En ville pour les Plumes 25

En ville pour les Plumes 25

Son patron lui a laissé un véhicule ne portant aucune identité de l’entreprise. Il se sent en sécurité et peut se déplacer dans toutes les rues dans le plus pur anonymat. Toujours discret, respectueux scrupuleux du code de la route, il garde une allure constante. Il se fond dans la circulation. Il a quitté le boulevard et longe les immeubles. Ne pas se faire remarquer.

En ville pour les Plumes 25

En ville pour les Plumes 25

Il est en direction de l’hôpital et passe devant le théâtre en face du parc. Il se rend à son rendez-vous et s’arrête pour sa première visite. Il trouve porte close. Il arpente sur le trottoir et allume une cigarette. Il patiente quelques minutes, écrase sa clope sur le pavé puis remonte dans son véhicule. Il attend un peu avant de se remettre dans le flot de la circulation. Les pneus des bus passant à ses cotés crissent sur l’asphalte.

En ville pour les Plumes 25

En ville pour les Plumes 25

Destination nulle part. Il ne sait pas vraiment quoi faire en attendant son prochain rendez-vous. Il démarre et roule lentement, sans flâner malgré tout. Il passe par la rue d’en bas pour éviter la cohue devant la gare et les embouteillages urbains. Il sent son cœur battre trop vite, il n’est plus en fuite pourtant. Il doit rester vigilant et ne pas accélérer. Ses yeux balaient les trottoirs de droite à gauche comme une abeille hésitante entre l’une ou l’autre fleur, évaluant l’animation des places et des intersections. Il commence à se rendre compte qu’il est en chasse. Son attention ne doit pas chuter. Prédateur dans sa voiture anonyme, il se sent puissant, invincible et invisible.

En ville pour les Plumes 25

En ville pour les Plumes 25

Une tranche de vie inspirée de mes lectures du moment pour ma participation à Plumes 25 chez Asphodèle…et ça me permet de revisiter le Grand Chantier auquel j’avais participé.

La légende de Barberousse

Avez-vous entendu parler de la légende de Barberousse en écoutant la troisième symphonie de Mahler?

légende Barberousse

Élu roi des Lombards depuis 1152, Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse, est couronné roi d’Italie et empereur germanique en 1155. Il pouvait prétendre à la succession de Charlemagne. Il voulait d’ailleurs faire renaître, en Occident, la paix et la justice que la légende attribuait à l’empereur Charles.

Le premier mouvement de cette symphonie est monumental. Un des plus longs écrits de la main du compositeur nous emporte immédiatement dans un univers tellurique en rupture complète avec le quotidien de la vie.

Ce fut un conquérant avant tout et c’est contre la papauté que se déroulera son plus long combat. Ce n’est pas prétentieux que de dire qu’il était à la fois puissance et élégance. D’une prestance inégalable et jamais avare de ses forces, il incarnait l’idéal chevaleresque. Ses proportions étaient dignes d’une cathédrale, aussi massives que celle de la ville, dont les forts piliers, l’impressionnante hauteur de voûtes et ses grosses gargouilles justifiaient son importance.
 

Une partition aérée et très structurée, au thème descriptif et philosophique à la fois, qui laisse place à une grande possibilité d’interprétation pour celui qui écoute.

Les cités lombardes, vassales de l’Empire, étaient en constante révolte et le pape Alexandre III les soutenaient face au très redoutable Barberousse. Le conflit qui opposait les hommes de l’Empereur et ceux de la dynastie précédente allait s’étendre de l’Empire à l’Italie et durerait dix-sept ans. Bien que vaincu en Italie, Barberousse continuera ses nombreux combats, créant ainsi sa réputation de souverain qui n’accepte ni le déshonneur ni la défaite.
 

Dans ce mouvement intitulé « L’été fait son entrée », il est question de ce que racontent les rochers de la montagne. Huit cors introduisent le mouvement, appuyé ensuite par des percussions en une série de sons vertigineux, pour s’atténuer dans les sonorités plus profondes des cors et du tuba. Avec la volonté de créer un univers minéral et grave, la matière sonore se construit petit à petit, avec les notes granitiques des cuivres, stridentes de la trompette, aériennes des bois, cinglantes des percussions, comme la pluie intense de la mousson frapperaient des toits de tôles sans gouttière.

Le 2 octobre 1187, Saladin s’empara de Jérusalem et Frédéric y vit une chance de démontrer qu’il était le vrai défenseur de la Chrétienté et fut le premier à répondre à l’appel du pape.
 

C’est un univers de sauvagerie primaire ou un climat des premiers jours qu’évoque cette introduction spectaculaire. Le trombone introduit le thème principal puis s’envole comme poussé par les alizés pour s’estomper progressivement dans un silence pesant.

Il leva alors une armée de cent mille hommes et, accompagné de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste, prit la route de la Terre Sainte. Pour encourager les soldats fatigués, il leur avait promis le paradis.
 

Une seconde période très douce apparaît alors avec les sonorités rieuses du violon évoquant la vie, et le calme d’un jour de printemps. Mais la journée est courte et cette mélodie retourne très vite au silence et de nouveau les sons construisent le monde rocheux, accompagné d’un profond solo de trombone, sans nervosité et solennel. Le thème principal prend en puissance et éclate dans une hauteur vertigineuse. Le silence retombe.

C’est Barberousse qui, fasciné depuis toujours par la civilisation islamique, entreprendra toutes les négociations avec Saladin, mais il ne parvint pas à reprendre Jérusalem. La durée des combats fut courte, et la barbarie atteignit des degrés inégalés dans le raffinement et la cruauté. 

La luminosité du mouvement s’installe avec un jeu musical de défilés et des airs de fanfares. L’été a fait son entrée, avant de retomber avec fracas dans la sonorité dure et solide de la Terre.

La croisade fut écourtée pour l’Empereur, âgé de soixante-huit ans. La traversée du plateau d’Asie Mineure était terrible et la chaleur affaiblissait les hommes. Passant près de la rivière où Alexandre le Grand avait failli se noyer, Barberousse ne résista pas à la tentation de prendre un bain rafraîchissant après une marche éprouvante dans cette moiteur et se noya, le 10 juin 1190.
 

S’ensuivent des mouvements troublés de constructions bruyantes, de luttes de la vie marquées par une diversité de résonances qui réintroduisent le thème initial. Néanmoins sa force a décru, son essoufflement est latent et il s’éloigne presque avec nostalgie.

L’Empereur mourut. Richard continua la lutte en Terre Sainte et Philippe II manœuvra afin d’accroître le domaine royal. La légende de Barberousse naquit. Aujourd’hui encore on dit même qu’il n’est pas mort mais qu’il dort, quelque part sous une montagne ou dans une cave de Kyffäuserberg, en Thuringe appuyé à une table de pierre. Sa longue barbe blanche aurait poussé jusqu’à terre et si un jour, un grand malheur menace le pays, le Grand Roi se réveillera et sauvera l’Occident en péril…

Une période instrumentale se termine et commence une partie vocale.
Le point d’orgue dans tout ça c’est que ce mouvement repart sur des harmonies profondes, sans évoquer cette fois-ci de matérialité physique, mais plutôt un climat de rêve. Un hymne à l’amour divin qui pourrait égaler la sécurité et la durabilité de la laine, mêlées à son confort et sa douceur. Vers la fin, après une courte pause, le thème est repris plus calmement et suit alors un lent crescendo vers l’accord final.
 

Rappelez-vous, la troisième symphonie de Mahler. Je sais qu’un jour viendra où vous l’écouterez.

L’air en conserve

L’air en conserve

Dans une boîte, je rapporte
Un peu de l’air de mes vacances
Que j’ai enfermé par prudence.
Je l’ouvre ! Fermez bien la porte

Respirez à fond ! Quelle force !
La campagne en ma boîte enclose
Nous redonne l’odeur des roses,
Le parfum puissant des écorces,

Les arômes de la forêt…
Mais couvrez-vous bien, je vous prie,
Car la boîte est presque finie :
C’est que le fond de l’air est frais.

air conserve

de Jacques CHARPENTREAU

Tandis qu´Anna se met à la machine à coudre

Tandis qu´Anna se met à la machine à coudre, voyez sa sœur Annie qui se met de la poudre. Tandis qu´Anna toujours nettoie le linge sale, en ascenseur sa sœur Annie s´en va au bal.

machine coudre Anna
Annie, vous êtes bien plus jolie qu´Anna.
Anna, je vous aime beaucoup plus qu´Annie.
Annie, vous avez des yeux bleus qu´Anna n´a.
Anna, je préfère vos jolis yeux gris.
L´amour est entré dans mon cœur depuis le jour béni où je vous vis.
Annie, vous avez séduit un maharajah.
Anna, eh bien vous n´avez séduit que moi.
Tandis qu´Anna dans sa maison fait la lessive, dans les salons, sa sœur Annie fait la lascive. Le maharajah met des bijoux sur sa poitrine, cette poitrine m´a tout l´air d´une vitrine

Anna machine coudre
Annie, tous vos amis font du cinéma.
Anna, je suis vraiment votre seul ami.
Annie, cet hindou vous dit toujours « Ça va »
Anna, il ne faut pas envier sa vie.
Rajah, je préfère aux trésors d´un jour un bel amour qui dure toujours.
Annie, vous sortez en robe d´apparat.
Anna, vous restez toujours seule à Paris.
Un jour la pauvre Annie vient frapper à ma porte. Elle a des yeux qui font des plis, l´air d´une morte. Le maharajah vient de partir pour Singapour en emportant ses bijoux faux comme son amour.
Annie, vous vous êtes jetée dans mes bras.
Anna, tous trois nous avons pleuré sans bruit.
Annie, vous êtes restée trois jours dans le coma.
Anna, hier vous avez épousé le commis
Et moi qui ne suis pas un maharajah. Mais un ami, je suis parti, parti. Je suis parti pour Bratislava, là-bas. Je vais essayer de refaire ma vie, en oubliant Anna-Annie.

Chanté par C Trenet

J’ai caché mieux que partout ailleurs au jardin de mon cœur une petite fleur

J’ai caché mieux que partout ailleurs au jardin de mon cœur une petite fleur.
Cette fleur plus jolie qu’un bouquet; elle garde en secret tous mes rêves d’enfant, l’amour de mes parents et tous ces clairs matins faits d’heureux souvenirs lointains.

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Quand la vie par moment me trahit, tu restes mon bonheur, Petite fleur. Sur mes vingt ans je m’arrête un moment pour respirer ce parfum que j’ai tant aimé
Dans mon cœur tu fleuriras toujours au grand jardin d’amour

caché ailleurs jardin coeur fleur

Petite fleur, prends ce présent que j’ai toujours gardé même à vingt ans je ne l’avais jamais donné. N’aies pas peur, cueillie au fond d’un cœur  une petite fleur jamais ne meurt.

Si les fleurs qui bordent les chemins se fanaient toutes demain

Si les fleurs qui bordent les chemins se fanaient toutes demain, je garderais au cœurœ celle qui s’allumait dans tes yeux lorsque je t’aimais tant au pays merveilleux de nos seize printemps

fleurs bordent chemin fanaient demain
Petite fleur d’amour t u fleuriras toujours pour moi quand la vie par moment me trahit
Tu restes mon bonheur petite fleur
Sur mes vingt ans je m’arrête un moment pour respirer ce parfum que j’ai tant aimé

fleurs chemin demain
Dans mon cœur  tu fleuriras toujours au grand jardin d’amour petite fleur…

La ballade du vent léger

L’atmosphère avait été chaude la veille et toute la nuit. La ballade du vent léger de la belle journée d’hier s’était transformée en souffle plus puissant. Les rideaux que j’avais laissés voleter devant la fenêtre entrouverte se gonflaient violemment. Je décidai de me lever et tout fermer pour éviter la brèche ou me blesser. La couleur de l’aube était argentée. L’horizon offrait tous les signes d’une grosse tempête et la mer se confondait avec le ciel. La chanson des cordages dans le port s’entrechoquant habituellement au rythme d’une balançoire n’était plus qu’un cri grinçant et dissonant. J’avais le temps de prendre un bon petit déjeuner. J’allumai la radio, on diffusait un air de diva, puis la météo annonça que nous étions en zone d’alerte. La vie n’allait pas être rose aujourd’hui encore pour les pêcheurs et ceux du bord du fleuve. Soudain, plus rien à la radio, coupure de courant sans doute, je n’allai pas vérifier, il était à peu près six heures du matin maintenant. Au même moment, j’entendis du côté de l’océan des bruits épouvantables, comme si des torrents d’eau, mêlés au bruit du tonnerre, arrivaient des montagnes. A cet instant, le vent furibond souleva en tourbillon la brume qui couvrait le port. Chaque lame se brisait sur la côte et jetait des galets sur les chemins par dessus la digue; puis en se retirant, elle découvrait une grande partie du rivage, et roulait les cailloux avec un bruit rauque et affreux. La mer creusée de vagues noires et profondes n’était plus qu’une vaste nappe d’écume blanche. Ces bulles ivoires s’amassaient au fond de la baie en pollution collante, et le vent grossissant en balayait la surface et les envoyait par dessus les toits. Je savourais mon thé chaud… il n’y avait pas assez de lumière pour lire… j’eus un coup d’œil vers mes fleurs que je n’apercevais plus dans le jardin inondé… je voyais de grosses gouttes d’eau couler sur les vitres et sentis des larmes sur mes joues. Mes doigts s’étaient crispés autour de la tasse.

ballade vent léger

Pour les Plumes 24, les mots chez Asphodèle m’ont fait penser à la mer en colère.