Toute une nuit pour

Il lui avait fallu toute une vie pour réaliser son rêve. Il lui faudrait bien plus que toute une nuit pour terminer cet ouvrage!

Toute une nuit pour

Elle était penchée sur son ouvrage et le pinceau balayait la terre qui s’était accumulée sur la pierre tout au long des siècles, s’insinuant dans les pores les plus minuscules. Lorsque le nuage de poussière brune se dissipa, elle approcha ses yeux verts de la pierre, telle une myope inspectant son travail. Elle soupira et passa le dos de la main sur son front, s’efforçant de reprendre courage. Avant de s’y remettre, elle s’offrit une courte pause.

Elle tourna la tête et admira la pleine lune, se redressa et se passa la main plusieurs fois au milieu du dos où elle avait ressenti une douleur. La nuit était sans doute le moment qu’elle préférait pour travailler ici. Elle regarda sa montre. Il était déjà une heure du matin. Elle allait continuer encore une heure peut-être si son dos le lui permettait. Elle reprit son pinceau et se remit à épousseter. En voyant le nuage s’élever de ce pan de ruine, elle pensa que la prochaine fois, elle apporterait un masque. Ou le mieux, à son âge, c’était peut-être d’échapper à cette corvée et de se consacrer aux reliefs à l’autre bout de la pierre.

Elle leva les yeux. . Un halo de brume enveloppait l’astre. Demain, c’est sûr, il allait pleuvoir. Elle se releva, et cette fois-ci la douleur dans son dos fut plus forte. Elle sourit malgré tout et recula un peu pour apprécier ce qu’il restait à faire. Elle examinait l’ouvrage dans son ensemble et réalisait en fin de compte qu’il n’avait pas fallu plus de toute une vie pour que son corps soit transformé en baromètre.

C’est ma participation pour cette semaine au défi des 53 billets pour 2015 d’après ma lecture du moment (de « l’ultime secret du Christ » de Dos Santos) et ce détail d’un tableau que j’ai réalisé à l’aiguille, pour un autre défi de groupe à l’Atelier.