Je voudrais être quelqu’un

Je voudrais être quelqu’un. Pourquoi ? Parce que ça arrive à chacun de nous au moins une fois dans son existence. Tss Tss. Si si, je le sais et vous aussi!

Je voudrais être quelqu’un

Cette idée fixe s’est incrustée dans ma tête et mon cœur après avoir croisé mon voisin un certain matin. C’était un jour où le ciel était en aquarelle, aux couleurs claires et pâles si bien que le temps paraissait lavé et vide.

J’entends déjà des voix répondre que chacun d’entre nous est unique. Soit dit entre parenthèses, être un peu plus unique que les autres présente des avantages indiscutables.

J’ai donc eu affaire à l’étudiant occupant l’appartement au deuxième étage juste au-dessus de chez moi. Il aurait pu habiter juste en-dessous, ça n’aurait rien changé. Je ne sais pas pour qui il s’était pris, mais il s’est permis de me prendre pour quelqu’un d’autre. Sans rire! Autant vous dire que je l’ai mal pris. Pas lui, mais le fait qu’on me prenne pour un autre alors que j’ai mis tant d’années à savoir enfin qui je suis et à me sentir bien dans ma peau. J’étais dans un état de profonde sidération. Lui portait déjà son fardeau, alors je l’ai pris avec des pincettes car il souffrait de schizophrénie. Un comble, non ? Le type, qui en plus de se prendre lui-même pour d’autres, prenait les autres pour ce qu’ils n’étaient pas.

Un silence assez bref dans ma tête avait effacé la douleur et les regrets que j’aurais pu ressentir. Je ne me suis pas attardé mais ma décision coulait de source. En toute conscience, il fallait que je devienne quelqu’un coûte que coûte ! Une fois connu, ce genre de mésaventure ne devrait plus arriver.

Je me suis alors tourné vers mon voisin d’en face. Bien sûr, « me tourner » est une expression car je n’ai fait aucun tour et n’ai eu qu’à lever la tête. D’ailleurs, dans cette affaire, qu’il passe sa vie juste en face de chez moi n’a pas plus d’importance que pour l’autre.

Lui, ce n’est pas n’importe qui ! Pas bancal comme l’autre. Et là, j’ai osé prendre mon envol. Enfin il faut comprendre que j’ai tout fait pour me glisser dans sa peau. C’est une image, je n’ai rien déchiré. Côtoyer un illustre personnage allait m’empêcher de rester un illustre inconnu. C’était sans compter sur sa réaction. J’ai vu quelque chose scintiller dans son regard. Un sacré caractère celui-là. Une fois qu’il eut saisi que je voulais me mettre à sa place, il m’a vite remis à la mienne. Comme s’il ne me remettait pas ! Comme quoi, la place devait être enviable !

Je n’ai pas trop insisté cette fois-ci mais je suis revenu à la charge quelques jours après de manière plus subtile. Avec ténacité et sans prendre de chemin sinueux malgré tout, j’ai fini par me sentir un peu lui, tout en ne notant aucun changement quant à mon statut. Pas d’éclaboussure de célébrité ne parvint jusqu’à moi, je ne fus pas sur une scène et je n’entendis pas non plus la symphonie du bonheur comme semblent le faire les stars.

Je fus lui et moi à la fois. J’ai souhaité me démarquer, et c’est précisément en cherchant la singularité que je suis devenu pluriel. Je ne sais plus qui je suis ni où j’habite. Oui d’accord, il me suffirait de relire le début de ce texte pour me situer, mais quand même, avouez que c’est troublant. Dans quel état j’erre ? Y a-t-il même une possibilité de résilience pour moi ? De quoi en perdre son latin. Heureusement, je n’ai jamais suivi de cours de latin, ce qui me sauve sans doute !

Et puis, une idée m’a subitement traversé l’esprit. Et si je changeais de nom ? En me renommant, je deviendrais par la force des choses renommé.

C’est ma participation aux Plumes 40 chez Asphodèle d’après une lecture récente. J’aime tellement ce défi… mais il faudra attendre un mois pour les prochaines plumes. Les mots étaient « temps, lire, ténacité, sidération, tour (nom masculin), regrets, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, vie, conscience, cœur, douleur, scintiller, symphonie, scène, sinueux », le sujet était triste, et j’ai voulu le porter en dérision en toute liberté.

 

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte.
Est-ce un cauchemar ou un mauvais conte? Il manque aujourd’hui trois moineaux, un pinson et quatre colombes. Certains tombent,
d’autres ont volé si haut, la nuit, volé si haut, les étourdis, qu’à l’aube ils n’ont plus trouvé trace de notre terre dans l’espace.
Pourvu qu’une étoile filante les prenne sur sa queue brillante et les ramène !
C’est leurs crayons qu’on a trouvés, j’ai insisté pourtant, je n’ai pas su les faire marcher
et cet oiseau que j’ai brodé ira sûrement les rechercher. Il fait si doux quand les oiseaux chantent pour nous.

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

 

Pour 2015, Albine propose un nouveau défi dont le thème sera L’OISEAU… Vaste programme, ajoute-t-elle. Elle précise et étend le sujet à la nature… la mythologie… la peinture… la sculpture…  avec l’oiseau d’ici et d’ailleurs. Elle parle de variété… même si le choix est peut être difficile… Les techniques à utiliser pourront être la broderie… la peinture… l’application… le patchwork… l’impression du tissu… l’art textile, avec une multitude de possibilités et d’interprétations pour que les petits doigts fassent des merveilles. Elle prévoit que pour Janvier la date est fixée au 25. Les photos seront postées sur les blogs et pour celles qui n’en ont pas, elle se fera un plaisir de les recevoir.

Le matin compte ses oiseaux et ne retrouve pas son compte

 

Cette première participation m’est inspirée par l’oiseau dans les dessins de Geninne, là.

Je viens de terminer le sixième morceau

Je viens de terminer le sixième morceau. Je continue à écrire et manier les aiguilles. Je viens de copier le sixième et dernier morceau de dissemblance pour vous. J’ai manié les aiguilles pour tricoter ces brassières. Le point mousse s’y lit sur l’endroit et sur l’envers, comme une écriture… de la même manière… J’avais commencé ma copie pour vous ici, et puis encore et enfin .

Je viens de terminer le sixième morceau

… Sors si tu le souhaites, mais je doute que tu puisses aller dire quoi que ce soit, à qui que ce soit.
Et pourquoi ?
Parce que moi, j’ai peut-être oublié la couleur des yeux de mon père, mais je n’ai pas perdu la mémoire, comme toi. Enfin, pour être honnête, elle m’est revenue pendant que je rêvais à mon prix Nobel. Je connais la raison qui fait que nous sommes ici, Aaron.
Et cette raison nous interdit d’aller parler à nos frères ?
D’une certaine façon, oui.
Alors, je t’écoute, je t’en prie, toi qui sembles omniscient !
Parce que nous sommes morts, Aaron.
Morts ?
Nous nous sommes tués l’un l’autre. Je ne pourrais pas vraiment te dire à quand cela remonte, mais je me souviens très bien de la façon dont ça s’est déroulé. Je suis passé par un tunnel pour m’introduire chez vous, je suis entré dans un de vos supermarchés avec une de ces bombes qui ne coûtent pas cher à fabriquer attachée à ma ceinture. J’avais plus peur que je n’aie voulu te l’avouer tout à l’heure. Toi, tu gardais les lieux dans ton bel uniforme de soldat ; tu as vu cette peur qui ruisselait sur mon front, tu as compris, tu as saisi ton arme et tu as tiré dessus. Tu te souviens maintenant ?
Et moi, comment je suis mort ?
Tu as visé mon ventre, imbécile !
Aaron et Mehdi restèrent là, a se rappeler l’un l’autre, chacun muré dans son silence. Et soudain Aaron se mit à rire, quelques hoquets d’abord, suivis d’un rire franc qui résonna dans la pièce, et l’écho de ce rire-là gagna Mehdi.
S’ils avaient été encore en vie, l’air serait venu à leur manquer tant ils riaient en se tenant le ventre, et pour la première fois depuis leur enfance, sans y ressentir de douleur ou de peur.
Tu imagines, dit Aaron. Si nous avions pu leur dire ce que nous savons maintenant.
Tu imagines, répondit Mehdi, si nous l’avions découvert avant… Allez, viens, je vois la lumière diminuer, je pense que nous devons partir d’ici.
Les deux hommes se lèvent et ouvrent la porte. Ils s’engagent dans un long corridor et marchent côte à côte. Aaron prend la main de Mehdi et Mehdi referme ses doigts autour de la sienne.
J’ai un peu peur tu sais, dit-il.
Toi tu as peur ? Pourtant tu n’avais pas peur de mourir, tu l’as gueulé assez fort sur les collines quand on se faisait la guerre.
Bien sûr que si j’avais la trouille, mais je croyais à une vie après la vie, meilleure que celle que j’avais connue sur la terre. Maintenant, je sais que les hommes de Dieu nous ont menti, alors je crains l’éternité !
Qu’est-ce que tu sais de l’éternité ?
Rien, mais j’ai peur quand même.
N’aie plus peur, je crois que je viens d’apercevoir ta grand-mère, mon père ne doit pas être loin. Fais bonne route, Mehdi.
Toi-aussi, Aaron, fais bonne route.
Leurs mains se séparèrent.
Quelques pas plus tard, Aaron se jura de prononcer le prénom de Mehdi au moins une fois chaque jour, pour ne jamais l’oublier. Mieux encore, avant que ne règne la Laïla et Mehdi sourit à cette seule pensée. Sans avoir à échanger la moindre parole, il lui fit la même promesse.
Et puis tous deux ressentirent un manque au fond de leur poitrine, chacun s’avoua à lui-même qu’un prénom ne suffirait pas, qu’ils auraient aimé se connaître… avant. Peut-être qu’il était important de se le dire, avant de se séparer.
Chacun se retourne, mais l’autre a disparu.
Aaron hausse les épaules. Mehdi, de son côté, fait de même. Puis ce sont leurs regrets qui s’effacent, parce que chacun pense qu’avant, ils n’auraient jamais trouvé le courage de faire un tel aveu, leurs pères ne leur auraient jamais pardonné.
FIN
(C’est « Dissemblance » de Marc Lévy, une nouvelle parue dans ce livre ici copiée pour vous)

Je viens de terminer le sixième morceau. J’ai fini d’écrire et j’ai aussi manier les aiguilles. Après la copie de cette sixième et dernière partie de dissemblance, j’ai fini de tricoter les brassières. Le point mousse s’y lit sur l’endroit et sur l’envers, comme une écriture… de la même manière…
J’avais fait une sélection de quelques pelotes dans mon modeste stock. Les plus tendres couleurs dans la plus belle laine, pour tricoter avec patience et en finesse, les brassières les plus parfaites.

Et puis… en toute liberté j’ai souligné quelques mots… six mots pour ma participation au défi le plus fou qui me fait avouer les choses les plus folles…. Et bien oui! J’en ai relevé six! et elle en demandait au moins cinq. Qui puis-je si je suis tout ça? C’est mon top 6, voilà… J’aime rire parfois et me moquer des fois de moi. Pardon aussi si j’aime jouer… des maux et des mots.

 

Je continue à écrire et manier le crayon

Je continue à écrire et manier le crayon. Je continue à écrire la suite de dissemblance pour vous et manier le crayon pour finir mon livre textile. Et l’écriture est toujours aussi belle à l’endroit qu’à l’envers… J’ai commencé la copie de cette histoire ici, puis là et et encore

Je continue à écrire et manier le crayon

… Personne ne nous écoutera. Pire, on nous assassinera pour avoir tenu de tels propos. N’as-tu pas compris qu’à chaque fois que nous avons failli faire la paix, ils se sont arrangés pour faire couler le sang et rallumer l’incendie.
Qui ?
De chaque côté du mur règnent les marchands de haine. Ceux qui nous opposent ; ceux qui veulent plus de richesses, de terre, d’eau et de moissons, à leur bénéfice ; ceux qui vivent sans partage ; ceux qui vendent les armes avec lesquelles on s’entre-tue. Ceux qui réinventent la parole de Dieu pour exercer leur suprématie ; ceux encore qui entretiennent l’ignorance par tous les moyens pour asseoir leur pouvoir ; ceux qui envoient des enfants se faire tuer au nom de ce même Dieu, au nom d’un monde meilleur ou d’un paradis. Comme si le meilleur pouvait naître des terres et des rivières rougies du sang des hommes. Leur parole couvre celle des gens de bonne volonté. Ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. Crois-moi Mehdi, personne ne nous écoutera, et si la mort ne vient pas d’en face, on nous tuera dans notre propre camp.
Alors au lieu de pierres, de fusils et de bombes, c’est de courage qu’il faut s’armer. Maintenant que nous savons la vérité, si nous les laissions faire, si nous renoncions, c’est nous qui serions coupables au jour du jugement dernier. Et si nous nous unissons, nous serons plus forts que ces marchands de haine.
Ils ne nous laisseront pas faire justement pour cela.
Clamer ensemble que puisque Dieu a inventé la différence, en son nom nous devons la respecter, la cultiver, la protéger et l’aimer. Voici ce qu’il faut prêcher. Cette pensée pourrait bouleverser le monde !
Maintenant c’est toi qui exagères, Mehdi !
Dis-moi quel vaccin pourrait sauver autant de vie que notre découverte. Nous aurons peut-être un prix Nobel. Ne reste pas là à rien faire, lève-toi bon sang !
Aaron ne bouge pas, l’air grave, il regarde la porte.
Il doit bien y avoir un moyen de sortir d’ici, reprend-il.
Elle n’a jamais été fermée à clé, il te suffisait d’essayer de l’ouvrir, murmure Mehdi.
Et tu ne m’as rien dit, salopard !
Je t’avais promis une révélation et aussi de t’aider à réfléchir. Je crois avoir tenu parole. Et puis, si je te l’avais avoué tout à l’heure, tu serais parti aussitôt et nous n’aurions pas tenu cette conversation.
Nous n’aurions pas fait connaissance et nous n’aurions eu aucune chance d’avoir ce prix Nobel, n’est-ce pas ? ricane Aaron.
Remercie-moi au lieu de te moquer. La porte est ouverte, tu peux partir maintenant.
Aaron se lève et marche vers la porte, il hésite puis plonge son regard dans celui de Mehdi.
Viens avec moi, seul je n’y arriverai pas. Pendant que je parlerai aux miens, tu devras faire la même chose avec les tiens. Debout Mehdi, allons-y !
… (à suivre, demain)

Je continue à écrire et manier le crayon

Je continue à écrire et manier le crayon. Je continue à écrire et ce sera bientôt la fin de dissemblance pour vous en continuant à manier le crayon pour finir mon livre textile. Et l’écriture, quelle qu’elle soit, sera toujours aussi belle à l’envers qu’à l’endroit…

Jusqu’à la fin des temps ou l’infini

Jusqu’à la fin des temps ou l’infini. C’est ce que m’a inspiré ce chiffre 8 que j’ai cousu pour Pi Day et ce défi proposé par Sally Sellers dont je vous parlais ici. Je leur envoie mon carré aujourd’hui, pour que ce ruban soit assemblé à temps. Ce sera le 14 mars prochain pour ce siècle…
Et Aaron et Mehdi discutent toujours et pourraient argumenter jusqu’à l’infini… j’écris pour vous la suite de l’histoire commencée ici, puis là et

Jusqu'à la fin des temps ou l'infini

… Mehdi fouille la poche de sa veste à la recherche d’une cigarette, mais elle est vide.
A qui voudrais-tu qu’elle profite ? Nous sommes nés avec elle, nos parents et nos grands-parents aussi.
Non. Avant, nos ancêtres cohabitaient. Mais vous n’avez jamais voulu du partage.
Tu ne manques pas d’air ! Nous étions là avant vous et d’autres aussi. Vous avez érigé un mur, vous vous êtes comportés en colons.
Vous vouliez nous anéantir, nous n’avons cherché qu’à nous défendre.
En nous ôtant nos droits ? En nous humiliant ? Deux millions d’êtres humains dans un ghetto de quarante kilomètres de long et dix de large, que voulais-tu qu’il se passe d’autre que de vouloir en sortir, s’en sortir ?
Et pour cela, il fallait creuser des tunnels pour faire exploser vos bombes au milieu de nos femmes et enfants, tirer des roquettes sur nos villes ?
Et vous, bombarder nos quartiers, tuer des enfants par centaines ? hurle Mehdi. Vous n’avez rien appris de votre passé ? l’escalade , hein ?
Aaron se lève et se rend dans un coin de la pièce, le visage vers le mur. Mehdi choisit l’angle opposé et fait de même.
Combien de temps passent-ils ainsi dos à dos, aucun des deux ne le sait. Mais bien plus tard, apeurés par le silence écrasant, ils se retournent et leurs regards se croisent.
Ton père a les yeux bleus ; Mehdi.
Et comment le sais-tu ? tu ne l’as jamais connu, proteste Mehdi.
Parce que tu ne te regardes peut-être plus en face depuis longtemps, mais moi je te vois. Tu as les yeux bleus, et sans aucun doute le regrd de ton père, ça aussi c’est une histoire de gènes, répond Aaron.
Qui entretient cette haine ? reprend Mehdi.
Ceux qui ont pour ordre de nous attaquer, lâche Aaron en ricanant.
Et ceux qui ont pour ordre de vous défendre et de confisquer nos terres, ricane à son tour Mehdi.
Nous pouvons argumenter jusqu’à la fin des temps, aucun de nous n’aura raison. Ce sont nos Dieux qui s’affrontent.
Puis, Aaron baisse lentement la tête et murmure :
Je crois qu’on nous a menti, Mehdi.
Qui nous a menti ?
Les hommes de Dieu.
Tu dis vraiment n’importe quoi, les hommes de Dieu ne peuvent pas mentir, ils détiennent et portent la vérité.
Puisque tu en es si sûr, alors dis-moi qui a créé l’homme ?
Dieu, évidemment ! répond aussitôt Mehdi, tout en levant les yeux au ciel.
Dieu a créé tous les hommes ?
Tous les hommes, et les animaux, la mer, la terre, tout, absolument tout. Où veux-tu en venir ?
Si Dieu a tout créé, ce ne peut être que Lui qui a décidé que l’Humanité ne soit pas faite d’une seule couleur, Lui qui les a peintes, ces couleurs. Lui encore qui a voulu que nous ne parlions pas tous la même langue, que nous inventions des modes de vie différents, que nous ne priions pas de la même façon, que nous l’appelions par un nom différent…
Excuse-moi Aaron, mais je ne vois pas où tu veux en venir.
Réfléchis, tout ce que je viens de dire porte un nom, Mehdi.
Silence.
Tu prétends que Dieu aurait voulu et inventé la différence.
Si tu crois que Dieu a inventé le monde, alors ce ne peut être que Lui l’auteur de sa diversité. Et Dieu ne peut en aucun cas demander aux hommes de détruire en son nom, ce que lui-même a créé !
Tu m’accorderas qu’il s’est un peu compliqué la vie et que la nôtre avec. Si nous avions tous été identiques, tout aurait été plus facile.
Plus facile, mais d’un ennui… la vie n’aurait eu aucun intérêt.
Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?
Parce que tu vas me dire que depuis que nous sommes dans cette pièce aux murs uniformes et sans couleur, nous ne nous ennuyons pas ? Tu vas me faire croire que depuis que nous sommes ici, tu n’as pas rêvé de sortir et de retrouver ta vie d’avant ? Que soif ou faim, chaleur ou froid, tu ne donnerais pas tout pour retourner courir sur nos collines, revoir les rues de nos villages où se mélangent mille odeurs et parfums, mille couleurs, où même la lumière diffère au fil de la journée ?
Je ne te dis pas le contraire, mais je ne m’ennuie pas, en tout cas, pas depuis que nous discutons.
Et qu’est-ce qui te passionne au point de te faire oublier la monotonie de ce lieu, de quoi parlons-nous depuis tout à l’heure, Mehdi ?
De nos différences… souffle Mehdi.
Alors, Aaron et Mehdi s’observent longuement, non parce qu’ils n’ont rien d’autres à faire, mais parce que chacun réfléchit.
Tu crois que si on disait tout ça à nos proches, on réussirait à changer quelque chose ? demande Mehdi.
J’en doute.
Ça vaut peut-être la peine d’essayer, non ?
… (à suivre, demain)

Jusqu'à la fin des temps ou l'infini

Pensez-vous qu’ils vont y arriver? Je ne sais pas non plus si mon petit carré et son 8 arrivera et sera cousu sur ce ruban de Pi Day. En tout cas, j’aurai participé et ce ruban sera agrandit de 24cm! S’il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin, en tout cas à cette saison, il fait bien frais. J’attends parfois cinq ou dix minutes avant qu’il n’arrive et j’envoie mon 8 aujourd’hui pour les États Unis… Pensez-vous que mon petit carré y arrivera?…

Utiliser mon crayon

Ce dimanche, j’ai eu envie d’utiliser mon crayon… d’une façon toute particulière… Il fallait que je retourne sur l’endroit, un petit morceau de tissu cousu sur l’envers et que j’avais brodé pour finir mon livre textile. C’est une écriture bien originale qui apparait sur l’envers de ma toile. Incompréhensible et belle à la fois. Et si le monde était comme ça, aussi beau à l’envers qu’à l’endroit… J’écris la suite de ma lecture pour vous… la suite de la discussion entre Aaron et Mehdi de ML dont les premières parties sont ici et

Utiliser mon crayon

… Parce que tu as l’intention de rester peut-être ?
Je n’ai pas encore pris ma décision, mais ne change pas de sujet. C’est vraiment une sale manie que tu as.
Aaron se lève et se met à faire les cent pas le long des quatre murs qui les entourent, et plus il réfléchit à la question de Mehdi, plus il lui semble que ses pas s’allongent comme si la pièce s’agrandissait.
Et toi, tu me dis que tu connais la réponse ? dit-il en pointant un doigt vers Mehdi.
Moi je te dis que toi tu la connais, seulement elle est difficile à avouer.
Aaron dévisage Mehdi.
Et si je te la dis, cette raison, qu’est-ce qui me prouve que tu m’aideras vraiment à sortir d’ici ?
Ce n’est pas ce que je t’ai promis. Je me suis engagé à y réfléchir à tes côtés, et si la marché ne te semble pas équitable, je te promets autre chose : une révélation.
Quelle révélation ?
Mehdi croise les bras et attend qu’Aaron s’exécute.
Bon, tu veux la vérité, je vais te la dire. Mais je te préviens, Mehdi, si tu le répètes à qui que ce soit, je t’arracherai la langue.
Mehdi sourit, amusé par cette menace fragile, comme proférée par un enfant à la recherche d’une contenance.
La vérité, reprend Aaron, c’est que nous vous haïssons parce que nous avons peur de vous.
Pourquoi ? demande Mehdi.
Parce qu’à force de vivre côte à côte, nous nous mélangeons et vous déteignez sur nous. Nous devons protéger ce que nous sommes, et d’où nous venons, voilà la vérité.
Parce que tu sais d’où tu viens, toi ?
Bien sûr, nous sommes une des plus vieilles tribus du monde !
Nous aussi nous sommes une des plus vieilles tribus du monde, peut-être même aussi vieille que le monde. Et à quoi sert toute cette histoire ? à se faire la guerre pour défendre ses origines, quand on n’arrive même pas à se souvenir de la couleur des yeux de son propre père ! A mon tour de te faire un aveu ; chez nous, on vit avec la même trouille si bien, qu’un jour nous avons pris des pierres pour vous les jeter à la figure, pour vous faire disparaître et la peur avec. Vous nous avez tiré dessus, et on a tiré aussi. Mais nous avions moins de balles que vous. Les balles coûtent cher, on n’avait pas l’argent, alors on a fabriqué des bombes de fortunes. On nous les accrochait autour de nos ventres, ces bombes qui ne coûtent pas cher à fabriquer, là où cette peur tenaillait nos entrailles, et on vous les faisait péter à la figure. L’escalade quoi !
Aaron se laisse glisser le long du mur et redessine un rond dans la terre meuble.
Tu ne réponds rien ? demande Mehdi.
Il n’y a pas grand-chose à ajouter. L’escalade comme tu dis. Tu sais Mehdi, il y a une question que je n’ai jamais osé poser à quiconque.
Quelle question ?
De toute manière, à quoi bon ? Je ne vois pas comment toi, tu pourrais connaître la réponse, personne ne la connaît.
Pose-la toujours, on ne sait jamais.
A qui profite cette haine ?
… (à suivre, demain)

Utiliser mon crayon

S’il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin à cette saison, il fait en tout cas bien frais. Je l’attends bien parfois cinq ou dix minutes avant qu’il n’arrive et je rêve à la lecture qui attend dans mon sac et qui me surprendra… encore aujourd’hui…

De nouvelles petites cartes textiles

J’ai fabriqué de nouvelles petites cartes textiles. Les infos ne sont pas gaies. Je suis impuissante et me sens minuscule, comme les petits oiseaux venus picorer sur le rebord de la fenêtre. Ils m’ont inspirée ces ouvrages, et rendue moins triste le temps d’un instant. Plus tard, j’ai eu envie de faire apparaitre une larme tombant de leurs yeux, ou de broder un gros cœur rouge sur leur poitrine. Finalement je les ai assemblés d’un fil arc-en-ciel. J’ai simplement envie de tendresse… et j’écris pour vous la suite de ma lecture dont la 1ère partie est ici… la dissemblance entre Aaron et Mehdi de ML… Je voudrais tellement qu’on soit nombreux à la lire…

De nouvelles petites cartes textiles

… Aaron et Mehdi se regardent, ils se jaugent. Puis chacun replonge dans ses pensées.
Aaron ? murmure Mehdi. Pourquoi ne m’appelles-tu jamais par mon prénom ?
Je n’avais pas remarqué.
Chez nous, on raconte que vous ne voulez pas connaître nos prénoms.
Quelle idée étrange ! Et pourquoi ?
Chez nous, on dit qu’apprendre le prénom de quelqu’un, c’est déjà le connaître un peu. Et il est plus difficile de tirer sur quelqu’un que l’on connaît. Ce n’est pas bête comme raisonnement.
Peut-être, mais c’est chez vous qu’on raconte ça, pas chez nous.
En tout cas, moi je sais quel est ton prénom, toi tu n’as toujours pas prononcé le mien.
Tais-toi, tu me fatigues avec tes raisonnements idiots, aussi idiots que toi et tous les tiens.
J’aurais voulu que tu rencontres ma grand-mère.
Ta grand-mère, ton père, tu m’emmerdes avec ta famille, Mehdi.
Tiens, là tu as dit mon prénom. Tu vois, nous apprenons à nous connaître un peu. Ça me fait plaisir.
Ça me fait plaisir de te faire plaisir. Maintenant laisse-moi réfléchir en silence.
Tu ne veux pas savoir pourquoi j’aurais voulu que tu connaisses ma grand-mère ?
Non, je ne le souhaite pas, mais comme tu vas me le dire quand même, parle, après j’aurai peut-être un peu la paix.
C’est toi qui as entamé la conversation, si je ne m’abuse. Et d’abord, à quoi réfléchis-tu de si important ?
A la façon de sortir de cet endroit !
Pourquoi ? on n’est pas si mal ici, je veux bien profiter moi, de ce repos. J’étais fatigué ces derniers temps, tu sais.
Qu’est-ce que je disais, tu es un parfait imbécile, Mehdi, tu te contentes de ton sort.
Et voilà, c’est à cause de ce genre de phrase que j’aurais voulu que tu discutes avec ma grand-mère.
Je ne vois vraiment pas le rapport.
Tu dis que tu te bats pour ton bonheur, mais tu es incapable d’en apprécier un bon moment. Dehors, tu grelottais la nuit, tu suais le jour à en crever, ton estomac était vide, tu ne pouvais même plus déglutir tellement tu avais la gorge sèche. Ici, il ne fait ni froid ni chaud, nous n’avons ni soif ni faim, et tu voudrais sortir ! qui est l’idiot ?
Et qu’est-ce que vient faire ta grand-mère là-dedans ?
Elle t’aurait appris la sagesse !
Ah ! Ah ! Venant de toi, ça me fait bien rire, elle n’a pas dû trouver le temps de t’apprendre sa sagesse.
Laisse ma grand-mère en paix.
Mehdi se lève et vient s’asseoir à côté d’Aaron.
Aaron, tu le sais, toi, pourquoi nous nous haïssons ?
Ça aussi, tu l’as oublié ?
Aaron marque une pause.
Parce que tu es mon ennemi, Mehdi, c’est ainsi.
On ne se connaît pas, on ne s’est jamais rencontré et pourtant, on est ennemis. Ça donne à réfléchir, non ?
Je n’avais pas besoin de te connaître, c’est dans notre histoire. Nos pères se haïssaient déjà.
Drôle d’héritage… Mais tu n’as pas répondu à ma question, Aaron. Peut-être que tu ne connais pas la réponse et que tu as peur d’avouer ton ignorance.
Vas-y, je t’écoute, toi qui es si instruit.
C’était ma grand-mère qui savait tout !
Et revoilà son aïeule ! Mon Dieu, mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me retrouver ici avec lui ?
Ton Dieu ! Tu sais, ton Dieu et le mien, c’est le même, il change juste de nom quand il franchit la frontière.
De langue aussi, je te ferai remarquer, une sacrée différence pour un seul homme, non ?
Ce n’est pas un homme, c’est Dieu. Moi je vais te le dire, Aaron, pourquoi nous nous haïssons. Nous ne parlons pas la même langue, nous ne portons pas les mêmes habits, nous n’avons pas fréquenté les mêmes écoles, et nous ne disons pas les mêmes prières. Voilà une sacrée liste de différences, bien trop grande pour que nous les hommes, nous nous entendions.
Je me fiche de la langue que tu parles, de l’école où tu as étudié, de la façon dont tu pries, et encore plus des vêtements que tu portes.
Alors pourquoi nous haïssons-nous ?
Ça aussi tu l’as oublié, comme la couleur des yeux de ton père ?
Dis-le-moi si tu t’en souviens. Dis-le-moi, et je te jure sur mon Dieu que je commencerai à réfléchir avec toi à la façon de te faire sortir d’ici !

(à suivre, demain)

Il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin. A cette saison, il fait bien frais. Et ce matin, il neige en plus de ça. J’attends bien parfois cinq ou dix minutes avant qu’il n’arrive… mais j’ai les cartes dans mon sac, et je les posterai tout à l’heure en arrivant. Je les jetterai dans la grande boite jaune au coin du bâtiment…

Il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin

Et oui, il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin. Et à cette saison, il fait bien frais. J’attends bien parfois cinq ou dix minutes avant qu’il n’arrive. Il y a toujours quelque bouchon…la circulation en ville n’est pas toujours très fluide… Ah mais c’est lundi, et ces matins-là, les voyageurs sont plus nombreux. Enfin, le voilà., les portes s’ouvrent. Le chauffeur a mis la radio à tue-tête, si des fois les autres avaient envie de somnoler. Il ne paraît pas beaucoup plus réveillé qu’eux. Je le salue en posant ma carte sur sa petite boite, il me salue aussi et ses yeux s’illuminent. La journée commence bien. Assise enfin, je sors mon livre. J’ai toujours une petite lecture pour me faire rêver et ne pas dormir surtout. J’ouvre à la page… C’est un recueil de petites nouvelles au profit des resto du cœurs que j’ai eu en fin d’année. C’est celle de Marc Lévy que je commence ce jour-là… «Dissemblance».

Il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin

Au bout d’une page, je regarde par la vitre et je constate qu’on a bien pris l’itinéraire habituel. Puis je sors mon téléphone portable pour vérifier la date et l’heure… Je retourne le livre tant je suis surprise par cette histoire… Sous le coup de l’actualité j’ai eu l’impression de divaguer… Je l’ai lue jusqu’au bout avant d’arriver au travail…
Une semaine est passée. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous l’offrir. Dix pages pleines de messages…
Je vous en livre quelques lignes seulement aujourd’hui, et je continuerai comme ça tous les jours de la semaine.
Je voudrais qu’on soit très nombreux à la lire… Merci Marc.

 

Depuis combien de temps sommes-nous là ? demande Aaron en traçant un cercle sur la terre meuble.
Il se lève, avance vers la porte, hausse les épaules et retourne s’asseoir, dos au mur.
Fais comme tu voudras, poursuit Aaron. On est là, seuls comme deux idiots, mais peut-être que tu aimes ça la solitude.
Nous sommes entrés dans cette pièce ensemble, tu dois savoir aussi bien que moi depuis quand nous y croupissons. Alors, pourquoi me le demander ? répond Mehdi.
Je n’arrive plus à me souvenir. Les deux hommes se toisent. Aaron efface le cercle dessiné sur le sol et lève les yeux au ciel.
Quand j’étais enfant, dit-il, ma mère m’apprenait à compter les nuits d’absence de mon père. Elle les appelait les Laïlas. Les Laïlas étaient devenues pour moi la mesure du calendrier. Je croyais qu’il se décomposait en nuits et non en jours. C’est stupide, non ?
Pour avoir besoin de parler autant tu dois vraiment avoir peur ?
Pas toi ?
Je ne sais pas, Aaron.
Tu ne sais pas depuis combien de temps nous sommes là, tu ne sais pas si tu as peur. Tu sais quelque chose au moins ?
Je sais qu’on est là depuis bien longtemps, mais je ne peux plus compter les Laïlas, Aaron.
Après tout, cela n’a pas d’importance, nous ne sommes plus des enfants.
Aaron hésite avant de poser une nouvelle question.
Combien d’années a duré ton enfance ? finit-il par demander.
Autant que la tienne, je suppose. Mais je me fiche du passé ; j’aimerais mieux savoir jusqu’à quand je vais devoir te supporter dans cet espace exigu.
Tu serais mieux tout seul ?
Pas si tu te taisais, tu m’empêches de réfléchir.
Et on peut savoir à quoi tu réfléchis ?
A mon père. Moi aussi j’ai une absence ; impossible de me souvenir de son visage. Tout à l’heure encore, ses traits étaient présents, mais depuis que tu m’as raconté ta satanée histoire avec ta mère, je pense à lui et je n’arrive plus à me représenter ses yeux. Étaient-ils bleus ou marron ? Merde alors, on ne peut quand même pas oublier la couleur des yeux de son père !
Qu’est-ce qu’il faisait dans la vie ?
Il était dans une milice.
Et c’est un métier ?
Le seul que les hommes de mon village pouvaient trouver pour nous permettre de manger. Avant, il était journaliste, mais il y a eu l’embargo sur le papier et son journal a dû fermer.
C’est pour ça que tu ne peux pas te souvenir de la couleur de ses yeux… à cause de la visière de sa casquette de milicien !
Je te préviens, si tu te fous de la gueule de mon père, je te casse la tienne.
Je ne peux pas me foutre de sa gueule, alors que tu ne te rappelles même plus à quoi elle ressemble… Je n’ai aucune imagination.
Et toi, que faisait ton père ?
Il était dans l’armée. Les tiens l’ont tué.
… (à suivre, demain)

Il ne fait pas encore jour quand je pars prendre le bus le matin. Et à cette saison, il fait bien frais. J’attends bien parfois cinq ou dix minutes avant qu’il n’arrive…

Les souris et les chats ont de drôles de couleurs

Je dois vous les montrer. Il faut les ressortir. Les souris et les chats ont de drôles de couleurs, je sais, les papillons aussi, et les poissons, ma foi, n’ont rien à leur envier.

Les souris et les chats ont de drôles de couleurs
Bien sûr comme toujours, elle n’y voit rien ou pas grand-chose et elle s’écrie qu’elle ne voit pas tout ça. Elle ne voit pas les chats.
Des chats verts, mais pourquoi? Quelle idée vous a prise de les faire comme ça?
Je ne sais pas, je ne sais pas. J’ai pioché là dedans et ça s’est fait comme ça.
Mais que me dites-vous là? y’a plein d’autres couleurs et ça serait plus heureux d’avoir fait des chats bleus!
Je ne répondis rien, mon ouvrage était bien.
Je le continuerai, bon gré mal gré. Et elle a enchainé sur une histoire de génie.
Elle n’avait pas de lampe, que nenni, mais elle avait envie.
Envie de quoi? Elle ne le savait pas.
Elle semblait perdue, ne se rappelait plus.
Elle avait entendu, c’est sûr, mais n’avait rien vu. Et j’ai compris qu’elle hésitait. Elle avait fait trois vœux et regrettait un peu.
En riant et n’y croyant pas trop, elle avait souhaité et vite énuméré amour, gloire et beauté. Quelle idée?
Et puis elle me parlait, toujours pas calmée de fraternité et puis d’égalité, et très agitée elle avait ajouté le mot liberté.
Je n’osais la regarder. Je n’avais rien prononcer.
Trois vœux, à son avis, ce n’était pas assez!
J’ai levé la tête, nos yeux se sont croisés.
Elle a respiré fort et m’a bien regardé.
Les souris et les chats ont de drôles de couleurs. Pleins d’humour et d’humeur?
Je continuerai, lui dis-je, et je le lui promis de poster des articles et parler d’Atelier, du bonheur partagé et des fous-rires aussi, de cette tendresse infinie qui nous unit et ne pourra cesser.
Je me suis approchée, le ciel s’est éclairci. Les souris et les chats ont de drôles de couleurs, je sais, les papillons aussi, et les poissons, ma foi c’est vrai, n’ont rien à leur envier. Tant pis.

Les souris et les chats ont de drôles de couleurs

Et puis voilà, le soleil était là, alors avec tout ça, pas de photo de chat. Ce sont les 3 vœux (ou plus) pour ma  quatrième participation au défi des 53 billets pour 2015

Voyager avec toi et admirer tes ouvrages

Voyager avec toi et admirer tes ouvrages
Entre bonnes pâtisseries et broderies colorées
Rêvant de toiles ivoire, bleu azur ou rose thé
Où viennent s’inventer bien d’autres assemblages.
Nous n’étions qu’atomes aux rencontres impromptues
Ivres de fils, de laines, enivrées de cotons,
Qu’un retour en cuisine transformait en goulues
Un seul regard dans le four perdait notre raison
Et meringues avalées, cafés thés étaient bus…

Voyager avec toi et admirer tes ouvrages

C’est en pensant à toi que je poste cet article aujourd’hui. C’est en pensant à toi que j’ai eu envie d’essayer ce tricotage, depuis le temps que j’admire ces ouvrages de swing knitting, as-tu déjà essayé? Je rassemblai rapidement mes petits restes de laine, les enroulai en pelotons et choisis des couleurs douces, tendres et claires. J’eus vite fait de monter quelques mailles de manière à faire un petit corps de pull ou de brassière. Il fallait alterner les couleurs et les mailles, et s’arrêter à temps sans trop loin s’en aller.

Voyager avec toi et admirer tes ouvrages

Je me suis amusée, voyez!. C’est comme ça ici, en toute liberté et c’est le thème demandé pour le troisième billet du défi organisé par Agoyae Pointcom ici.

 

Un ruban pour Pi Day

Un ruban pour Pi Day le 14 mars prochain. C’est un article de la Ruche des quilteuses qui a attiré mon attention là. Et c’est Fabienne qui en parle aussi ici.

Pour la première fois, en raison du 3-14-15 qui ne se produit par définition qu’une fois par siècle, le monde du patchwork s’invite au ruban pour Pi Day. Sally Sellers, quilteuse de Vancouver de l’Etat de Washington aux USA, invite tout le monde à participer à un immense ruban de chiffres mis dans l’ordre des décimales du nombre Pi, lequel sera exposé le 14 mars prochain.

Les organisateurs feront avec «ce qu’ils recevront», mais ils aimeraient coudre un ruban gigantesque à partir de blocs reçus du monde entier. Les premiers reçus sont ici. Pas de crainte, ce nombre est infini et on a un bon réservoir de décimales connues !

Un ruban pour Pi Day

Pour participer :
Couper un carré de tissu de 24 x 24 cm (9 inch et demi) et faire figurer dessus un chiffre (de zéro à neuf) en appliqué, en peinture (résistant à l’eau), au feutre, en ruban……… Tout tissu de récupération est accepté !

Laisser les bords à cru, les carrés seront cousus entre eux par les petites mains à Vancouver. Ne pas molletonner non plus. Vous pouvez inscrire votre nom et votre pays sur le carré si vous le souhaitez.

Votre bloc est à envoyer à :
The Pi Project
PO Box 2127
Vancouver WA 98668
USA

J’ai choisi mes tissus. Le premier chiffre que je choisirai de faire pour un ruban pour Pi Day, ce sera le 8 parce qu’il représente l’infini. Un ruban jusqu’à l’infini, un ruban pour Pi Day avec une infinité de couleurs, ce sera la rencontre d’une infinité d’ouvrages, le travail d’une infinité de petites mains, d’une multitude de petits points… juste pour les voir assemblés les uns aux autres et ressentir un bonheur infini.

Je me souviens aussi de cette phrase que j’avais apprise pour mémoriser l’ordre des premiers chiffres de ce nombre utile dans certains calculs à l’époque…
« Que j’aime à faire connaître un nombre utile aux sages immortel Archimède toi de qui Syracuse garde encore la mémoire… »

Et puis ce billet sera aussi le deuxième du défi de 53 billets pour 2015 organisé par Agoyae Pointcom ici. Elle nous demande de parler de la résolution que l’on promet de tenir. Ce défi en est une, le sien aussi, en toute liberté.
Je vous montrerai bientôt ce carré terminé avant de l’envoyer.

Écrire 53 billets en 2015 en toute liberté

Écrire 53 billets en 2015 en toute liberté, c’est une idée de Agoyae qui en parle . Tous les mois, elle nous donnera les thèmes pour les semaines à venir. Nous les commenterons comme nous le souhaitons (texte, image, vidéo, chanson, lien…) sur un billet à partager sous le post de la semaine dans le groupe Facebook., là. La régularité est optionnelle, les seules composantes obligatoires sont le plaisir et la convivialité. Et j’apprécie cette liberté. Chaque semaine, le dimanche, elle répertoriera toutes les participations à la suite de son billet. Là-aussi, je découvrirai avec beaucoup d’attention et de bonheur d’autres blogs et leur auteur. Elle écrit qu’elle a élaboré ce défi autant pour nous que pour elle, afin que 2015 soit empli de sourires et de douceur, et j’adhère à cette idée.

Écrire 53 billets en 2015 en toute liberté

Semaine 1 : Pourquoi je participe à ce projet ? Et bien parce que j’aime les défis.  Ensuite parce que je pense qu’un billet par semaine, illustré à ma manière, ce ne doit pas être la mer à boire. Enfin parce que ça me plait de répondre à des questions, les plus saugrenues qu’elles soient. Celle de cette semaine est bien raisonnable. J’aime cette idée d’écrire 53 billets en 2015 en toute liberté pour parler d’abord de liberté, pour lire les autres billets avec plaisir et pour savourer la douceur qu’il m’apporteront. Alors à bientôt pour la semaine 2.

C’est ma première participation à ce défi des 53 billets pour 2015.
Et c’est Albine qui m’a offert ce papillon, il illustre bien ce besoin de liberté dont nous avons tous besoin.

 

 

Dans un vent de liberté

Ils sont partis dans un vent de liberté… Ils utilisaient un langage universel dans un vent de liberté pour parler de choses graves… Même les enfants utilisent ce langage universel pour s’exprimer. Dans un vent de liberté, ils font ressentir leurs joies et leur bonheur de vivre. Dans un même vent de liberté, le langage des crayons est compris de tous. Les dessins sont porteurs de messages… d’amour ou d’horreur, et pas toujours de liberté… Dans un vent de liberté, je continuerai cette année à assembler des ouvrages en m’inspirant de dessins d’illustrateurs. C’est dans un vent de liberté que j’écrirai mes billets avec beaucoup d’humeur et d’amour sur ce blog, pour recevoir vos sourires avec douceur dans vos commentaires.

Dans un vent de liberté

J’ai choisi ce joli papillon que m’a offert Albine et qui semble voler dans un vent de liberté. D’ailleurs, je vais participer au défi qu’elle propose sur le thème des oiseaux, là. La représentation des choses et des pensées sous forme de croquis et dessins n’est pas prête de disparaitre, au contraire, ils vont se multiplier. Ami si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place…

 

J’ai fini un petit tricot

J’ai fini un petit tricot et je regarde dans mes restes de laine, histoire de faire quelque chose qui ne me prendrait pas trop de temps, tu vois. J’ai envie d’ouvrage, mais il me faut une idée simple et rapide à faire. En attendant que mes hésitations fassent un bout de chemin, je me suis servie un thé et croque dans une pâtisserie que je viens de sortir du four. Je suis installée dans mon fauteuil, et jette un coup d’œil par la fenêtre. Il fait beau dehors, mais frais presque froid. Je suis bien vite absorbée dans l’histoire…

J'ai fini un petit tricot

…La conversation ne fut pas longue et quand il raccrocha, il se sentit coupable d’avoir failli s’emporter. Elle n’était tout de même pas responsable de ces absences. Parfois son état s’améliorait, parfois il empirait. En ce moment c’était pire, si bien qu’elle posait mille fois les mêmes questions. Ses trous de mémoire étaient exaspérants, mais il devait être patient.

Il reprit son pinceau et se mit à épousseter. En voyant le nuage s’élever de ce pan de ruine, il pensa que ses poumons étaient déjà bien encrassés par cette maudite poussière qui s’infiltrait partout. La prochaine fois, il apporterait u masque. Mais le mieux était peut-être d’échapper à cette corvée et de se consacrer aux reliefs qui ornaient la colonne. Il leva les yeux vers le monument. Il avait toujours rêvé d’examiner les scènes de cette conquête gravées sur la colonne, et qu’il ne connaissait que par les livres. Il était sur place et il allait en profiter pour les étudier de près.

Il sentit une agitation derrière lui, et tourna la tête. Le responsable des travaux de restauration s’adressait à un homme en cravate, lui ordonnant d’une voix stridente, accompagnée de grands gestes, de ne pas bouger…

Je ferme mon livre, l’heure du repas est arrivée. J’ai presque fini mon livre et je n’ai pas trop pensé à mon ouvrage à venir… J’ai fini un petit tricot et je pensais regarder dans mes restes de laine, histoire de faire quelque chose qui ne me prendrait pas trop de temps, tu vois. Je m’étais installée dans mon fauteuil un livre à la main… Quand je jette un coup d’œil par la fenêtre, il fait nuit dehors et le vent souffle fort, il doit faire bien froid…

Rêver de chausson aux pommes

N’avez-vous jamais rêver de chausson aux pommes? ça, j’en ai mangés… je ne sais plus combien… c’est une viennoiserie que j’apprécie… Et là, j’ai osé tricoter des chaussons aux pommes.

Rêver de chausson aux pommes

J’ai trié et fouillé, je devais trouver une belle couleur de laine pour la pomme, du jaune, orange ou du rouge (là, je n’ai pas su choisir) et du marron brun pour l’arbre qui la porte et du vert pour la feuille (je n’ai pris que des verts pour la tige et la feuille) puis  je me suis reportée simplement aux explications des chaussons hollandais, ou chaussons citrouilles et ce sera le modèle chausson aux pommes d’aujourd’hui.

Rêver de chausson aux pommes

J’ai aimé rêver de chausson aux pommes, d’ailleurs j’en rêve encore. Plutôt colorés ceux-ci, ils sont à croquer. Je les ai placés dans le panier pour bébé pour les admirer encore un peu.

 

 

Place à 2015

Bonne et heureuse Année à tous. Place à 2015 nouveaux ouvrages en patchwork ou tricot. Place à 2015 nouveaux contes ou histoires à lire et faire rêver. Place à 2015 visiteurs aux commentaires plus encourageants les uns que les autres.

Place à 2015
Parce que les jours se suivent et ne se ressemblent pas et que les semaines défilent à 2015 mots par semaine au moins, alors voici une fantaisie… grinçante comme je les aime. Ce n’était pas cette année mais c’était un …

Lundi matin, Lempereur, sa femme et le petit Prince sont venus chez moi pour me serrer la pince. Comme j’étais parti, petit Prince a dit :
— Puisque c’est ainsi, nous reviendrons mardi.
— Bon. Comme vous voudrez… a répondu ma mère.
Ils étaient déjà passés la veille mais on n’avait pas ouvert. « Bonne Année! » qu’ils avaient claironné derrière la porte.
— Z’ont des chocolats, a commenté ma mère qui lorgnait derrière le carreau.
— Ouvre pas. C’est dimanche, bon dieu!
Donc, on avait fait mine de pas être là ou d’être devenus sourds ou de dormir encore un peu.
Chez nous, le dimanche, c’est famille-famille. Papa boit. Ma mère trinque. Et on me sort de mon placard pour être de la fête.
Mardi matin, Lempereur (qui était reparti au travail) a envoyé sa femme et son fils Prince qui voulait jouer avec moi vu que c’est les vacances.
— L’est au square, a dit ma mère.
— Ah bon. Viens, Prince : on va essayer de le chercher là-bas.
— Bon. Si vous voulez… Si vous le trouvez… a répondu ma mère.
Moi, dans mon placard, j’ai pouffé. Peuvent toujours chercher! hi hi!
Ma mère avait oublié mon petit déjeuner ce matin comme souvent et j’ai grignoté des bouts de l’escalope qu’elle m’avait scotché sur l’œil hier soir pour soigner le beurre noir. Cela me vaudra sûrement une autre correction. Mais bon. On est comme on est et moi pas discipliné pour un sou, on me l’a assez dit et répété, pourtant. Tant pis. Pour une fois que j’ai de la viande, j’en profite.
Mercredi matin (pourquoi toujours le matin ? Sont réglés comme des horloges, ces voisins !). Mercredi matin donc. Idem. Madame Lempereur :
— Mon mari vous salue bien ! Comment va le p’tit ?
Ma mère :
— L’est chez sa tante.
— Il n’est pas souvent là, dites donc, votre petit !
— …
— Bon. Puisque c’est ainsi, nous reviendrons jeudi. Allez, viens, mon p’tit Prince, on s’en va.
Et donc, jeudi, comme vous pouvez l’imaginer : rebelote. Mais, cette fois, juste la femme Lempereur, sans son fils, Prince.
— Euh… dites donc, Voisine. Hum, Hum… Comment cela se fait-il qu’on ne voie plus jamais votre petit gars ? Hein ?
— L’est en vacances, a grogné ma mère.
Moi, pour rigoler, j’ai fait tomber la torche de l’étagère dans mon placard.
— Mais qu’est-ce qu’on a entendu ? a crié Madame Lempereur.
— Oh, c’est rien, a répondu ma mère. Sûrement une souris. Saleté de bestiole ! Va passer un sale quart d’heure, celle-là!
Vendredi matin, Lempereur, sa femme, pas le petit Prince mais l’assistante sociale sont venus chez moi.
Tout ce monde-là voulait me serrer la pince, à ce que j’ai cru comprendre mais j’entendais mal avec le pansement sur mon oreille. Comme j’étais parti (chez tante Josie, hi hi ! Elle aime bien faire des blagues, ma mère), l’assistante sociale a dit :
— Va falloir que je vérifie.
— Comme vous voulez, a marmonné ma mère.
— Mais, soyez-en sûre, chère Madame, je reviendrai samedi.
Samedi matin… Mes amis,  quel tintouin!
On s’est tous levés tôt, car ça cognait fort à la porte: les Lempereur, l’assistante sociale et les gendarmes étaient là et venaient pour me voir, moi!
Ils ont frappé sur les cloisons et trouvé la porte du placard. Quand ils ont toqué à la porte, j’ai crié « Entrez! », tout content d’avoir de la visite.
Mais cette fois, c’était le petit Prince qu’était pas là. S’il vient me voir demain, là c’est sûr : je ne serai vraiment plus là.

Fantaisie d’après Tegon.