Je voudrais être quelqu’un

Je voudrais être quelqu’un. Pourquoi ? Parce que ça arrive à chacun de nous au moins une fois dans son existence. Tss Tss. Si si, je le sais et vous aussi!

Je voudrais être quelqu’un

Cette idée fixe s’est incrustée dans ma tête et mon cœur après avoir croisé mon voisin un certain matin. C’était un jour où le ciel était en aquarelle, aux couleurs claires et pâles si bien que le temps paraissait lavé et vide.

J’entends déjà des voix répondre que chacun d’entre nous est unique. Soit dit entre parenthèses, être un peu plus unique que les autres présente des avantages indiscutables.

J’ai donc eu affaire à l’étudiant occupant l’appartement au deuxième étage juste au-dessus de chez moi. Il aurait pu habiter juste en-dessous, ça n’aurait rien changé. Je ne sais pas pour qui il s’était pris, mais il s’est permis de me prendre pour quelqu’un d’autre. Sans rire! Autant vous dire que je l’ai mal pris. Pas lui, mais le fait qu’on me prenne pour un autre alors que j’ai mis tant d’années à savoir enfin qui je suis et à me sentir bien dans ma peau. J’étais dans un état de profonde sidération. Lui portait déjà son fardeau, alors je l’ai pris avec des pincettes car il souffrait de schizophrénie. Un comble, non ? Le type, qui en plus de se prendre lui-même pour d’autres, prenait les autres pour ce qu’ils n’étaient pas.

Un silence assez bref dans ma tête avait effacé la douleur et les regrets que j’aurais pu ressentir. Je ne me suis pas attardé mais ma décision coulait de source. En toute conscience, il fallait que je devienne quelqu’un coûte que coûte ! Une fois connu, ce genre de mésaventure ne devrait plus arriver.

Je me suis alors tourné vers mon voisin d’en face. Bien sûr, « me tourner » est une expression car je n’ai fait aucun tour et n’ai eu qu’à lever la tête. D’ailleurs, dans cette affaire, qu’il passe sa vie juste en face de chez moi n’a pas plus d’importance que pour l’autre.

Lui, ce n’est pas n’importe qui ! Pas bancal comme l’autre. Et là, j’ai osé prendre mon envol. Enfin il faut comprendre que j’ai tout fait pour me glisser dans sa peau. C’est une image, je n’ai rien déchiré. Côtoyer un illustre personnage allait m’empêcher de rester un illustre inconnu. C’était sans compter sur sa réaction. J’ai vu quelque chose scintiller dans son regard. Un sacré caractère celui-là. Une fois qu’il eut saisi que je voulais me mettre à sa place, il m’a vite remis à la mienne. Comme s’il ne me remettait pas ! Comme quoi, la place devait être enviable !

Je n’ai pas trop insisté cette fois-ci mais je suis revenu à la charge quelques jours après de manière plus subtile. Avec ténacité et sans prendre de chemin sinueux malgré tout, j’ai fini par me sentir un peu lui, tout en ne notant aucun changement quant à mon statut. Pas d’éclaboussure de célébrité ne parvint jusqu’à moi, je ne fus pas sur une scène et je n’entendis pas non plus la symphonie du bonheur comme semblent le faire les stars.

Je fus lui et moi à la fois. J’ai souhaité me démarquer, et c’est précisément en cherchant la singularité que je suis devenu pluriel. Je ne sais plus qui je suis ni où j’habite. Oui d’accord, il me suffirait de relire le début de ce texte pour me situer, mais quand même, avouez que c’est troublant. Dans quel état j’erre ? Y a-t-il même une possibilité de résilience pour moi ? De quoi en perdre son latin. Heureusement, je n’ai jamais suivi de cours de latin, ce qui me sauve sans doute !

Et puis, une idée m’a subitement traversé l’esprit. Et si je changeais de nom ? En me renommant, je deviendrais par la force des choses renommé.

C’est ma participation aux Plumes 40 chez Asphodèle d’après une lecture récente. J’aime tellement ce défi… mais il faudra attendre un mois pour les prochaines plumes. Les mots étaient « temps, lire, ténacité, sidération, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience, cœur, douleur, scintiller, symphonie, scène, sinueux », le sujet était triste, et j’ai voulu le porter en dérision en toute liberté.

 

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40 réflexions sur “Je voudrais être quelqu’un

    • Merci Janick de ce petit mot. Des fois, les idées arrivent et les mots, un peu plus tard, comme les flocons qui passent à l’instant devant la fenêtre… sans ordre, certains remontent et essaient de rattraper les autres mais changent carrément de direction. Depuis cet évènement, c’est le fouillis dans mes pensées.

  1. Patchcath, pareil pour moi 😥 ton billet est aussi dur à lire et à suivre, pour moi, qu’un modèle de tricot ou de couture 😉
    (il faut que je te dise que j’arrive de chez Adrienne où j’ai un peu crisé…)
    Ceci dit, tu étais inspirée 😆
    Bonne semaine et bises de Lyon

  2. J’adore !!! Ca me fait penser à certains textes oulipiens ! J’aime les textes qui retournent les mots dans tous les sens en parvenant en plus à faire sens, ça leur donne un air farfelu qui me fait sourire ! 🙂

  3. Très étrange ce texte qui flotte entre humour ubuesque et poésie brumeuse…qui est qui ? Ou cours-je ?
    Flippante à souhait cette version onirique de  » mes chers voisins »…
    Bises célestes
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Merci Célestine, c’étaient plutôt les mots proposés qui me faisaient flipper, et je ne voulais pas quelque chose de triste, mais je tournais en rond, je voulais vraiment être quelqu’un d’autre… et ailleurs surtout mais sans savoir où

  4. Rhaaaa, la dernière phrase est bien trouvée mais j’avoue que tu m’as fait tourner bourrique !!! Presque une usurpation d’identité cette histoire, du moins une quête d’identité ! 😀 Bien vu ! 🙂

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