de brindilles.
Bientôt tout fut prêt pour l’ouverture des portes.
On est venu en curieux, d’abord, puis
Une grande partie des visiteurs s’est laissée prendre au jeu,
Quelque soit l’activité, les gens riaient.
Une table fut réservée aux joueurs de cartes, pourquoi pas,
Et deux autres à la distribution du goûter,
Tant et si bien qu’une cinquantaine de bouquets ornaient les tables
Et d’autres se sont mis à chanter et fredonner,
Tous semblaient heureux.
Danser avec le pantin fabriqué aux Thursdays Fiber n’était pas
Une chose facile. Il fallait savoir le tenir
Puis enfiler ces drôles de chaussons, et
Arriver à se coller à lui pour faire un couple et
Tenter quelques pas, en harmonie.
C’est comme ça qu’on a mis la musique !
He oui, ça faisait plus festif.
Waouh, je n’aurais pas cru que la journée fut aussi belle.
On a laissé les bouquets à admirer pour ceux qui n’avaient pas pu venir,
Ramassé et rangé le reste, en pensant déjà à une prochaine fois.
Kiffer, ça pour sûr que c’était réussi !

J’aimerais m’habiller de poésie

Comme on se vêt un dimanche d’un habit, j’aimerais m’habiller de poésie.

J’étalai sur ma peau
des pétales d’une fleur
qu’on appelait violette.

Il m’en fallut plusieurs,
encore et encore, cent tas et mille lots,
espérant sentir bon et voulant être chouette.

Le hibou est venu
et s’est moqué de moi,
riait de me voir nue
et retourna aux bois.

Un papillon volait
puis deux, puis trois,
sur ma peau des milliers
se sont posés, je crois.

Maintenant habillée
et joliment vêtue
de beaux reflets dorés
comme jamais je n’ai eu.

Je bougeai, j’avançai à petits pas,
collés et accrochés, il restaient là sur moi.
Je riais, j’étais fière,
je sautais, je dansais,
et sortis par derrière.
Oh zut, c’était l’hiver !
Alors ils s’envolèrent,
et moi collée à eux,
partîmes vers le soleil
à se brûler mes yeux
et leurs ailes couleur de miel.

Pour répondre à Jobougon et au printemps des poètes du 9 au 25 mars avec la Beauté pour thème.