Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Toi qui pâlis au nom de Vancouver

Tu souris et tu danses à la vue de l’Alpha,
Je nous vois en vacances, un peu au paradis.
Tu me regardes et siffles assis sur les sofas,
Une joie folle m’envahit, mon Roméo, m’ami,

Et tu embarques à bord pour changer de tes chars;
Accordéoniste en herbe j’étire quelques accords
Dans une douceur exquise aux airs suaves, j’adore
Voir l’éclat de tes yeux, dans tes mains des dollars.

Fais vrier le moteur mais avec attention,
Retrouvant tes réflexes et mémoires d’aviation,
Retour au civil

Et, tous les deux, un soir dans un bar vers Broadway
En chanson je louerai notre amour avoué,
et puis… Ainsi soit-il.

C’est ma participation à l’Agenda Ironique d’Août sur une idée d’André et son clin d’œil à Marcel Thiry, poète belge, Le thème est inspiré du premier vers de son premier poème et recueil : “Toi qui pâlis au nom de Vancouver” avec des mots imposés, bien sûr pour corser le  défi, et tirés au hasard du même recueil: paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.
Et juste pour le plaisir, en voici les mots vrais:

Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas à bord de maint steamers,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur les trottoirs des villes inconnues,

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

(Marcel Thiry, Toi qui pâlis au nom de Vancouver, 1924)