Le poète venait chaque soir poétiser un peu

Le poète venait chaque soir poétiser un peu, lui caresser le poil et changer son foin.
Il vérifiait toujours avant de le quitter que le clapier fut bien fermé.
– Tu as la belle vie Lapin, disait-il tâtant l’animal et rêvant de festin.
Presque sans respirer, il se laissait bercer des mots doux du gardien,
n’imaginant pas une autre vie et ne sachant parler, son esprit fugue et s’abstrait aux siens.
Un volatile au merveilleux plumage venait à son tour chaque matin.
Il savait se montrer, examinait le coin, s’approchait du grillage et s’accrochait, grattait dans la paille et picorait le grain.
– Tu as la belle vie Lapin, je te le dis, ne rêve pas d’autre chose. 
Ce matin-là, le souffle court, l’oiseau moins vaniteux parlait de cavale…
– Tu sais, l’automne arrive et les chasseurs aussi. Non! pas de voyage… d’envolée du nid pour échapper aux balles. Ça sent la poudre, là-bas… le cri des fusils a pris mes petits…
Soudain il envie la cage et inspecte l’endroit… de la place, il en voit et parle de partage à l’autre, il y croit si des fois…

Le poète venait chaque soir poétiser un peu

Oiseau a-t-il ouvert la cage? Lapin s’est-il sauvé ou bien est-il resté? et à eux deux, font-ils bon ménage? Poète-gardien est-il chasseur? et le chasseur a-t-il du cœur? Je n’en sais rien, je manque de mots pour les Plumes 46 de Novembre chez Asphodèle.