Rose et fraîche

Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche,
Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ;
Ton pur sommeil était si calme et si charmant
Que tu n’entendais pas l’oiseau chanter dans l’ombre ;
Moi, pensif, j’aspirais toute la douceur sombre
Du mystérieux firmament.

Rose et fraîche

Et j’écoutais voler sur ta tête les anges ;
Et je te regardais dormir ; et sur tes langes
J’effeuillais des jasmins et des œillets sans bruit ;
Et je priais, veillant sur tes paupières closes ;
Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses
Qui nous attendent dans la nuit.

Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche,
Faite d’ombre, sera si morne et si farouche
Que je n’entendrai pas non plus chanter l’oiseau ;
Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe,
Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe
Ce que j’ai fait pour ton berceau.

« A ma Fille Adèle » de Victor Hugo (1802-1885).

Tout d’abord, bonne fête à toutes les Adèle et c’est ma participation à la poésie du jeudi chez Asphodèle. C’est un poème qui me va bien, ces temps-ci, plein de tendresse, de nostalgie et de morosité aussi. Je le dédie à mon Adèle qui a bien grandi et pour qui j’ai tricoté ce pull et à François qui vient de nous quitter.

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7 réflexions sur “Rose et fraîche

  1. Bonne fête donc Adèle. Joli poème que tu as choisi, Victor Hugo est toujours un excellent choix, même si tu le dis, ce n’est pas toujours gai.
    Je te souhaite de passer les meilleures fêtes possible.

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