Il fallait que je t’en cause

Mon cher ami, cette fin d’année ne sera plus comme avant, il fallait que je t’en cause.

Il fallait que je t’en cause

Attends-toi à de grands changements quand tu prendras ma relève la semaine prochaine.

Quand je suis entrée dans l’atelier lundi dernier, Anne a dit plose. Je l’ai trouvée un peu fatiguée comme chaque année à cette période, pas de quoi s’alarmer. Elle semblait prête, mais je sentais qu’elle avait besoin d’air, mais elle ne les prononçait plus, elle préférait les ailes apparemment et en mettait partout, sur son dos, dans sa bouche…

– Pose, a répété le père, pose ça là et va-t-en.

Tant bien que mal, alors j’ai posé. Surprise aussi car je ne l’avais pas vu lui. Il était près d’elle. Il était prêt comme elle, le moustachu. Mais son ton était las. Le thon était là aussi, mais c’est une autre histoire. Ça tombait bien, j’avais besoin d’une pause. Enfin façon de parler quand j’ai posé tout a chu et ce fut soudain le grand bazar dans le verger. La grande boite à dessert que j’apportais s’est ouverte et tous les flonflons contenus versèrent sur le sable. Cette boite, à qui était-elle ? De carton m’étais-je trompée ? Ce n’était pas la tenue habituelle et j’en restais bouche bée. Les arbres aussi car leurs fruits sont tombés. Une grosse pomme trop vite a roulé pour s’arrêter trop près du bassin. Elle cogna la Vénus du jardin, qui de tout son long s’étala. J’ai couru, me dis-je : « tu l’aideras », mais elle était déjà assise et lui étaient poussés des bras. Elle avait dans cette position meilleure allure près des poissons. Seulement maintenant elle causait, et en boucle répétait. Dans son dos sous ses boucles j’ai regardé, et des boutons j’ai trouvés. J’ai actionné et inversé un rouge à peine visible et un vert éclairé. C’était mieux ainsi, j’avais agi puis j’ai souri, parce qu’elle me souriait pardi, mais était figée, ça tue, et son sourire malin me semblait malsain. Ma surprise et la tienne, je parie, continuent car, attends, je n’avais pas tout vu. Je ne comprenais plus, on s’était moqué de moi, était-ce du lard ou du cochon ? la moutarde me montait au nez. « Non d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes »

Car de sirène elle avait la queue maintenant, de la couleur de l’eau du bassin. Aussitôt ma bouche prit la forme de cette lettre, puis changea très vite quand je vis l’arbre changé en réverbère, ma voix s’ouvrit donc sur l’initiale du végétal. Tu vois, pourquoi je te parlais du thon. Statue et ça pue. Ah berk ces drôles effluves fétides grandissaient habillement ici et ma tête tournait. Tournait le parapluie que j’avais ouvert au-dessus de ma tête. Le temps allait-il changer à ce point? Je le repliai et le tins par la canne, c’est qu’on attendait la neige, ici, pour fumer une pipe au coin du feu. Pour qui étaient ces bottes ? Pour celui qui porte la hotte ? J’étais baba au rhum. Rom peut-être, les bottes noires de cuir vernis et bordées de rouge avec les lacets de même couleur. Le chapeau était melon. Pff, on avait l’air de couic avec un tel couvre chef.

Le cheptel attendait. Le père, près des cotillons dans le pré, était prêt à se parer de la tenue d’apparat. J’étais désemparée, presque dés-empaillée. C’est que le père est nouveau, cette année, tu sais. Il me regardait d’un air nar quoiqu’il dise «Ne t’en fais pas, je serai belle et bien beau». Je me suis sentie bizarre. Comment te dire ? Comme une envie de me fourrer des crayons dans les narines. J’avais l’impression que la fête tant attendue des enfants allait changer. Et ça m’est passé.

Je suis lutin depuis toujours, tu sais. Enfin lutine, je suis une fille. Il faut que tu saches, c’est vrai, ce ne sera plus du tout comme avant.

On a bossé comme des fous toute la semaine. Il y avait une ambiance de folie. Le nouveau s’appelle Léon. On a plaisanté sur son nom, on a joué avec ses lettres, on les a briquées. On a bien rigolé. On a frotté et fait briller les lettres de la grande enseigne. Et toutes lues, les lettres des enfants. On leur a répondu aussi, avec des mots et des belles lettres. Des petits mots, et des grandes lettres. Pas de gros mots, oh non, enfin pas écrits mais on en a dit ici, ça oui. Pas lis no dits, c’est bien, tu verras. Et ce collage… fièrement revendiqué par Madame Anne ! Voilà, tu sais pratiquement tout. Fais moi plaisir, fais toi secrète sur c’que j’écris, fais toi surprise quand tu iras. Je t’embrasse et à bientôt pour la grande distribution de Léon.

Il fallait que je t’en cause

En cette fin d’année 2017, les Narines des crayons et Anne de Louvain-la Neuve ont été désignées pour présider l’Agenda ironique #12.17.

 

22 réflexions sur “Il fallait que je t’en cause

    • Merci Val, l’euphorie de fin d’année était une parenthèse, le sérieux est revenu avec la nouvelle année, le sourire est là aussi pour de joyeux autres billets pour l’AI. Belle et bonne année 😉

  1. Pingback: Non d’une pipe en boîte, voici l’heure de choisir son lampadaire – Les narines des crayons

  2. Bon jour,
    Un texte tout cotillonné et versant dans le délire dés le départ. 🙂 J’adore.
    Et la lecture de ces mots : « briquées »; « frotté »; « et fait briller » j’ai pensé : astiquer 🙂 Il doit être heureux, Léon … 🙂
    Max-Louis

  3. Pingback: Petit billet de l’entre-deux pour l’agenda ironique du mois, Spinoza et les tigres. | Anne de Louvain-la-Neuve

  4. Excellent !
    Y’a tout, tout, tout…ce qu’il faut …un vrai delirium , et super bien écrit , en plus !
    Heureusement que je ne t’ai pas lue avant de pondre mon texte, j’aurais eu des complexes !

  5. Yeah… Faudrait peut-être qu’on organise une rencontre entre le professeur Taurus et Anne qui dit Plose…
    https://ecriturbulente.com/2017/12/03/mes-chers-etudiants-puisquon-a-besoin-de-moi/
    Elle pourrait postuler pour une fonction d’assistante, et seconder Mlle Dithyrambe. j’ai bien dit seconder, parce que je ne suis pas sûre que Léon, le fiancé de l’assistante en titre, ne regimbe pas ! Mais de quoi ils se mêlent les mecs, hein ?
    Génial, ton délire ❤

    • Je vois,
      mais je ne suis pas comme Écrevisse qui voit « répertoire national des établissements (RNE) » partout et sa blonde, ou Robert et la rousse…
      Oh j’étais rentrée avec des larmes de froid sur les joues. Ah j’allais pouvoir me réchauffer en écrivant un début de texte pour cet agenda ironique.
      Lequel? dis-tu mais je n’en connais qu’un, moi, je vois à l’instant son nom marqué sur la porte d’étant dans l’atelier. L’enseigne est éclairée à cette heure, oui je le lis, c’est Léon. Ah Genda, Iron nique. Chut, me dit-elle, les rennes ont besoin de se détendre au lieu de se battre.
      Salut Jo

  6. Pingback: Agenda ironique de décembre 2017 | Anne de Louvain-la-Neuve

  7. Ah, bé, ça alors : on est vraiment dans ce que j’en attendais : du surréalisme à l’état pur, une situation alambiquée comme demandé, des jeux de mots, des verbes bizarroïdes, des néologismes, de la vraie de vraie création, une sorte d’écriture automatique sous fumette, j’adore ! Merci mille fois de ta participation qui, j’en suis sûre, est une vraie incitation au délire pour d’autres. Bravissima !

    • Le froid en est la cause. Veuillez me pardonner. Pas de fumette, juste les méninges un peu congelées. j’vous l’jure. Et puis, j’en ai marre d’aborder cette fin d’année toute sage avec de belles intentions. Mais je vais redevenir normale, je le sais 😉

  8. « Le nouveau s’appelle Léon. On a plaisanté sur son nom, on a joué avec ses lettres, on les a briquées. »
    « Anne a dit plose »

    Bref, sans en avoir l’air, ton texte qui pourrait presque passer pour sérieux, est une succession de grands sourires et d’éclats de rire! Un vrai bonheur, merci!
    Vous êtes déjà 4 et vous avez mis la barre sacrément haute!

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