Je viens de terminer le sixième morceau

Je viens de terminer le sixième morceau. Je continue à écrire et manier les aiguilles. Je viens de copier le sixième et dernier morceau de dissemblance pour vous. J’ai manié les aiguilles pour tricoter ces brassières. Le point mousse s’y lit sur l’endroit et sur l’envers, comme une écriture… de la même manière… J’avais commencé ma copie pour vous ici, et puis encore et enfin .

Je viens de terminer le sixième morceau

… Sors si tu le souhaites, mais je doute que tu puisses aller dire quoi que ce soit, à qui que ce soit.
Et pourquoi ?
Parce que moi, j’ai peut-être oublié la couleur des yeux de mon père, mais je n’ai pas perdu la mémoire, comme toi. Enfin, pour être honnête, elle m’est revenue pendant que je rêvais à mon prix Nobel. Je connais la raison qui fait que nous sommes ici, Aaron.
Et cette raison nous interdit d’aller parler à nos frères ?
D’une certaine façon, oui.
Alors, je t’écoute, je t’en prie, toi qui sembles omniscient !
Parce que nous sommes morts, Aaron.
Morts ?
Nous nous sommes tués l’un l’autre. Je ne pourrais pas vraiment te dire à quand cela remonte, mais je me souviens très bien de la façon dont ça s’est déroulé. Je suis passé par un tunnel pour m’introduire chez vous, je suis entré dans un de vos supermarchés avec une de ces bombes qui ne coûtent pas cher à fabriquer attachée à ma ceinture. J’avais plus peur que je n’aie voulu te l’avouer tout à l’heure. Toi, tu gardais les lieux dans ton bel uniforme de soldat ; tu as vu cette peur qui ruisselait sur mon front, tu as compris, tu as saisi ton arme et tu as tiré dessus. Tu te souviens maintenant ?
Et moi, comment je suis mort ?
Tu as visé mon ventre, imbécile !
Aaron et Mehdi restèrent là, a se rappeler l’un l’autre, chacun muré dans son silence. Et soudain Aaron se mit à rire, quelques hoquets d’abord, suivis d’un rire franc qui résonna dans la pièce, et l’écho de ce rire-là gagna Mehdi.
S’ils avaient été encore en vie, l’air serait venu à leur manquer tant ils riaient en se tenant le ventre, et pour la première fois depuis leur enfance, sans y ressentir de douleur ou de peur.
Tu imagines, dit Aaron. Si nous avions pu leur dire ce que nous savons maintenant.
Tu imagines, répondit Mehdi, si nous l’avions découvert avant… Allez, viens, je vois la lumière diminuer, je pense que nous devons partir d’ici.
Les deux hommes se lèvent et ouvrent la porte. Ils s’engagent dans un long corridor et marchent côte à côte. Aaron prend la main de Mehdi et Mehdi referme ses doigts autour de la sienne.
J’ai un peu peur tu sais, dit-il.
Toi tu as peur ? Pourtant tu n’avais pas peur de mourir, tu l’as gueulé assez fort sur les collines quand on se faisait la guerre.
Bien sûr que si j’avais la trouille, mais je croyais à une vie après la vie, meilleure que celle que j’avais connue sur la terre. Maintenant, je sais que les hommes de Dieu nous ont menti, alors je crains l’éternité !
Qu’est-ce que tu sais de l’éternité ?
Rien, mais j’ai peur quand même.
N’aie plus peur, je crois que je viens d’apercevoir ta grand-mère, mon père ne doit pas être loin. Fais bonne route, Mehdi.
Toi-aussi, Aaron, fais bonne route.
Leurs mains se séparèrent.
Quelques pas plus tard, Aaron se jura de prononcer le prénom de Mehdi au moins une fois chaque jour, pour ne jamais l’oublier. Mieux encore, avant que ne règne la Laïla et Mehdi sourit à cette seule pensée. Sans avoir à échanger la moindre parole, il lui fit la même promesse.
Et puis tous deux ressentirent un manque au fond de leur poitrine, chacun s’avoua à lui-même qu’un prénom ne suffirait pas, qu’ils auraient aimé se connaître… avant. Peut-être qu’il était important de se le dire, avant de se séparer.
Chacun se retourne, mais l’autre a disparu.
Aaron hausse les épaules. Mehdi, de son côté, fait de même. Puis ce sont leurs regrets qui s’effacent, parce que chacun pense qu’avant, ils n’auraient jamais trouvé le courage de faire un tel aveu, leurs pères ne leur auraient jamais pardonné.
FIN
(C’est « Dissemblance » de Marc Lévy, une nouvelle parue dans ce livre ici copiée pour vous)

Je viens de terminer le sixième morceau. J’ai fini d’écrire et j’ai aussi manier les aiguilles. Après la copie de cette sixième et dernière partie de dissemblance, j’ai fini de tricoter les brassières. Le point mousse s’y lit sur l’endroit et sur l’envers, comme une écriture… de la même manière…
J’avais fait une sélection de quelques pelotes dans mon modeste stock. Les plus tendres couleurs dans la plus belle laine, pour tricoter avec patience et en finesse, les brassières les plus parfaites.

Et puis… en toute liberté j’ai souligné quelques mots… six mots pour ma participation au défi le plus fou qui me fait avouer les choses les plus folles…. Et bien oui! J’en ai relevé six! et elle en demandait au moins cinq. Qui puis-je si je suis tout ça? C’est mon top 6, voilà… J’aime rire parfois et me moquer des fois de moi. Pardon aussi si j’aime jouer… des maux et des mots.

 

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13 réflexions sur “Je viens de terminer le sixième morceau

  1. Il m’a fallu du temps pour reconnaître la nouvelle de M. Lévy (lue en décembre) ! 😆 Il faut dire qu’elle ne m’a pas marquée comme certaines autres su livre… Sinon tes brassières sont adorables !

    • C’est vraie qu’elle dénote des autres. J’étais plus attentive à celles qui parlaient de repas et de famille, plus gaies et vivantes (c’est le cas de le dire).Merci

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