Il comprit que le dîner aurait lieu à la maison

Il comprit que le dîner aurait lieu à la maison.

Il comprit que le dîner aurait lieu à la maison

Faire la conversation à ces imbéciles, snobs de surcroît, était une épreuve dont il se serait bien passé. Après qu’il eut gratifié Jean-Claude d’un sourire crispé, il referma la double porte du salon et s’affala sur le canapé. Il disposait d’une heure pour évacuer les tensions de la journée.
De la poche de son pantalon, il sortit la feuille sur laquelle la femme de l’aéroport avait griffonné son nom et son numéro de téléphone. Il fixa les dix chiffres, puis jeta le papier dans la cheminée d’un geste rageur. Que fabriquait donc sa femme ?

Depuis que les enfants étaient partis étudier à l’étranger, il habitait avec un fantôme. Ils lui manquaient, et leur absence creusait le fossé entre leur mère et lui. Ils s’efforçaient, en société, de donner l’image d’un couple uni, mais ils se confrontaient au silence et à la solitude. Pourtant sa femme le bouleversait toujours.

Lorsqu’elle le rejoignit sur le canapé, elle lui sembla plus radieuse que jamais, quand elle chuchota son bonjour. Il vit, après lui avoir demandé qui étaient les invités du soir, qu’elle s’accommodait de mieux en mieux de son manque d’enthousiasme et il y voyait, bien là, un signe supplémentaire de son désamour. Comme elle était sottement mondaine, mais comme il la trouvait adorable !

Au moins ses commentaires qui précédaient et suivaient les dîners meublaient nos rares conversations. Il avait les yeux rivés sur un cheveu collé à ses lèvres. Il avait envie de le lui enlever délicatement. Il sentait son parfum, fort et fleuri. Ses bracelets s’entrechoquaient dans un gracieux mouvement de bras. La couleur des pierres de ses bagues était assortie à la couleur de ses ongles. Elle le surprit quand elle lui demanda ce qu’il pensait de son ensemble, en faisant un tour sur elle-même. Il lui allait très bien, mais elle avait encore fait des dépenses inouïes pour de nouveaux vêtements dont il était incapable de distinguer en quoi ils différaient des autres.

Il comprit que le dîner aurait lieu à la maison

Extrait de « lundi noir » de Dominique Dyens . Je l’ai relu et j’ai souri du frisson ressenti.

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