On entend la neige tomber doucement

On entend la neige tomber doucement et pourtant je ne ressens ni le froid ni l’humidité habituelle.

On entend la neige tomber doucement

J’ai l’esprit embrumé et la respiration haletante… j’ai très chaud. Si ma mère m’affublait, il n’y a pas si longtemps de ça, du mot « canard » qu’elle trouvait tendre et mignon sans doute, bien que je sois volatile, je ne suis pas cet animal, à proprement parler. En ce moment justement, je suis en posture d’y ressembler, et pas qu’un peu. Ce soir, on fêtera le réveillon de Noël. Des parfums de mandarines et pain d’épices m’entourent et me shootent.

Onésime vient de réaliser à quel point il est en retard. Les douze coups de midi sonnent au clocher et les odeurs de brioches remplissent la maison et remplacent allègrement celles de Mc Bacon et Cheeseburgers. Il s’empresse de rentrer chez lui, fâché, et jure : « La pingouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps. »

Pour l’instant, c’est moi qui suis honteux et confus, il est trop tard bien sûr, car je suis pris. Si ma mère me voyait ! Elle qui me disait hier encore  : « Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre ta peau ? Regarde ! La mer s’approche. (C’est plutôt marre et hot, pour moi et ici, ça sent le poivre et la muscade aussi.) Regarde, l’étendue mergnifique». Je regardais oui, et ma mère s’étala, là, devant moi, et Onésime, hargneux, jurait déjà à côté de moi à l’attention d’un autre : « Fatalimace ! Nous voici en insolitude ! La route court sous l’eau d’artificelles habitudes ! Mets tes bottes ! » Ses cris et ses miasmes atteignirent les pingouins que nous sommes et la polimalie des virgules fut dissout en délibules mirifiques !» Ma mère, toujours étendue sur la glace, put me dire tendrement : « On n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ça nous tiendra chaud ! », ce furent les derniers mots qu’elle m’adressa ce jour-là. Des odeurs d’ail et de persil fleurent bon le beurre d’escargots embaumant la cuisine. J’ai la douce impression que je ferai partie de leur fête…

J’entends Onésime et l’autre ricaner bêtement et manipuler des outils et ustensiles, d’ici je ne les vois pas, car je suis allongé sur une table. Tandis qu’ils rient à nouveau, Madeleine se lève, incommodée par le grognement des mioches, s’approche de moi, me renifle et me glisse : «Paradoxalement tu deviens drolatour avec cette diatribe, sentirais-tu la crevette arctique ? » Elle a la bouche pleine et croque à mon oreille. Je reconnais l’odeur. Ma mère m’avait offert des jumeleines, qu’elle mange en me fixant les yeux dans les yeux. Je ne peux pas bouger, je suis ficelé comme une volaille à rôtir qu’on s’apprête à farcir. Je suis maintenu, je ne sais comment, cependant ni mort et ni plumé. D’ailleurs un pingouin, est-ce que ça se…

Je suis entrain de penser que c’est un rendez-vous créaginaire et cruel quand Elodie surgit et bondit sur la croqueuse : « Pffff ! Tu ne peux pas t’en empêcher ! » l’autre dit seulement : « Chuuuutttt, »  mais la méchante criait plus fort «  Ils sont pour moi, les derniers mots de la fin ! » et la tua.

« Hella tu as… » (là c’est Onésime, mauvais, qui fonce sur elle). En effet, mes liens sont rompus et je m’échappe… J’ai l’esprit embrumé et la respiration haletante, mais je file ! « Ond, Ond » ce sont les seuls mots qui sortent de ma bouche. Je cours et je vole, enfin presque, me jeter dans l’onde, revoir ma mère pour lui dire de ne plus jamais m’appeler « canard », et embrasser les miens, car pour moi, ce soir, ç’aurait pu être la fin.

C’est ma proposition pour l’Agenda Ironique de l’ond proposé ici.