La vraie vie

Adeline Dieudonné commence La vraie vie par ces mots :

A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus…

Et cette fille continue son histoire et nous emporte dans sa vie

Gilles venait se blottir dans mon lit tous les soirs. Le nez dans ses cheveux, je pouvais presque entendre ses cauchemars. J’aurais donné tout ce que j’avais pour pouvoir remonter le temps, revenir au moment où j’avais demandé cette glace. J’ai imaginé cette scène des milliers de fois. Cette scène où je dis au glacier: « Chocolat-stracciatella dans un cornet, s’il vous plait monsieur ». Et il me dit: « Pas de chantilly aujourd’hui, mademoiselle? » Et je réponds: « Non merci, monsieur ». Et ma planète n’est pas aspirée dans un trou noir. Et le visage du vieux n’explose pas devant mon petit frère et ma maison. Et je continue à entendre la « Valse des fleurs » le lendemain et le surlendemain; et l’histoire s’arrête là. Et Gilles sourit.

A la fin de l’année scolaire, mon prof de sciences a convoqué mes parents. Ma mère est venue seule. Mon prof tenait à ce que je sois présente lors de l’entretien. Je ne l’aimais pas beaucoup parce qu’il sentait la crème aigre. Et puis il faisait des rapprochements entre les concepts scientifiques et philosophiques qui étaient intéressants, mais qui ralentissaient le cours.

Le professeur Pavlovic me disait que j’avais désormais le niveau pour intégrer les plus grandes facultés de physique. Cela faisait maintenant deux ans que j’allais le voir régulièrement.Et mon père n’en savait toujours rien. Je m’arrangeais pour planifier nos rendez-vous pendant les heures de bureau, quand mon père était au parc d’attractions. Mais maintenant qu’il n’y était plus, ça devenait beaucoup plus compliqué. Surtout qu’il m’observait. Il s’ennuyait, il n’avait plus rien a faire de ses journées et il ne quittait presque plus la maison.

D’une plume drôle et fulgurante, Adeline Dieudonné campe des personnages sauvages, entiers. Un univers acide et sensuel. Elle signe un roman coup de poing. « La vraie vie » est son premier roman.