Doux cachemire

Du plus doux cachemire à la plus belle laine j’avais une idée de leurs destins.

Doux cachemire

J’ai caressé mes fils à tricoter.

Au lieu de les laisser mourir ou se faner dans les pochons, j’ai pris tout ça à bras le corps et apporté ces couleurs dans la lumière.

Avec beaucoup de soins et l’énergie habituelle, un petit poisson orange est né, puis deux puis trois.

Ma tisse est là, Mai c’est demain pour ainsi dire.

Pour sourire à Estelle qui propose « à vos claviers #6 »

 

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Je me suis toujours senti comme un funambule

« À vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule.

Je me suis toujours senti comme un funambule

J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions.
Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein.
Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant.
J’aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter.
J’ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que je ne pouvais pas utiliser, empêtré et maladroit. »

Cet extrait de « Un funambule sur le sable » de Gilles Marchand véritable roman de la différence, pour illustré ce petit personnage né de mes aiguilles et de mes lectures du moment. Tellement poétique aussi.

«  Il y avait les vagues, il y avait le sable. Il y avait le vent aussi.
Il y avait les pins, leurs pignes et leurs épines. Il y avait les écureuils.
Il y avait les dunes ou plutôt une grande dune qui s’étirait à perte de vue.
Il y avait les chemins qui cheminaient, les marcheurs qui marchaient, les vendeurs qui vendaient, les bronzeurs qui bronzaient, les pêcheurs qui pêchaient, le sable qui sablait et les mouettes qui mouettaient.
Tout était en ordre.« 

Ondine scrute l’océan

« Ondine scrute l’océan où ça merdoit.

Ondine scrute l'océan

 » La scène représente la scène.
Côté cour, un jardin.
Côté jardin, la mer.
Au centre, l’humble maison d’Ondine au dos des dunes,
où la mère d’Ondine dresse la table.

Par la fenêtre entr’ouverte, Ondine regarde la mer. (Pas la mère, la mer).
Elle est amère. (Pas la mer, Ondine).

Son œil scrute l’horizon où ça merdoit (pardon),
son œil scrute l’horizon où son père doit pêcher le congre ou le bar.

Le congre que le bar abhorre ou le bar que le congre hait.
Car Ondine a la dalle et la mère a les crocs.

Selon qu’il aura pris la barque à congres ou la barque à bars,
le père devra remplir la barque à congres à ras bord de congres
ou la barque à bars à ras bord de bars.

Or, il a pris la barque à bars.
Au premier plan, rappelez-vous, le spectateur voit, au flanc de
la montagne rouge feu, moutonner un maquis vert.
Il y serpente des chemins rares qui débouchent soudain sur des
criques sauvages où nul imbécile cintré dans sa bouée Snoopy
ne vient jamais ternir, de son ombre grasse et populacière,
l’irréelle clarté des fonds marins mordorés où s’insinue le
congre que, donc, le bar abhorre.
Ben oui : le bar abhorre le congre par atavisme.
Le congre est barivore.
Et donc le bar l’abhorre.
Si vous voulez, le bar est fermé aux congres du fait même que
le palais des congres est ouvert au bar.

Le court extrait d’Ondine que je vais avoir l’honneur de vous
interpréter maintenant se situe au moment précis où Ondon,
le frère d’Ondine, part pour la Crète.

La nuit tombe.
La mère d’Ondine et d’Ondon appelle sa fille.

La mère – Ondine !
Ondine   – Oui la mère ?
La mère – T’as vu l’heure ?
Ondine   – Et alors, la mère ?
La mère – Et alors on dîne ! « 

Hommage à P Desproges

 

Je me suis endormie au soleil

Je me suis endormie au soleil sur la plage. La marée montante a commencé à me  caresser les pieds. J’étais bien.

Je me suis endormie au soleil

Puis il a tellement plu et le niveau de l’océan a tant monté que les flots m’ont embarquée au loin sur mon matelas pneumatique, très loin. Combien de temps ? Je n’en sais rien, je dormais toujours. Plusieurs jours en tout cas, car les reflets de la lune et du soleil étaient restés imprimés sur les flots à côté de moi. Ça paraît incroyable mais je ne raconte pas des bobards, j’ai une photo comme preuve de ce que j’écris là.

J’étais restée tellement longtemps que mon corps en était brûlé. Je vais mieux maintenant, merci de vous en inquiéter, je n’en garde aucune séquelle.

Tout mon corps était rouge, sauf mes bras et mon visage qui avaient du être protégés par mon grand chapeau. Genre sombrero, mais celui-là on ne l’a jamais retrouvé.

Des tas d’animaux marins m’ont accompagnée. Et sauvée en fin de compte ! Ce sont eux qui ont dû attirer l’attention des sauveteurs qui me cherchaient.

Une énorme jument verte de mer empêchait que mon embarcation ne chavire. Une bouée à tête de cheval, c’est ce qualificatif que mon mari emploie quand on parle de ce souvenir.

Et un grand thon protégeait mon sac qu’il avait enduit de bave scintillante et le poussait à la surface avec une de ces nageoires pour l’empêcher de couler. C’est sûrement comme ça qu’ils ont su qui je suis.

Des sirènes nageaient en profondeur et faisaient un tel cirque autour de moi qu’elles éloignaient les gros navires et déviaient les paquebots de leurs routes habituelles. C’est ce qu’évoquent les vagues quand on souffre d’insolation que me répète le gars à tête de mérou qui passe régulièrement.

Je n’en sais pas plus sur tout ce petit monde car il a disparu juste après ce cliché que l’infirmier m’a confié il y a quelques jours quand j’ai éparpillé par mégarde le contenu de mon sac à paillettes sur mon lit. Il m’a demandé de le garder dans mon sac, d’arrêter d’en parler si je veux reprendre une vie normale, et d’aller un jour au musée voir d’autres clichés de Marc Ch. Alors je vous écris, c’est tellement extraordinaire ! Non, non, ce n’est point une carabistouille.

Pour les sourires de l’Ai d’avril à l’Atelier sous les feuilles.

Je me suis endormie au soleil