Pour écrire un peu et sourire surtout

Pour écrire un peu et sourire surtout.

Pour écrire un peu et sourire surtout

Dans le pays, les Bougons étaient depuis toujours des producteurs de fromage. Fromage au lait de chèvre à pâte molle et croûte naturelle. Naturelle aussi était connu leur manque d’amabilité.
De père en fils, et de mère en fille, ils restaient boudeurs, grognons et ronchons. Seulement leurs fromages étaient bons. Mais eux, jamais contents, par contre ils bichonnaient leurs chèvres et préservaient la matière première. La première fois, l’ancêtre avait commencé avec deux sèvres dans le département éponyme. Ce gars-là avait un cheveu sur la langue quand il parlait. Un poil, sans doute. Il était moche, et ceux de la lignée d’aujourd’hui très beaux non plus. Ils avaient la face blanche toute ronde de la taille de leurs fromages, à la peau lisse et molle et ils sentaient la noisette. La noisette ou la bibine, car ils s’arrosaient le gosier dans la famille. Du côte de Beaune ou des côtes du Rhône, beaux jolais, ils l’étaient d’avril à novembre, car «il faisait chaud et que c’était à cette saison qu’il fallait les apprécier» à ce qu’ils disaient.

Il y avait les Macabre aussi. Si un patronyme était connu dans la contrée, c’était bien celui-ci. Si les compter était difficile, tant ils étaient, les conter fut facile pour Emile. La plupart était enseignants au fil des générations. Ils étaient surtout très attachés à la notation et en causaient comme une tendance à la sanction dans l’examen. Ils disaient qu’elle mettait en échec certains élèves. C’est une tante qu’il fallait entendre à ce sujet. Sujet réel, la Cons Tante. Un phénomène. Il y avait aussi le Grand Macabre qui est parti un jour pour une grande balade dans les ruines de l’abbaye et qu’on a jamais revu dont l’ancêtre utilisait un ivrogne pour monture et auquel la mort avait fait une farce lors d’une promenade dans ces ruines.

Les Bougon et les Macabre avaient croisé plusieurs fois leurs branches sous la plume et les récits du Milo. L’un m’a mis l’eau à la bouche et l’autre a mis l’eau dans son vin.  Vingt et cent, ils étaient des milliers. Lier pour une nuit encore, sur la dernière page du dernier volume, quand un rejeton à face blanche est tout juste né. Aura-t-il une chaire et fera-t-il un fromage ? Mages et fées l’ont vu, il tétait sa mère «dans un tiède silence et une paix solitaire, en dressant son petit bras en l’air comme un drapeau d’appel à la vie.»

C’est pour écrire un peu et sourire surtout que je me suis amusée à utiliser l’anadiplose et répondre à l’agenda ironique de novembre chez Ecriturbulente.