Le cheval le mena par un chemin tapissé d’aiguilles de pin

… Le cheval le mena par un chemin tapissé d’aiguilles de pin.

Le cheval le mena par un chemin tapissé d’aiguilles de pin

Le soleil jouait entre les branches, posant de loin en loin des nappes de lumières. Puis lentement, il escalada une colline couverte de buissons d’un vert profond aux reflets d’argent. Perchée tout là-haut, une baraque flanquée d’une tourelle blanche et d’un haut pylône : le sémaphore. De là on dominait toute l’île.

On devinait parfois derrière les pins quelques petites plages tendrement léchées par la mer. L’île s’inclinait en pente douce du coté du continent. Son extrémité est semblait vouloir s’accrocher à la presqu’île. A l’autre bout, au contraire, derrière la foret et précédée d’écueils tels des poissons pilotes, la pointe se gonflait de désir de partance, vers le couchant, vers le grand large. Étrange île ! Ses quatre plaines en friche appelaient, en une supplication muette, le soc de la charrue, le sabot du cheval et le chant des vendangeurs. Mais les crêtes qui les séparaient, s’opposaient, sentinelles de la nature, à la marche des hommes. Insaisissable île ! Sa côte tournée vers le continent, douce et paisible, parée parfois de palmiers, s’offrait sans coquetterie ni fausse pudeur à ceux qui venaient jusqu’à elle. Mais au sud, elle se dressait avec fierté, hérissant ses falaises grises aux calanques secrètes, bouclier contre la mer et ses morsures.

Il était venu là, en haut de la colline, pour admirer et contempler le paysage, l’œil vissé à sa longue vue. Il dégustait son île. Il la jaugeait. Il examinait les quatre plaines en jachère, les arbres tordus par le vent, étouffés par le maquis. Quatre plaines… ce n’étaient que des clairières, mais son œil les modelait déjà. Ici, il replanterait des forets. Là, dans les plaines, le travail dominerait la nature : des jardins, des champs, des vignes, des pâturages. Il inventait sa demeure. Ici, il la réussirait…

Extrait de « L’homme de Porquerolles – chapitre L’hacienda » de William Luret. L’auteur nous fait là, le portrait d’un entrepreneur fabuleux qui ne sacrifiera jamais son idéal et son rêve de paix.

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