Quelques luxes

J’apprécie les quelques luxes auxquels nous avons droit. On nous a donné des couvertures et des peaux de bison pour ne pas mourir de froid cette nuit.

Quelques luxes

Il y a un foyer pour le feu au centre de la tente et, juste à l’extérieur, une pile de petit bois et des bouses sèches de bovins qui tiennent lieu de combustible.
On a droit à une promenade quotidienne à la rivière où nous brisons la couche de glace et nous aspergeons d’eau glacée.
Nous avons également une outre, confectionnée à partir d’une panse de bison, pour rapporter de l’eau.
On nous apporte des lapins, des castors, des pièces de cerf, de wapiti, de bison, des racines comestibles et des fruits sauvages, des tranches de viande séchée, crue ou cuite, en petites quantités qui représentent notre nourriture de chaque jour.
Nous faisons cuire les racines et les fruits dans une casserole en fer-blanc qu’on nous a confiée, afin de les rendre plus tendres.
Nous préparons des sortes de ragoût.
J’ai grandi dans une ferme, au nord, et je sais ce que c’est de compter sur ses propres ressources, élever des animaux, jardiner, préparer des conserves en prévision des longs hivers.
Comme pratiquement tous les fermiers, mon père était chasseur et m’a montré comment dépecer un animal et cuisiner la viande. Je dois avouer que je suis incapable d’identifier certaines des choses qu’on nous apporte.
L’autre jour, j’ai du inventer une histoire et j’ai feint de reconnaître un animal des plaines, de ceux qui se cloîtrent dans leur terrier.
Nous n’avons pas tant de nourriture que ça et nous avons toujours faim, alors nous mangeons ce qu’il y a sans poser de questions, que cela soit agréable au goût ou pas.
Je me suis aperçu qu’on s’adapte avec une vitesse surprenante aux changements les plus contraignants et à toutes sortes de privations.
Nous essayons de garder les idées claires, de trouver des raisons de penser qu’un jour ou l’autre, nous serons libérées. Jusque là, nous pouvons au moins nous féliciter d’être toujours en vie, et c’est déjà encourageant.

Extrait du journal de Molly McGill écrit en hiver 1876, paru dans « La vengeance des mères » de Jim Fergus. Est-ce ce froid persistant qui me fait lire des livres de la sorte ? Est-ce les bombardements dans des pays voisins qui me chagrinent autant ? Est-ce le sort des exilés ?

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