La ballade du vent léger

L’atmosphère avait été chaude la veille et toute la nuit. La ballade du vent léger de la belle journée d’hier s’était transformée en souffle plus puissant. Les rideaux que j’avais laissés voleter devant la fenêtre entrouverte se gonflaient violemment. Je décidai de me lever et tout fermer pour éviter la brèche ou me blesser. La couleur de l’aube était argentée. L’horizon offrait tous les signes d’une grosse tempête et la mer se confondait avec le ciel. La chanson des cordages dans le port s’entrechoquant habituellement au rythme d’une balançoire n’était plus qu’un cri grinçant et dissonant. J’avais le temps de prendre un bon petit déjeuner. J’allumai la radio, on diffusait un air de diva, puis la météo annonça que nous étions en zone d’alerte. La vie n’allait pas être rose aujourd’hui encore pour les pêcheurs et ceux du bord du fleuve. Soudain, plus rien à la radio, coupure de courant sans doute, je n’allai pas vérifier, il était à peu près six heures du matin maintenant. Au même moment, j’entendis du côté de l’océan des bruits épouvantables, comme si des torrents d’eau, mêlés au bruit du tonnerre, arrivaient des montagnes. A cet instant, le vent furibond souleva en tourbillon la brume qui couvrait le port. Chaque lame se brisait sur la côte et jetait des galets sur les chemins par dessus la digue; puis en se retirant, elle découvrait une grande partie du rivage, et roulait les cailloux avec un bruit rauque et affreux. La mer creusée de vagues noires et profondes n’était plus qu’une vaste nappe d’écume blanche. Ces bulles ivoires s’amassaient au fond de la baie en pollution collante, et le vent grossissant en balayait la surface et les envoyait par dessus les toits. Je savourais mon thé chaud… il n’y avait pas assez de lumière pour lire… j’eus un coup d’œil vers mes fleurs que je n’apercevais plus dans le jardin inondé… je voyais de grosses gouttes d’eau couler sur les vitres et sentis des larmes sur mes joues. Mes doigts s’étaient crispés autour de la tasse.

ballade vent léger

Pour les Plumes 24, les mots chez Asphodèle m’ont fait penser à la mer en colère.