Bientôt 20 heures

«Bientôt 20 heures. Droit devant, deux lumières lointaines perdues dans la brume. Le village n’est plus bien loin. Lancé à folle allure, le traîneau dévale la pente. Les chiens, exténués il y a encore quelques minutes, galopent et tirent sur leur harnais avec énergie. Les mains gelées, je m’agrippe aux parois en bois glacées du traîneau pour ne pas être éjecté. Assis sur l’avant, je tente de trouver la position la plus confortable afin de soulager les sensations désagréables d’épinettes sur mes muscles et os meurtris. La journée d’aujourd’hui a été longue et harassante.

Un concert d’aboiements nous accueille. Mon compagnon de voyage stoppe les chiens et son traîneau au pied d’un groupe d’habitations. Il attache son attelage à un anneau relié à des boules ressemblant étrangement à des ballons de baudruche. Nos regards se croisent souvent. On se sourit régulièrement. La barrière de la langue, n’en est pas vraiment une. Nous éprouvons les mêmes tensions, ou tout au moins, il a l’air de bien comprendre les miennes. Déchargement des traîneaux et acheminement de nos sacs à quelques dizaines de mètres plus haut devant une maison à la façade rose défraîchie. Rien à craindre de pickpockets par des températures pareilles.

Nos effets trempés sèchent. Dîner après nettoyage de notre sac bouffe: une conserve de hareng fumé à l’huile n’a pas supporté les tressautements du traîneau et s’est répandue dans tout le sac. Le confort est sommaire dans la maison. Ni lit, ni meuble, ni décoration. Dites-moi voir à quoi aurait bien pu me servir ce cadenas à code qu’on me conseillait d’emporter. Je souris.

– C’est une maison appartenant à la famille de ma femme. Nous finirons son aménagement l’été prochain, énonce mon hôte.

Révision de nos bagages, sacs et contenants. Quelques points de couture sont nécessaires et rapidement exécutés.

Bientôt 20 heures

Repas chaud et copieux. Jamais une soupe lyophilisée n’a été un tel régal. Les paupières deviennent vite lourdes. Inutile de compter les moutons ce soir. Au bout de quelques secondes à peine, je plonge dans un profond sommeil. Mon hôte ronfle déjà! Fin de notre première étape. A ce rythme-là, notre voyage hivernal s’annonce éprouvant…»

C’est ma participation et quatrième texte pour la fin du défi de printemps proposé par « tu dines ce soir ». Ça m’a bien plu et je l’en remercie. Je me suis inspirée d’un récit de voyage au grand Nord sur les traces de Paul Émile Victor, j’ai utilisé les mots imposés et les objets de la liste (il ne m’en restait plus qu’un, et pas facile à utiliser dans un tel environnement).

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5 réflexions sur “Bientôt 20 heures

  1. Je suis fascinée par ta capacité à écrire, ton choix de photo et les ouvrages en tissu que tu nous laisses deviner. Et je pense que ma fascination va durer encore longtemps, longtemps! Belle journée

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