Peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte

Il pleut encore aujourd’hui, et si ça continue peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte. J’enlève mes lunettes pour les essuyer et comme je n’y vois rien, mes idées s’accélèrent et s’embrouillent. Et je pense qu’il y a bien longtemps, deux frères vivaient en Chine au bord de la mer à l’autre bout du monde…

L’aîné était le plus fort et ignorait le plus jeune. À la mort du père, les choses ne se sont pas arranger. L’aîné prit tout l’héritage du père : la belle maison, le buffle et tout le bien. Le cadet n’eut rien du tout et s’installa avec la misère et sa femme dans sa nouvelle maison.
Un jour, il ne lui resta plus un seul grain de riz. Il crut se rendre chez son frère pour ne pas mourir de faim. Arrivé sur place, il le salua et lui dit : « Frère aîné, prête-moi un peu de riz. Je n’ai plus rien à manger.» Mais son frère refusa tout net de l’aider et le cadet repartit sans rien dans sa besace.

Peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte

Ne sachant que faire, Le cadet s’en alla pêcher au bord de la mer jaune qui était bleue ce jour-là. Il y avait tant de poissons parfois, que ça lui donnait des reflets dorés. La chance n’était pas de son côté, car il n’attrapa pas le plus petit poisson. Il rentrait chez lui les mains vides, la tête basse, le cœur lourd quand il vit une meule au milieu de la route. « Ça pourra toujours servir ! » pensa-t-il en ramassant cette grosse pierre à moudre, et il la porta jusqu’à la maison.

Dès qu’elle l’aperçut, sa femme lui demanda : « As-tu fait bonne pêche ? Rapportes-tu à manger ?
Non, femme ! Il n’y a pas de poisson. Je t’ai apporté une meule.
Le cadet, tu sais bien que nous n’avons rien à moudre : il ne reste pas un seul grain à la maison. »

Peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte

Le cadet, honteux, posa la meule par terre et, de dépit, lui donna un coup de pied. La meule se mit à tourner, à tourner et à moudre. Et il en sortait du sel, des quantités de sel. Elle tournait de plus en plus vite et il en sortait de plus en plus de sel.
Le cadet et sa femme étaient tout contents de cette aubaine tandis que la meule tournait, tournait et le tas de sel grandissait, grandissait. Le cadet commençait à avoir peur et se demandait comment il pourrait bien arrêter la meule. Il pensait, réfléchissait, tournait autour et repensait, il ne trouvait aucun moyen pour l’arrêter de tourner. Soudain, il eut l’idée de la retourner, et elle s’arrêta.
À partir de ce jour, chaque fois qu’il manquait quelque chose dans la maison, Le cadet poussait la meule du pied et obtenait du sel qu’il échangeait avec ses voisins contre ce qui lui était nécessaire. Ils vécurent ainsi à l’abri du besoin et le cœur léger, lui et sa femme.

Peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte

Mais le frère aîné apprit comment son cadet avait trouvé le bonheur ce qui le rendit fou d’envie. Il vint voir son frère et ordonna : « Le cadet, prête-moi donc ta meule. » Le cadet aurait préféré garder sa découverte pour lui, mais il avait un profond respect pour son frère aîné et il n’osa pas refuser.
L’aîné était tellement pressé d’emporter la meule que son frère cadet n’eut pas le temps de lui expliquer comment il fallait faire pour l’arrêter. Lorsqu’il voulut lui parler, ce dernier était déjà loin, emportant l’objet de sa convoitise.
Très heureux, le frère aîné rapporta la meule chez lui et la poussa du pied. La meule se mit à tourner et à moudre du sel. Elle moulut sans relâche, de plus en plus vite. Le tas de sel grandissait, grandissait sans cesse. Il atteignit bien vite le toit de la maison. Les murs craquèrent. La maison allait s’écrouler.
L’aîné prit peur. Il ne savait pas comment arrêter la meule. Il eut alors l’idée de la faire rouler hors de la maison, qui était sur une colline. La meule dévala la pente, roula jusque dans la mer et disparut dans les flots.

Peut-être qu’un jour la mer sera à notre porte

Depuis ce temps-là, la meule continue à tourner au fond de la mer et à moudre du sel, car personne n’est allé la retourner.
Et c’est pour cette raison que l’eau de la mer est salée.

Ma MAC aussi a tourné comme vous le voyez.

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