Du jour de Noël

Du jour de Noël

Du jour de Noël

Une Pastourelle gentile
Un Berger en un Verger,
L’autre hyer en jouant à la Bille
S’entredisoient, pour abreger :
Roger
Berger !
Legere
Bergere !
C’est trop à la Bille joué,
Chantons Noé, Noé, Noé !
Te souvient-il plus du Prophete,
Qui nous dit cas de si hault faict,
Que d’une Pucelle parfaicte
Naistroit un Enfant tout parfaict ?
L’effect
Est faict :
La belle
Pucelle
A un Filz du Ciel avoué,
Chantons Noé, Noé, Noé !

Poème de Clément Marot extrait de ce recueil des histoires à lire au pied du sapin. En ces jours de pluie et de neige ventés, des lectures pour enfants et des poèmes d’un autre temps ou simplement feuilletage de pages juste pour regarder et commenter les images.

Noël sceptique

Noël sceptique

Noël sceptique

Noël !Noël ! J’entends les cloches dans la nuit…
Et j’ai sur ces feuillets sans foi, posé ma plume :
O souvenirs, chantez ! Tout mon orgueil s’enfuit,
Et je me sens repris de ma grande amertume.

Ah ! ces voix dans la nuit chantant Noël !Noël !
M’apportent de la nef qui, là-bas, s’illumine,
Un si tendre, un si doux reproche maternel
Que mon cœur trop gonflé crève dans ma poitrine…

Et j’écoute longtemps les cloches dans la nuit…
Je suis le paria de la famille humaine,
A qui le vent apporte en son sale réduit
La poignante rumeur d’une fête lointaine.

Jules Laforgue

Les sapins

Les sapins

Les sapins

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d’automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Guillaume Apollinaire

Il marchait dans une ville déserte

Sous le soleil, il marchait dans une ville déserte.

Il marchait dans une ville déserte

Une cité blanche, avec de grandes avenues ponctuées de palmiers et d’édifices aux toits-terrasses. Il savait qu’il rêvait mais le rêve était plus fort que tout, formant un univers clos dont il lui était impossible de s’extraire.

Il avançait avec difficulté, sentant ses pas s’enfoncer dans le sol. Pourtant l’asphalte était dur : c’était son corps qui cédait comme de la boue. Ses membres ne contenaient plus ni os ni muscle. La lumière accentuait encore sa déliquescence. Il fondait dans la chaleur…

Il repéra sous les porches des taches brunes qui ressemblaient à des silhouettes. Il s’approcha et découvrit des peaux noircies, graisseuses, clouées aux portes, s’étoilant sur un mètre d’envergure…

Extrait de Congo Requiem de JC Grangé.

Le mois dernier

Gaby noyé le mois dernier

Le mois dernier

Dans un étang près de Varennes
Comme un vulgaire braconnier
Identifié grâce à ses dents-
Son blanc dentier de porcelaine
Mordant la vase – car il sourriait.

Avant lui c’était Roméro,
Ombre sur pattes, Indien des toits,
Il a glissé son numéro
A la grande Pirate du ciel
Pour qu’elle l’appelle encore une fois
Et monte-en-l’air un coup de trop.

Et puis Cassis, et puis la Poire,
L’un qui s’évapore par l’éther
Entre les serres de sa mémoire,
L’autre qui fuit de toutes parts,
Pendu aux branches des cathéters
Des fruits amers et des trous noirs.

Je n’oublie pas aussi Jean-Gilles,
Autoproclamé Prince des rues,
Stoppé au vol par deux vigiles,
Deux jeunes laquais de succursale,
Alors qu’il était seul et nu,
Tout ça pour moins de cinquante mille.

Je n’oublie par le Moine errant
Dans cet étrange monastère
Où sont les fantômes vivants.
Centrale. Cellule. Bruits de fermoirs,
Je sais la gueule que l’on peut faire
Suivant son propre enterrement.

Léon, mon frère, je ne prie pas,
Je murmure ton nom aux étoiles
Quand vient le soir. Je n’oublie pas
Et puis je chiale, sur vous, sur nous,
Sur la poussière de nos étoiles,
Et mes yeux brillent comme ceux des rats.

Nous avons eu vingt ans, brigands
Des grandes villes, cow-boys aux colts
Fumants, nous avons eu trente ans,
L’or et les filles plein les sacoches,
C’était du vent. Vient la récolte.
L’hiver approche, et moi j’attends.

Bande décimée de Marcus Malte, extrait de ce petit livre.

Neuf Nectarines

Neuf Nectarines

Neuf nectarines

Par paires comme on fait des pêches espacées que leurs fruits soient vifs — huit en plus d’une, sur ramures crues de l’an dernier — elles semblent un dérivatif; quoique le contraire aussi bien se rencontre fréquemment — neuf pêches au nectarinier.
Sans duvet, sous svelte feuillée en croissant bleus ou bien verts, ou l’un et l’autre dans le style chinois, ces quatre paires lunulées par placages foliolants au soleil rosissent du ton puce American Beauty, piqué, qu’applique au gris cireux l’art sans grand-malice des reliures mercantiles.
Comme la pêche Yu, pêche à bajoue rouge, sans objet pour les morts, qui à point mangée aide à prévenir la mort, pavie d’Italie, prune persane sur pâlis enclose aux remparts d’Ispahan, la nectarine se rencontra
à l’état spontané, sauvage, (sauvage, est-ce sûr? De Candolle, prudent, se taira) d’abord en Chine.
On ne perçoit pas une imperfection dans la neuvaine emblématique, au vantail feuillu que ne pique nul curculio, sur ce plat où on l’a dépeinte jadis, restauré depuis maintes fois, non plus que dans la justesse
de l’orignal sans andouiller, (cheval d’Islande? ou âne?), assoupi contre le vieil arbre touffu aux branches pliées, et dont la robe est de la teinte brunâtre de la fleur de l’arbuste.
Un Chinois «comprend l’esprit des étendues sans bornes» et, sous son allure de poney amateur de nectarines, le kylin — licorne à queue longue ou sans queue, petite, au poil de chameau commun, sans cornes, d’un brun de cannelle monté sur pattes de gazelle.
Cette pièce émaillée est un chef d’œuvre qu’on doit à la chimère d’un Chinois.

essai de traduction d’un poème de Marianne Moore

Soleil vert

Je voudrais du soleil vert

Soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d’hiver

Je voudrais de la lumière
Comme en Nouvelle Angleterre
Je veux changer d’atmosphère
Dans mon jardin d’hiver

Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n’en peux plus de t’attendre
Les années passent
Qu’il est loin l’âge tendre
Nul ne peut nous entendre

Je voudrais du Fred Astaire
Revoir un Latécoère
Je voudrais toujours te plaire
Dans mon jardin d’hiver

Je veux déjeuner par terre
Comme au long des golfes clairs
T’embrasser les yeux ouverts
Dans mon jardin d’hiver

Ta robe à fleur
Sous la pluie de novembre
Mes mains qui courent
Je n’en peux plus de t’attendre
Les années passent
Qu’il est loin l’âge tendre
Nul ne peut nous entendre

Jardin d’hiver de Henri Salvador

L’histoire des boules du père Léon

L’histoire des boules du père Léon

L'histoire des boules du père Léon

« A l’origine, l’arbre de noël était décoré de belles pommes rouges, symboles de la vie durant la saison morte. Cet arbre venait d’orient. Une sorte de plaqueminier m’a dit le père Léon. Dans certaines régions où cet arbre n’existait pas encore, on ajouta des bonbons, des gâteaux, des noix et des noisettes.

C’est un artisan verrier qui eut l’idée de reproduire ces noisettes en verre soufflé, ouvrant une tradition qui se répandit très vite à travers le monde. C’était une année de grande sécheresse, privant le pays tout entier de réserves pour la saison froide, de pommes et de fruits, privant du même coup les sapins de Noël de leurs décorations.

C’est alors que le père Germain, souffleur de verre réputé, a l’idée de faire plaisir aux enfants et confectionne de fameuses boules en verre.

L’idée se répand dans toute la contrée et bien au-delà. Les ouvriers verriers soufflent jours et nuits des boules de toutes tailles. Ces boules décoreront les sapins dans les maisons, mais aussi dans les rues et sur les places. Des boules énormes seront fabriquées. Faute de pouvoir les ranger, le restant de l’année, les plus grosses seront ensuite cassées en morceaux pour réaliser des verres à lunettes et d’horlogerie. Cette tradition préférée du père Léon et ces techniques de soufflage et d’argenture ne se sont jamais perdues et perdurent dans un petit coin de Germanie. »

Juste pour apporter un peu de clarté dans le ciel gris d’aujourd’hui.

Lucie Oh Lucie

Lucie Oh Lucie

Lucie Oh Lucie
Qu’est ce qui t’amène
Oh Lucie, Oh Lucie
Qu’est ce qui te gène
Toute la ville t’appartient
Toute la ville est dans tes mains
Le reste n’est qu’histoire ancienne
Tu connaissais déjà la fin

Lucie oh Lucie
C’est pas la peine
Oh Lucie oh Lucie
Que tu reviennes
Tous les hommes te regardent
Ils te salissent de leurs yeux
C’est la manière dont tu te fardes
Qui ressemble à un aveu
Toute la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient

Tu le sais bien
Lucie
Lucie

Lucie oh Lucie
Faut que tu comprennes
Oh Lucie oh Lucie
Que tu te souviennes
Ces nuits entières devant la glace
Ou je m’inventais de la dignité
Dans le lit j’embrassais ta place
Et tu voudrais recommencer
Toute la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient
Tu le sais bien
Aujourd’hui la vie que je mène
A guéri ma fragilité
C’est la seule chose qui te gène
Et que tu voudrais m’enlever
Pourtant la ville t’appartient
Tu le sais bien
La ville t’appartient
Tu le sais bien
Lucie

Chanson de Balavoine pour fêter la lumière

La soupe du moment

La soupe du moment

La soupe du moment

Le vent souffle dans notre dos et nous fait entrer très vite.
Arrivés, déchaussés, reposés,
sortons les ustensiles de cuisine.
on épluche et découpe le butternut en carrés
une cuillèrée d’huile chauffe au fond de la cocotte
pincée de curcuma ajoutée
et une autre de muscade râpée
dore doucement un émincé d’oignon
une douce odeur emplit notre nez
morceaux de butternut versés
on touille ce fumet
mélange le tout un peu salé
et légèrement poivré
ne tardons pas à installer les assiettes
tout sera dégusté avec ou sans fleurette.

Au bas de mon gilet

Au bas de mon gilet

Au bas de mon gilet
j’ai choisi de faire des côtes
et au bout de huit rangs
j’ai cassé la monotonie,
chaque rang commencait
par deux mailles à l’endroit
alors sur un multiple de vingt
j’ai tricoté dix mailles à l’envers
et continué dix suivantes en cotes
et répété ainsi ces deux lignes
jusqu’à la fin du rang,
j’ai tricoté le retour sur les mailles
comme elles se présentaient,
au rang suivant cette fois,
ai commencé par dix mailles à l’endroit,
et continué dix suivantes en cotes
et répété ainsi ces trois lignes
jusqu’à la fin du rang,
j’ai tricoté le retour sur les mailles
comme elles se présentaient,
puis répété encore une fois depuis
‘alors sur un multiple de vingt’ jusqu’ici.
Pour les rangs suivants
sur ce multiple de vingt
j’ai inversé le godron et les côtes
sur autant de rangs
comme je vous montre ici.

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
– Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. – Il répondit : – je viens prendre ton âme. –
Et j’eus peur, car je vis que c’était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
– Que me restera-t-il ? car tu t’envoleras. –
Il ne répondit pas ; le ciel que l’ombre assiège
S’éteignait… – Si tu prends mon âme, m’écriai-je,
Où l’emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. – Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? –
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l’ange devint noir, et dit : – Je suis l’amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l’ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.

‘Apparition’ de Victor Hugo

J’ai glissé sur une flaque gelée

J’ai glissé sur une flaque gelée

J’ai glissé sur une flaque gelée

Ai rencontré le sol un peu rapidement,
Immédiatement relevée
Occupée à me frotter énergiquement
Une fesse, un genou
Bras, mains et joue,
Laissant mes courses courir sur le trottoir
Insistant dans ma poche pour trouver mon mouchoir,
En essuyant mes larmes, en me mouchant très fort
Décidée à partir dans un nouvel effort
En peine, j’ai fait très attention
Vivement relevée j’ai ramassé le miel
Intacts, les oranges et le potiron,
Verts chou et poireau et oseille
Rassurée que la vie était belle
Et aussi, un poison.

Juste une pensée à Johnny Hallyday décédé hier

Regarder les flocons tomber

J’ai pris le temps de regarder les flocons tomber

Regarder les flocons tomber

Et de me faire un café
Dans la petite cafetière italienne,
Il fallait prendre soin des fleurs et
Rentrer le citronnier
Avant que la neige recouvre tout.
Il me prit l’idée de battre les jaunes et
Monter les blancs en neige
Avant d’enfourner le soufflé.
Les conserves de légumes et de fruits
Garnissaient les
Rayonnages des
Étagères de la cave.
Tout y était en
Ordre, impeccablement rangé.
Une envie de
Tricoter m’était venue juste après
Qu’on ait apporté le courrier.
Une très bonne nouvelle dans une petite
Enveloppe bleue.
La laine fut vite trouvée et les
Aiguilles aussi,
Voyez comme elles ont déjà bien dansé.
Il faisait encore plus froid là-bas,
Elle ne demandait rien mais son
Fuseau était cassé
Un petit gilet de rien du
Tout lui tiendrait chaud
Bientôt, alors j’ai tricoté
Encore et encore pour un sourire.
L’amour est un plaisir,
La vie ne suffit pas
Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?

juste pour penser à Jean d’Ormesson décédé hier

Bidule ou Machin

Bidule ou Machin, on se fout de savoir comment vous vous appelez, vous êtes à peu près chacun de nous.

Bidule ou Machin

Peut-être qu’à vingt et un ans vous poursuivez des études de commerce mais c’est sans intérêt. En tout cas ce samedi à «  heures du matin, revenant de discothèque pour rentrer chez vos parents, vous conduisez votre voiture sur le viaduc de Dinan quand vous apercevez une fille debout de l’autre côté du parapet qu’elle s’apprête à lâcher. Vous pilez et descendez de l’auto. Mais de quoi vous vous mêlez ?! Vous marchez vers elle en lui demandant : « Que faites-vous ? » « Est-ce que ça vous regarde ? Fichez le camp » vous rétorque cette fille de votre âge qui s’avère n’être pas du tout votre type. Quel gros cul, la boulotte, mais vous continuez d’avancer. De part et d’autre deson dos, ses doigts la retiennent encore à la barre de fer. Après avoir tourné la tête pour vous répondre, elle regarde devant puis saute alors que vous voilà tout près. Vous projetez vos mains dans le paysage et réussissez à lui choper les deux poignets. Bon eh bien voilà. Bravo ! Vous vous retrouvez plié en deux au niveau de la taille par-dessus la rambarde avec, au bout des bras, une fille pas mince suspendue dans le vide. Démerdez-vous avec ça. Ah, vous ne faites plus votre malin, surtout qu’elle se débat pour que vous la lâchiez. Elle gesticule. Putain, elle pèse une tonne, la salope ! Elle donne tant de secousses violentes, des reins, des épaules que, parfois, de l’autre côté du parapet, vos pieds en décollent du trottoir. Elle va finir par vous faire basculer, vous entraîner avec elle, cette fille que tout à l’heure vous n’auriez pas invitée à danser. Vous n’aurez jamais la force nécessaire pour la remonter. Vous vous demandez : »Mais pourquoi l’ai-je attrapée et me suis-je mis dans cette situation ?3 On ne saurait penser à tout. Nous sommes tous plus ou moins dingue ! Elle griffe votre peau, cherche à vous mordre les doigts entre des « Lâchez-moi » tandis que vous gueulez « Mais arrête !» Vous vous mettez à la tutoyer. Il faut dire que maintenant vous êtes très liés. C’est à la vie à la mort. Vous en avez pourtant déjà vite largué d’autres bien plus jolies mais à celle-là (qui, quand-même, n’est pas un prix de beauté) vous vous accrochez désespérément. Qu’elle en profite car elle n’a pas dû vivre ça souvent. A chacun de ces élans, elle risque de vous emmener. Vous essayez d’être intelligent : « Il faudrait que j’ouvre les mains » ne pouvez vous y résigner, « Soit j’écarte mes doigts et alors je la tue ou je ne le fais pas et je pars avec elle. » Oh, le dilemme ! Non, le mieux serait de la lâcher mais vos phalanges autour de ses poignets s’y refusent. A cette heure-là, vous devriez être à la demeure familiale. Il n’était pas prévu que vous filiez dans une chute de quarante-trois mètres en compagnie d’une mochetée pareille. « Quelle tronche de conne ! Ah oui avec une telle gueule, on comprend l’envie de se foutre en l’air mais pas quand je passe ! C’est simple à comprendre non ? » Cette conjoncture ne va plus pouvoir durer encore très longtemps car vous fatiguez beaucoup alors que décider ? Vous en êtes là de vos interrogations lorsque vous entendez une autre voiture qui s’arrête avec un chauffeur criant à son passager ; « Appelle les pompiers ! » tandis qu’il se précipite vers vous : « C’est qui cette fille ? » « Ah mais je n’en sais rien moi. On On a qu’à tenter de la remonter en la saisissant chacun par un bras. »

Même à deux l’affaire s’avère compliquée mais finalement vous y parvenez en l’agrippant aussi par ses vêtements qui la débraillent et elle retombe en tas mou à même le trottoir du viaduc tandis qu’arrive la stridente d’une sirène. Sous le tournoiement bleu d’un gyrophare, des bras en uniforme relèvent la fille qu’ils font grimper dans leur véhicule sans qu’elle ait le moindre regard en votre direction alors que vous tombez dans les bras de celui venu vous aider. Ah, vous pouvez le remercier de vous avoir sauvé car vous auriez été assez con pour ne pas lâcher ces deux poignets !

Extrait de « Comme une respiration » de Jean Teulé pour une bouffée d’humour même dans une situation peu ordinaire.

 

Dans la cour d’une école

Dans la cour d’une école primaire de Dijon,

Dans la cour d’une école

parmi cent cinquante enfants qui cavalent dans tous les sens, un enfant de CM1 fait une bêtise dans son coin. Il empoigne le bas des barreaux d’une des fenêtres de la cantine et, par la force des bras, se hisse afin de grimper debout sur l’étroit rebord. A un mètre cinquante du sol, il risque de glisser mais la surveillante arrive : ‘descends de là et donne-moi la main ! on va faire le tour de la cour le temps que tu te calmes. Quel est ton prénom ? »
– Léandre.
A chaque fois, les sanctionnés font la gueule d’être ainsi traînés par la surveillante tout autour des autres qui se moquent, mais à la récréation suivante, Léandre grimpe à nouveau sur le rebord de la haute fenêtre malgré la punition qui ne tarde pas à venir : « Léandre, la main. » Le jour d’après, provocateur, il ne fait que se pendre par les doigts au bord des barreaux, reste les pieds dans le vide. Sans un mot, la surveillante passe près de lui en dégageant une paume dans laquelle il se doit de glisser la sienne. Les élèves peuvent la voir basculer d’avant en arrière le bras saisi de Léandre dans un mouvement de balançoire au rythme de leurs paroles. On les dirait tous deux comme en balade au bord de l’eau et du clapotis des enfants qui jouent, mais buté, à la prochaine récréation l’incorrigible lève encore ses phalanges vers le rebord de la fenêtre aux barreaux. La surveillante, juste derrière son dos, soupire « Léandre » et l’entraîne par la main pour un nouveau tour de cour, tout en lui demandant :
– Qu’est-ce que tu préfères à l’école ?
– J’aime bien être puni.

Extrait de « Comme une respiration » de Jean Teulé, c’est un recueil de minuscules tranches de vie pleines de tendresse et de chaleur.

Avec mes tomates vertes

Avec mes tomates vertes,

pas de chutney ni de confiture.
Poussées tardivement,
En grand nombre,
N’ont pas pris le temps de mûrir,
Mais cueillies quand même.
Triées, lavées et cuites
En cocotte avec un cube
et un demi-verre d’eau.
Moulinées en marmelade une fois cuites.
Versée encore chaude dans des bocaux,
Conservée une fois refroidie au réfrigérateur,
Et utilisée comme une purée de tomates rouges.

Rêver et rire

Rêver et rire

Revenir pour rêver et rire à nouveau
Écouter, voir et s’émerveiller
Sans penser à autre chose
Ignorer le bruit du vent
Laisser courir les feuilles
Imaginer la vie en couleurs
Effacer les rides sur nos joues
N’apprécier que la voix de nos petits
Comprendre et connaitre leurs envies
Effervescence des jours, partage de sourires, clins d’œil à la vie