La sieste

La sieste,
Elle fait au milieu du jour son petit somme ;
Car l’enfant a besoin du rêve plus que l’homme,
Cette terre est si laide alors qu’on vient du ciel !
L’enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.
Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions,
Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,
Ces paradis ouverts dans l’ombre, et ces passages
D’étoiles qui font signe aux enfants d’être sages,
Ces apparitions, ces éblouissements !
Donc, à l’heure où les feux du soleil sont calmants,
Quand toute la nature écoute et se recueille,
Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille
La plus tremblante oublie un instant de frémir,
Jeanne a cette habitude aimable de dormir ;
Et la mère un moment respire et se repose,
Car on se lasse, même à servir une rose.
Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr
Dorment ; et son berceau, qu’entoure un vague azur
Ainsi qu’une auréole entoure une immortelle,
Semble un nuage fait avec de la dentelle ;
On croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,
Voir une lueur rose au fond d’un falbala ;
On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,
Et c’est un astre, ayant de plus la petitesse ;
L’ombre, amoureuse d’elle, a l’air de l’adorer ;
Le vent retient son souffle et n’ose respirer.
Soudain, dans l’humble et chaste alcôve maternelle,
Versant tout le matin qu’elle a dans sa prunelle,
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
Agite un pied, puis l’autre, et, si divinement
Que des fronts dans l’azur se penchent pour l’entendre,
Elle gazouille… – Alors, de sa voix la plus tendre,
Couvrant des yeux l’enfant que Dieu fait rayonner,
Cherchant le plus doux nom qu’elle puisse donner
À sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère :
– Te voilà réveillée, horreur ! lui dit sa mère.

la sieste

Poème de Victor Hugo pour la poésie du jeudi chez Asphodèle et pour émotions chez AmeGraphique du petit carré jaune  choisi en toute liberté avec un besoin de légèreté.

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11 réflexions sur “La sieste

  1. Pingback: Bleu de Travail de Thomas Vinau pour le jeudi poésie. | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  2. Patch pourquoi tu ne m’as pas laissé ton lien la veille (ou même le jeudi) ??? 😥 J’avais un RV jeudi matin et je n’ai regardé les News (suis en retard !!!), j’ai lu les autres à partir des liens de mon billet ! Bon, tu sauras hein ? 😉 Sinon c’est un excellent choix, il doit être tiré du recueil « L’Art d’être grand-père » non ? Et j’aime beaucoup le petit pull bleu avec cette jolie fleur de sauge penchée vers lui, manque plus que le blanc d’un nuage qui passe et nous avions le drapeau français ! 😆 Bises Patch ! Et encore mille excuses, je t’ajoute au cahier !…

    • Exactement, je cultive l’art d’être grand-mère à mon tour. Tant d’émotions nous submergent, bonnes et mauvaises, ces temps-ci que j’ai du oublié de te mettre un mot. Merci Aspho pour ce joli choix de la semaine.

    • Je me souviens avoir admiré mes enfants pendant leur sieste enfin soulagée de ce moment de calme. Je pouvais souffler… J’ai fait ce petit pull pour un de mes petits nés cette année et c’est une fleur de sauge de mon jardin qui a cette forme de cœur.

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