Dans la cour d’une école

Dans la cour d’une école primaire de Dijon,

Dans la cour d’une école

parmi cent cinquante enfants qui cavalent dans tous les sens, un enfant de CM1 fait une bêtise dans son coin. Il empoigne le bas des barreaux d’une des fenêtres de la cantine et, par la force des bras, se hisse afin de grimper debout sur l’étroit rebord. A un mètre cinquante du sol, il risque de glisser mais la surveillante arrive : ‘descends de là et donne-moi la main ! on va faire le tour de la cour le temps que tu te calmes. Quel est ton prénom ? »
– Léandre.
A chaque fois, les sanctionnés font la gueule d’être ainsi traînés par la surveillante tout autour des autres qui se moquent, mais à la récréation suivante, Léandre grimpe à nouveau sur le rebord de la haute fenêtre malgré la punition qui ne tarde pas à venir : « Léandre, la main. » Le jour d’après, provocateur, il ne fait que se pendre par les doigts au bord des barreaux, reste les pieds dans le vide. Sans un mot, la surveillante passe près de lui en dégageant une paume dans laquelle il se doit de glisser la sienne. Les élèves peuvent la voir basculer d’avant en arrière le bras saisi de Léandre dans un mouvement de balançoire au rythme de leurs paroles. On les dirait tous deux comme en balade au bord de l’eau et du clapotis des enfants qui jouent, mais buté, à la prochaine récréation l’incorrigible lève encore ses phalanges vers le rebord de la fenêtre aux barreaux. La surveillante, juste derrière son dos, soupire « Léandre » et l’entraîne par la main pour un nouveau tour de cour, tout en lui demandant :
– Qu’est-ce que tu préfères à l’école ?
– J’aime bien être puni.

Extrait de « Comme une respiration » de Jean Teulé, c’est un recueil de minuscules tranches de vie pleines de tendresse et de chaleur.